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L'alcool, ce mauvais conseiller | Nikolaïs Ivanov

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26/3/2017, 12:51
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15 Janvier 1930


S'il l'avait admis devant Piotr, celui-ci n'aurait ni hésité à le lui rappeler pour les mois à venir, ni n'aurait eu le moindre scrupule à en user, et en abuser. C'était précisément pour cela qu'il n'avait pas soufflé mot de la vérité à son coéquipier : il n'était jamais allé dans un bar russe de toute sa vie, fut-il moldu. Bien évidemment, l'autre avait parfaitement conscience de son ancien statut, il était d'ailleurs l'un des rares à être au courant de cette si délicate information, tant celle-ci pouvait leur coûter à tous… Et pourtant, malgré l'évidence même du protectionnisme qui s'attachait à son ancienne condition, jamais Piotr n'avait imaginé qu'il ne puisse avoir visité au moins une fois une antre aux spiritueux et les délices qu'on y servait. Les déformations dans la pensée de son entourage ne cessait de l'émerveiller. Certes, il avait saisit l'occasion, lors de ses dernières années en formation intensive de défense magique aux États-Unis, de s'enivrer à plus d'une reprise avec ses camarades, et en avait payé le prix plus qu'à son tour… La gueule de bois, il connaissait, combien de fois avait-il finit au bord du coma éthylique, lors de ses premières fois ? Mais à présent, il tenait résolument bien l'alcool, ce qui ne l'empêchait pas de n'avoir jamais eu l'occasion d'entrer dans un bar en Russie. En soi, quelle différence vraiment, un bar restait un bar, la fonction première ne pouvait s'éloigner de ce que l'enseigne appelait… en pratique, il avait eut bien assez de ses nombreux voyages pour savoir de source sûre que des singularités notables existaient entre deux scènes à première vue parfaitement semblable, en fonction du pays où l'on résidait. Les mœurs variaient parfois bien davantage qu'on ne l'escomptait, comme il l'avait parfois apprit à ses dépends.

Pour cela, il suffisait d'observer les visages qu'il croisait dans les rues enneigées, dépourvus de sourires, froids et fermés. Cette nation ensanglantée n'avait jamais perçu le sourire d'un très bon œil, si ce n'était un geste reçu du cercle intime. Moquerie ou désir malveillant, voilà ce qu'il signifiait dans l'expressivité d'un étranger. Il n'en avait pas eut tant conscience, lorsqu'il séjournait encore au palais, dans cet univers de luxe chaleureux et de titres ronflants, si éloigné du quotidien des rues battues pas les vents. Deux mondes que tout opposait, ou presque, et qui n'avaient pas plus à voir avec les larges avenues de New York qu'avec celles de l'Allemagne dont sa famille se réclamait des racines. Parfois, il regrettait d'être revenu, le nier aurait été d'une hypocrisie sans nom, et s'il voulait bien jouer les lèches-bottes pour que l'Ursa Major parvienne à ses fins, il n'était pas dans sa nature profonde d'être aussi veule. Oui, l'Amérique lui manquait, parfois, et il se remémorait son passé là-bas avec une nostalgie affectueuse, sans jamais céder à l'oisiveté de soupirer après ce temps trépassé. Il y avait fort peu de chances qu'il retourne jamais à New York, et beaucoup de probabilité qu'il meure dans des circonstances violentes, ce rapidement. Par instant, il haïssait littéralement la Russie, il haïssait tous ces gens, ces âmes anonymes qui se mourraient sous un joug de fer et de folie furieuse, et il haïssait le stupide devoir auquel il s'accrochait mordicus et qui l'enverrait dans sa tombe. Des sentiments, haine, amertume, deuil, vindicte, qui le rongeait bien davantage qu'il ne l'avait lui-même pensé, et tellement plus que ce que les autres imaginaient. Bien sûr, qu'ils entrevoyaient sa peine, tout du moins ceux au fait de son identité, mais quant à frôler de l'esprit l'ampleur du désastre… c'était une toute autre histoire.

Et pour toutes ces raisons, et bien d'autres encore, il avait choisit de rester seul ce soir-là, billet en tête sur ses objectifs, n'ayant après tout besoin de personne pour ce qu'il comptait accomplir. La neige crissait sous ses bottes, tandis qu'il se frayait un chemin sous le ciel d'acier enténébré d'où tombaient des flocons parfois irritants… Dans le ciel de Saint-Petersbourg, les fumerolles sinistres tournoyaient, étirant leurs bras malingres enveloppés de charbonneuses exhalaisons, les expectorations fétides comme preuve de l'industrialisation galopante imposée par la grande révolution. Au détour d'une rue, un panneau blanchi, décoloré par le vent qui fouettait par rafales insistantes, prônait pour la classe lettrée de la ville les bienfaits de la collectivisation, cette guerre que l'état moldu avait déclaré à une nation entière de paysans…. Les conséquences, il n'y avait pas besoin d'être un génie pour les comprendre, et elles seraient terribles à constater quand elles surviendraient, mais qui élèverait réellement la voix ? Était-ce seulement concevable ? Peut-être l'était-ce, eux n'avaient pas déclaré une guerre muette à la main noire, cette sinistre entité qui menaçait le monde auquel il appartenait ? Lui qui était né-moldu s'intéressait d'autant plus aux mesures qui prenaient place dans cette société que sa propre famille avait, il fallait l'admettre, lésé.

Une gifle glaciale le ramena à la réalité, et il remarqua enfin, sous l'assaut du vent, qu'il s'était arrêté pour observer l'image de propagande, s'attirant ainsi quelques regards sombres de la part des passants. Frissonnant, le sorcier releva davantage son col pour se protéger de cette bise à la fois pleine de frimas et humide des embruns marins qui s'insinuaient entre les failles de ses vêtements et lui arrachait des tremblements instinctifs. Cette ville était vraiment la pire pour vivre… Elle avait été bâtie pile là où se rejoignait le climat intolérable des terres intérieures et les vents et l'humidité venus de l'océan et du cercle polaire. Lui-même avait toujours détesté venir y séjourner durant les grandes périodes de bals et de festivités de la famille impériale, dégoût qui n'avait aucunement changé avec l'âge, mais qui se teintait aujourd'hui de sa résignation à être contraint de supporter ce climat infâme. Avec un renâclement coi, Ioann reprit son chemin, d'un pas plus vif, pour laisser derrière lui le panneau… Plus vite il arriverait à destination, plus vite il n'aurait plus à se soucier de tout cela, au moins pour un temps. L'alcool avait cela de bien qu'il émoussait de façon éphémère les tracas du quotidien.

Malgré le rationnement alimentaire, et les privations de la population, la Mandragore Enflammée était déjà remplie, confirmant qu'il n'était certainement pas le seul imbécile à noyer parfois ses problèmes, s'il avait réellement besoin qu'on le lui rappel. Une bouffée de chaleur éclata autour de lui lorsqu'il ouvrit la porte, accompagnée par les effluves caractéristiques de ces lieux, alcool et sueur, l'odeur des corps qui s'accumulait, des différents spiritueux impossibles à déterminer par le seul odorat...Refermant sèchement la porte derrière lui, il se glissa dans la foule en retirant son manteau, et tâcha de retrouver l'individu qui l'intéressait… malheureusement encore absent. Le tuyau ne pouvait pourtant manquer d'être authentique, mais sans doute était-il trop ponctuel. S'accoudant en commandant une vodka, il tâcha de tuer le temps aussi normalement qu'il le pouvait, en se mêlant à la foule… Le temps commença à filer, et lui s'interdisait de descendre son verre trop vite, ne souhaitant pas partir avec un handicap dans ce qu'il prévoyait. Puis au détour d'une envolée imbibée qu'il observa à quelques distances, précautionneusement, il pu constater la présence de l'autre. Ne restait finalement plus qu'à l'approcher.
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27/3/2017, 23:05
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Le présent avait pris une tournure assez surprenante, celle à laquelle Nikolaï se pressentait sans vraiment s’y attendre. Il se savait être un précieux homme de main pour Raspoutine et le directeur de Koldovstoretz nécessitait d’être remplacé. Le bruit avait couru, puis la décision avait été officialisée dans les hautes sphères de la Main Noire. Il était convié à des responsabilités nécessaires et il œuvrerait avec le même doigté acquis au sein de la Douma, auprès du service de gestion des crises, tête pensante du Ministère en cette période troublée. Le froid le secouait, par moment, d’un frisson dérangeant et gênant mais auquel il était habitué par tant d’années auprès de sa Russie adorée. Il releva son écharpe grise pour se couvrir jusqu’aux oreilles et nez. La neige grinçait sous son pas rapide, ferme et régulier ; il allait à son but, sans détour ni flâneries. Il n’avait jamais eu les idées rêveuses, ou peut-être enfant, un peu, avant que la lourde désillusion devant sa propre nature, incapable qu’il était de se satisfaire de ce qu’il avait, ne vienne saccager son développement normal. Alors voilà ce qu’il était : anormal, dérangé, dégénéré. Une tare comme ce Freud en Europe savait si bien montrer du doigt, la proie d’un désir inextinguible. Il se moquait bien du nom qu'on pouvait lui donner. De cette insatisfaction constante s’était construit le chemin tortueux de son esprit autant que de ses actes et la poigne qu’il avait lentement resserrée sur la gorge de son propre père n’était que le fruit de ce que sa victime avait laissé croître. Année après année, meurtre après meurtre, la moralité avait été mise à sang et le râle d’étouffement de son paternel résonnait dans son esprit comme une jubilation… Et une nouvelle insatisfaction. Ça n’était pas assez. Ça n’était jamais assez.

Il poussa la porte du bar et le brouhaha vint agresser immédiatement ses oreilles de sa cacophonie vrombissante. Il quitta échappe, gants et manteau, se glissant parmi la foule, habitué qu’il était. Certains s’écartaient d’eux même, d’autres nécessitaient d’être bousculés. C’était le problème avec les hommes qui étaient déjà bien trop imbibés : ils ne savaient pas trop à qui ils se frottaient. Et Nikolaï n’appréciait guère qu’on vienne se frotter à lui : son bras maintenu contre son corps lui rappelait douloureusement s’il l’oubliait. Au bar il commandait une boisson et à l’attente du service, le bleu céruléen de ses yeux parcourrait la salle principale lentement. Les renégats pouvaient être partout et souvent même, juste sous ses yeux. Loin d’être paranoïaque, il s’offrait le luxe de vérifier qu’il ne serait pas assassiné bêtement le nez dans une vodka mais outre quelques visages inconnus, il n’y avait pas là matière à s’inquiéter outre mesure. Une part de lui même boudait qu’en conséquence, il n’y aurait pas de sang ce soir, mais le reste de son for intérieur se consolait en sachant que bientôt, il aurait le directeur de l’école à s’occuper. Le parfum des heures de torture le satisfaisait mais toujours partiellement. Ce vieil homme avait sûrement bien des choses à lui apprendre. C’était fou ce que les gens parlaient lorsqu’ils avaient mal et même s’ils ne parlaient pas, ça n’avait jamais été un problème pour le legillimens. Terminant l’arc de cercle de sa ronde d’observation sur l’homme accoudé près de lui au bar, leurs regards se croisèrent. Un inconnu dont l’attitude sereine ne l’alerta pas. Beaucoup d’hommes étaient ici pour se détendre et laisser le quotidien de côté. Derrière lui, on vint tapoter sur son épaule droite. Son corps se crispa à la douleur, il ferma les yeux et tâcha d’expirer lentement l’air brutalement inspiré dans la douleur alors qu’il retournait un regard assassin sur l’idiot qui lui avait fait cela.

Main Noire. Il serra les dents, mâchoires tendues et laissa l’autre venir lui toucher quelques messes basses à l’oreille. Attentif, il se concentrait pour éliminer les sons parasites de la salle et finit par opiner sèchement du chef pour confirmer sa compréhension. Ses prunelles se reposèrent à nouveau sur cet inconnu près de lui alors qu’on lui servait sa boisson et que le messager quittait le bar. Nikolaï n’avait jamais pour habitude désinvolte de regarder les gens de haut en bas, ne serait-ce que par respect. En revanche, il fixait ceux qu’il croisait droit dans les yeux, avec une insistance qui devenaient dérangeante, tant elle perdurait. Les femmes en rosissaient par ce sentiment d’intérêt, mais aussi parce qu’elles n’étaient dévisagées et envisagées comme un morceau de viande. Plus que la chair, c’était l’esprit qui intéressait le sorcier, ne se rassasiant jamais assez des scènes quotidiennes qu’il dérobait à leurs souvenirs. Des moments brillants, des instants moins glorieux. Et des secrets, beaucoup de secrets. Il levait son verre de quelques petits centimètres, juste assez pour manifester une salutation trinquante. Pour couvrir le bruit et sans forcer trop la voix, il se pencha un peu vers lui : « Je ne vous ai jamais vu ici, je me trompe ? Vous n’êtes pas de Saint-Petersbourg ? » l’interrogea-t-il, intrigué. Nouer de nouveaux liens faisait partie de son quotidien d’homme politique, la parole lui était venue dès lors spontanément.
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1/4/2017, 22:26
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Il l'observait, certes, mais sans s'arrêter plus que de raison sur lui, ne souhaitant pas non plus avoir l'air de le décortiquer de ses mires, car ce n'était pas vraiment là ce que l'on attendait d'un homme venu là pour boire un coup, et il n'était pas assez imbibé pour que cela passe pour la simple absence due à un excès de spiritueux. Ce qui ne l'empêchait pas de noter la crispation de l'autre. Assez cocasse tout de même lorsque l'on prenait en compte la principale raison d'exister d'un lieu comme celui-ci, à savoir la détente et une forme viciée de plaisir. Lui-même y céda sans sourciller, sirotant sa vodka en soupirant après un bon whisky pur feu, et décida simplement de compenser en s'allumant une cigarette, la coinçant entre ses lèvres et tirant une longue bouffée toxique sans regretter un seul instant le mal intrinsèque qu'il se faisait. Bah, un peu plus ou un peu moins, quand on savait qu'il finirait de toute façon par mourir de façon violente et prématurée… Un homme dans sa condition n'avait pas à s’embarrasser de ce genre de détails, et si en fin de compte il périssait d'une nécrose du foie ou toute autre cause naturelle, ce serait son pied nez final à ses adversaires. Pour autant qu'il tâcha de ne nullement s'attarder, il ne détourna pas les yeux lorsque leurs regards se télescopèrent, soutenant la vibrance de ses prunelles au bleu céruléen. Posément, il ancra ses iris aux siennes sans faire montre de la moindre angoisse, ni soumis, ni dominateur, égal dans le retour qu'il lui offrait et nonchalant, n'attendant rien de lui, ne cherchant rien dans cet échange silencieux et impalpable.

Exhalant la fumée de sa cigarette, il cligna lentement des yeux à la légère salutation et se détourna le temps d'achever son verre et d'en demander un autre. Il dû s'avouer surpris en voyant sa proie l'aborder, et ne chercha pas entièrement à le cacher… trop bien se maîtriser aurait été tout autant une erreur que de se laisser manipuler. Cette fois, son regard le parcourut plus complètement, avant de se relever dans un instant de blanc, qui fut immédiatement suivit d'une ébauche vite contenue d'un sourire qui aurait sans aucun doute été mal interprété. Gagnant du temps en jouant tranquillement avec l'alcool contenue de nouveau dans son verre, il arriva finalement à une conclusion sur l'attitude qu'il se devait d'adopter, et, les yeux pétillant bien que d'apparence paisible, il répondit enfin : «  Je suis admiratif de constater que vous connaissez par cœur tous les visages sorciers de cette ville, jamais je n'aurai la même patience ».
Il haussa légèrement un sourcil, en lui lançant un regard entendu mais dépourvu du trop plein de sarcasme qui résultait pourtant de ses mots. Il n'y en avait qu'une trace passagère, dans ses prunelles hétérochromées, alors que ses traits se paraient d'un amusement bon enfant. Il était, en vérité, incapable d'être de bon aloi, à moins que l'on ne parvienne à l'amadouer durablement. Mais qui pouvait réellement se vexer ouvertement de ce qui était tourné comme un compliment, même si l'autre ne serait pas dupe du fond du message.

Se tournant plus franchement vers lui, un coude sur le comptoir, il continua de siroter son verre en réfléchissant. Au plafond, la fumée de cigarette s'élevait, l'odeur plus rance, plus secondaire que celle vive de l'alcool et de la sueur. Ce n'était pas le genre de lieu que fréquentait normalement leur classe sociale, mais quel homme n'aimait pas s'encanailler de temps en temps. «  Je bois seul, en règle générale » Ce n'était pas un renvoi, mais l'explication à la question qu'on lui avait posé précédemment. Il n'avait certainement pas l'intention de le faire reculer alors même qu'il cherchait justement à l'apprivoiser en cette soirée. Une fois de plus, leurs regards se croisèrent, le sien invitant presque l'autre à s'y plonger, naturellement confiant et ouvert, franc, mais l'esprit ferme et solidement verrouillé. «  Et vous ? Vous avez l'air fort demandé pour quelqu'un venu prendre un verre… Ils vont être déçus si je vous débauche, non ? » Il le devinait, sous leurs dehors bien sous tout rapport, leur impeccable éducation, sans toutefois l'appréhender totalement, naviguant à l'instinct, comme dans un jeu de cour. L'autre avait une forte personnalité, jamais il ne verrait un homme doté de moins d'aplomb que lui comme un égal. Encore moins quelqu'un avec qui converser librement. Se trompait-il ? Peut-être mais tout le jeu était là, néanmoins.

Se redressant, il indiqua la foule du menton, en un geste fort peu en accord avec sa personne mais qu'il rendait étrangement digne dans sa façon de l'assumer. «  Une table ? » S'ils restaient accoudés au comptoir, les choses seraient plus difficiles, et l'autre se ferait fatalement accroché de nouveau par les poivrots qui se pressaient près d'eux. Comme cela ne servirait pas ses intérêts, il serait beaucoup plus simple pour lui de l'emmener à l'écart. Il se leva, le laissant à sa décision et minimisant la sienne afin de tempérer sa méfiance, naviguant parmi la foule sans guère cacher son mépris pour elle.
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5/4/2017, 00:07
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Le brouhaha pouvait probablement déstabiliser sa concentration alors que son esprit cédait à l’invitation des yeux de l’autre, pour se heurter à un mur. Ce n’était pas faute de planter ses prunelles dans ses siennes et d’avoir recommencé à plusieurs reprises. L’autre sentait-il ses vaines tentatives ? Riait-il intérieurement ? Il y avait de quoi. Ne se paraît-on point de l’occulumancie pour faire un pied de nez à ceux qui maîtrisaient l’art intrusif de la legillimancie ? Comment l’Ivanov pouvait-il se sentir autrement que vexé ? Il n’aimait pas les occulumens, pour la simple et très bonne raison qu’il se retrouvait sur un pied d’égalité alors que tout en lui aspirait à la supériorité. Il tâcha de se détendre en un sourire. Il était venu là pour se distraire et peut-être pouvait-il relever le challenge qui lui était esquissé. Il était un politicien, il avait appris bien des moyens de manipuler. Il pouvait tout autant parvenir à ses fins d’une autre manière s’il s’en donnait la peine. La première plaisanterie la laissa stoïque si ce n’était son sourire qui s’était brièvement accentué. « C’est mon métier de connaître la population sorcière. » Membre des hautes administrations du ministère de la magie depuis dix années, il avait fait de son réseau de connaissances une force accomplie. Les visages, il les maniait aussi bien que les esprits. Il était né dans cette ville, il y avait grandi, s’y était établi. De mémoire, il n’avait pas tant quitté le lieu et connaître la populace sorcière était devenu une évidence plus qu’une patience. Une logique plus qu’un toc psychorigide.

En dépit de cela, l’autre ne répondait pas tant à sa question. Ou partiellement. Lorsqu’un inconnu pointait son nez devant lui, Nikolaï se faisait vertueux inquisiteur. Mais l’autre était de surcroît à son étiquette d’anonyme un occulumens qui se contentait de réponses feintées... Cela lui plaisait encore moins. Si l’autre l’amusait, il ne pouvait qu’exécrer la manière dont il se faisait rire au nez, défaisant son orgueil de tout crochet auquel s’agripper. Le jeu serait plus compliqué qu’il ne l’estimait à première vue, pour autant il était joueur et reprenait la partie. Il le suivait, emportant avec lui son verre entamé, l’enjoignant à ses lèvres en chemin pour s’en réchauffer d’une gorgée. Observant le dos de son inconnu du soir, il trouvait cet homme fort grand, bien élancé et proportionné. Son habillage n’avait rien à envier au bas peuple que l’Ivanov enjambait comme un prince. Il fixait ses belles épaules qui sans nul doute devaient plaire aux femmes. Celles-ci aimaient souvent se sentir protéger. Nikolaï laissa échapper un grognement étouffé lorsqu’un soûlard s’était spontanément relevé et jeté au contact de son bras mutilé. Il en lâcha son verre dans l’autre main, les yeux clos sous le coup de la douleur lancinante qui le prenait. S’il n’avait pas acquis la mesure de lui-même, les larmes lui auraient probablement montées aux yeux. En lieu et place de cela, il fixa l’idiot qui l’avait bousculé puis son verre au sol. Gaspillé. Malgré la forte odeur d’alcool dont l’autre était imprégné, visiblement, il reconnaissait le fils de Sergeï et reculait, penaud de son acte, visiblement effrayé et suppliant un pardon.

Démuni de sa liqueur, il finit par pousser un soupir et reprit son chemin. Il n’avait pas envie de frapper qui que ce soit ce soir. Non pas par manque de plaisir à ce sujet mais parce qu’il était venu ici pour se reposer, pas pour se fatiguer à résoudre continuellement des problèmes. Et puis, son bel inconnu l’intriguait, il n’allait pas le laisser lui filer entre les doigts. Il s’assit à une table et prit sa baguette pour libérer son bras droit et le détendre. Il serrait les mâchoires à chaque mouvement, intériorisant la souffrance qu’il endurait. Sa main droite restait gantée de cuir par pudeur. En dessous, ça n’était pas beau à voir. Il réclama un autre verre avant de finalement reprendre les réponses qu’il n’avait pas pu accorder par cette interruption. « Mais qu’avez-vous fait au cours de ces dernières années pour ignorer qui je suis, l’ami ? » demanda-t-il sereinement en se sortant un étui à cigarette d’une poche intérieure de sa veste. Il n’en proposa pas une à son camarade de tablée puisqu’il en avait déjà une dans le bec et cala la sienne dans les doigts de sa main droite avant de l’allumer, de la prendre de son autre main, valide, pour en inspirer une bouffée. « Ce n’est pas que par orgueil que je vous pose cette question. » Il n’était pas même vexé, la surprise l’avait surpassé. « J’ai eu mon portrait sur le journal en juin dernier après la mort de mon père. Je suis l’un des portes-parole du ministère de la magie russe auprès des journalistes en cas de crise. J’avoue sans honte ma surprise à vous entendre trouver que je suis fort dérangé, quand on sait que la célébrité colle aux Ivanov comme la mort aux trousses des Romanov. » Il détailla son inconnu, soufflant une volute de fumée qu’il avait tirée. La comparaison l’amusait, même s’il ne le montrait, préservant un sérieux maîtrisé. On lui apporta son verre et Nikolaï remercia le serveur avant de reposer ses prunelles sur celles insondables de Pavel.

« Vous jouez aux cartes ? » proposa-t-il, comme à tout hôte qu’il pouvait accueillir à sa table et avec qui il voulait s’amuser. La couleur hétérochromée des iris qui lui faisaient face étaient troublantes et singulières, Nikolaï ne les lâchait pas vraiment. C’était plus une habitude de sa part que du harcèlement même si sa fixité pouvait le suggérer. Il avait l’heureuse ou la fâcheuse manie de ne regarder ceux à qui il s’adressait que dans les yeux, passant inévitablement sur de nombreux détails alentours pour gagner en prestance et en intimidation. « Vos yeux sont d’une couleur singulière. » commenta-t-il avant de laisser perler un sourire sur ses lèvres, réalisant ce qu’il venait de dire. Il lâcha un rire amusé devant sa propre réplique qui pouvait tout aussi bien avoir été lancée à une jolie jeune femme de haute lignée qu’on courtisait. Il cala sa cigarette entre ses lèvres pour saisir le paquet de carte laissé aux clients sur la table et le mélanger. Sa douleur dans le geste lui faisait amplement oublier la plaisanterie. Il distribuait et ses mires s’orientèrent sur la tablée voisine où une femme à la vertu aussi petite que la longueur de ses jupons attirait les regards et les propos à connotations grossières pour attirer ce qui semblait être le gibier. « Charmant... » souffla-t-il dépité. « Je préfère encore ma manière de vous draguer. » Il raillait, sourire dans le coin des lèvres alors qu’il prenait ses cartes et s’adossait dans le fond de sa chaise. « J’espère que vous êtes conquis et que vous allez me donner votre nom. »
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5/4/2017, 19:22
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C'était son métier, voilà ce qu'il affirmait avec une conviction inébranlable et décidée ; c'était son métier et c'était là la raison qui le plaçait en zoologue de cette faune hétérogène et bigarrée. Bien, voilà qui était logique en soi, quoi qu'il aurait tout de même pu appuyer sur la certitude dont il se réclamait de connaître la population sorcière de la ville en sa totalité. Sujet à controverse, ce qui n'était ni son but ni son envie, prenant la réponse pour ce qu'elle était. « Ah… je vois » Ce n'était pas cela qui l'empêcherait d'accomplir son œuvre ce soir, et dans quelques heures, cela n'aurait plus d'importance. Lorsqu'il abandonnerait le corps à la rigidité du trépas, son office serait vacante, un poste à prendre pour un autre fanatique de la main noire, très certainement, sauf s'il parvenait miraculeusement à y placer un partisan de l'Ursa Major. Ce qui relevait pour le moment du vœux pieu, les places à la Douma n'étaient pas aisément accessibles et les risques souvent excessivement élevés. Et lui n'était pas un homme à envoyer les siens à l'abattoir pour un gain parfaitement indéfinissable. Si l'intrusion à la Douma devait se faire, ce serait en sachant parfaitement ce qu'ils auraient à y gagner, où s'incruster et surtout quel discourt tenir. Un peu comme à Koldovstoretz. Et pour le moment, il fallait déjà parvenir à flouer cet homme, à le captiver suffisamment pour qu'il commette l'erreur attendue et espérée. Le reste ? Cela coulerait de source. À commencer par le voir le suivre dans un recoin plus intimiste. Un coin où ils seraient plus à l'aise pour échanger, car là était le pivot décisif qui permettrait à son plan de fonctionner. Si l'Ivanov ne réagissait pas, n'accrochait pas, cela n'irait probablement pas plus loin, au moins jusqu'à trouver une stratégie alternative.

Les hommes dotés d'un ego de la taille de la Sibérie avaient une faiblesse, une seule réelle accroche si l'on voulait jouer un autre jeu que celui de la proie impuissante : il fallait les intéresser, leur offrir un défi stimulant qui changea suffisamment de leur quotidien de domination, tout en restant accessible à leur pensée, se refuser, mais concéder également… Un peu comme un flirt, en fin de compte. Tout était dans le dosage de l'audace, et de l'audace, il en possédait bien assez pour se proposer à jouer avec ce prédateur dangereux. Ce serait sans nul doute une très belle partie, pleine de tension contenue et de subtilité… tout ce qu'il appréciait, malgré les airs parfois gauches qu'il se donnait volontairement, voulant toujours laisser les autres le sous-estimer. Ils étaient alors tellement aisés à surprendre.
De la table à laquelle il s'était installé, il observait l'accrochage sans émotion particulière, en dehors de son impénétrable nonchalance, jambes croisées, un bras passé sur le haut du dossier de sa chaise, attendant simplement le dénouement de l'affaire pour que sa proie le rejoigne. Réagir autrement aurait été une insulte à cet homme et à sa capacité à régler ses soucis comme un grand. Il n'était pas assez veule pour se porter à sa défense comme un opportuniste, ça n'aurait fait que desservir l'image que l'autre avait de lui. Et puis, au-delà de ça… il n'était réellement pas de ce genre-là. Ça ne lui ressemblait pas le moins du monde. Alors il attendait, sirotant son verre, ses yeux dépareillés posés tranquillement sur l'Ivanov.

Profitant de son arrivée pour recommander un verre, il s'étira légèrement, faisant rouler les muscles sous la chemise immaculée, et lui jeta un regard amusé à la question qu'il lui décochait. Ah c'était certain que vu comme ça… Tirant une bouffée de sa cigarette, il pondéra la réponse à apporter, jouant avec le bâton de lent poison comme avec un jouet pour se donner contenance et le temps de réfléchir sans rester planté sur place. La mention de l'orgueil lui arracha un sourire en coin, joueur et un peu ironique… un peu connivent également, un moyen de lui faire sentir toute la blague que cela représentait. « Je ne suis pas très porté sur les mondanités » fit-il avec une petite moue, le ton clairement dérisoire. Tapotant sa cigarette sur le bord du cendrier pour la débarrasser de la cendre, il poursuivit à son rythme, cachant habilement la soudaine colère qui le traversa. Heureusement que l'autre était légilimens et pas empathe, car dans le cas contraire, il aurait été grillé sur toute la ligne. Une explosion de haine venait de ravager sa poitrine, lui engourdissant même physique l'arrière du crâne alors que sa vision s'obscurcissait comme s'il avait manqué de tomber inconscient. Ses mains étaient, fort heureusement, occupées, ou il aurait sans doute eut du mal à ne pas les crisper un peu, et il ne savait pas à quel point cet homme était observateur. Que sa famille puisse servir de matière à l'humour d'un sociopathe n'avait rien pour lui plaire, et il rêvait en cet instant de lui exploser le crâne sur le mur le plus proche, et de s'acharner jusqu'à voir le contenu de la boîte osseuse couler le long de la peinture écaillée.

Pour se maîtriser davantage, il avala une nouvelle gorgée brûlante, mais découvrit bien vite que l'alcool se teintait d'aloès. Cet homme devait mourir, mais le tuer sans lui infliger la moindre souffrance était une pensée insupportable. Et c'était une insulte à sa famille. Puis, lentement, la colère se tempéra et devint poison dans ses veines, sans que son attitude paisible mais joueuse n'ait changé d'un iota. « Et je reviens d'un petit séjour près de l'Amour » Ce qui n'était pas faux du tout d'ailleurs, puisqu'il s'était réellement enterré là-bas pendant un temps, avec les derniers de ses partisans, après la révolution. En pleines montagnes et loin de tout, il n'avait eut d'autre moyen de s'informer que les membres de l'Ursa Major, et puisqu'il ne pouvait le lui dire, l'autre pouvait tout aussi bien être laissé à penser qu'il n'avait été informé de rien du tout. Oui, ça passait relativement bien, en fin de compte et il serait toujours temps d'avouer ensuite qu'avant cela, il séjournait à l'étranger. Mais pas sur le moment. Inspirant lourdement, il fit jouer le verre de spiritueux dans sa main, le geste anodin lui permettant de se recentrer et de ne pas se laisser submerger par des émotions qu'il vivait chaque fois comme de vastes brasiers. La passion qu'il contenait lui donnait sa force, et le mettait en danger dans le même temps. Contre des serpents de ce genre, il ne devait pas se laisser emporter, jamais. Comme à la cour, exactement comme à la cour.

« Mhm... » Voilà que sa proie lui facilitait la tâche, si ce n'était pas beau ? Ses yeux s'allumèrent d'une lueur d'intérêt expectative. Cet homme aimait vraiment regarder les autres dans les yeux… déformation de légilimens ? Il aimait le jeu, en tout cas, ne le lâchant pas non plus, sauf en quelques rares instants où ses prunelles s'échappaient volontairement, pour mieux revenir. Drôle de métaphore que la leur… Son interlocuteur, le meurtrier, le traître, le tueur, avec ses orbes claires, limpides, d'un bleu royal, et lui-même, le prince exilé, tsar sans couronne, perclus de menaces, pressé par le danger, voulant libérer sa mère patrie… lui avec ses disques étranges, qui souvent rebutaient les autres. L'argile qui les teintait avait cela de difficile que la couleur en changeait subtilement selon la luminosité, ne s'ajustant que rarement à leur cœur vert d'or. La remarque le fit sourire. Et bien ? Soit il avait réussi à percer ses barrières sans qu'il s'en rende compte, soit il essayait réellement de flirter. Auquel cas, il ne s'y attendait réellement pas et en restait coi. Ivanov était marié, père de famille, et tout ce qu'il y a de plus puritain, s'il avait bien tout comprit, la remarque était donc terriblement déplacée… mais elle l'amusait. Une fois la surprise digérée. Haussant un sourcil curieux, interrogateur. « On me le dit souvent, effectivement » répondit-il d'une voix mesurée, ne souhaitant pas y donner trop de réaction tant qu'il n'avait pas déterminé ce qui le laçait.

Le sorcier n'eut guère à attendre, et il se détendit imperceptiblement, reposant son verre sur la table. Suivant son regard, il ne pesa la femme qu'un bref instant, avant de se tourner vers l'Ivanov une fois encore. Inutile d'essayer de lui pointer du doigt les raisons qui pouvaient pousser la créature à se comporter ainsi, quelles que soit les difficultés qu'elle rencontrait, ce n'était effectivement pas charmant du tout… et de toute façon, l'autre n'avait certainement pas le cœur nécessaire à y prêter attention. A la place, il pouffa devant l'humour que l'autre montrait. Et bien, qui l'aurait cru, que cet assassin puisse avoir le moindre humour… sans parler qu'il était plus agréable avec un sourire sincère. Dommage d'avoir un tel caractère de cochon, quand on possédait autant d'attrait physique. « Admettons que je sois conquis » Il pouffa légèrement, en posant les avant-bras sur la table, s'avançant par là, et récupérant ses cartes. « Je me nomme Pavel Vetrov » Et là, c'était le moment où il réfléchissait à la dernière fois qu'il avait entendu ce nom, non ? Si ses hommes avaient bien fait leur travail, il devait déjà avoir une identité toute belle, toute neuve et toute propre. Sans fausse note. Écrasant son mégot, il acheva son verre, déposa une première carte, attendit de voir ce que jouerait son vis à vis. Comment faire exactement pour faire avancer tout cela ?

« Et… vous ne craignez pas un peu de l'image rendue, Monsieur Ivanov ? » Le titre était quelque peu moqueur, mais suffisamment bien amené pour ne pas sembler trop insolent. « Ne serait-ce pas là la conquête la plus réfutée par la bonne société ? » Un sourire ambiguë dansait sur ses lippes expressives, alors qu'il l'observait par en-dessous, le ton lent et modulé de sa voix servant aux mêmes ambivalences qu'un renard tournant avec feinte autours d'un loup. « Heureusement que tous ces soudards seront amnésiques demain matin, autrement il faudrait s'en débarasser » souffle léger, presque détaché du sujet pourtant lourd, le tabou social extrêmement mal perçu en Russie. Une chance, effectivement, pour autant, c'était sans doute le lieu qui le poussait à se comporter ainsi. Il était vicieux et sadique, l'Ivanov, mais certainement pas bête. Tous deux jouaient, mais son regard dévia vers un des verres vide posé non loin. Ah oui, cela pouvait s'avérer très amusant, et extrêmement utile dans la situation présente… « Pourquoi ne pas donner à cette partie un peu plus de cachet… ? Faisons quelques manches, si vous gagnez, je répond à vos questions, et si vous perdez… vous buvez » Leurs verres furent de nouveau resservit, et il laissa traîner son regard sur la foule avant de revenir à son vis à vis, glissant une fois de plus ses yeux dans les siens. Vraiment, quel dommage, des yeux pareils pour un tel démon.

Dans la foule, il distinguait deux silhouettes semblant chercher quelqu'un, et prit les paris sur l'homme qui partageait sa table. Joueur, il se promit de les empêcher de pouvoir lui parler si jamais c'était le cas et qu'ils le repérait. L'Ivanov était à lui ce soir.
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6/4/2017, 16:10
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Posant ses cartes face contre table, Nikolaï tira une bouffée sur sa cigarette, ne lâchant pas sa proie des yeux. Ou quand deux chasseurs se traquaient mutuellement, même si pour une fois celui de la Main Noire avait des objectifs moins drastiques que l’autre. Drôle d’ironie. Observateur des traits de son visage, il captait chaque mimique, chaque tressautement d’un début de sourire, chaque nerf qui pouvait trahir une émotion ou lui évoquer des centaines de questions. L’observer c’était avoir à la fois des réponses et des mystères ; il s’agissait d’un jeu auquel il était clairement habitué et qu’il appréciait sans chercher lui-même à se cacher complètement de l’inconnu. Son quotidien était fait de rencontres et de charmes, s’enroulant dans ses convictions et son aplomb pour s’octroyer les délices de l’humanité. Le russe était de bonne humeur, n’était-il donc pas venu ici pour cela ? S’amuser d’une compagnie agréable autant que singulière ? Les sombres projets qu’il nourrissait étaient laissés de côté pour cette soirée, seul comptait cet homme qui pouvait se féliciter de s’être accaparé de sa personne. Nikolaï n’avait pas été réticent, au contraire très avenant, mais cela n’ôtait en rien la brillante réussite de son ami du jour. Il avait attiré ses yeux autant que son intellect tant dans ses traits que dans ses attraits. Son comportement, son attitude l’avait sorti du lot des soûlards. Ce n’était pas même une surprise quand on savait à qui il se frottait de ses doux mots. Des palabres qui lui laissait enfin entrevoir les contours de son existence. Ainsi donc son hôte avait côtoyé la Sibérie quelques temps. C’était un endroit  bien reculé qu’il n’avait guère eu envie de visiter, préférant sans nul doute la chaleur des salons entre gentlemen et la douce liqueur du pouvoir. Il n’y avait bien que dans sa ville natale qu’il pouvait profiter de cela.

Il avait des questions, mais il les gardait au creux de son esprit pour l’heure. Tout politicien savait qu’il ne fallait jamais réclamer d’emblée sans avoir pris le temps de tourner la demande à son avantage. Il fallait être patient et trouver la bonne approche pour prendre son ami à revers dans un coup de poker. Un ami dont il avait à présent le nom. Remontant dans sa mémoire, il sélectionnait cet homme à l’histoire blanche comme neige qui serait son surveillant à Koldovstoretz. Un bon russe sans histoire, mais même s’il le pensait, Nikolaï ne pouvait pas lui confier qu’ils allaient travailler ensemble. Pas tout de suite. Raspoutine voulait que la rentrée se fasse avant, et il n’avait pas encore eu l’occasion d’aller massacrer son prédécesseur. Cela viendrait, peut-être même demain : la rentrée approchait à grand pas. Avant cela, il allait s’entourer d’alliés fiables pour percer les murs de la somptueuse école de Russie et mettre le directeur actuel hors jeu. Ça n’était pas pour rien que le leader de son pays avait décidé de s’investir ici, le maître de cet école n’était que trop retissant à s’engager sous les ordres de la Main Noire. Dommage. C’était du gâchis. Mais un gâchis nécessaire à présent. Pavel le saurait bien assez tôt. Tirant une nouvelle bouffée de sa cigarette, son for intérieur se réjouissait de retrouver cet homme qui savait être de bonne compagnie. Il aurait au moins quelqu’un avec qui bavarder dans l’endroit où on l’envoyait régner.

Un sourire marqua ses lèvres à l’aveu de séduction réussie, faisant silence sur les demandes qu’on lui soumettait pour se donner le temps de la réflexion. Il jouait habilement et la partie était agréable. Nikolaï n’avait qu’à le féliciter : n’était-ce pas ce que ses yeux brillants d’un sourire lui susurrait ? « Vous êtes bien barbare. » La poêle qui se moquait du chaudron ? Assurément, mais il n’aurait pas massacré ces soûlards, dussent-ils ne pas être amnésiques. « Laissez ces bonnes gens à leurs palabres. Que diraient-ils au juste ? Que je trouve vos iris singulières ? » Une bien maigre pitance pour des cancans houleux. « S’ils apprenaient à regarder ceux qui les entourent dans les yeux plutôt qu’à dévorer le bout de viande qui dépasse d’un jupon trop court, probablement se rendraient-ils compte que mon constat est on ne peut plus pragmatique. Et si j’en crois vos mots, je ne suis guère le premier, dois-je en conclure que vous êtes fort courtisé ? » Ses yeux s’amusaient à lui demander implicitement s’il avait du mourons à se faire vis-à-vis de sa potentielle concurrence ou s’il allait pouvoir l’avoir pour lui ce soir. Il tenait aussi à lui souligner que s’il était possible de faire naître des rumeurs stupides avec ses mots, ceux de son interlocuteur pouvaient tout autant être détournés en une réputation de catin. Pour autant, tuerait-on ces gens ?

Il écrasait sa cigarette fumée à son terme dans le cendrier et laissa échapper d’entre ses lèvres, savourée, la dernière bouffée de tabac. « En vérité, la politique est faite de charmes feintés et de caresses verbales tantôt osées, tantôt ironisées. On pourrait dire que je jette mon dévolu sur des hommes à longueur de journée, que je m’offre pour les voir me céder, et puis séduis, ils reviennent à quatre pattes pour en redemander. » Il pouffa légèrement. Étrange d’ailleurs comme cela n’était pas diabolisé à sa juste valeur. Son métier le mettait hors de tout soupçon sur le sujet alors que paradoxalement, il était de ceux qui s’y adonnaient le plus. C’était probablement mieux ainsi. Il n’avait pas envie que son nom subisse une nouvelle souillure. Il avait déjà bien assez à faire. « Alors… Non, je ne crains pas le scandale. Mais vous, Monsieur Vetrov, vous n’êtes pas trop porté sur les mondanités. C’est à se demander comment vous gardez votre nom si immaculé d’éclaboussures calomnieuses quand vous cédez aussi rapidement à mettre votre main sur ma cuisse. » Au sens figuré, il raillait, son sourire complice le soulignait. En son for intérieur, il ne moquait bien de l’orientation que pouvait avoir son interlocuteur, ce qui en soit, devrait l’intriguer sur ses propres convictions. Mentalement, il balayait le sujet comme un tabou sur lequel il ne voulait absolument pas s’interroger lui-même. En vérité, la seule chose qui lui avait importé, c’était que son hôte n’ait pas pris la mouche à ses propos.

Aussi, très vite, il changea de thématique : « Si vous jouez aussi bien aux cartes que vous ne maniez votre baguette, Monsieur l’auror, je risque de finir ivre plutôt que sapiteur à votre sujet. » Une façon de lui souligner qu’il avait identifié qui il était. Il fallait croire que sa connaissance des noms s’étendait plus largement encore que celle des visages, même si pour l’heure l’aveu alliait faciès et appellation. Main libre, il consulta ses propres cartes et un fin sourire joueur indiqua qu’il n’avait pas forcément une très bonne distribution pour cette manche. « Je prends le risque. » fit-il ferme, loin de se démonter pour autant. Il avait au quotidien des adversaires bien plus redoutables qu’une poignée de cartes, il n’avait pas froid aux yeux. Russe de pure souche, il voyait l’alcool comme un ami qui savait le mettre parfois KO plus que comme un ennemi à fuir en toutes circonstances. Néanmoins conscient de sa posture, il ajouta : « Faites-moi plaisir. Reconduisez-moi à mon domicile si vous gagnez. J’habite un peu en dehors de la ville, sur les bords de la Neva. Domaine Belyy Tsvetok. » Littéralement la fleur blanche. Son père était un piètre poète et la fleur blanche figurait sur le sceau des Ivanov, entre autres symboles. Sergeï s’était attaché à celui-là lorsqu’il avait repris la demeure. Il abaissa une carte à son tour puis releva ses prunelles sur Pavel, l’observant avec l’intensité prédatrice qui était la sienne, le silence revenu entre eux, même s’il gardait pour lui-même certaines interrogations intriguées, le temps de leur donner un peu de réflexion avant de s’avouer vaincu.

La première manche fut une catastrophe, si bien qu’il se retrouva à vider son verre pendant que son partenaire redistribuait. La chaleur caressait sa gorge. Il n’aimait pas perdre sur la scène politique, mais ce jeu était bien le genre de défaite pour laquelle il acceptait d’être bon joueur. Il fallait dire que l‘occulumancie de son hôte ne l’aidait pas tant à tricher comme il le faisait d’ordinaire. Reposant son verre allégé de son contenu, il leva son regard azuré par dessus ses nouvelles cartes. Manchot, il ne manipulait son jeu qu’avec une seule main avec une dextérité acquise au fil des années et l’assurance qui parvenait bien souvent à faire oublier son handicap à son entourage. Il appréciait à se perdre dans les couleurs changeantes ses iris, sombrant avec l’une puis avec l’autre comme un cavalier infidèle qui ne savait pas avec quelle jouvencelle valser, s’accommodant avec toutes pour ne pas faire l’effort de choisir, dussent-elles se dévorer de jalousie entre elles. Il trouvait étrange que Pavel ne se plaigne de l’insistance de son regard, le soutenant même dans une invitation à poursuivre et à laquelle Nikolaï cédait. Intriguant homme, il devait l’avouer. Son atypicité l’avait amplement amadoué, faible qui l’était face à ce qui pouvait le sortir de son quotidien de nobliau. La séduction de leurs prunelles trouva une fin brutale et impromptue quand la catin fut plaquée buste contre la table par le chasseur de gibier féminin pour… Non, ils n’allaient tout de même pas faire ça sur leur table ?

Ramenant ses cartes contre lui comme pour  protéger leur pureté candide de ces porcs, il cligna des yeux, perplexe. N’avait-on que si peu de dignité en ce monde ? Qu’ils fassent ça sur leur propre table et qu’ils les laissent jouer enfin ! Pour cette fois, il lui avait semblé que la manche tournait en sa faveur ! Attirés par le boucan, ceux qui le cherchaient étaient venu à sa hauteur pour renvoyer le soûlard en rûte et sa lapine couinante hors de là. Nikolaï posa ses cartes, face contre table pour replacer leur défausse bien droite, semblant nier ce qui s’était pourtant produit sous ses yeux. Il porta son regard sur son verre qui avait de nouveau fini sa course au sol. Il roula des yeux : « Le gérant va finir par me mettre dehors... » maugréa-t-il. C’était le deuxième verre qu’il cassait malgré lui mais qu’il ose seulement essayer de mettre à la porte un Ivanov. Il poussa un soupir et observa ses amis de la Main Noire intrigués par son hôte. Visiblement, eux aussi ne semblaient pas le connaître : « C’est le Tsar de Russie, vous ne le reconnaissez pas ? » plaisanta-t-il loin de se douter que ses abrutis le prendraient au pied de la lettre, leurs mains saisissant leur baguette. Nikolaï fit de gros yeux, contraint de les stopper immédiatement : « Non-non-non-non ! » Il se frotta l’arrête du nez, dépité : « C’était une boutade… Juste… Une boutade, bon sang ! » Il avait été à deux doigts de perdre son futur surveillant et sa distraction du soir. Il lâcha un lourd soupir, sans nul doute favorisé par l’alcool bu cul-sec, loin de se douter qu’il était également passé à deux doigts d’éliminer le dernier tsar en vie.
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7/4/2017, 20:39
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Le corbeau se moquait de la corneille, amadouée par son plumage et la danse qu'elle lui offrait en cette soirée dans le seul but de faire tomber le sieur charognard dans ses filets. Comment ne pas lamper l'ironie de se faire jauger comme un barbare par ce traître assassin ? La réponse qu'il offrit, avec un petit froncement de né amusé, fut pourtant des plus amicale. «  Oh peut-être un peu » fit-il avec une auto-dérision et une légèreté étudiées spécialement pour paraître et s'affirmer, faisant entièrement partie du jeu qu'ils partageaient.On pouvait le dire, il l'était et l'assumait, cela ne lui aurait rien coûté de devoir tuer ces soudards, fussent-ils innocents, pour permettre de ne pas ébruiter quelques secrets sensibles. Sans doute pas une honteuse inclinaison de sa part comme de celle de son vis-à-vis, mais peut-être bien sa véritable identité. Commettre un meurtre ne le dérangeait pas, si c'était pour le plus grand bien. Et tout ce qui contribuait à ce bien, à ce combat qu'il menait, devait être préservé autant qu'il était possible de le faire, et avec le dernier des zèles. Pourtant, le sourire qu'il affichait ne trahissait en rien ses sombres et sinistres pensées, sa propre détermination, sa conviction, l'empêchant de remarquer le fanatisme qui l'habitait sans doute à égale mesure de celui de l'Ivanov, monstre à l'auréole de sainteté. La suite le fit renâcler d'un rire grinçant d'une ironie mal dissimulée, le sorcier ne pouvant guère que soutenir l'affirmation critique et dépourvue de toute forme d'hypocrite politesse policée telle qu'elle se pratiquait dans les rencontres mondaines. Il n'aurait pas été surpris un seul instant que Nikolaï soit le pirate de plus d'un dame bien née, l'homme dangereux à l'aura exotique qui les sortait de leur ennui mortel, de leur quotidien fané pour faire de nouveau palpiter leurs petits cœurs emprisonnés. Des oiselles ignares, tenue à leurs activités oisives et souvent puériles, qui se brûlaient les ailes contre son magnétisme venimeux, aisément vaincues par son doigté…Ne l'admirait-il pas un peu, en soi ?

« Je suis encore célibataire » répondit-il à la question osée par une remarque détournée sensiblement de l'axe qui lui avait été donné. Si une femme passait la trentaine ne s'était jamais mariée, elle devenait une vieille fille souvent sans espoir de sortir du crochet de son père, ou de son frère, si elle en avait un. Mais un homme avait tout loisir d'attendre avant de trouver chaussure à son pied puisque le sexe fort était naturellement considéré comme bien plus capable qu'une pauvrette n'ayant rien vu du monde. A raison d'ailleurs. Et lui, dans son identité d'emprunt, était un parti respectable sans être trop titré de peur d'attirer trop d'attention… Il était naturelle que de nombreuses femmes lui tournent autours, notamment des femmes moins bien dotées, de familles plus humbles cherchant à s'élever socialement et économiquement. La saison des débutantes s'achevait bientôt pour laisser place à une nouvelle fournée lors de l'été, les dernières à ne pas être casées cherchaient sans doute désespérément un homme appréciable par leurs familles. Dans ces conditions, un homme tel que lui serait effectivement très approché, et il n'osait imaginer la chose s'ils avaient remonté soudainement le temps, quelques années auparavant, lors que la famille Romanov était encore au pouvoir. S'il n'avait été marié à l'époque, sans doute aurait-il insisté pour partir en campagne martiale en cette période si redoutée. Histoire de s'assurer d'avoir un peu d'air. Il avait, néanmoins, été marié dès l'âge de douze ans, à une femme de la noblesse à présent décédée… comme tout le reste de la famille qu'il avait aimé autant qu'il l'avait fuit. Mais pour l'instant, tout cela n'allait que dans le sens d'une permission déjà accordée. Si lui réclamait l'Ivanov comme sien, il pouvait bien se laisser posséder pour quelques heures.

Un échange en toute légitimité, et puis il devait bien avouer que cela l'amusait énormément, tout comme la réaction qu'aurait toute sa strate sociale embrigadée et même Raspoutine en personne s'il savait que son petit favori venait de jeter son dévolu sur le dernier représentant de la lignée qu'il exécrait. Et à le voir pousser encore davantage l'audace des sous-entendus, il éleva un sourcils suggestif et connivent, amusé qu'il était, réellement, de voir à quel point cet homme froid semblait soudainement sortir de sa coquille. Il avait trouvé la formule magique pour ça sans le vouloir ? Ce n'était pourtant que trois fois rien, ce jeu encore esquissé. Ils avaient toute la soirée pour le rendre encore plus délicieux et audacieux. Il lui donnait des idées, sans le vouloir… S'il n'avait pas eut l'intention de le tuer une fois au calme, sans doute lui aurait-il sincèrement plut de le séduire et de le mettre à sa merci, le laisser se complaire et lui revenir pour, une fois la proie correctement ferrée, lui apprendre de qui le terrible Nikolaï Ivanov s'était entiché. La lueur d'horreur meurtrière dans son regard à ce moment-là n'aurait pas eut de prix, un souvenir à graver durablement dans sa mémoire. Pourtant, un doute lui vint, étrange dans son honnêteté. Lui ne voyait cela que comme une banale sapiophilie, l'attirance mutuelle pour l'intellect de l'autre qui transparaissait aisément dans leur façon de s'approcher et d'échanger. Mais la modulation de ces derniers effets lui faisait soudain s'interroger sur le caractère physique du magnétisme qu'il pouvait faire s'exprimer chez son vis à vis. Était-il déviant ? Le prince se le demandait, lui rendant pourtant son sourire, malicieux et complice. Le laxisme qu'il montrait face à l'avancée qu'il avait faite, toute spirituelle qu'elle fut, était vraiment perturbante.

Ce n'était pas là l'image qu'il avait eut de son interlocuteur, et il s'avouait sensiblement prit au dépourvu, bien que l'autre eut alors l'étrange délicatesse de ne pas insister, changeant de sujet du tout au tout. Et il laissa faire, de très bonne grâce, admettant qu'il s'était lui-même un peu précipité en abordant un sujet aussi délicat et scabreux à leur premier échange. Le vaste positif de sa réponse à ses interactions l'avait sans doute leurré, mais il valait mieux garder les pieds sur terre… sans pour autant oublier. Ni l'un ni l'autre n'avait réagit comme ils auraient tous deux dû le faire. N'ayant pas retiré de son identité d'emprunt qu'il avait été Auror, le voir lui en parler ne le surpris pas vraiment, et il coula sensiblement dans son assise, prenant ses aises avec un naturel royal. « Ex-Auror » précisa-t-il sans perdre aucunement de sa bonne humeur « Mais je ne peux effectivement vous garantir votre sobriété » Et le ton qu'il employait susurrait sans mal que cela l'amusait beaucoup, impénitent joueur qu'il était. Depuis le temps qu'il pratiquait, entre deux cours, avec ses camarades, puis ses collègues au MACUSA, Ioann estimait être plutôt doué, même si une large part de la discipline s'avérait reposer sur de la pure chance et rien d'autre. Au besoin, un peu de triche à l'ancienne, comme les moldus. Cela risquait d'être particulièrement divertissant, d'autant que son adversaire ne pourrait pas biaiser lui-même et ne connaissait sans doute pas les petites techniques de la population non magique. Oui vraiment, c'était l'ouverture parfaite pour son plan.

En voyant la lippe de l'autre frémir, il devina sans mal que le jeu était soit excellent, soit réellement mauvais, mais décida de ne pas se concentrer sur ce maigre indice pour le moment. L'autre était un politicien roué, sous-estimer sa capacité à bluffer serait une très mauvaise idée. « Parfait » fit-il, manquant ronronner de plaisir à le voir relever son défi. La demande, honnête, le convainquis finalement qu'il risquait fort de gagner cette manche-là, et il se laissa rire chaudement, les yeux pétillants. « Je vous obligerais, n'ayez crainte, il me serait fort dommageable de laisser le patriarche de la famille Ivanov rouler sous une table » Il avait retenu un commentaire au sujet du nom de la demeure et de la virginité des femmes qui l'habitait, se doutant que, même s'il avait l'air de l'apprécier, Nikolaï réagirait cette fois fort mal à un sous-entendu au sujet de la vertus de ses femmes et filles probables. En revanche, la méprise sur la place qu'occupait l'homme dans sa maisonnée était toute volontaire, même s'il avait grossit le trait de l'instinct d'auto-préservation par dérision. Il n'aurait probablement laissé aucun camarade de beuverie finir sous une table, quel que soit le pedigree. Et puis, c'était précisément ce genre d'ouverture qu'il attendait, l'autre lui ouvrait grand les portes de ses pénates, comment faire la fine bouche, c'était un tapis rouge qu'on lui déroulait. Peut-être ferait-il un tour pour jauger les lieux, quand il l'aurait tué…

Il abattit une nouvelle carte, avec un léger sourire en coin, soutenant son regard vibrant du sien sans ciller, accrochant toujours davantage dans cet affrontement, cette chasse silencieuse. La première manche était à lui, et il rit sous cap en l'invitant à boire tandis que lui même faisait une nouvelle donne. Il maniait les cartes avec aisance, le poignet leste, mais observant l'autre descendre son verre avec une satisfaction évidente, très fier de son coup de poker, sans jeu de mots ! Pour autant et malgré la victoire, il saluait l'autre pour la façon dont il s'en sortait avec une seule main, ça ne devait certes pas être simple que de vivre avec un seul bras valide… Mais ce serait un avantage pour lui si l'autre essayait de se défendre quand il s'en prendrait à lui. S'il était encore en état de le faire, bien évidemment. En un sens il espérait que ce soit le cas, il préférait tellement un véritable duel à une exécution sommaire, sans panache, sans saveur… Il aimait la tension de la bataille, l'adrénaline de la mise à mort… Un frisson le parcourut, et il détourna ses pensées une nouvelle fois pour ne pas se trahir, surtout lorsque l'autre plongeait son regard dans le sien avec une telle intensité. Le sorcier ne désirait pas gâcher cet échange si singulier, si intense, dans lequel il se complaisait presque malgré lui, étonné sans l'avouer de la facilité avec laquelle il l'avait enchanté.

Soudainement, d'ailleurs, l'union se figeait, s'intensifiait encore, tandis qu'ils se miraient droit dans les yeux, s'accrochant l'un à l'autre sur un mouvement de cartes. Le prince ouvrit la bouche dans l'intention de parler, voyant presque la demande s'inscrire dans les tréfonds des iris céruléennes… et fut coupé court par l'apparition soudaine et impromptue entre eux d'une catin fort déshabillée. L'adrénaline de la surprise rugit un instant dans ses veines, alors qu'il se tendait et décochait un regard mauvais à la fille publique, se redressant sur son assise et écartant son verre pour qu'il ne se renverse pas. Quelles manières étaient-ce là ? Ça allait beaucoup trop loin, pour le coup, que l'alcool puisse désinhiber, certes c'était là la vérité, mais boire au point de perdre le sens commun et passer pour un animal en rut, c'était tout autre chose, et personne n'appréciait. Esquissant un geste d'érection dans le but de renvoyer ces deux libertins hors de leur table, et très probablement dehors dans la neige histoire de les rappeler à la raison, Pavel fut néanmoins prit de court par l'initiative des hommes de la main noire et se contenta de se rasseoir en s'installant de nouveau confortablement, sirotant son verre pour faire passer sa désapprobation profonde devant un comportement aussi scandaleux. Ses lèvres pleines se pincèrent pour retenir quelques gouttes du précieux spiritueux qui lui humectait la chair, et se détourna finalement pour observer la réaction de l'Ivanov.

Le verre de celui-ci venait d'embrasser le sol une fois de plus. L'exilé haussa les sourcils, perplexe, et sortit sa baguette. « Reparo » fit-il pour toute réponse, et le verre revint à son intégrité, lui permettant de se baisser pour le ramasser et le replacer sur la table d'un geste net. Hélant le serveur le plus proche, il demanda une bouteille complète, cette fois, et, après un instant, ajouta avec taquinerie l'exigence d'un second verre, juste au cas où le désamour du politicien pour ceux-ci se poursuivait durablement. Nikolaï n'avait pas tout à fait tord, le gérant allait finir par leur tenir rancune de tous ces verres brisés même s'il n'oserait rien dire… Enfin, pas à son interlocuteur en tout cas, lui n'aurait probablement droit à aucune forme d'indulgence, même sainement lacée d'auto-préservation. Replaçant ses cartes avec une minutie un peu exagérée, il rata l'attente des gorilles du nobliau, et ne s'attendit donc pas à les voir le mirer avec autant d'insistance. Lorsqu'enfin il prit conscience de l'étude dont il faisait l'objet, le sorcier leur fit un petit salut goguenard… avant d'ouvrir de grands yeux ahuris en entendant l'affirmation lancée à la cantonade par son compagnon de soirée. Dans son esprit, un blanc se fit, tandis qu'il l'observait sans y croire, tellement prit au dépourvu que, pour le coup, sa verve le quittait. Puis, tout aussi promptement, ses capacités cognitives revirent au grand galop…

Comment avait-il su ? Qu'avait-il dit exactement qui ait pu le faire démasquer, ce n'était simplement pas possible, il avait bien prit garde… et son esprit était verrouillé… Tout alla excessivement vite. Son sang rugit, et il se tendit comme la corde d'un arc, ou la lanière d'un fouet, prêt à saisir sa baguette et à défendre chèrement sa peau. Prêt également à emporter l'Ivanov avec lui en dernier coup d'éclat. Il aurait préféré Raspoutine, mais sur son lit de mort, on ne fait pas le difficile. Il voyait déjà le point d'impact, se préparait à l'assaut, quand la voix de Nikolaï le faucha de nouveau et cette fois, le prince lui décocha un regard désabusé. Non sérieusement, une blague… ? C'était tellement improbable, tellement irréaliste, tellement absurde que l'information avait du mal à s'ancrer en lui. La remarque était une blague ? Quelles étaient objectivement les chances d'une situation aussi rocambolesque ? Non, à le voir l'autre était sérieux, il avait simplement dit cela pour faire de l'humour.. Un trait d'esprit qui venait de le faire passer à deux doigts de la mort, et l'Ivanov d'un succès qu'il n'imaginait pas un instant. Celle-là resterait à jamais gravée en lui, impossible de l'oublier. Le soulagement l'engourdit un bref instant, avant que le souci de sa réaction ne reviennent comme un oiseau de mauvais augure.

Pouvait-il plaider avoir été réellement prit au dépourvu par son trait d'esprit ? Sans doute en fin de compte, il n'aurait pas l'air plus gauche et suspect que les hommes de la main noire en fin de compte, mais tout de même… Lui qui se faisait une fierté d'être inaccessible et de son masque en permanence, c'était mal joué sur le coup. Personne ne s'attendrait à une blague d'un goût aussi douteux. Éloignant la main des plis de sa veste, et donc de sa baguette, il échangea un regard perplexe avec celui qui menait la petite troupe… un regard qui glissa lentement vers Nikolaï. « Et bien Mr. Ivanov, on peut dire que vous êtes mortellement drôle » Oh oui, à mourir de rire tient. Son cœur battait encore comme un tambour emballé, et une part de lui avait encore du mal à croire à ce qui venait de se passer. Il se força néanmoins à se détacher de la présence de la petite bande, faisant comme si de rien n'était, et laissant un sourire grinçant s'afficher sur ses lèvres. Dans l'état de tension latent qu'il subissait en contre-coup de cet instant d'égarement, c'était l'expression la plus naturelle et la plus rouée qu'il pouvait trouver. « Avouez, vous souhaitiez me déconcentrer sur cette manche hein ? Bravo, c'est réussit » Il se coucha, n'ayant pas le jeu pour le battre. Soupirant profondément, il prit son verre, en bu une gorgée, puis l'observa du coin de l'oeil, comme à la dérobée.

« Je répondrais donc à l'une de vos questions » Il ne doutait même pas que l'autre en ait des dizaines en tête. Était-ce orgueilleux de sa part ? Certainement, et objectif aussi, ce qui ferait encore moins plaisir à certains. C'était exactement le genre de mélange que la masse ne supportait pas. En attendant, délayer la situation s'avérait une bonne solution, rester focaliser sur une blague dangereuse ne servirait qu'à attirer la suspicion. La bande de gorilles était encore plantée sur place, aussi décida-t-il de pallier au problème à sa façon. Se tournant de nouveau en prenant bien garde d'être aussi ouvert, naturel, et narquois que possible, il lança : « Vous n'allez tout de même pas rester plantés là indéfiniment si ? » Il soupesa le commentaire suivant avec beaucoup de précaution, puis décida que cela convenait assez à son image, bien qu'il fut sans doute un peu audacieux. «Allons, je ne suis pas très à l'aise avec un public, si vous souhaitez rester, il va vous falloir jouer… Peut-être devrais-je vous enseigner le strip-poker ? Non ? » La question s'était faite innocente, mais il pariait que le concept les rebuterait assez pour qu'ils décident de prendre en congés, en délivrant leur message ou non. Il y eut une vague d'indécision surprise et sans doute un peu dégoûtée dans les rangs, puis ils se mirent enfin en mouvement, lui arrachant un large sourire paternaliste. « Qu'ils sont bien dressés ces garçons... »

Il le faisait exprès, croisant les bras, et attendant avant de revenir à l'objet de son intérêt, toujours assis en face de lui. « Je suis tout à vous »


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11/4/2017, 22:15
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Un ex-auror, bien entendu. Sourcil relevé comme une surprise à l’évocation et pourtant, il le savait. Nikolaï n’avait pas mentionné oralement la nuance, au risque de trahir la confidence dans laquelle il avait été mise : Pavel serait surveillant à Koldovstoretz. D’auror il n’y avait plus vraiment, mais il était bon joueur et acceptait la réplique, feintant la surprise à merveille sans pour autant lui réclamer une information qu’il savait déjà. Il plaçait cela sur le même niveau que les multiples questions qu’il avait à son sujet mais qui ne franchissaient pas ses lèvres pour l’instant, préférant sans nul doute l’usuelle ignorance pour ne pas briser la bulle fragile des secrets. Un ex-auror qui avait des réflexes prodigieux s’il en croyait la réaction qui se produisait sous les yeux, alors qu’il se frottait l’arrête du nez. Même sans legilimancie, il ne pouvait que contempler le blanc soudain sur le visage de son partenaire de jeu, autant que sa dextre qui avait rejoint l’emprise de sa baguette. Tout à ces détails de son faciès autant que de son corps tendu et alerte, Nikolaï sentait monter en lui la bile amère de la suspicion. Ses prunelles céruléennes le fixaient avec une intensité qui ne rêvait que de le transpercer de part en part pour qu’enfin vienne à lui l’auguste compréhension. Il ne s’y échinait qu’à moitié, sachant pertinemment que sa magie n’aboutirait aucunement, sans pour autant que l’éclat de ses iris ne se montre moins faible. Le regard désabusé de Pavel coula sur lui avec une indifférence totale : « Je suis navré. » Il ne le pensait pas le moins du monde mais c’était ce que la bien-séance attendait de lui, donc il s’y pliait modestement : cela ne lui coûtait que l’articulation d’une poignée de mots alors autant s’en trouver quitte avec les bonnes manières. Un sourire vint se loger dans le coin de ses lèvres.

Un humour mortel ? C’était peu dire en l’espèce quand il savait que son ami du soir venait de passer à deux doigts de la mort. Serait-il trépassé ? C’était un auror et à en juger la rapidité avec laquelle il avait glissé sa main à sa baguette, il y avait fort à parier qu’il se serait bien défendu le bougre. C’était bon à savoir, pour l’avenir si la situation se présentait à nouveau : ne pas le sous-estimer. Le jaugeant en silence, il poursuivait la manche jusqu’à faire coucher son adversaire devant lui, visiblement en possession d’une main des plus défavorables. Il tâcha de se détendre, certain qu’il était de ne pas avoir tout à découvrir de ce personnage singulier, et probablement que l’alcool commençait à lui monter pour qu’il ne s’amadoue si aisément. A l’invitation qu’on lui offrait de poser une question, Nikolaï marqua un lourd silence. Un silence qui n’était pas que celui de la réflexion : les deux intrus qui étaient restés plantés là le gênaient. Il attendait que le message lui soit délivré, s’ils en avaient un et qu’ils s’en aillent mais définitivement, ils avaient décidé de mirer Pavel. Son Pavel. De quel droit pouvaient-ils le regarder de la sorte ? Nikolaï était un homme très possessif. De leurs échanges de regards, il avait noué le désir de se l’accaparer, cet homme qui, de façon outrageusement audacieuse, congédiait les deux idiots. Le politicien en rit légèrement, marquant oralement l’amusement tout en restant réservé. Il ne fut pas mécontent de les voir s’en aller, les laissant en tête à tête. « Je ne me souviens pas que nous ayons évoqué cette règle du jeu. Quand l’avez-vous rajouté ? Avant ou après avoir perdu cette manche ? » questionna-t-il, railleur, pour son hôte. Il n’avait pas même pris la peine de protester contre l’instauration arbitraire de la règle, donnant l’illusion de s’intéresser à un détail aussi anodin qu’inutile. Quoique : le perdant n’ôtait-il pas un habit ?

Il était tout à lui ? L’expression lui fit arquer un sourcil surpris de la formulation. Cet homme ne manquait pas d’une certaine audace nonchalante qui lui allait fort bien et qui divertissait le futur directeur de Koldovstoretz. « Alors, tâchez de le rester cette fois. » rétorqua-t-il en pseudo-reproche de l’intrusion pour laquelle Pavel n’était nullement en faute. Et de rester en vie, surtout. Jouer avec un cadavre, c’était tout de suite moins pratique. Mélangeant les cartes, il serra les dents à la douleur de son bras qui a elle seule parvint à lui ôter l’euphorie de la soirée. Qu’il maudissait de chaudron… Distribuant, il ne fut pas malheureux de reposer délicatement sa dextre malmenée sur la table, ses doigts souffrant à la peau comme brûlée venait trouver du réconfort contre la paroi glacée de l’un de ces verres. Oui, parce que sur un coup d’humour, il en avait à présent deux. Chacun d’eux plein, comme l’annonciation des deux prochaines manches qu’il allait perdre. Il reprit le fil de leur conversation abandonnée : « Je suis suis pas le patriarche. » corrigea-t-il à son tour. Pas encore. Mais même si ce projet existait dans son esprit, il ne pouvait en souffler le moindre mot à celui qui lui faisait face. Son propos transpirait le caractère humble dont il n’avait certainement pas hérité de son défunt paternel, à défaut de ses possessions. Appuyant son propos, ses prunelles aux teintes céruléennes venaient reprendre leur ancrage dans les yeux de Pavel, s’offrant le loisir de l’intensité vibrante. Il quittait parfois son regard pour le poser sur ses cartes, le temps de son tour, pour mieux revenir sur son vis-à-vis ensuite.

Pensif, ses réflexions sur Pavel s’entremêlaient, en quête de la question qu’il pourrait bien lui poser car de nombreuses se faisaient concurrence en même temps menaçant d’être lâchées d’un seul coup dans un charabia que lui seul comprendrait. « J’ai du mal à saisir le fil conducteur de votre vie. Vous quittez le Macusa pour venir vous perdre en Sibérie et vous couper du monde. En général, on prend ce genre de virage radical lorsque quelque chose de particulier sectionne le temps d’avant du temps d’après. » Il abaissait une carte, à nouveau, relevant ses mires si claires sur son futur surveillant : « Drame ou déception sont les plus récurrentes raisons. Quelle est la vôtre, Mr Vetrov ? Que vous est-il arrivé ? » Laissant revenir le silence entre eux suite à la demande indiscrète, Nikolaï le contemplait, cherchant en lui les réactions qui pourraient lui expliquer qui était Pavel Vetrov. Cet homme qui se jetait sur sa baguette lors d’insinuations douteuses, prêt à défendre chèrement sa peau, comme un coupable en cavale. Il laissa la situation se détendre alors qu’il sourirait, ne pouvant s’empêcher de lâcher une nouvelle plaisanterie. « Ne me dites pas que vous avez toujours rêvé de changer de vie et de vous baigner dans les eaux gelées de l’Amour, je ne vous croirais pas. Personne n'est assez fou à ce point. » Son sourire en coin, se poursuivit jusqu’à ce qu’il ne se couche à son tour, en poignant l’un de ses deux verres pour le vider.
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17/4/2017, 14:36
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Le voir s'amuser de l'offense faite à ses subordonnés acheva de le détendre, bien qu'il décida de ne pas baisser totalement sa garde quand à un possible retour des interrogations concernant la réaction excessivement défensive qu'il avait eut face à la menace d'être tué par erreur. On ne pouvait jamais savoir, de là à ce que Nikolaï se montre meilleur acteur qu'il ne le croyait déjà, au point de feindre son début d'ivresse, et qu'il le prenne par surprise au détour de la conversation. Avec cet homme, mieux valait être prêt à toutes les éventualités, de la plus probable à la plus exceptionnel, et sans doute y en avait-il un éventail dont il ne savait strictement rien pour le moment, comme un paquet cadeau en bonus d'avoir l'attention complète de ce dangereux sorcier. Et il adorait l'idée. Elle l'amusait autant qu'elle titillait ses nerfs, l'obligeant à rester parfaitement éveillé face à ses moindres réactions. D'un sourire, il répondit, permissif et railleur : « Vous m'avez découvert ! » Un léger ricanement « Après je rêve de tomber la chemise par cette chaleur » Ce n'était absolument pas vrai, et il ne faisait pas d'efforts particulier pour le lui faire croire. C'était une blague, rien de plus, dont il se serait sans doute gardé en présence de la gente féminine, trop innocente pour ce genre de choses. Il était évident que la règle en question ne se serait appliquée que dans le cas très improbable où les trois idiots se seraient joint à eux, même s'ils n'auraient pas vraiment arrangé ses affaires. Fort heureusement, la perspective de finir en tenue de naissance semblait suffisante pour repousser leur inbitable curiosité, et il en était soulagé. Un seul meurtre lui suffisait, pas besoin d'y ajouter celui des deux autres, dont la seule faute réelle, en fin de compte, était la bêtise. Et sans doute la crédulité. Donc la bêtise. Oui, il était du genre à mettre ces deux défauts dans le même panier. Mais ils étaient partis, le laissant de nouveau seul, seul face à sa proie.

Au haussement de sourcil, il se contenta d'un sourire bref du coin des lèvres, et ronronna une réponse qu'il joua innocemment. « Voyons, Mr. Ivanov, bien entendu ! Je n'avais aucun autre plan en tête » La fin de la réplique se fit sensiblement traînante, comme s'il ne parvenait pas à imaginer où il aurait pu aller autrement, même en essayant bien. Le prince laissa à son vis à vis le soin de re mélanger les cartes et de distribuer, l'observant par en-dessous sans parvenir à le lire réellement… Curieux tout de même, de le voir soudainement si indéchiffrable alors que l'instant était parfaitement anodin. Était-ce son bras ? Il ne voulait pas s'avancer sur le sujet, et doutait du bien fondé de poser la question. Non, mieux valait faire comme si de rien n'était, puisque cela n'avait rien de dommageable. Patient pour une fois, il lui laissa le loisir de s'exprimer le premier, effaçant ainsi le risque d'avoir affaire à un mur sans aucune prise qu'il pourrait utiliser. La réflexion, cependant, lui tira une expression ambiguë et un haussement d'épaules. « Pas encore, sans doute » fut sa propre réponse, en écho à des pensées dont il ne savait rien. Un tel homme cependant, avec son ambition, ne resterait pas indéfiniment second, il ne le voyait guère supporter cet affront. Il lui livra, sur cela, ses prunelles sans concessions et sans crainte, la clarté cérulée se heurtant une fois de plus au fauve de ses propres prunelles franches. Il ne rougissait pas un instant de ce qu'il avançait, et n'avait de toute façon pas à le faire, ce ne serait ni la première fois ni la dernière que de tels propos seraient tenus. Ils étaient sans nul doute monnaie courante et n'engageait qu'une ambition reportée comme il en existait des centaines, peut-être simplement un peu plus insolente, à son image. Et bien d'autres individus devaient soutenir l'Ivanov dans une accession accélérée au patriarcat. Ainsi en allait le gouffre générationnel.

Il abaissa une carte sans le lâcher des yeux, et se contenta de sourire, matois, à la question qu'on lui posait si promptement. Quoi, il grignotait déjà sur les questions les plus juteuses ? Bon certes, en vérité, c'était de sa faute, pour avoir affirmé avoir passé les dernières années au bord de l'amour. Riant sincèrement à la boutade qu'on lui décochait, il secoua un peu la tête et se bu une partie de son propre verre, ses cartes dans l'autre main. « J'ai effectivement toujours rêvé de faire un plongeons dans l'Amour » C'était une plaisanterie dont le ton pouvait suggérer qu'ils ne parlaient peut-être plus du fleuve. Néanmoins, il ne fit rien pour préciser la possible sensation et se contenta de poursuivre, tranquillement : « J'ai réalisé ce rêve et je peux affirmer que je ne recommencerai pas. L'eau là-bas est aussi froide que la mort, elle vous fait d'autant plus apprécier la chaleur des fourrures et de l'alcool... » Pourtant, l'amusement quitta en partie son regard tandis qu'il échangeait avec lui quelques longs instants d'une communication silencieuse, portant la promesse qu'il n'allait pas s'arrêter là, en ne lui donnant qu'un os à ronger. Et comme tout bon mensonge se basait sur une certaine forme de vérité, il avait déjà en tête ce qu'il comptait donner comme réponse à sa curiosité. Lorsqu'il reprit, ce fut avec un détachement ouvertement calculé. « J'ai effectivement quitté le MACUSA par déception, mais également avec un peu d'encouragement de la part de mes supérieurs. Disons que le scandale concernant Grindelwald est mal passé avec moi » Il croisa les jambes, marqua une pause, avant de poursuivre « Et puis, il n'avait peut-être pas tout à fait tort en proclamant que la politique du secret était une entrave plus qu'une sécurité... »

De nouveau, il se tut quelques instants, avant de continuer : « La présidence a fait relativement peu cas de la mort de mon supérieur immédiat, a réussit à laisser filer Grindelwald, a volontairement fermer les yeux sur des fautes commises par des citoyens américains et des ressortissants étrangers... » Sa voix baissait légèrement en octave à chaque faute qui se rajoutait à la liste, alors qu'il priait intérieurement Pickery de bien vouloir lui pardonner l'utilisation qu'il faisait de ses actions. Il avait trop besoin de cette magnifique excuse pour compléter le personnage ambivalent qu'il jouait. Son regard, intrinsèquement, s'était également assombrit, prenant des teintes carmines passées, comme un bois rouge. « Sans compter que la majorité des lois séparant non-maj' et sorciers sont dépassées et excessives, issues d'erreurs plutôt que d'une tentative de porter au mieux les intérêts de la communauté magique » Il gagna la manche là-dessus, le laissa boire une troisième fois, et prit les cartes pour les mélanger à son tour, sans pour autant être dérangé dans son discourt. « J'ai décidé que la sécurité de mon emploi ne valait pas l'hypocrisie alors j'ai ouvert la bouche pendant une réunion et j'ai dis tout haut ce que je pensais. Grands seigneurs, ils ont décidé de mettre ma témérité et mes propos discordants sur le compte des récents événements, et ils m'ont proposé des congés longue durée, pour disons me remettre... » Il eut un large sourire « Je n'ai pas eu envie d'avaler l'avertissement et la mise à pied déguisées, et je leur ai dis d'aller se faire voir. Le jour suivant, je donnais ma démission et je quittais le pays pour prendre l'air. Il y en a beaucoup, près de l'amour… de l'air. Et peu d'imbéciles sentencieux »

Cette manche s'engageait mal pour lui, il le comprit rapidement en voyant ses cartes, et fut contraint d'espérer une meilleure pioche. Pour faire perdre en agressivité à ses propos, il reprit rapidement, passant du coq à l'âne. « J'avoue que vous êtes un adversaire honorable, Mr. Ivanov, j'ai hâte de vous voir jouer au Tonk » Il prit son verre, l'acheva, les resservit. Volontairement, il y avait quelque chose de plus vif encore dans la façon dont il accrochait son regard, les gestes précis, secs, maîtrisés dans leur violence contenue, comme s'il ne s'agissait que d'un fioul dont il usait, une force qui faisait tourner sa machine, mais ne lui faisait pas perdre le contrôle de ce qu'il faisait. « Disons… qu'une place confortable ne me suffisait plus. Ce que je cherche c'est une figure qui ne se cache pas » Encore une fois, il ne précisa pas les tenants et les aboutissants de ce qu'il affirmait, laissant à l'autre le soin de les interpréter. Penchant la tête sur le côté, il renâcla un éclat de rire. « Je suppose que les frasques du MACUSA ont eut vite fait de faire le tour de la planète, non ? Je serais même surpris que des représentants des grandes maisons ne se soient pas trouvé au congrès officiel qui a eut lieu voilà quatre ans. Comment trouvez-vous le rêve Américain, Mr. Ivanov… ? » Il en avait déjà une petite idée.


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21/4/2017, 22:27
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Nikolaï n’était effectivement pas encore le Patriarche de sa famille mais son visage se fit de marbre ne laissant entrevoir aucun plan à venir. Il ne voulait pas que sa propre famille lui échappe et il serait le seul joueur à gagner la partie d’échec qui s’annonçait. Progressivement, il placerait ses pions, il le faisait même déjà pour que le jour J, même les pions adverses lui obéissent au doigt et à l’œil dans les déplacements qu’il les contraindrait de faire, mêlant la tension à la crainte. Il savait faire cela si bien. En habile politicien, il manipulait avec une aisance naturelle et presque innée. Cela était-il surprenant quand on savait que sa lignée avait engendré une quantité prodigieuse de politiciens affirmés et que son propre père avait été ni plus ni moins au sommet de la politique magique russe ? Il baignait dans ce milieu de faux-semblants et de subtiles doigtés. Ce qui était l’avenir des Ivanov était pour l’heure un balbutiement secret qu’il ne comptait pas révéler à ce quasi inconnu qu’il rencontrait. Il n’était pas fou. Ou presque. Bon certes, il l’était mais pas sur ce point : il était un fou organisé.

Il fut plutôt attentif à la réponse qu’on apportait à cette précieuse question qu’il avait gagnée. Il laissa ses lèvres se marquer d’un sourire en coin à la plaisanterie et même de rire un peu, diverti. Il ignorait si au fond de la boutade, il n’y avait pas un semblant de vérité et si son camarade de jeu avait réellement tenté de se baigner dans ces eaux glacés. « Je trouve que vous buvez trop peu pour quelqu’un qui a connu ce froid mortuaire. » railla-t-il. Pour compenser le traumatisme du fleuve glacial, il fallait, selon Nikolaï, au moins être ivre en permanence. Ses os devaient être congelés bien des années après ! Son amusement redevint sérieux dans le maniement des cartes qu’il jouait, échangeant avec son vis-à-vis ces regards aussi intenses que troublants. Etait-ce l’alcool ou ces battements de paupières commençaient à s’agrémenter d’une séduction étrange autant qu’anormale ? Non pas anormale dans le fait qu’elle ait lieu entre hommes… Mais anormale dans le fait que justement, cela ne le dérangeait pas. Une nouvelle fois, il rejeta le tabou dans le fin fond de ses pensées, refusant d’y accorder de la réflexion.

A la première réponse, le nom de Grindelwald fut prononcé, faisant arquer au politicien un sourcil intrigué. Son regard l’invitait à poursuivre sa réflexion, refusant de considérer cette maigre affirmation comme une réponse à une question qu’il avait ardûment gagnée. Et l’explication vint, surprenante dans sa franchise quand on savait que le leader actuel de la population magique de Russie avait fait croire à sa mort aux moldus, scindant définitivement leur monde en deux. L’observant en silence, il notait mentalement chaque argument soulevé sur les ingérences des américains y trouvant en définitive une bien moindre mesure par rapport à ce qui s’était produit et se déroulait encore à Saint-Pétersbourg. Au fond, était-ce si grave ? On racontait que Grindelwald se trouvait en Europe à présent. Un mage très puissant en fuite, certes, mais qui n’avait pas pris possession du ministère américain comme Raspoutine l’avait fait en Russie. Ce n’était pour l’heure qu’une ombre avec des idées, comme on en entendait venir de Grande-Bretagne au sujet d’un Albus Dumbledore. « Mh. » se contenta-t-il de répondre, sans rien exprimer, pour l’heure sur le sujet, mirant la nouvelle distribution de carte qu’on lui servait.

L’alcool commençait à l’imbiber, et lui, il regrettait de ne pas avoir mangé pour éponger ce qu’il boirait ce soir. En vérité, il n’avait pas prévu de jouer en venant ici. Au final, cela tombait assez bien, cela lui octroyait une soirée à se vider la tête avant d’entamer les choses sérieuses à Koldovstoretz et au sein de sa propre famille. Il laissa un sourire marquer ses lèvres au sujet de l’amour, mais mentalement, il se disait qu’il allait avoir un employé assez dissident à gérer, prompt à la franchise de sa pensée et prêt à s’affranchir de décisions de ses supérieurs, aussi mauvaises puissent-elles être. Un homme qui remettait l’existant en question dans un raisonnement qui lui était propre mais qui se défendait parfaitement. Il appréciait sa réflexion visionnaire, même s’il n’agréait pas aux mêmes idées que son vis-à-vis. C’était un homme avec qui il pourrait parler de politique sans se heurter à des approbations ou des désapprobations creuses. C’était un chevalier avec des armes qu’il serait décidément fort plaisant d’affronter. Non vraiment… Il n’allait pas s’ennuyer dans cette école.

« Le tonk ? Qu’est-ce ? » demanda-t-il en précision avant d’ajouter la première idée qui lui venait amusante en tête : « Est-ce une moquerie mimant le bruit de mon verre qui tombe ? » Il eut un sourire en coin à cette idée saugrenue. Un jeu pour lequel il est coutume de casser des verres : il allait être sacré champion très vite. Posant ses cartes face contre la table, il s’alluma une nouvelle cigarette sentant déjà que son état s’altérait par la vodka qu’il ingérait. « Je n’ai jamais mis les pieds en Amérique et n’irai sûrement jamais. Mon rêve se trouve en Russie et incarne la Russie. J’aime mon pays, Monsieur Vetrov. » Un patriote affirmé et exclusif qui réfutait que des étrangers viennent manger le même pain que lui. Ce n’était pas un slogan politique mais l’affirmation de ses plus intimes convictions : la Russie prévalait sur toute autre nation. « Si vous approuvez le démantèlement du secret que prône Grindelwald, pourquoi être rentré en Russie alors que cet homme semble appeler à lui des partisans… Disons plus vers l’ouest ? » C’était sa deuxième question. Au fond, Grindelwald n’avait pas qu’un avis arrêté que sur le secret dissimulant le monde magique aux moldus mais également bien d’autres points et c’était précisément sur ceux-ci qu’il l’interrogeait. Jusqu’à quel point l’ex-auror approuvait-il les idées de Grindelwald ? De toutes évidences, pas jusqu’au bout : il n’y avait résolument aucune ‘figure qui ne se cache pas’ dans les environ de l’Amour. « Quel genre d’homme recherchez-vous exactement ? »

Il réalisa après l’avoir prononcé que sa question avait un sens ambiguë et déplacé. L’alcool sûrement. Il relâchait un peu trop sa syntaxe. Sans nul doute que Pavel comprendrait parfaitement qu’il lui réclamait ses opinions politiques, gardant les siennes sous silences, même si… Elles étaient évidentes par son affiliation à la Main Noire. Oui, Pavel comprendrait, tenta-t-il de se persuader mentalement. S'il se corrigeait par une précision sur ce dont il parlait, il allait s'enfoncer. Donc oui, Pavel comprendrait obligatoirement.
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25/4/2017, 19:31
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Bien, l'Ivanov commençait à être bien imbibé, et il ne tarderait guère, après une ou deux manches supplémentaires, à être aussi alcoolisé qu'un copieux baba au rhum. Tout cela arrivait presque à son terme donc, il suffisait de constater le niveau de blagues qu'ils atteignaient pour s'en rendre compte. Pour autant, il se fendit d'un sourire léger. « ça c'est un jeu que l'on pourrait facilement inventer, je suis certain que vous auriez alors une chance de me battre » Parce qu'aux cartes, ce n'était définitivement pas le cas, et il n'avait même pas eut besoin de tricher jusque là, c'était dire la chance que Nikolaï devait avoir. Souvent, il lui fallait tout de même se donner un petit coup de pouce pour conserver le terrain. Là, ce n'était pas la peine. Heureusement qu'il était meilleur politicien que joueur, ou le prince se serait sincèrement demandé comment il avait fait pour survivre dans les hautes sphères russes tout ce temps. En attendant, il venait de lui donner matière à la réflexion, en dévoilant un peu plus les circonstances de son départ d'Amérique, qui n'étaient, en fin de compte, pas totalement erronées. Il avait réellement mal vécu ce qui s'était passé, et blâmait réellement la présidente, même s'il comprenait tout de même sa position et agréait la forme de sa logique, à défaut d'y adhérer. Pickery était compétente, elle avait juste fait des choix, comme tout le monde, et lui estimait avec ses propres arguments que les choix en question n'étaient pas les bons… Cela arrivait à peu près tout le temps, il ne serait pas devenu mage noir pour ça. Mais pourquoi devenait-on mage noir, ah, ça c'était une intéressante question. Il vexerait probablement les principaux intéressés en y répondant avec ses idées toutes personnelles.

« J'approuve l'idée, pas les méthodes ou la ligne de pensées dans laquelle elle s'inscrit. Et il a tué mon supérieur, un homme avec qui j'avais d'excellentes relations… » Il eut un sourire de loup carnassier «[ color=#27699A]Alors même si je devais adhérer à son mouvement, je devrais d'abord lui mettre mon poing sur la figure, à défaut de le vaincre en duel. Mais ça n'a rien d'un terreau fertile pour cultiver une relation[/color]» Il était volontairement passé sous silence sur le sujet de la Russie, car cela ne servirait pas ses intentions. En soi, il ne désapprouvait pas l'affirmation de l'Ivanov d'ailleurs, il comprenait parfaitement que l'on ne veuille se centrer que sur sa patrie, c'était même étonnamment louable. Lui aussi aimait la Russie, mais il avait tout de même conscience qu'elle n'avait des frontières que parce qu'il y avait d'autres pays, et il s'intéressait au reste du monde parce que ce qui s'y passait pouvait avoir un impact sur son empire qu'il le veuille ou non. Mais s'ils commençaient à en débattre ça ne finirait pas et il oublierait totalement la raison de toute cette comédie : le tuer. Il y avait plus important qu'une telle controverse, il y avait la question qu'il lui posait et qui allumait une nouvelle lueur dans son regard coloré, une lueur profonde, sourde et vibrante, qui dansait dangereusement, comme le sourire sensuel qui jouait sur ses lèvres. Oui, très bonne question que celle-ci, quel genre d'homme accepterait-il de suivre ? S'il devait être parfaitement honnête, son caractère ne transigeait pas sur la qualité des compétences et de la résilience de l'heureux élu. Né Romanov, il était également né pour commander, il était un prince, un tsar, et avait hérité des dons de sa famille en plus d'un esprit plus dur et plus inflexible que l'acier dans ses convictions profondes.

Et s'il n'était pas sincère ? Ah, tout changeait… «Vous proposez-vous pour le rôle ? » fit-il d'une voix caressante, en le faisant se coucher une nouvelle fois. Grand seigneur, il répondit à la supplique silencieuse de ne pas attraper le baobab qu'on lui tendait et se contenta de cette esquive taquine, épicée juste ce qu'il fallait. En vérité, l'Ivanov aurait-il pu relever le défi et essayer de lui passer sa bride ? S'il n'avait pas eut l'intention de le tuer, le jeu l'aurait intéressé, car il y avait du potentiel chez cet homme. Et lui, lui qui semblait adorer dominer, aurait-il mordu à l'hameçon ? Sans aucun doute, et le combat aurait été des plus appropriés, des plus manichéens en un sens, et pourtant si biaisé… Son ancien employeur aurait pu le certifier, il était rétif, indépendant, et désobéissait dès qu'il estimait qu'un ordre n'était pas correctement motivé, souvent à juste raison. Voilà aussi pourquoi la mort de Graves lui avait foutu un tel coup. Le chef des aurors d'Amérique était justement un homme qu'il pouvait suivre… et qu'il avait accepté de suivre. Mais évidemment, il n'allait pas en parler à son compagnon de jeu. Non, il allait juste le tenir assez en haleine pour qu'il boive encore un peu, histoire d'achever de s'enivrer. Un tour, puis, deux, encore une question, juste pour dissiper les dernières traces de potentielle méfiance et voilà que Nikolaï Ivanov ne semblait plus tenir sur sa chaise. Dissimulant son sourire, il abaissa son jeu final et le laissa tenter d'avaler un dernier verre en se demandant s'il n'allait pas finalement le tuer simplement avec le trop plein d'alcool… était-ce possible d'ailleurs ?

« Je crois que l'on devrait s'en tenir… là pour ce soir »

Mine de rien, lui aussi commençait à accuser un peu les verres, à ce stade de la nuit. Quelle heure était-il exactement ? Aucune idée, mais il se sentait la tête légère, ce qui n'était pas forcément l'idéal pour ce qu'il avait en tête. Se levant lentement, la crispation instinctive et la main sur sa baguette qu'un contact sur son épaule devait instantanément provoquer furent bien plus lentes qu'elles ne devraient. Jurant entre ses dents, avec la dignité d'un charretier, il fusilla l'homme du regard, et se rendit compte dans son marasme qu'il s'agissait d'un agent… Se détendant, il accepta le breuvage qu'on lui tendait et le vida d'un trait, grimaçant et secouant plusieurs fois la tête pour aider à dissiper les effets violents de l'alcool. Lorsqu'il se sentit capable de s'occuper du politicien qui allait finir par rouler sous la table, il remercia son sauveur et s'avança, en remontant ses manches…

L'attraper sans lui accrocher le bras mutilé s'avéra compliqué, surtout avec des réflexes diminués, mais il y parvint au bout de quelques instants, en essayant de le rassurer sur la destination qui serait la leur. Après tout, c'était lui-même qui avait émit le souhait de se voir reconduit en sa demeure s'il s'avinait plus que de raison et à ce stade ? On pouvait effectivement dire que c'était le cas. Devait-il utiliser de la poudre de cheminette ? Hm, non, mauvaise idée. Le mieux était sans doute qu'il transplane, même si ça signifiait le rendre peut-être malade, ce serait en tout cas toujours mieux que de faire tout le chemin jusqu'à la sortie de la ville dans le froid, la neige, et devant le regard de tous, moldus comme sorciers. Se faisant violence, il jugula son impatience, écarta un groupe d'ivrognes sans ménagement et s'approcha pour demander au patron une salle tranquille depuis laquelle il pourrait effectuer le transfert. L'homme le guida jusqu'à l'une de ses salles arrières, vide, et il s'assura de ne pas perdre l'Ivanov avant de se lancer. Un instant plus tard, ils apparaissaient à l'intérieur de l'antre dans un claquement sec et le prince luttait pour garder l'autre en position verticale. Lui-même avait la tête qui tournait un peu, et un bourdonnement dans les oreilles qui lui laissait présager qu'il allait devoir marcher au retour s'il ne voulait pas finir dans un mur.

« Ah bonsoir »

L'elfe de maison qui était apparue devant eux sembla surprise de se voir saluer comme le tout venant, mais il était assez imbibé pour ne pas se rendre compte. Le plus gros de ce qui lui restait de capacités était tourné vers la tâche relativement compliquée de manœuvrer son compagnon de soirée pour qu'il ne s'effondre pas tout de suite. De façon fort surprenante, pourtant, l'Ivanov résistait bien mieux qu'il n'aurait cru.

« Tu peux m'indiquer la chambre de ton maître ? Il a bien besoin d'un peu de repos... »

Vaguement, dans le brouillard de l'alcool, il se rendit compte qu'elle hésitait, mais ne comprit pas immédiatement de quoi il s'agissait et répéta la question, avec une pointe d'impatience dans la voix. Franchement, on avait pas idée de rester planter là sans rien faire quand son maître avait besoin d'aide et d'attention. Les elfes de maison n'étaient-ils pas sensés ne penser qu'aux sorciers auxquels ils étaient attachés ? La vilaine créature parvint finalement à surmonter son hébétude, poussa un petit couinement, qu'il lui fallut répéter plusieurs fois pour que le prince y comprenne quoi que ce soit.

« Sa femme…. Merde, je n'y avais pas pensé... »

Il le savait, pourtant, que l'autre était marié. Inspirant un grand coup, il ordonna à l'elfe de lui trouver une chambre d'amis libre à l'heure présente. Cela devait bien exister dans une demeure de cette taille ! Ronchonnant, il suivit la créature jusqu'à une autre pièce de l'étage (il n'avait pas eut conscience d'apparaître ailleurs qu'au premier) et ferma la porte derrière eux en insistant qu'il n'aurait pas besoin d'elle dans l'immédiat et qu'il appellerait si cela devenait nécessaire. Le claquement du mécanisme de bois de la porte lorsqu'il la referma ne lui avait jamais parut aussi satisfaisant qu'en cet instant. Un instant, silencieux, il observa la surface de bois sombre, avant de se détourner pour mirer sa victime, confortablement installée sur le lit. Dans l'état où il se trouvait, l'Ivanov ne serait pas une menace pour lui même s'il devait se défendre, l'homme était à sa merci… et de pitié il n'avait pas. Son visage se ferma, tandis qu'il échafaudait la suite des événements. Lui donnerait l'illusion d'être parti, il ferait subir l'imperium à l'elfe de maison ou à la femme, l'un ou l'autre serait un coupable parfait…. Ne restait en fin de compte qu'à passer à l'acte, et à faire s'achever la vie de cet homme. Sa main glissa lentement vers les plis de sa veste, descendit, ses doigts se nouant lentement sur sa baguette. Maintenant… c'était maintenant…  


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30/4/2017, 00:21
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De la chance. Il n’en avait effectivement pas. Au moins, il n’avait pas à s’inquiéter des fornications de son épouse. Elle lui était parfaitement dévouée à ce niveau-là. Et ce n’était pas une chose aisée, c’était l’une des grandes forces qu’il concédait à sa femme : elle avait beaucoup, beaucoup de courage pour le supporter et encore plus ne pas aller voir ailleurs pour se consoler. En même temps, avec un legillimens pour époux, ce pourrait bien être la dernière chose qu’elle fasse avant de se faire déchiqueter en morceaux. La réponse sur Grindelwald l’intéressait bien d’avantage, même si elle versait plus dans le pragmatisme que dans l’humour. Il ne pouvait pas se contenter de plaisanteries pour se faire une idée du personnage avec lequel il jouait aux cartes. « Effectivement, la seule chose que vous cultiveriez, ce serait des pâquerettes. Celles que vous mangeriez par la racine. » Railla-t-il en maudissant intérieurement la distribution malchanceuse dont il avait encore hérité. Son humour devenait noir, preuve de son imprégnation alcoolique grandissante. La question lui fit rétorquer un sourire en coin, un regard vif, acéré et un brin interrogateur. Il laissa son jeu en suspens quelques secondes éphémères et pourtant enjôleuses, accrocheuses. Noyé dans l’hypnotisme de ses prunelles hétérochromées, il laissait germer l’idée dans son esprit embrumé, se promettant d’y réfléchir un peu plus sérieusement quand les rouages de sa logique auraient cessé d’être des éponges au milieu d’un bain de vodka.

Il se coucha une fois de plus mais loin de se laisser mordre par la défaite, il rétorqua sur fond de question rhétorique : « Si c’était le cas, jusqu’où me suivrez vous ? » Cédant à la séduction des mots aux sens multiples qu’il maniait avec un habituel doigté, l’audace renvoyait la patate chaude à l’être taquin qui jouait avec ses attirances dominatrices et possessives. Il vidait ses verres, un à un, partie par partie. Le décor disparaissait, perdait de son importance, dans un flou magnifique qui effaçait un à un les protagonistes mineurs des tables alentours. Il n’y eut à ses yeux plus que les prunelles troublantes de Pavel et cette manière si singulière qu’il avait d’y placer sentiments et convictions en leur sein, tout en demeurant infiniment impénétrable. L’intrigue laissait place à toutes les hypothèses, mêmes les plus extravagantes où il voyait cet homme dans le palais impérial mis à sac par les bolchéviks, trônant en prince déchu de toutes les Russies. L’autre fut plus raisonnable que lui, mettant un terme au jeu pour lequel il aurait pu se retrouver à l’hôpital. Il se sentait bien au fond de lui. Lourd de corps (d’après Pavel), mais léger d’esprit, il s’en remit à lui avec l’insouciance d’une vierge à sa nuit de noces. Le brouhaha de la salle cessa lorsqu’ils se trouvèrent dans le grand hall de la demeure de son père. Son bras droit pendant le long de son corps tandis que l’autre s’accrochait à l’ancien auror.

Le transplanage lui donna envie de ressortir tout l’alcool sur la moquette. Mais l’image de son père grondant dans sa tête lui coupa l’envie. Nikolaï tenait à peine debout et pendant que Pavel tentait de faire la causette avec son elfe de maison, le politicien vint poser son front contre le torse du prince, comme s’il cherchait un coin confortable où dormir. Et s’il mettait vraiment trop de temps, l’Ivanov finirait par se mettre à ronfler. Fort heureusement, un éclair de compréhension métamorphosa à la situation et ils se remirent en marche. Le monde tanguait dangereusement à sa perception et son envie de vomir revenait : « Vous ne marchez pas droit, Monsieur Vetrov. » commenta-t-il avec beaucoup de sérieux. Comment l’aurait-il pu quand il portait presque un poids mort sur le dos et qu’il était lui-même assez imprégné. Pas malheureux de s’écrouler dans un lit, il grogna comme un ours de Sibérie ce qui était à la fois comme l’expression de son foie qui criait de ne pas recommencer et la satisfaction de trouver enfin un petit coin confortable pour dormir. Ça ne valait pas le torse de Pavel, mais ça lui convenait tout de même. « Vous devriez… Prendre une chambre. Celle que vous voulez plutôt que de rentrer dans cet état. » Glissant naturellement en position latérale, il fermait les yeux après sa proposition bienveillante. « Merci... » souffla-t-il avec reconnaissance, ignorant tout de la baguette pointée contre lui, il sombra dans les limbes du sommeil. Son hideuse main droite avait perdu son gant et avait un tremblement naturel lié à la douleur qu’il supportait quotidiennement.
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30/4/2017, 19:12
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Il ne marchait pas droit, sans blague ? Ça l'étonnait, son ivrogne attitré ? Lui aussi était imbibé, et puis… un ou deux kilos de moins ne ferait pas de mal au politicien, à force de tordre le cou de ses détracteurs sur les planches, il allait finir pas s'empâter. Fort heureusement, tout cela s'était noyé dans l'immensité de sa tâche actuelle, et de l'alcool qui continuait à réclamer son dû à un corps qui commençait à fatiguer. Lui non plus n'avait plus vingt ans, même s'il avait l'habitude de supporter des beuveries sans restrictions. Et puis, ce n'était qu'une des nombreuses incorrections de la soirée, qui semblaient davantage être le régime classique entre eux. Cela, il ne pouvait le nier, il y avait une forme de dynamisme réciproque qui s'opérait, dommage qu'il soit contraint de l'abattre, il l'aurait presque apprécié. Ayant obtenu une forme de compréhension de l'elfe de maison, il avait légèrement repoussé l'Ivanov qui semblait avoir décidé de dormir sur lui, et s'était remit en marche jusqu'à la chambre d'amis la plus proche. Dans d'autres circonstances, il aurait davantage relevé le rapprochement subit et aurait sans doute bien rit de voir Nikolaï le confondre avec son oreiller, voire, il l'aurait taquiné à la limite de l'acceptable sur son côté très tactile… mais en l'état ? Il avait bien autre chose en tête et les deux neurones qui ne faisaient pas encore la brasse coulée dans la vodka n'étaient pas non plus promptes à se focaliser sur deux questions à la fois. Le laisser s'affaler sur le lit sans lui tomber dessus avait déjà demandé un certain doigté… Et à présent, stupidement, il hésitait. Silencieux, dans un coin de la pièce, la baguette tenue vers sa proie, il hésitait… Son cœur battait puissamment à ses oreilles, vibrant dans sa cage thoracique, alors qu'une chaleur profonde venait palpiter dans ses poumons et le long de sa colonne vertébrale. Il devait le faire. Tout cela n'avait été qu'un piège pour en arriver précisément à ce moment. Sa mort serait un grand bien pour l'Ursa Major. Alors pourquoi est-ce qu'il ne le faisait pas ? Ce n'était pas par peur, il avait déjà tué auparavant, et tuerait encore de nouveau. Sa baguette était une arme depuis longtemps. Prendre la vie n'était finalement qu'un devoir et rien de plus. Mais… Mais il n'aimait tout simplement pas cette situation. L'autre était ivre mort, il n'avait aucun moyen de se défendre. Ce serait comme de donner un coup de batte sur la tête d'un phoque encore petit. Ça ne convenait simplement pas à ses convictions, à ses valeurs, à ce qu'il pouvait accepter, aussi étrange et illogique que cela paraisse pour beaucoup d'individus….

Il ne pouvait pas le tuer comme cela. C'était la conclusion à laquelle il parvenait finalement. Soupirant, il releva les yeux vers la forme étalée sans grâce sur les draps et qui s'adressait à lui… Tient, il était encore conscient et capable de parler celui-là ? « De rien...  » fit-il avec un temps de retard, et le ronflement qui lui répondit lui indiqua que l'autre n'avait sans doute rien entendu. Il hésita encore quelques instants, l'observant avec soucis, le regard hanté par des concepts qui n'appartenaient qu'à lui… Puis un léger craquement le fit revenir à la réalité et il aperçu l'elfe de maison sur le pas de la chambre, à quelques mètres de lui. Lui souriant avec assurance, il éleva sa baguette, et en donna un petit coup, s'amusant avec cynisme de voir la créature trembler comme si elle s'attendait à ce qu'il attaque son maître. A la place, il appliqua un sortilège de silence sur les lieux et rangea le fin morceau de bois dans son étui. « Comme ça, il dormira à son aise...  » stupide créature… voilà qu'elle se détendait, incapable de croire, à présent, qu'il avait eut quelque mauvaise intention. Elle était brisée et biaisée, comme tout ce qui se trouvait ici. Soupirant, il se passa une main dans les cheveux, puis approcha pour ramasser le gant et le remettre sur la table basse. Prenant son temps, afin que la terre ne tourne pas trop sous lui, son regard tomba sur la main mutilée, qu'il mira un moment, en fronçant les sourcils. Qu'est-ce que c'était que ça au juste ? Pourquoi ça lui importait d'ailleurs ? Il frôla les doigts déformés du bout des siens, puis se redressa avec un léger grondement à la vrille qui lui traversa les tempes… « … Prépares moi une de vos chambres. Ton maître m'a invité à rester pour la nuit  » La créature disparue, et lui resta à observer sa proie avec dépit, frustré du tour qu'il s'était lui-même joué, mais entrevoyant déjà de potentielles chances de renverser la situation. Avec précautions, il le débarrassa du trop plein de vêtement, afin qu'il soit plus à l'aise, les expédiant sur un fauteuil sans guère d'égards, puis quitta la pièce lorsque l'elfe de maison revint pour lui annoncer que la chambre était prête. Retirant son veston puis sa chemise, il s'affala torse nu sur le couvre-lit et soupira longuement, vidant l'air de ses poumons. Quelques instants plus tard, il dormait.

Le lendemain matin, malgré la légère gueule de bois, il était d'attaque tôt, se redressa en se massant la nuque et récupéra ses affaires avant d'examiner la richesse des lieux, se souvenant petit à petit de ce qui s'était passé la nuit précédente. « Merde  » Ronchon, il sortit une première fois, torse nu, pour rejoindre la cuisine. Il prépara deux grands verres d'une mixture infâme mais efficace pour aider à se remettre d'aplomb, bu l'une des deux doses et fit promettre à l'elfe de maison de conserver le second pour son maître. Satisfait et un peu plus d'attaque, il remonta pour se rafraîchir, et s'habiller avant de partir, croisant au passage l'un des deux fils du politicien, à qui il fit un grand sourire charmeur et un clin d’œil complice…

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