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Avez-vous vu un lapin blanc ? | Andreï

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5/4/2017, 21:52
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8 février 1930

Cela faisait peut-être bien une demie-heure qu’il s’était posé à la terrasse d’un café sorcier donnant sur l’intérieur de cette foutue boutique d’animaux de l’avenue Petrovitch. Comment cette sordide histoire avait-elle commencé déjà ? Ah oui. La mort de son père. A celle-ci, il avait pris possession des biens de l’ancien ministre de la magie. Cela comprenait l’impressionnant domaine sur les bords de la Neva, ainsi que les domestiques. Officiellement, il n’avait pas voulu laisser sa mère seule dans une si grande maison à porter son deuil. Officieusement, il était possessif. Quoiqu’il en soit, les archives de son père avaient été très instructives. Même un peu trop. S’il y avait eu des choses sur lesquelles il s’était attendu de tomber, que son paternel ait eu une amourette avec un paysanne hors mariage… ça non. Cela s’était pourtant bien produit. Les fouilles s’étaient poursuivies, que ce soit dans les papiers que dans les esprits, tel un chasseur, il resserrait ses pièges dans la forêt du monde sorcier. Ses recherches s’étaient achevées à Koldovstoretz. Fructueuses. Il se retrouvait à présent ici, ses yeux d’un bleu céruléen posés sur un albinos qui s’activait dans la boutique. A vrai dire, il hésitait encore. Une part de lui avait tout bonnement l’envie de l’éliminer, d’ôter cette énième souillure de sa famille. Une autre part de lui même, plus cérébrale et un brin sadique, lui conseillait de voir de quel genre d’oiseau il était exactement question avant de regretter la perte d’un pion fort utile sur un échiquier complexe des mondanités.

Achevant sa cigarette qu’il écrasa dans le cendrier, Nikolaï poussa un soupir. S’il avait la fibre fraternelle ? Absolument pas. Cette chose n’était pas son frère et jamais, Ô grand jamais, il ne le ferait connaître comme l’un des siens. Il avait en revanche l’esprit pratique et un incroyable talent pour la vengeance mûrement travaillée. Toutefois, son soupir en disait long sur ses sentiments. Il maudissait sa famille parfois, simplement pour ne pas être droite et simple. Pourquoi son empire patriarcal s’échinait tant à lui mettre des bâtons dans les roues ? Il y avait d’abord eu son père. Nikolaï n’avait jamais manqué de raisons pour le détester, mais ça n’était pas un motif pour lui laisser une dernière fiente lâchée à titre posthume sur leur dynastie ! Il y avait son oncle mou dont il devrait se débarrasser, son hystérique de tante, son traître de cousin dans les bras de l'Ursa Major, son intenable cousine, quelques membres dissidents… Et maintenant CA ! Une espèce de chose décolorée qui venait souiller son sang. L’Ivanov se leva de sa chaise, payant sa consommation et se décida d’y aller. Cela tombait bien, car ce serait bientôt l’heure de fermeture de la boutique. Il tâche d’évacuer son animosité, il serait toujours temps d’aller la rechercher si cela le nécessitait. Il y eut le tintement de la cloche à la porte pour annoncer son arrivée. Dans son manteau sombre sous lequel son bras droit était replié et gardé contre lui, le russe était assez imposant. Il fallait voir le gaillard de plus d’un mètre quatre-vingt, chevelu et barbu dans une boutique qui empestait les odeurs animales, s’approchait de toute sa stature, visage fermé, port altier, air royal. Ses yeux azurés passa d’animal en animal, silencieux, attendant que son albinos montre le bout de son nez. Il entendit des pas dans l’arrière boutique, vit le jeune homme apparaître puis disparaître. Quoi, il avait oublié quelque chose derrière ?

Perplexe, Nikolaï n’était pas impoli et se contenta d’attendre en grattouillant la tête d’un chat qui traînait par là de sa main valide. Les ronrons le détendaient alors que ses yeux se posaient sur la porte ouverte qui conduisait dans l’arrière boutique. Il finit par rouler des yeux. L’autre n’avait rien oublié, il se terrait comme un lapin au fond de son terrier. Se pouvait-il qu’il sache à quelle lignée il appartenait ? Délaissant le chat, il engagea un pas lent, mesuré, régulier. Alors qu'il franchissait le pas de porte, il le voyait, et ses prunelles se posèrent longuement sur lui en silence, comme s’il le jaugeait, comme s’il évaluait ses qualités, comme s’il cherchait s’il allait ou non le garder en vie. « Bonsoir Andreï Sergeïevitch. » salua-t-il d’une voix grave mais chaude avant de retomber dans un silence assassin. Il fit un pas en avant pour pouvoir fermer lentement la porte derrière lui, avec une précaution méticuleuse. « Ne m’en veux pas, il semblerait que tu aies une certaine tendance à la fuite. J’aimerais que nous ayons une discussion sans qu’elle ne soit achevée prématurément. » Cela signifiait tant qu’il ne voulait pas qu’il lui échappe tout comme il faisait la promesse implicite de ne pas le tuer trop vite non plus. Une chance à saisir, sa clémence ne tolérerait pas d’être bafouée. « En vérité, j’aimerais adopter un lièvre arctique, tu vois. Le genre d’animal docile et pas trop stupide, tu aurais cela à me proposer ? »
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6/4/2017, 14:25
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Une journée de plus s'achevait à Plumes et Poils. Depuis l'aube jusqu'au crépuscule, la boutique n'avait cessé de s'agiter d'une activité fluctuante au fil des clients ou encore des obligations inhérentes à l'entretient des innombrables créatures qui occupaient ses murs, ses vitrines et les grands parcs qui formaient les allées de ce commerce bruyant. Les chouettes et les hiboux somnolaient dans des alcôves, épargnés de la lumière du jour par des voiles, perchés hors de portée des curieux. Plus bas, il y avait des filets ainsi que des branches où perruches et autres oiseaux colorés, sautillaient et gazouillaient. Venaient ensuite les étagères, où paniers et coussins se voyaient envahis de chats comme furets qui paressaient, réchauffés de quelques pierres ensorcelées. Ailleurs, des terrariums servaient de refuges à toutes sortes de reptiles, douillettement lovés les uns sur les autres. Des vitrines en îlots centrales de la grande pièce du magasin présentaient des lapins, rats et  rongeurs de toute sorte et même quelques délicates petites hermines.

L'odeur se mêlait de celles de fourrures, d'écailles et pour certaines créatures rarement exposées aux regards néophytes des quelques clients qui ne savaient rien des véritables trésors cachés dans l'arrières boutiques, il y avait la fragrance unique et mystérieuse. Dans tout cet éventail de couleur, Andreï apparaissait comme une tâche immaculée : son corps n'était qu'un monochrome de blanc aux teintes aussi subtiles que délicates. Ses cheveux courts sur la nuque tombaient en mèches plus longues sur le devant, couvrant son front et ses tempes. Il portait une chemise d'un bleu pâle, légèrement délavé mais faisait ressortir l'éclat pâle de ses yeux lavandes. Son pantalon beige et ses bottines allongeaient une silhouette fine, à la musculature déliée, féline alors qu'il arrangeait la boutique pour la fermeture imminente : il devait rentrer les sacs de croquettes et de grains, s'assurer que les gamelles et les écuelles soient remplies, de même que les réservoirs d'eau. Il s'affairait donc, allant et venant entre la boutique et la réserve à l'arrière, quand la clochette d'entrée tinta.

Il déposa une caisse sur une des nombreuses étagères qui couvraient les murs de la réserve, pièce toute en longueur, étroite et encombrée, qui servait de sasse entre la boutique et la véritable « arrière-boutique », accessible depuis une porte dérobée par magie. Il passa une main dans sa tignasse neigeuse, franchissant le seul de la porte quand il remarqua l'adulte qui se tenait là : comme un Sinostros. Il sentit son cœur se soulever et fit rapidement demi-tour pour se plaquer à la cloison, à gauche de la porte. Main serrée sur sa gorge pour retenir un cri, si blême que sa peau laiteuse semblait transparente ; laissant voir les veines frêles sous le derme délicat. Il fixait le vide, ne parvenant pas à accepter que le nouveau Directeur de Koldovstoretz se trouvait dans sa boutique. Il s'agissait à plus forte raison d'un Ivanov, hors il ne désirait absolument pas se retrouver dans la même pièce qu'un membre de cette famille ! Plus depuis qu'il avait appris pour ses origines. Paniquant, il s'écarta de la porte quand il entendit les pas du sorcier approcher de sa prétendue cachette et il le regarda entrer dans la pièce avec un effroi grandissant. En cet instant, jamais la réserve ne lui avait parue aussi étroite, semblable à un cerceuil.

Son cœur fit un bon douloureux à l'appel de son prénom et son esprit commença à s'affoler avant de se figer dans une stupeur glacée. Sergeïevitch !? Pourquoi lui donnait-il ce titre ? Il n'était le fils d'aucun Sergeï à moins... à moins que ce soit le nom de son véritable père. Le jeune sorcier sentit un vertige le saisir et il recula de quelques pas pour s'appuyer lourdement à la table qui occupait une bonne partie de l'espace central. Il posa une main derrière lui et l'autre glissa à ses lèvres tremblantes d'émois. Ses yeux, frappés par la lampe du plafond, révélaient leur teinte unique au mélange de parme, de lavande et d'un bleu pastel qui mêlait le tout par couches changeantes, au lavande veiné d'un rose ancien, parfois si pâle qu'il en paraissait blanc sur la dentelle extérieure de ses iris. Figé comme un lapin pris dans les phares d'une voiture, il sursauta au claquement discret, mais net d'une porte fermée. Battant des cils avec effarement, il regarda la sortie lui être privée, son angoisse montant de plusieurs crans, puis revint avec une vive inquiétude sur le sorcier quand il reprit la parole.

Le son de sa voix, grave et solennel, venimeux dans les courbes chaudes de son accent racé, lui noua les tripes et fit couler un long frisson jusqu'au creux de ses reins. Ce qu'il entendait ne lui plaisait assurément pas : d'où le connaissait-il !? Comment pouvait-il prévoir qu'en cet instant exact, il avait effectivement songé à s'enfuir sans un regard en arrière ? Il contourna lentement la table, désirant la mettre entre lui et cet homme, futile défense pour ceux qui savaient user de magie. Malheureusement, la peur saisissait son esprit comme un serpent glacé, compressant et anesthésiant sa capacité à réfléchir. Gorge nouée, il ne su quoi répondre et il lui fallu plusieurs secondes d'une panique refoulée pour enfin saisir le sens caché de ses propos. S'il n'était d'aucune nature impétueuse ou brave, Andreï se révélait tout de même doué d'un esprit vif, intelligent. Il était dommage que ses anxiétés chroniques et sa timidité l'empêchent si souvent d'exprimer son génie. Aussi, lorsque les sous-entendus lacés aux propos faussement courtois du brun jaillirent enfin à son entendement, ses yeux s'illuminèrent brièvement d'une lueur de compréhension qui se teinta tout aussi vite d'un profond effroi.

Ce ne pouvait être vrai. La réalisation lui glaçait le sang et il détourna les yeux, fit baisser sa main pour la poser sur le bord de la table, craignant de perdre l'équilibre. Se faire adopter était hors de question, il ne pouvait être sérieux dans sa proposition ! Alors quoi ? Cherchait-il à tester ses intentions, à voir s'il était du genre opportuniste et avide des richesses, de la renommée, que cette famille prestigieuse aurait à lui offrir si jamais il revêtait son nom comme la pelisse aux queues d'hermines de quelques rois d'époque ? Non ! Il ne voulait rien de tout cela... L'esprit d'Andreï tournait à plein régime, alors que les secondes s'égrenaient dans un silence lourd, inconfortable. Ses doigts se mirent à trembler, aussi cacha-t-il cette faiblesse en mimant de lisser le devant de sa chemise, froissée par le travail à l'animalerie, quelques fibres sortie de la maille sous l’accroc de griffes ou d'échardes. Il y avait même quelques brins de pailles sur l'une de ses épaules, un fétus perché dans ses mèches blanches. Il devait rassurer cet homme, lui confier qu'il ne désirait aucunement tâcher le nom Ivanov avec la révélation de son existence. Pour autant, il ne pouvait pas aborder un sujet aussi sensible avec indélicatesse.

Andreï fronça légèrement les sourcils, prit une inspiration avant de se mettre à parler d'une voix douce, légèrement blême et rauque sur certaines syllabes. Il s’efforça de ne pas la faire trembler, de ne pas trahir toute sa peur et fit son possible pour composer ses phrases, de bien articuler. Il n'était certainement pas à l'aise, pourtant le jeune sorcier essaya de faire son possible pour suivre la danse menée par l'adulte et de naviguer dans le jeu délicat des doubles sens.

« - Oh... Hum... J-je ne suis pas sûr de... de voir ou de comprendre, mais je suis au regret de vous annoncer qu'il est impossible d'adopter un lièvre arctique. Voyez-vous, cette espèce n'a jamais été reconnue officiellement comme membre de la prestigieuse et privilégiée liste des adoptables... d-de plus, c'est une créature plutôt campagnarde, qui a parfaitement conscience que sa place se doit être en milieu sauvage, loin du faste de la domesticité. Donc... Hum... Il n'est nullement nécessaire de... de chercher à l'adopter... Monsieur Ivanov. »

Sa voix avait manqué flancher sur le nom de famille, tremblante au même titre que le reste de son corps délicat. Avec une gorge nouée au point de rendre son souffle laborieux, à deux doigts d'une crise de panique, le jeune albinos finit par se mordre la lèvre inférieure. Cette homme était autant son directeur qu'un de ses parents, ce qui rendait cette rencontre deux fois plus intimidante. Non ! Il n'était pas un Ivanov, il n'avait aucun droit de l'être et n'avait jamais demandé à l'être. Le rosé fugace de sa lippe s'assombrit sous le pincement nerveux et insistant de ses dents, la douleur l'aidant toutefois à ne pas céder à la terreur qui rendait déjà ses jambes aussi molles que du coton. Il fronça délicatement les sourcils alors qu'il s'entêtait à garder les yeux baissés sur la surface encombrée de la table, mains crispées au bas de sa chemise et tête rentrée entre ses épaules. Déglutissant avec la plus grande peine, il souffla après avoir rassemblé tout son courage :

« - Et ne vous inquiétez pas... ma réponse sera la même quelque soit le client qui pro-proposerait d'adopter un lièvre arctique... Je suis bien conscient que ce serait... irresponsable et inconvenant. »

Il fut incapable de poursuivre et ferma les yeux quelques secondes, mourant d'envie de se planquer dans un meuble, roulé en boule hors d'atteinte et d'attendre que l'orage passe bien au dessus de sa tête. Il voulait juste finir ses études et tenir sa boutique... mais comment se faire entendre sans avoir l'air d'un menteur ?
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8/4/2017, 18:09
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Pauvre… Pauvre petit lapereau. Il transpirait l’abominable terreur savamment distillée par son souverain demi-frère. Chacun de ses gestes incontrôlés trahissaient une vive émotion. Nikolaï pouvait se vanter de ne laisser personne indifférent à son égard. Qu’on soit terrifié, admiratif ou encore choqué. Son attitude franchement marquée passait rarement inaperçu, tant dans son port royal, sa gestuelle mesurée ou dans l’aplomb ferme de sa voix. Il observait le jeune homme effarouché mettre une distance sécuritaire quoi qu’inutile entre eux et… Une table garnie. Oh vraiment ? Il croyait qu’une misérable table saurait l’arrêter si jamais l’envie violente lui prenait de sauter à sa frêle gorge immaculée et de la mordre jusqu’à ce mort s’en suive ? Pauvre frère naïf. Stupide créature apeurée que l’illustre raison autant que la simplicité pragmatique avait quitté. En vérité, Nikolaï n’avait pas même la force empathique de lui lui reprocher tant son esprit perverti se rassasiait du comportement de fuite et des pensées catastrophées du lièvre blanc qu’il faisait trembler. D’une patience monstrueuse, le rustre russe attendait que des mots tremblotants viennent franchir les pas de ces lèvres fines et bien pâles. Honnête avec son propre intellect, il ne pouvait que féliciter la finesse dont son frère faisait montre, autant qu’il se délectait de ses hésitations vaporeuses et des tressautements de sa voix qui le faisait bégayer. D’un vocabulaire précis et soigné, son cadet lui offrait une réponse qui lui convenait. Aussi pouvait-il s’estimer un bref instant satisfait avant de son insatiable appétit de monstre vienne lui en réclamer encore. Jusqu’à quel point pouvait-il le soumettre à sa volonté ? Jusqu’à quelle force pouvait-il resserrer ses doigts crochus autour du jeune homme ? Dans la tête, les paris se prenait avec lui même, s’assurant inévitablement de perdre et de gagner à la fois. Ainsi n’était-il jamais satisfait de ce qu’il avait, que chaque glorieuse victoire ne l’emplissait que d’un désir plus grand encore et que chaque défaite le rongeait jusqu’à l’os.

Ses cruelles prunelles d’un bleu céruléen s’ancrèrent lourdement dans les nuances allant du parme à l’azur des iris de l’albinos. Lentement, sadiquement, Nikolaï vint faire le tour de la table s’approchant du lapin autant que la bien-séance pouvait se scandaliser d’une si vulgaire proximité. Il vint le toiser et sa poigne de fer vint lui prendre tendrement la mâchoire. Un geste doux quand on savait combien la violence habitait ses doigts rudes. Il lui redressa le visage et vint profondément s’enfoncer en lui, à travers les fenêtres de son âme qu’il fracturait sans le moindre remords. L’agression ne tolérait aucun cri, aucune tentative de lui échapper. A sa merci, il l’avait placé et à sa merci il devrait demeurer s’il escomptait seulement continuer à vivre après ce viol. Par à-coups privés de retenue, il s’octroyait les terres inconnues de son frère, l’immensité de ce que sa chair avait traversé au fil des âges. Il effleurait des contours de son vécu, s’attachant au cœur de ses entrailles pour en découvrir ce qu’il avait de plus cher et de plus privé. Allant jusqu’à sa plus préservée intimité, sa poigne se refermait pour en prendre pleinement possession, que son frère en soit consentant ou non. Nikolaï n’avait jamais attendu qu’on accepte ou qu’on lui refuse quoique ce soit. Il avait pris ce qu’il désirait, se moquant bien des douleurs qu’il causerait, de la honte que l’autre ressentirait et même de l’horreur qui lui viendrait, après coup. Un souffle rauque à l’extase consumé, il relâcha sa mâchoire et se retirait, avec lui ces souvenirs auxquels sa legilimancie lui avait permis d’accéder. « Parfait. » fit son souffle chaud à la colère contenue pour le bien du lapereau, mais qui vibrait dans les intonations de sa voix.

Épuisé par la magie dont il avait usé à outrance, son corps se relâchait très légèrement, loin d’accepter d’avoir l’air avachi. Il était un Ivanov. « Continues à te tenir loin des miens. Très loin. » Ses prunelles se firent aussi acérées de le tranchant de l’acier, avant de s’avouer bon prince sur le royaume qu’il terrorisait. « Et je te laisserai tranquille. » Le silence vint cautériser les plaies.
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10/4/2017, 15:55
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L'approche le fit trembler de la tête aux pieds, d'un long frisson glacial comme si la Mort elle-même avait fais courir un index squelettique le long de son dos. Il recula au rythme des pas qui absorbaient la maigre distance qui les séparait, yeux écarquillés d'une terreur grandissante. Il tourna le dos à la table de sorte à pouvoir faire face à la menace qui l'approchait, reins plaqués à son bord dont les angles acérés scièrent désagréablement sa peau en deçà de la chemise. Il croisa les bras autour de lui pour se protéger, détourna la tête ainsi que le regard et vint à se blottir dans l'angle qui joignait l'étagère et la table, pauvre lièvre coincé face au sinistros affamé. Le contact le fit se rétracter davantage encore, mais pas une seule seconde chercha-t-il à se défaire de la poigne, cette douceur traîtresse amadouant son esprit terrifié comme le plus doux des nectars. Il doutait cependant que le geste soit autre chose qu'un appui pour la prochaine menace, la force dans le gant de velours. Aussi, quand ce ne furent pas ses oreilles qui subirent le souffle d'un reproche, mais son esprit qui fut balayé à la volonté impérieuse de Nikolaï, il n'eut pas la réactivité suffisante pour se protéger. Les barrières de ses pensées se firent piétinées, balayées afin que chacun des souvenirs qui pavaient son existence, ces éclats de mémoires aux fondations de ce qu'il était aujourd'hui, soient mis à nu au regard du legilimen.

Il y eut d'abord le tableau d'un cottage dans les steppes russes, l'éclat azuré d'un ciel limpide, les clôtures cotonneuses d'une neige tout juste déposée. Le visage de ses grands-parents, les silhouettes de quelques créatures fantastiques : le souvenir d'une enfance heureuse, insouciante. Une enfance dans le mensonge où Andreï ne savait encore rien de sa véritable naissance, du lien réel entre lui et sa prétendue sœur. Les parcelles éparses de quelques disputes inhérente à toute famille où les relations se basaient sur le mensonge. La solitude de l'enfant, sa santé fragile et ces longues veillées d'hiver au coin du feu à ne pas pouvoir sortir et jouer avec les autres jeunes sorciers.

Passa ensuite les fragments de son cursus à Koldovstoretz. La brutalité quand la noblesse et la bourgeoisie de Saint-Pétersbourg heurta la simplicité d'une vie à la campagne. La particularité d'un physique qui stigmatisa Andreï durant ses sept longues années d'études, les brimades et coups reçu à l’abri du regard des professeurs.  Être enfermé dans les toilettes après avoir reçu un sceau d'eau sur la tête, se faire pousser dans les choux mordeur chinois pendant les cours de botanique, avoir son balai maudit lors des cours de vol, et cetera... L'adolescent s'était refermé, isolé dans les bibliothèques pour apprendre et ne pas risquer de retaper une année de plus. Les dépenses s'accumulaient, la boutique ne suffisait pas à subvenir aux coûts de sa scolarité, même ne y travaillant lors de ses vacances ; gratuitement.

Puis il y eut un souvenir en particulier. Un visage que Nikolaï pu reconnaître entre mille : celui d'Alexandra Ivanova. La belle et fougueuse jeune fille dans sa prime jeunesse, regard flamboyant et frimousse insolente. Terreur des professeurs comme des autres élèves, la petite princesse n'en faisait toujours qu'à sa tête... tant et si bien qu'elle s’amouracha d'Andreï, le doux et tendre petit albinos. Les deux enfants s'aimèrent comme seul les cœurs encore innocents et purs peuvent le faire : en toute simplicité. L'affection se transforma en amitié, en complicité et s'il ne se passa rien de plus que des mains tenues et de chastes baisés, timides et mouillés, jamais ils ne se quittèrent réellement en grandissant. Cette folle passion juvénile se fit tendresse, amitié indéfectible malgré les rumeurs allant sur la sang-pur et les brimades qui continuaient pour le sang-mêlé.

Ce passage aux couleurs pastelles fut balayé par le souvenir plus cru et douloureux d'une terrible dispute qui confronta Andreï et Anushka. Le jeune lièvre venait d'empocher ses ASPIC avec les honneurs, il était aussi l'un des rares animagus à fouler la Russie et désirait continuer ses études avec une formation complémentaire de sorte à pouvoir reprendre en tout quiétude le commerce familiale. Seulement la sorcière ne l'entendait pas de cette oreille : elle devait s'occuper de ses jumeaux, vivre sa vie de femme au foyer et jalousait cet enfant d'être aussi libre alors qu'il était la cause même de sa déchéance. La dispute fut extrêmement violente, Andreï apprenant qui il était réellement : un bâtard né d'une union extra-conjugale entre Anushka et un Ivanov. S'il ne su pas l'identité exact de son géniteur, il apprit cependant que toute sa vie n'avait été que mensonge. Sa mère lui cracha qu'elle aurait du rencontrer la faiseuse d'ange plutôt que ses parents à son départ de Saint-Pétersbourg, qu'elle n'aurait jamais du le garder...

Le lièvre fut pris d'un soubresaut et il laissa échapper un sanglot alors que ses doigts fins se crispaient à présent sur le manteau sombre du sorcier. Cambré contre lui, yeux écarquillés mouillés de larmes dont les pupilles dilatées mangeaient le nacre de ses yeux rivés au vide de ses propres souvenirs, de ses hantises. Bouche entrouvertes sur un cri qui se refusait à sortir, lèvres tremblantes et l'expression froissées par le choc et la douleur, Andreï subissait le viol de son esprit aussi bravement qu'il lui était donné de l'être. La peur nouait ses tripes, ses genoux s'entrechoquaient et des sueurs froides coulaient sur ses tempes et sa nuque. Il revivait chaque passage sur lequel Nikolaï s'attardait, s'abreuvait et ce, jusqu'à ce que l'homme ne décide enfin de se satisfaire de cette première pêche. Il pu apprendre qu'après les révélations qui concernaient sa famille et ses origines, le jeune albinos avait coupé tous liens avec Alexandra car il craignait d'être son frère ou son cousin, son oncle ou que savait-il encore !? Il avait tenté de fuir tout Ivanov, d'où sa réaction lorsqu'il en avait reconnu un au beau milieu de sa boutique quelques minutes plus tôt.

Le retrait de l'adulte le fit sursauter et il poussa une vague plainte étouffée alors que ses jambes cédaient sous lui et qu'il tombait à genoux. Mains crispées sur le bord de la table, l'empêchant ainsi de finir totalement avachi au sol froid de la pièce, il tourna la tête pour venir enfouir son visage au creux d'un coude. Il épongea ainsi ses larmes dans la fibre de sa chemise et dissimula au regard haineux de l'adulte combien ses traits se brouillaient d'un mélange de fatigue et de traumas. Ses épaules tremblaient, dos courbé et nuque gracile révélée à la toison courte et neigeuse de ses cheveux emmêlés. Dans ce silence chauffé à blanc, appliqué sur sa conscience violée comme l'indifférence à l'outrage que l'on venait de lui faire vivre, il ravalait ses sanglots de toutes ses maigres forces. Il ne pleurait pas d'être traité de la sorte par un inconnu, l'habitude l'avait forgé à l'ignorance de cette haine qu'on lui portait pour son physique ou ses origines modestes. Non, il pleurait car il ne lui restait rien : ni famille, ni amis. Les paroles crues de sa propre mère rebondissaient encore dans son esprit, l'abandon de ses grands-parents terrifiés par la Grande Terreur appliquée par Raspoutine et ses hommes. La séparation avec Alexandra, l'isolement dû à ses études partagées avec son travail ici. Et cet homme, qu'il soit cousin ou frère, oncle ou neveu... qu'en savait-il !? Ce homme donc, qu'il ne connaissait pas et qui ne le connaissait pas et ce, malgré son intrusion brutale, venait lui aussi à le rejeter. Comment pouvait-on le voir comme une menace ? Comment pouvait-on le penser indigne alors qu'on ne lui laissait pas même une chance de faire ses preuves ?

« - Je... Je continuerai, Monsieur. »

Bien que la tristesse ne teinte ses propos, que les larmes ne fasse trembler le timbre doux de sa voix, Andreï ne désirait pas le contrarier en argumentant au sujet d'un avis qu'ils partageaient tous deux. Plus tôt, il avait tout dis de ses choix, des décisions qu'il avait appliqué dès lors qu'une vérité lui avait été donnée quant à ses origines. L'homme avait vu dans ses souvenirs, il savait donc qu'aucun mensonge ne franchissait aujourd'hui ses lèvres mouillées de honte. Ses doigts aux phalanges blanchies à force de se crisper au rebord de la table, finirent par se fatiguer de leur accrocher et lentement, Andreï couvrit son visage de ses mains. Il ne savait pas quoi dire de plus et n'osait en réalité même plus penser à quoi que ce soit de concret. Il dressait en son esprit de maigres défenses, songeant en boucle à l'image d'un seul souvenir pour essayer de contrer une légilimancie terrifiante. D'une voix toujours aussi douce et craintive, il osa ajouter :

« - Alors je vous en pris... ne reparaissez plus jamais devant moi... et permettez que je puisse finir ma formation à Koldovstoretz... »

Si on lui accordait pareil clémence, alors il voulait bien poursuivre sa fuite systématique de tout Ivanov. L'absence d'Alexandra lui pesait, c'était certain... mais que pouvait-il faire de toute façon ? Il n'était rien ni personne ici... sa seule chance de survivre était de suivre la volonté de ceux qui dominaient, puis une fois sa place faite, il pourrait poursuivre à l'ombre des colosses une existence relativement paisible. Qui était-il, après tout, pour contrarier qui que ce soit ? Personne.
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17/4/2017, 14:04
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Prunelles sur son demi-frère retombées, le paysage, en filigrane, se peignait sous ses yeux, teint de couleurs pastelles, tendres et violentes sans transition dans les scènes qui se succédaient. Le tableau n’avait rien d’un chef-d’œuvre ni d’une piètre production ; comme bien d’autres, c’était le cours d’une vie avec ses éclats de victoire et ceux de brisures, un long fleuve où s’alternaient une surface lisse et paisible comme un miroir, puis de vertigineuses cascades broyant tout dans leur chute. Andreï y menait sa barque, percée dès sa conception adultère, que jamais il ne pourrait vider seul de toute l’eau qui s’y accumulait. Ça n’était guère étonnant que les améliorations dans son existence se présentent à l’instant où on venait lui tendre la main, pour lui mettre la tête hors de l’eau et lui laisser entrevoir quelques douceurs éphémères pour lui donner encore et encore, l’envie et la force d’empêcher le navire de sombrer.

Outre le mensonge entourant sa filiation, il semblait que le Seigneur ait prit un malin plaisir à punir cet agneau d’une santé fragile et de traits albinos si écœurants. D’autant plus que le jeune homme n’avait jamais eu la force de se battre pour faire oublier son handicap, subissant les moqueries et les mauvais jeux de ses camarades. Si Nikolaï avait regardé son bras monstrueusement meurtris de la même manière, il n’aurait pas la stature sociale et politique qu’il adoptait aujourd’hui. Tout, dans leurs caractères les opposaient, plaçant Andreï en blanche brebis chétive et craintive et Nikolaï en noir loup prédateur et carnassier. C’était dommage en définitive. Il aurait beaucoup aimé avoir du répondant de sa part, et probablement que cette attente déçue avait conditionné la force avec laquelle il avait placé son ascendant sur lui. C’était disproportionné et inadapté. Ce gosse n’était définitivement pas un Ivanov. Qu’avait-il cru ? Qu’il serait détrôné ? Que ce rival viendrait lui voler la couronne qu’il s’échinait tant à posséder ? Peut-être que cette peur avait effectivement traversé son cœur égoïste… Mais maintenant c’était fini.

Il regardait cet être se recroqueviller avec un mépris dévastateur, comme une salissure immonde sur le parquet grossier… Et décidément, les parquets lui menaient la vie dure en ce moment. Si on lui avait dit un jour que ce genre de préoccupation viendrait le hanter, il ne l’aurait certainement pas cru avant d’être accablé par la pathétique réalité. Lentement, l’Ivanov soupirait devant la douleur de cet animal blessé, pour qui les révélations étaient empruntes d’une souffrance poignante. Il y avait eu sa mère. Maintenant Nikolaï. Si son être entier se répugnait du caractère maladif et faible de son demi-frère, son cœur se soulageait de constaté que le problème ne serait pas aussi encombrant qu’il ne l’avait imaginé… A un point tel qu’il parvint à éprouver, dans son cœur amère, un ersatz de pitié à l’égard du jeune homme. L’accord qu’on formula était noyé de larmes : le russe ne comptait pas remettre en cause la véracité de sa promesse. Il n’était pas nécessaire d’aller plus loin.

Il s’apprêtait à partir et à le laisser à le laisser là, mais une douce demande le retint d’entamer les adieux. Il laissa quelques secondes s’écouler avant de répondre un ferme mais calme : « Accordé. » Il aurait pu revenir le voir et le forcer à coopérer, l’utiliser comme un vulgaire soldat dans une bataille plus grande… Mais en toute honnêteté avec lui-même, il imaginait pleinement ce qu’il pourrait donner à faire à une si fragile créature. Probablement que son avis était biaisé par le dégoût de leur fraternité, mais c’était un point de vue sur lequel il s’arrêtait en acceptant les conséquences de sa possible erreur de jugement. Quant aux études… Et bien, ce n’était pas comme s’il croyait tous ses élèves tous les jours. A l’exception des repas et encore : Nikolaï n’était pas toujours là et avait d’autres lapins à fouetter. Comme sa tumultueuse cousine dont l’albinos s’était amouraché.

Un miaulement se fit entendre à ses pieds et le directeur baissa son regard dessus pour observer la mini-boule de poils qui manifestait sa présence. Il se pencha pour la ramasser et venir la remettre entre les mains humides de larmes d’Andreï. Si Nikolaï était insensible à l’amour que pouvait donné ces petites bêtes… Son demi-frère, lui, en était capable et cela lui ferait du bien. Se rendant compte de l’acte de compassion, qu’il avait eu, son esprit eut tôt fait de réduire la dissonance cognitive sommeillait en lui argumentant mentalement sur le fait qu’il n’avait fait ça uniquement pour que le chaton ne se perde pas. Rien d’autre. Certainement pas pour rasséréner l’albinos. Il quitta la boutique.
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17/4/2017, 23:20
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En voyant un certain Ivanov entrer dans la boutique, le patriarche de la famille Yuan s'était découvert un transcendant amour pour le grand air, la neige, et les ruelles sombres et discrètes. Pure coïncidence donc, si son chemin avait subitement dévié le temps pour lui d'observer de ci de là, lui faisant si dramatiquement manquer l'occasion de croiser le Russe lors de ses achats animaliers. Bien entendu, il ne pouvait en aller autrement puisqu'il n'avait strictement aucune raison de vouloir l'éviter, n'est-ce pas ? Et c'était toujours par pure coïncidence qu'il avait entendu une partie de ce qui se disait entre les deux hommes, ce n'était tout de même pas sa faute s'il avait l'oreille… magiquement fine ? Invisible, dans l'angle de la rue, il observa la haute silhouette du sociopathe s'éloigner de la boutique, une part de son brillant esprit se demandant déjà s'il allait retrouver son petit lièvre transformé en pulpe sanguinolente ou pas. Ça aurait été une incommensurable perte, même si évidemment, l'Ivanov ne l'aurait certes pas vu de cet œil-là, aveugle par ses propres intérêts à la rareté qu'Andrëi représentait. Si le gamin était en vie, tant mieux il y en aurait plus pour lui, sinon, il lui accorderait trois minutes de deuil. Une fois qu'il fut assuré que l'autre n'allait pas changer d'avis et faire immédiatement demi-tour, le chinois pénétra dans la boutique, laissant la sonnette tinter à son passage, et chercha des yeux l'enfant qu'il s'évertuait à apprivoiser depuis déjà quelques années. Il était là, tremblant, et plus frêle que jamais, une petite chose qu'un souffle de vent aurait pu faire basculer. En vie donc, c'était une bonne chose, il avait réellement pensé que l'Ivanov ne se retiendrait pas, mais devait avouer l'avoir pour une fois méjugé, ce qui ne lui arrivait guère, depuis qu'il le connaissait. Nikolaï était un homme… qu'il comprenait, parce qu'ils partageaient certains principes, certaines idées, que tous deux fonctionnaient souvent de façon similaire. Sauf quand cela concernait leurs travers personnels.

« Hmff hm hm hm ? »

Comprenant qu'avec l'écharpe qui lui montait jusqu'au nez, le pauvre enfant ne devait pas avoir comprit grand-chose de ce qu'il lui demandait, il éleva pesamment une main gantée, entreprit de retirer l'écharpe, puis le passe-montagne, puis le long manteau de fourrure, puis le manteau intérieur, et enfin la chapka, posant le tout avec une minutie naturelle sur le porte-manteau, avant de glisser une main sur ses cheveux noirs et brillant pour les lisser proprement. A chaque couche de vêtement qu'il retirait, le chinois semblait batailler un peu moins et retrouver en grâce et en prestance, la masse s'amenuisant tandis qu'apparaissait, sous les poils, la ligne racée de sa silhouette. Débarrassé de ses interminables couches de protection contre le froid polaire de cette damnée Russie, le sorcier porta de nouveau son regard sombre sur le jeune homme, et s'approcha avec lenteur, les gestes doux et paisibles. Ses prunelles étaient d'un noir d'encre, soyeuses, portant un regard égal et dépourvu d'inquiétude sur la silhouette pâle, un regard que le ton de sa voix vint démentir aisément lorsqu'il reprit, cette fois intelligiblement :

« Est-ce que ça va ? Andreï ? »

Question stupide, en fin de compte, non ça n'allait pas, et la réalisation, ainsi que la contrariété de sa propre bêtise, se dessina un bref instant dans la ligne de ses sourcils, avant qu'il ne vienne le prendre lentement et délicatement, et ne le fasse s'asseoir, sans risquer de lui ôter le chaton des bras. Bien décidé à ne plus commettre l'irréparable en lui posant une question dont la réponse paraissait évidente, et encore plus décidé à ne pas le laisser seul, et à profiter un peu de la situation, il vint sortir un mouchoir de soie, pour lui taponner les yeux, et passa les minutes suivantes à mettre en pratique tout le doigté qu'il possédait pour le camer un peu, n'ayant que très peu de goût pour les pleurs de toute façon. Ses propres enfants avaient rapidement apprit à ne surtout pas pleurer et à porter leurs peines avec le sourire, à la savourer jusqu'à la dernière goutte pour ensuite mettre en pratique les enseignements qu'elle apportait… Quant à ses protégés, il faisait rapidement en sorte de les modeler afin qu'ils se passent de ce genre de dramaturgie. Il ne l'acceptait qu'en de rares cas, ou plutôt, le supportait, plus qu'il ne l'acceptait.

« Et si je te faisais un thé, hm ? »

Il n'entretenait pas de cliché, non non, le thé avait réellement des vertus calmantes, et ceux qui oseraient dire le contraire en souffriraient. Ne voulant pas le brusquer, il préférait autant attendre que le jeune homme se ressaisisse et lui parle de lui-même, plutôt que de devoir lui arracher une confession qu'il obtiendrait de toute façon avec un peu de patience. Dédiant à la pauvre créature un sourire paisible et engageant, il vint caressa la petite tête duveteuse à défaut de la peau laiteuse, trop bien élevé, et trop conscient que le garçon était en trop mauvais état pour lui infliger une entrée si fracassante dans son intimité. En d'autres circonstances, peut-être, un contact rapide, appliqué correctement, sans trop s'attarder à moins qu'Andreï ne le lui demande, mais certainement pas là…
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2/5/2017, 16:29
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La peur tenaillait son estomac, cisaillait ses tripes et faisait remonter à l'arrière de sa bouche le goût aigre d'une bile acide. Les yeux mouillés de larmes, les traits chiffonnés de ces sanglots qu'il tentait désespérément de ravaler, sa vision ne percevait plus que des prismes dilués, déstructurés. Le jeune sorcier croisa les bras autour de son torse, mains crispées sur ses épaules tremblantes et alors qu'il restait prostré au sol avec la tête basse, la voix de l'homme sonna à ses oreilles bourdonnantes comme un glas impérieux et... salvateur. Quel sentiment étrange d'être à la fois soulagé et terrifié ! Aux pas qui s'éloignaient, Andreï poussa un soupir saccadés et manqua de glapir au retour du sorcier. Les yeux clos, il vit l'ombre massive du russe grandir au travers de ses paupières et leva les bras pour se protéger d'un possible accès de violence à son égard... aussi quelle ne fut pas sa surprise de sentir non pas un poing s'abattre sur lui, mais les pattes douces d'un petit chaton. La boule de poils chaude et gigotante vint à se blottir dans son cou, moustaches caressant sa joue humide de larmes et petite truffe sous son oreille cramoisie par l'embarras et ses pleurs. De stupeur, le jeune albinos ouvrit les yeux et battit de ses longs cils cristallins pour contempler l'Ivanov qui prenait son départ sans un mot ni un regard de plus.

Abandonné à l'arrière de sa boutique, désorienté par cet acte de douceur, Andreï secoua résolument la tête de droite et de gauche pour chasser ce sentiment de malaise. Non ! L'adulte n'avait en aucun cas était « gentil » à son égard. Son geste n'était que le fruit d'une logique pure, de pragmatisme : il n'avait pas souhaité que le chaton se perde ou se blesse en errant ainsi dans la réserve encombrée d'outils. Rien de plus. Après tout, l'on parlait tout de même d'un membre reconnu de la Main Noire ! Les mains jointes en coupe pour soutenir l'échine de l'animal, le jeune homme vint enfouir le nez dans la fourrure soyeuse et referma les eux avec un long sanglot déchirant. S'il était soulagé de ne plus jamais avoir à faire avec cet homme, s'il était heureux de s'en sortir sans aucun dommage corporel, tous ces sentiments étaient balayés par la terreur sourde qu'il vivait sous la cruelle réminiscence des souvenirs les plus sombres et douloureux de sa brève existence. Le temps perdit toute notion alors qu'il se laissait bercer par le ronronnement du chaton dont les petites dents venaient à piquer son oreille. Aussi, lorsque la cloche tinta à l'entrée du magasin, Andreï sursauta et releva la tête en ouvrant de grands yeux ronds, terrifié à l'idée que le Directeur ait pu faire demi-tour. Son cœur se mit à battre la chamade, le sang reflua de son visage pâle qui prit alors une teinte crayeuse. Son souffle se fit tremblant et infime, la gorge nouée et les lèvres entrouvertes.

Des bruits de pas. Le bruissement de multiples vêtements. Le jeune sorcier commença à trembler et resta à l'abri relatif de la table, genoux remontés contre son torse et le chaton serré à présent au creux de ses bras croisés à hauteur de ses épaules courbées, tête basse. Une ombre le plongea dans l'obscurité et il n'osa toujours pas relever le nez... du moins jusqu'à entendre un marmonnement étouffé. Déstabilisé, l'albinos releva vivement le chef et découvrit une montagne de fourrure s'ériger devant lui ! Un yeti ? Non... sa boutique n'en possédait pas et la créature serait bien trop éloignée de son milieu naturel : le Tibet. Alors quoi ? Ce ne fut qu'en voyant l'animal s'effeuiller de quelques couches que le jeune sorcier comprit enfin toute l'absurdité de la situation. Le soudain soulagement qu'il éprouva le fit à la fois pleurer et rire, son éclat mêlé de quelques hoquets et sanglots nerveux alors qu'il fixait ce pauvre Jie-Lin retirer ses innombrables protections hivernale et se révélait enfin dans toute sa dignité et sa prestance naturelle. La question toutefois le fit brusquement cesser de rire et il fixa le chinois avec une expression froissée, le temps d'un soupir avant qu'il ne force un sourire par habitude. S'il allait bien ? Non et... oui. Il était toujours en vie, alors il allait bien et le reste passerait, comme toujours. Il lui faudrait peut-être un petit peu plus de temps pour digérer sa peine, mais le garçon saurait alors relativiser et continuer de l'avant.

« - Ah... Merci et... pa-pardon. »

Il renifla une fois de plus et se laissa aider pour revenir sur ses pieds, puis pour pouvoir s'asseoir sur le bord de la table. Cheville croisées, le bout de ses pieds effleurait tout juste le sol alors qu'il venait poser le chaton sur ses cuisses. Ses épaules tremblaient encore de quelques sanglots qu'il étouffait en se mordant la lèvre inférieure, l'exercice redonnant un peu de couleur à son visage toujours aussi pâle. Le bout de son nez, le contour de ses yeux ainsi que ses pommettes étaient légèrement rosées à cause de ses pleurs, quelques larmes continuaient de mouiller ses joues livides. L'approche d'une main le fit se crisper, réminiscence de sa frayeur, mais quand il reconnu le mouchoir et comprit les intentions de l'adulte, Andreï ferma ses longs cils et leva le visage en toute confiance vers le plafond pour que l'autre puisse l'essuyer de toute l'eau saline qui brouillait ses traits délicats.

« - Je... Je suis désolé que vous... vous me voyez ainsi. »

Il était un homme après tout, hors il ne devait pleurer que trois fois au cours de sa vie s'il en croyait son grand-père : lors de sa naissance, à la mort de sa mère et ensuite à celui de son épouse. L'on pouvait dire qu'il avait parjuré cet adage de nombreuses fois déjà ! Andreï ne comptait plus le nombre de fois où il avait mouillé son oreiller à force de sangloter en silence après une éprouvante journée. Cependant, il s'était toujours efforcer de ne jamais verser de larme en présence de ceux qui le maltraitaient ou de qui que ce soit... jusqu'à aujourd'hui. Pouvait-on réellement le blâmer avec ce qu'il venait de traverser ? Lui se le reprochait. Le jeune homme soupira quand il retrouva une certaine contenance et fixa Jie-Lin avec un pâle sourire timide et frêle. Ah ce sorcier de sang-pur était un réel mystère pour lui ! Cela faisait des années qu'ils se connaissaient à présent et pourtant jamais Andreï n'avait compris pourquoi cet homme s'était évertué à devenir son ami. Outre la différence d'âge, le chinois possédait une réputation versatile : selon les sources, il passait pour un samaritain alors que d'autres le dépeignaient comme le diable en personne. Pour l'albinos, il était une épaule fiable et constante, un être qui ne l'avait jamais jugé pour son physique et s'était toujours montré courtois ainsi que bon conseiller. Ce fut cette fois sans surprise que la proposition tomba et Andreï sembla s'apaiser à l'idée de partager une tasse de thé au confort de son petit studio à l'étage. La caresse le fit frémir, mais il ne chercha pas à s'en défaire, bien au contraire et d'un léger mouvement du chef, le jeune homme allongea le contact l'air de rien, ses longs cils tremblant alors qu'il expirait un peu de toute son angoisse.

« - Si cela ne vous dérange réellement pas, j'aimerai beaucoup. Merci infiniment. »

Il récupéra le chaton qui s'était presque endormit dans le creux de ses cuisses, petite boule bariolée et hirsute, tremblante sous ses ronronnements prononcés. Il la cueillit dans ses mains et glissa au bas de la table pour gagner la boutique. Il déposa l'animal dans l'un des paniers aux bords hauts et le laissa rejoindre la pile de chaton qui s'était formée dans la gamelle de croquette. Attendri, Andreï observa le tableau touchant puis s'en alla tourner la pancarte pour signifier que la boutique était fermée. D'un tour de verrou puis d'un sortilège simple, mais efficace, il s'assura qu'aucun autre intrus ne vienne à les déranger. Tirant les rideaux roulants pour offrir une pénombre confortable à la ménagerie, il attendit Jie-Lin au seuil d'une seconde porte située à la droite de celle donnant sur l'arrière-boutique. Cachée derrière une tapisserie, elle donnait directement sur un escalier étroit qui menait à l'étage, sous les combles, et s'ouvrait sans cloisons sur un salon stupéfiant.

Ce dernier était propre, le mobilier était visiblement de seconde main pourtant il était tout aussi choyé et bien entretenu que le reste du petit appartement. Les murs étaient de boiserie, sauf les mitoyens qui étaient de briques avec poutres de soutient apparentes. Le sol de parquet sentait encore la cire fraîche et se couvrait en son centre d'un magnifique tapis persan. Un canapé de cuir craquelé occupait la majeur partie de l'espace, alors qu'un fauteuil moelleux alourdi d'un gros plaide en laine se trouvait à la fenêtre, flanqué d'un petit guéridon lui-même encombré de livres et de parchemins noircis d’annotations. Une table basse, devant le canapé, supportait un vase avec non pas un bouquet de fleurs, mais de sublimes plumes d'oiseau-tonnerre vibrantes et chatoyantes. En réalité, toute la pièce contenait ainsi des pièces d'arts -moldues ou sorcières- venant des quatre coins du monde, exposées sur les étagères des nombreuses bibliothèques qui couraient le long des murs, livres de science vivante et photos animées d'innombrables créatures magiques se disputant le reste de la place. Les grands-parents d'Andreï voyageaient énormément et, pour chacune de leur escale à Saint-Pétersbourg, ils rapportaient au jeune garçon des souvenirs toujours plus extraordinaires, rares et exubérants.

Andreï traversa la salon et gagna la cuisine, celle-ci uniquement séparée de la pièce principale par un petit îlot où s'accolait une table rectangulaire et trois chaises dont aucune n'était du même set. Ouvrant l'arrivée de gaz, il alluma le fourneau en fonte lourde, noire et rutilante qui occupait la majeur partie de la cuisine, le reste n'était que plan de travail et placards vitrés emplis de vaisselles et d'ustensiles. Il prit une casserole et y versa de l'eau avant de la poser sur le feu et de sortir, par la suite, un service à thé chinois qu'il disposa sur la table basse à l'exception de la théière qu'il laissa près de la casserole. Fouillant un peu, il extirpa d'un tiroir un petit coffret de fer blanc où il gardait précieusement les feuilles séchées offertes par Jie-Lin lors des dernières fêtes.

« - Je le garde précieusement... j'ai toujours peur de ne pas le préparer correctement et ne pas lui rendre l'hommage qu'il mérite. Si... Si vous voulez bien... »

Il laissa la place au chinois, ne pouvant tenir à deux dans la cuisine étroite et gagna pour sa part le salon pour s'asseoir dans un coin du canapé. Ayant retiré ses chaussures sur le palier de l'escalier, l'albinos pu remonter les jambes sous lui et se blottir ainsi à son aise. Cela faisait depuis trop longtemps qu'ils se connaissaient tout deux pour que le garçon songe encore à tenir une quelconque étiquette en présence de l'adulte. Il savait que Jie-Lin ne se vexerait pas à le voir agir ainsi, tant qu'il ne se montrait pas volontairement grossier ou irrespectueux. Heureusement, le caractère timide du sorcier l'empêchait de verser dans ce genre de tendance regrettable et ils s'étaient depuis apprivoisés mutuellement, du moins c'était ce qu'Andreï voulait croire. Dans un environnement familier, il pu se détendre et se retrouva à trembler comme une feuille alors que ses nerfs lâchaient et qu'il pouvait vraiment souffler. Silencieux, il observa les gestes méticuleux et précis du chinois lors de la préparation du thé, trouvant dans ce rituel millénaire une paix d'esprit plus que la bienvenue. Il lui tardait de savourer le breuvage brûlant qui achèverait de calmer ses angoisses.

« - Jie-Lin ? »

L'appel fut aussi doux que sa voix, la prononciation impeccable. Il se leva pour approcher de son invité, venant s'accouder au passe-plat et faire face à l'homme sans le gêner dans ses mouvements. L’albinos avait très vite cherché à parler une base de chinois, autant pour le plaisir de la connaissance et de la pratique, que pour rendre réellement hommage au prénom de cet homme qui, l'air de rien, prenait une place de plus en plus importante dans sa vie solitaire.

« - Quelle était la raison de votre venue ? »

Après tout, ce dernier était un homme d'affaire en plus d'être un père de famille ainsi que le patriarche des Yuan. Autant dire que ses sorties étaient rarement d'une nature oisive ou impulsive ! Les grands yeux parme du jeune homme se troublèrent alors qu'il réfléchissait lui-même aux raisons qui auraient pu pousser le chinois jusqu'à sa porte et, sursautant, se dirigea vers le rebord de la fenêtre pour l'ouvrir et récupérer sur la gouttière du toit en pente et de tuiles : un panier d'osier soigneusement fermé. Il referma vite la fenêtre, empêchant au froid extérieur de trop mordre la tiédeur confortable de l'appartement et retourna auprès du sorcier.

« - Je suis confus... j'avais oublié qu'ils étaient là. C'est pour cela que vous êtes venus ? Nous en avions vaguement parlé, l'autre fois aussi j'ai tenté l'expérience. Je suis désolé, je devais vous tenir au courant ! »

Ouvrant le panier, il révéla une douzaine de gros œufs ovales, similaires à ceux qu'une oie pourrait pondre mais à la coquille très légèrement irisée : il s'agissait d'une ponte de Dirico.

« - J'ai séparé la femelle du mâle pendant quelques jours afin de collecter des œufs stériles. J'ai déjà trois poussins en croissance, dans les enclos de la réserve... ils devraient être prêt pour début de cet été, à leur sixième mois pour être exact. En attendant, je me suis dis que les œufs pourraient vous intéresser... même si je dois avouer n'avoir jamais songé à en manger.
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3/5/2017, 20:21
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Sa docilité en de tels instants de détresse était comme un bon vin, à savourer à sa juste valeur, mais dont il ne fallait en aucun cas abusé, sous peine de ne plus jamais y trouver le même plaisir, le même délice. Et pourtant, la confiance presque aveugle, l'acceptation du jeune hommes étaient des spiritueux dont il avait du mal à se passer. Oui, Lin aimait que l'on s'ouvre à lui, pour lui, qu'on le laisse s'insinuer dans l'environnement familier, dans les pensées, dans l'intimité, pour s'y trouver une place et en consommer paisiblement le nectar et il appréciait cela d'autant plus lorsqu'il s'agissait d'un jeune homme… et ce, bien qu'Andreï soit déjà relativement vieux, selon ses critères tous personnels. Avec beaucoup de délicatesse, il chassa ce mascaret salin, cachant au fond de ses propres pensées les sentiments contraires que la vue lui insufflait. En un sens, cela ne le rendait que plus adorable, plus fragile, de cette délicatesse de porcelaine qui faisait tout son charme et sa grâce. Et pourtant, il s'irritait des conséquences que cela pouvait avoir et du malaise instinctif qu'il ressentait face à une occurrence naturelle mais que, pourtant, il ne supportait guère. Le jeune sorcier ne devait jamais apprendre, par quelque voie que ce soit et sans son consentement, ce qu'il provoquait chez lui, cette fascination et cette convoitise qu'il lui vouait, désireux qu'il était d'en faire une pièce de choix dans sa collection.

« Ce n'est rien »

Le chinois balaya les excuses avec simplicité, ne s'y attardant pas un instant, comme si sa présente condition n'avait rien de honteux à ses yeux. De toute façon, le jeune homme n'avait pas besoin d'entendre des remontrances de sa bouche, il n'était pas idiot et savait déjà l'image sociale qu'il donnait. En revanche, l'amoindrir ou, à défaut, ne pas s'attarder sur elle ne pouvait que l'auréoler de davantage de confiance aux yeux de sa proie. Et si le patriarche devait en croire le sourire frêle de son hôte, il avait eut raison d'agir ainsi. Sans doute était-ce la raison de son audace d'alors, tandis qu'il fixait Andreï, ne laissant rien filtrer du plaisir presque physique qu'il éprouvait à le voir si peu farouche, accepter le contact sans s'y dérober, sans le lui reprocher. Malgré la fixité de son expression, malgré la lueur impénétrable de ses yeux sombres, il le dévorait du regard, cherchant la courbe des cils neigeux, la délicatesse des traits et les nuances subtiles dans la teinte à première vue uniforme de sa peau… tant de détails qui, pour un esthète comme lui, étaient autant de sublimation d'une rareté génétique qui complimentait son possesseur, contrairement à tout ce que ces barbares russes pouvaient bien affirmer. Les dernières gouttes aqueuses prises dans les ourlets si fins des cils scintillaient légèrement dans la lumière, et lui donnait envie des les immortaliser sous verre… ou de les boire, pour déterminer enfin s'il avait une saveur particulière.

« Tout le plaisir est pour moi »

Sa voix traînait légèrement, lente dans sa diction, posée dans la façon dont il détachait les mots, et expirait les sons. Le Russe sonnait si différemment du Chinois sur ses lèvres… S'écartant finalement, il chassa la fascination que l'autre allumait toujours en lui, et eut l'ombre d'un regard affectueux pour la petite boule de poiles pelotonnée sur ses genoux, esquissant même un instant un petit rire, en voyant la mine ensommeillée du minuscule félin tandis que l'albinos le reposait avec ses frères et sœurs, dans la boutique. Andreï avait cette délicatesse, cette tendresse, quand il s'occupait des bêtes, unique en son genre. Cela n'avait rien à voir avec la façon dont il se mouvait en dehors de cet espace clôt, et il pouvait sans trop se tromper affirmer être un expert, décryptant sa façon d'être depuis le jour de leur première rencontre. Le chinois s'approcha du panier, croisant les mains dans le dos, faisant mine d'admirer les peluches à la fourrure soyeuse et colorée massées là, quand en vérité, c'était leur propriétaire qu'il mirait une fois de plus. Si Andreï avait su la profondeur de l'analyse qu'il menait, les sentiments qui la motivait, il aurait sans nul doute prit peur. Fort heureusement, le jeune sorcier n'était pas Legilimens comme lui. Le laissant finalement passer devant lui, il le suivit vers l'étage supérieur, là où l'albinos avait établit ses quartiers.

Expert dans l'art de vendre tout et n'importe quoi à n'importe qui, Lin n'eut aucun mal à mettre un prix, et une provenance, sur la majeur partie de ce mobilier qui se présentait à ses yeux éclairés. Malgré leur âge, ils étaient entretenus correctement, preuve que le maître des lieux n'était pas maladroit de ses mains lorsqu'il s'agissait du ménage. Andreï ne vivait pas dans un luxe suffisant pour s'offrir une aide ménagère humaine, et n'était pas d'une famille suffisamment prestigieuse pour espérer avoir un elfe de maison. Il était donc plus probable que ce soit effectivement lui qui s'occupe de tout cela, un exercice qu lui-même, héritier d'une grande lignée à la richesse impensable, n'avait pas eut à souffrir. Bien qu'il reconnaissait la fracture que cela provoquait, Lin était pourtant assez pragmatique pour également reconnaître là la valeur de l'individu capable de se passer de telles aides. Et éventuellement, cela lui donnait également envie de voir l'expression du jeune homme s'il décidait de lui offrir une telle aide, de le plonger dans un luxe dont il ne pouvait pour l'heure que rêver. Mais serait-il capable de l'apprécier, ou se trouverait-il éternellement gêné, passé la période d'adaptation ? Savoir aurait signifier passer à l'acte.

« Impressionnant » fit-il, pensif, tandis que son regard de velours se promenait alentours.

Oui, vraiment, du très bon goût, et il y avait là des objets à la valeur réelle, et exotique. Les plumes l'attirait irrémédiablement, pour leur valeur, leur rareté… les potions qu'on pouvait produire avec étaient souvent d'une puissance rare, comme les baguettes d'ailleurs. Même les pièces moldus n'étaient pas hors de propos. Faisant lentement son chemin à travers la grande pièce, il vint l'observer dans sa fouille minutieuse et eut un sourire à la trouvaille. Ainsi, il lui en restait bien, il n'avait pas mal parié en pensant qu'Andreï économiserait ce présent particulier. Son cadeau pour lui lors de la fête du nouvel an, à peine quelques semaines auparavant, un thé blanc, très délicat et provenant des meilleurs plantations de chine, même s'il lui avait passé sous silence la qualité exacte de la plantation. De façon fort curieuse quand on le connaissait relativement bien, lui-même n'appréciait pas autant ce thé là que le bleu, ou certains verts singuliers, mais il avait estimé que ses vertus et son goût seraient parfaits pour le jeune homme…

« Bien sûr » fut la réponse, paternelle et sincère, en rien forcée. La cérémonie du thé était un rituel qu'il appréciait accomplir, non seulement pour sa beauté et ses qualités culinaires, mais aussi pour son exquise philosophie associée. « Peut-être voudras-tu que je t'apprenne le cérémonial, à l'occasion » offrit-il simplement, sans en avoir l'air. Prenant la place, il surveilla l'eau, et lorsqu'elle fut prête, il la versa dans la théière, le poignet souple mais résistant, avec son habitude à manier les plats, les poêles et les casseroles… Sa femme n'avait jamais comprit sa capacité à faire la cuisine lui-même dans son restaurant alors qu'il ne supportait pas de devoir couper une volaille lorsqu'il trônait chez lui. Fort heureusement, il ne lui demandait pas de comprendre, juste d'accepter et de s'y faire, ce qu'elle avait toujours fait. Une fois le récipient prêt, il   le déposa sur un emplacement prévu à cet effet, avant de débuter le rituel avec un soin extrême, presque maniaque.

« Hm ? »

L'appel timide lui fit un bref moment lever les yeux avant qu'il ne poursuive ce qu'il faisait, prenant son temps, mais restant alerte à la voix douce qui mandait son attention. Andreï était l'un des rares individus à l'appeler par son véritable nom, et non par le prénom russe qu'il avait adopté pour faciliter la tâche aux locaux et préserver ses oreilles délicates. Les occidentaux ne savaient pas, en règle générale, prononcer le chinois. De fait, le jeune albinos était également  l'un des heureux élus connaissant son prénom complet, et non la version tronquée qu'il donnait lors d'une première rencontre. Sa culture n'admettait l'usage du double prénom que part les proches… De la part d'un autre, cela revenait à une insulte parmi les plus grossières. Les efforts fournis par Andreï lui avait acquis cet honneur de plein droit. Pour autant, il ne répondit pas, se contentant d'un sourire et d'un coup d’œil amusé…

Le laisser deviner tout seul s'avéra fructueux, et il tâcha de laisser reposer le thé le temps qu'il revienne avec ce dont il était question. Un soudain appel d'air, tandis qu'il ouvrait la fenêtre, fit grimacer le patriarche, excessivement sensible aux températures insupportables de l'extérieur russe, contre lesquelles il était en guerre depuis son premier séjour dans le pays. Comment une civilisation avait pu s'établir et prospérer en un lieu pareil restait un mystère pour ce sorcier qui avait vu le jour sous un soleil magnifique et dans un climat tropical. Autant dire que la saison d'hiver qu'il passait en Chine était la meilleure de l'année… et correspondait, sans surprise, à la plus intraitable en Russie, celle qu'il ne pouvait adoucir même en mettant le feu à son manoir. Le printemps et l'été étaient encore à peu près supportables, mais l'hiver… ? Non, l'hiver lui ôtait toutes ses forces.

« Ce n'est pas grave. Dis-moi plutôt ce qu'il en est »

Curieux, le chinois observa le panier d'osier s'ouvrir et révéler de beaux œufs chaudement attendus depuis la fois où, effectivement, ils avaient tous deux abordés le sujet. Voilà quelque chose qui ferait un ajout fameux à ses possessions et son escarcelle. Les animaux en eux-mêmes seraient parfaits pour certaines attractions dont il avait l'idée, et pour sa collection personnelle, et les ingrédients que l'on pouvait en tirer pourraient, après expérience, s'avérer intéressants… Silencieux, il écouta tranquillement les explications d'Andreï et hocha finalement la tête, sans répondre immédiatement. A la place, il prit l'anse de la théière et versa le breuvage dans deux tasses, desquelles monta bientôt un tourbillon paresseux. Prenant la sienne, il la bu à petites gorgées, laissant le liquide parfumé imprégner son palais. Lorsque la tasse fut vide, il la posa nettement, passant quelques instants à la tourner et la repositionner très légèrement pour convenir à son esprit rigide, puis rompit enfin le silence.

« Je suis preneur, effectivement. Il faudrait que je fasse quelques tests… pour jauger des caractéristiques culinaires des œufs. Je n'en ai encore jamais vu proposés dans un restaurant, mais justement, c'est pour cela qu'ils sont si intéressants. Cela me demandera simplement de constituer de nouveaux plats et d'adapter la préparation… peut-être en faisant en sorte de conserver leurs caractéristiques magiques »

Cela pouvait être un bon piège, si les œufs pouvaient également se téléporter. Sinon, ils seraient simplement un met unique en leur genre. L'un comme l'autre serait appréciable, puisqu'il mettait un point d'honneur à ne jamais ennuyer ses clients, même si cela demandait parfois une gymnastique épuisante sous plus d'un aspect. Le renouvellement constant étant impossible, il s'agissait simplement d'avoir suffisamment de cartes en main pour que les clients ne retombent pas trop souvent sur la même et conserve une certaine fraîcheur à redécouvrir ceux qu'ils avaient déjà expérimenter. Pensif, il resservit une tasse, pour la seconde dégustation, et profita de la boire pour réfléchir avant de parler de nouveau.

« Combien d’œufs produisent-ils en temps normal ? »

Il vint enrouler les doigts sur l'anse, et approcha le panier de lui pour pouvoir examiner davantage les œufs, son regard critique et acéré se baladant sur les surfaces lisses pour en jauger les potentielles qualités. En vérité, ces matières premières pouvaient également être utilisées dans la fabrication de potions… Et là, elles seraient excessivement utiles. Il n'en aurait besoin d'un stock conséquent que dans l'hypothèse où il le rendait accessible au grand public, évidemment, car si cela restait de la consommation ponctuelle, quelques œufs seraient suffisants et il suffirait de garder les parents séparés, pour éviter la surproduction.

« Où les as-tu trouvé… ? »

Il ne se souvenait pas que Plume & Poils ait eut ces animaux avant qu'ils n'en discutent, cela avait donc été fait à son bénéfice… Andreï le connaissait suffisamment bien pour effectuer l'acquisition en avance, et il avait réellement envie de ces créatures. Ce qu'il y avait de satisfaisant à être aussi riche, c'était bien qu'il pouvait s'offrir tout ce qu'il désirait ou presque d'un claquement de doigt. Et bien entendu, l'immense fortune de sa famille ne se trouvait pas entreposée en un seul et unique lieu, bien qu'il avait presque cru que les gobelins de Gringotts leur refuserait un coffre. Intérieurement, il tâchait déjà d'estimer ce que cela lui coûterait…

« Que peux-tu me dire d'eux ? Si les poussins seront prêts en été, j'ai le temps de leur préparer un environnement adéquat…. »

Sans avouer franchement la question qui lui traversait l'esprit à l'instant, et qui se ramifiait en de nombreuses autres, il s'attendait naturellement à ce que le jeune homme comprenne où il voulait en venir et les informations qu'il lui serait nécessaire de posséder pour la suite. De toute façon, il ne discuterait pas du prix de son caprice….

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10/5/2017, 22:23
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Patient et docile, le jeune albinos attendit que son aîné réagisse et ne prenne à son tour la parole, incapable de briser la quiétude qui le gagnait à le voir manipuler théière et ustensiles. De ses yeux lavandes, il buvait ses moindre faits et gestes à défaut de pouvoir encore goûter au thé qui ne tarda d'ailleurs pas à leur être servi. Avec un sourire admiratif à la grâce et la précision innée aux mouvements du chinois, résultat d'une éducation aussi racée que l'étaient ses traits impassibles durant tout le temps de cette cérémonie, Andreï se rappela enfin de sa proposition et l'accepta dans un souffle, légèrement en retard sur sa réponse. Le panier d'osier fut déposé entre eux avec délicatesse et une fois délesté de sa charge, le garçon pu prendre la tasse pour la porter à ses lèvres, essayant de se calquer au rythme de son invité. Malheureusement, il se brûla et recula vivement la tête avec un petit couinement de douleur lacé de surprise. Il reposa l'objet sans heurt malgré sa précipitation et d'une main, il tâtonna la zone rougie tout en arborant une petite moue contrariée, cachant au mieux son embarras à se donner ainsi en spectacle. Sa bouche n'était pas habituée à gérer pareille température et la peau si fine et délicate de l'albinos n'avait simplement pas supportée la caresse brûlante du thé exotique contrairement à Jie-Lin qui ne semblait pas le moins du monde incommodé.

Les yeux baissés sur l'onde ambrée captive de la tasse, la vue parfois brouillée d'un volute parfumé qui se torsadait paresseusement jusqu'à son visage songeur, le jeune sorcier pencha la tête d'un côté avec une certaine perplexité. Les Diricos étaient une nouveauté pour lui, le peu de documents trouvés dans les bibliothèques moldues ne lui apportaient guère plus d'information, si ce n'était leur localisation originelle. Ces butors de non-mages avaient massacré la population paisible de ces volatiles dodus et manqué de créer une extinction en un temps record ! D'ailleurs, ces arriérés pensaient effectivement que les volatiles n'existaient plus, rasés de la surface du globe alors que les « Dodos » s'étaient simplement délocalisés ailleurs grâce à leur pouvoir de téléportation. A cause de cela, même les sorciers les plus assidus et bornés avaient énormément de mal à étudier cette espèce qui, depuis sa rencontre malencontreuse avec la race humaine, avait la fâcheuse tendance à disparaître dès qu'un homme pointait le bout de son vilain nez. Pour autant, le jeune garçon n'avait pas perdu confiance lorsque ses grands-parents avaient réussi à mettre la main sur un couple de Diricos tout juste formé ; c'était à peine si le mâle n'avait pas encore un peu de duvet sur le cou ! Les heures ne se comptaient plus pour Andreï et son observation assidue de ces étranges créatures, malgré tous ses efforts : ses informations étaient bien maigres.

« - Hum... Je pense que les femelles ne pondent qu'en terme de périodes d'accouplement, un peu comme les mouettes ? Lorsque mon couple alpha s'est reproduit, j'ai obtenu effectivement une ponte de trois œufs fertilisés que j'ai alors retiré du nid avec l'intention de le faire incuber moi-même pour faciliter sa surveillance et assurer les naissances. »

Il fit une pause, le temps de boire une gorgée du breuvage dont la température était déjà plus proche de sa tolérance. Sa langue vint s'engourdir de la chaleur et il prit le temps d'en savourer tous les parfums subtiles et riches. Les yeux clos, il eut un sourire doux, appréciateur avant qu'il ne passe une langue furtive et encore rouge sur ses lèvres pâles, récoltant la fine pellicule de thé qui les avait un instant lustrées, ne désirant pas en perdre une seule goutte. Avec tout autant de délicatesse, le jeune sorcier reposa la tasse mais continua d'y lover ses doigts pour les garder au chaud. Il fronça les sourcils lorsqu'il reprit son explication, visiblement contrarié par ce qu'il expliquait :

« - Malheureusement, la femelle a aussitôt commencée à me paraître troublée, probablement nerveuse de voir son nid vide. Cette confusion a gagné le mâle et ils ont tenté plusieurs fois de se téléporter hors de leur enclot enchanté. Après un temps, la femelle a commencé à pondre des œufs stériles, mais elle semblait toujours confuse alors j'ai réintégrer le mâle avec elle dans l'espoir de la consoler... mais il aura aussitôt cassé les œufs et tenté de s'accoupler encore avec elle. »

Andreï ne pu s'empêcher de grimacer légèrement au rappel des nuits blanches passées à se creuser la tête pour essayer de comprendre comment gérer la situation sans créer un stress inutile à ses animaux tout en fournissant au chinois des œufs stériles en plus d'une portée de petits poussins en bonne santé. Savoir que tous ses efforts finiraient dans une assiette était quelques peu frustrant, mais le sacrifice était nécessaire s'il désirait continuer à faire tourner la boutique ! Battant de ses longs cils, il chassa ces pensées parasites pour continuer son histoire.

« - Au final, j'ai continué de les séparer. J'ai pris cette quantité d’œufs stériles qu'elle me pondait et après un temps, je lui ai rendu ceux fertilisés. Elle a semblé les reconnaître, je ne sais comment car de vous à moi : ils ont exactement la même allure, le même poids aussi... je penche pour une histoire d'hormones, mais je n'ai encore aucune preuve. Quoi qu'il en soit, la femelle s'est mise à les couver et à ne plus agir de façon hystérique. Quant au mâle, je n'ai pas osé le remettre dans l'enclos commun de peur qu'il n'aille casser les œufs fertilisés. Ce n'est qu'à la naissance des poussins que j'ai réuni la famille au complet. »

Il soupira et tendit une main vers la théière pour s'offrir un second service, profitant de cette action pour cacher son soudain embarras lorsque Jie-Lin lui demanda en toute légitimité où il avait pu trouver ces volatiles. Ses joues prirent une carnations rosée et ses lèvres se crispèrent en l'ébauche d'un sourire timide alors qu'il papillonnait des yeux de droite et de gauche, refusant de croiser le regard d'encre du chinois. La courbe ambrée du thé versé à sa tasse trembla sur les dernières gouttes alors qu'il posait la théière avec un peu de maladresse. Silencieux encore une poignée de secondes, le jeune albinos finit par souffler d'une voix étouffée :

« - Après notre conversation, j'ai... demandé à mes grands-parents de faire jouer leur contact et... et ils me les ont livrés lors de leur dernier passage, il y a quelques mois de cela. J-je ne voulais pas vous en parler avant d'avoir obtenu un résultat viable et satisfaisant quant à... v-vos attentes. »

Il rentra un peu la tête entre ses épaules, mal à l'aise alors qu'il faisait tourner la tasse entre ses longs doigts délicats. La gentillesse de Jie-Lin à son égard le troublait toujours autant et ce, depuis leur toute première rencontre lors des vacances d'hiver de ses quatorze ans. Tout au long de sa scolarité, il avait aidé au magasin dès qu'il avait l'autorisation de quitter l'enceinte de Koldovstoretz et à chaque fois, il avait pu rencontrer le patriarche Yuan. Ce n'était que récemment, après son obtention des ASPICs et lorsque sa sœur... non, sa mère avait claqué la porte de Plumes & Poils, le laissant seul à la charge du magasin, que sa relation avec le chinois s'était renforcée jusqu'à faire de l'homme un confident. Plus que cela même, au regard mélancolique du jeune albinos, son invité arborait parfois la casquette du père qu'il n'avait jamais eut... une idéalisation coupable qu'il n'oserait jamais avouer de vive voix. Avec tout cela en tête et, surtout, au creux de son cœur sensible, Andreï avait donc joué des pieds et des mains pour mettre la main sur ce couple de Dirico... et se plaisait à croire que ses efforts seraient payant, que Jie-Lin serait content et pourquoi pas ; même fier de lui.

Sentant le thé tiédir entre ses mains, il pu en boire quelques gorgées sans risquer de se brûler une seconde fois les lèvres et la langue. La saveur n'avait pas déclinée avec ce service et il prit le temps de savourer chaque déglutition. Il en était à ses pensées lorsqu'il sembla enfin réaliser toute la raison concernant cet interrogatoire et il sursauta si fort qu'il manqua de renverser la tasse. Un peu de thé éclaboussa sa main et il la retira d'un geste vif, glapissant de surprise alors qu'il venait la couvrir de sa dextre, le rose d'embarras passant au carmin de la honte sur ses pommettes veloutées.

« - Ah !? P-pardon ! »

Il se mordit la lèvre inférieure, gardant la chair souple et pulpeuse coincée sous ses dents alors qu'il venait redresser la tasse et se penchait par dessus le comptoir pour prendre sous ce dernier -côté cuisine- de quoi éponger le thé renversé avant qu'il ne vienne tâcher le sol. Il tamponna le bois ciré avec précaution et se borna à fixer ce qu'il faisait, visiblement mortifié de sa maladresse. Quelques larmes contenues à ses cils trahissait combien ses nerfs étaient à fleurs de peau et ses narines légèrement frémissantes étaient non sans rappeler ceux d'un petit lièvre terrifié.

« - Hn... Je... Je suis désolé. Je pensais que vous... vous vouliez les Dirico p-pour la consommation. Je n'avais pas réalisé que c'était pour... un élevage ou une... ex-exposition dans votre restaurant ou v-votre collection. »

Andreï soupira lourdement et vint plier le torchon avant d'en torsader une extrémité entre ses doigts, nerveux et réellement apitoyé sur sa confusion en plus de tout le reste. Décidément, ce n'était pas sa soirée ! Lâchant le tissu avant de le déchirer à force de le triturer, il vint enfouir quelques secondes son visage au creux de ses mains et prit une profonde inspiration pour tenter de retrouver un peu de contrôle sur ses nerfs éprouvés. Il expira un souffle tremblant et essuya furtivement ses larmes avec le coin d'une manche puis força un sourire doux et ferme à ses lèvres pour rassurer son vis à vis. Ses yeux se paraient toujours de cette lavande pastelle, mais brillaient soudainement d'un éclat plus assuré, presque passionné alors qu'il proposait :

« - Si vous avez le temps et le désir... voudriez-vous venir dans l'arrière boutique avec moi ? Je souhaiterai vous montrer les poussins. D'un petit geste délicat, il repoussa une mèche neigeuse qui barrait son front pâle. La livraison prévue dans six mois n'était qu'en prévision d'une consommation de l'animal ! J'avais fait ce calcul en fonction des poulets ou des oies... mais si vous voulez vraiment les garder pour de l'exposition, alors vous pourrez les prendre dès la semaine prochaine. »

Jusqu'à aujourd'hui, personne en dehors de la famille Kuznetzov n'était descendu dans l'arrière boutique. Il s'agissait d'un monde à part, composé de plusieurs habitats dans une réalité singulière, détachée du monde avec ses propres proportions, ses propres climats... Là-bas vivaient les animaux exotiques, rares et singuliers de la boutique Plumes & Poils, de ceux qui ne se vendaient pas au premier venu. Mais Jie-Lin était tout sauf un inconnu ! Le jeune albinos estimait qu'il était temps de donner à cet homme une entrée VIP à la boutique et ainsi, peut-être, lui rembourser tout ce qu'il lui devait moralement.
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14/5/2017, 15:07
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Chez le chinois, il existait une fixité n'ayant aucun parallèle, et qui ne se manifestait qu'en certaines occasions, quand l'écoute d'un interlocuteur s'avérait d'un extrême intérêt, tel qu'il ne se permettait alors nullement de dévier son esprit vers d'autres considérations, bien qu'il fut parfaitement capable de faire plusieurs choses à la fois et de les faire bien. En règle générale, Lin vivait, au travers de ses conversations, mais pas en ces instants, en ces instants, ses traits se figeaient, son souffle ralentissait, ses yeux ne cillaient plus, les mouvements infimes mais naturels des corps humains semblaient disparaître, happés par la fascination que l'homme s'infligeait. Sourd et aveugle au reste de son environnement, il cueillait les réflexions s'échappant des lèvres rosées comme il boirait l'ambroisie divine, hochant très légèrement la tête, par instant, sans jamais esquisser le moindre geste ou la moindre parole pour l'interrompre, trop appréciateur de le voir disserter ainsi, lui parler en toute confiance sans jamais douter de lui. Et alors qu'il retombait dans un coi passager pour boire le thé que lui-même avait préparé, Lin ne pu s'empêcher de détailler l'expressivité du jeune homme, ce sourire et cette langue tout juste apparue… Stoïque, il porta sa propre tasse à ses lèvres une fois de plus, buvant le contenu avec tranquillité, et l'observant sans instaurer la moindre proactivité de sa part sur l'instant. Ce que le jeune homme décrivait était ennuyant, car il escomptait beaucoup de ces créatures, les stresser et les rendre malade n'était pas une bonne chose, mais au moins, Andreï savait gérer ce genre de créatures, il avait l'habitude de tenir l'animalerie et connaissait la manière de procéder, ce que lui était incapable de faire. C'était d'ailleurs pour cela qu'il désirait l'entendre lui parler du soin apporté aux Diricos.

Lentement, un sourire finit par apparaître sur ses lèvres, amusé qu'il était de l'anecdote sur les œufs, penchant lui aussi pour une reconnaissance grâce aux hormones. Ce qui ne l'empêcha pas au demeurant de le questionner sur la provenance des animaux, et il s'en félicita même en le voyant prendre une teinte rosée délicate qui le complimentait fort bien au demeurant. Mais ce n'était pas aussi flatteur que ses efforts pour le contenter et qui lui donnait envie de voir jusqu'où cette dévotion pouvait aller. Il avait l'habitude, avec ses petits oisillons, d'être servit, d'être le centre de leurs attentions, de leurs désir de bien faire, de le contenter au mieux, de lui faire plaisir… Mais cela avait une saveur différente venant d'Andreï, car il ne l'avait pas autant influencé, le jeune homme était encore libre de le lui refuser, ou de faire moins que ce qu'il offrait, mais il le faisait tout de même. Quel prix mettre là-dessus ? « Je vois » fit-il enfin, tranquille « Je suis touché de cette attention » Son sourire se fit rassurant, en le voyant soudainement mal à l'aise. Ne cherchant pas à le bousculer davantage sur l'instant, le chinois laissa celui-ci s'écouler avant de reprendre la parole pour évoquer ses plans à l'égard des étranges créatures. La réaction du jeune albinos, néanmoins, fut très inattendue et lui tira un léger haussement de sourcils interrogateur. Et bien ? Que se passait-il donc ? Pourquoi un tel émoi si soudainement, ses paroles ne portaient pourtant rien qui y poussait… Pour autant, l'image était très agréable, avec ces larmes qui ornaient les longs cils en scintillant et cet air contrit délicieux qu'il adorerait voir reproduit entre ses draps…

Hm, hm…

Ce petit air de lapereau était véritablement adorable. Il avait envie de contourner le comptoir. Il ne fallait pas contourner le comptoir. Il fallait rester sagement là où il se trouvait. Ça allait tout gâcher. « Oh, je me suis sans doute mal exprimé ce jour-là, voilà tout. Nul besoin de t'excuser » Sa voix lui paraissait légèrement lointaine mais sans doute était-ce simplement une illusion due à ses présentes pensées, rien de plus, il savait parfaitement se contrôler en société, ce n'était pas maintenant que cela allait changer. Absent pendant quelque instants, il se força à revenir à l'instant présent en le voyant ébaucher sa parole. Allons, de la concentration que diable ! La proposition le ravit, le chinois y voyant là une nouvelle avancée dans leur relation et la confiance que l'albinos lui portait… « Avec grand plaisir » Et c'était peu dire, vraiment très peu, cela n'exprimait pas du tout le sentiment jubilatoire et triomphant qu'il portait en lui. Tous deux dans l'une des pièces interdites aux visiteurs, isolés, seuls… Que pouvait-il rêver de mieux si ce n'était de réussir à l'inviter chez lui sans que cela paraisse étrange et déplacé ? Reposant le service à thé en sécurité, il contourna de nouveau la desserte pour revenir près de lui. « Nous pourrons également préparer le transfert de la semaine prochaine. Tu me diras ce qu'ils nécessitent entre temps, afin que je le prépare… et la somme que je te dois » Ce n'était pas un sujet tabou, avec lui, il avait les moyens, ce dont il manquait parfois, c'était de temps, mais dans le pire des cas, il ordonnerait à l'un de ses rejetons de se rendre dans leur coffre russe afin d'y retirer la somme convenue à sa place. Les gardiens les connaissait.

Avec l'ombre d'un sourire charmeur et chaleureux, il fit un geste de la main, l'invitant à ouvrir la marche et ainsi, le guider vers l'arrière-boutique. Lui emboîtant le pas, il reste à quelques distances, lui laissant toute la marge de manœuvre qu'il pouvait nécessiter, attentif à ses gestes, mais également à l'environnement qu'il ouvrait pour lui, sincèrement impressionné par cette dimension de poche… Alors qu'il posait le pied à l'intérieur, suivant le jeune homme, quelque chose attira son attention. « Est-ce une licorne ? »

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24/5/2017, 11:43
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Le sourire délicat du jeune albinos se transforma en un véritable rayon de soleil dès que son invité accepta son offre et il hocha la tête avec un tel enthousiasme que plusieurs mèches retombèrent sur son front, chatouillant son nez encore rougi par ses précédentes larmes. Ainsi, ce fut d'un pas beaucoup plus léger qu'il descendit à la boutique, s'assura que tout allait bien avant de se faufiler dans le débarras. S'arrêtant sur le seuil, il observa avec inquiétude la pièce étroite, toute en longueur avec son désordre organisé, puis secoua la tête pour chasser le souvenir encore terrifiant causé par la visite de son « frère ». Il inspira un grand coup, regarda le chinois par dessus son épaule et lui souffla d'attendre encore quelques minutes, puis il attrapa un seau en fer blanc avant de s'approcher d'un grand tonneau.

Fait de bois et d'anneaux en fer, sa silhouette trapue se rangeait parfaitement en dessous des étagères. Ses pieds en fer forgés, sculptées comme des pattes de lions, se mirent en marche dès l'approche du jeune étudiant. Ce dernier attendit d'avoir accès au couvercle, le souleva pour attraper une pelle accrochée en son dessous et commença aussitôt à remplir son récipient d'un mélange de graines ; tournesol, courge, avoine, blé ou encore maïs. Une fois satisfait du dosage, il jongla avec les ustensiles le temps de fermer le tonneau et sembla un instant se perdre dans ses pensées. Se tournant d'un geste brusque, il survola des yeux les caisses, tiroirs et boites avant de repérer ce qu'il cherchait : un panier en osier tressé. Lorsqu'il l'ouvrit, il révéla une douzaine de pommes... dorées. Sans hésiter, il en attrapa une pour la tendre à Jie-Lin avec un sourire en coin.

« - C'est une pomme des Hespérides. Je suis obligé de les garder ici... je n'en ai plus beaucoup et celui qui les mange est du genre à... et bien... vous verrez. Il a son caractère. »

Avec une petite frimousse faussement ingénue, il sembla s'amuser par avance des surprises qu'il réservait à son invité. En même temps, c'était la première fois qu'il laissait quelqu'un d'extérieur à la famille entrer dans l'arrière-boutique ! C'était aussi excitant que stressant : il espérait que rien de grave n'arrive là-bas. Les créatures pouvaient être un peu tatillonnes sur leur territoire, surtout concernant les étrangers. Enfin, il ne comptait pas lui présenter la totalité de sa ménagerie où ils en seraient encore là demain ! Hors ni lui, ni le patriarche des Yuan, avaient le temps pour ça. Il comptait lui montrer l'élément le plus rare et le plus beau de sa collection, puis passerait directement aux poussins diricos. Laissant le chinois s'interroger sur l'utilité de la pomme d'or, Andreï se dirigea enfin vers le mur du fond, à leur droite, entièrement constitué de briques rouges puisqu'il était mitoyen au commerce voisin. Se contorsionnant un peu de sorte à ne pas lâcher la hanse du seau ou encore à faire tomber la paire de gants qu'il avait attrapé au passage pour les coincer sous son bras, il vint à saisir sa baguette. Un murmure inaudible plus tard et il commençait à faire apparaître le contour scintillant d'une porte dans le dessin des briques et lorsqu'il eut terminé elles se mirent toutes à frémir, puis à se rétracter dans un petit crissement jusqu'à leur révéler un escalier en colimaçon. Sans attendre, l'albinos s'engagea sur les marches pour descendre l'équivalent de deux étages avant d'arriver sur un large pallier qui avait tout l'air d'une autre réserve encombrée.

Posant le seau au sol, Andreï vint à récupérer la pomme qu'il coupa alors en plusieurs quartiers à l'aide d'un couteau en obsidienne. La pièce était haute de plafond, les étagères montant à plusieurs mètres et n'étaient pour certaines accessibles que par une échelle à roulette ou encore un sort de lévitation. Des bouquets d'herbes séchées pendaient des poutres qui quadrillaient les airs, il y avait des crochets à viande ou encore des poches d'osiers ou de chanvres suspendues dans le vide. Sur les murs, l'on voyait des bocaux de racines, de feuilles, de poudres et de tout un tas d'ingrédients pour de nombreuses potions de soins. Il y avait là de quoi faire des cataplasmes, des breuvages revigorants, de quoi soigner les rhumes, les courbatures, quelques carences en vitamines et tout un tas d'autres utilités. Il y avait des produits rares, qui venaient d'Afrique ou des Amériques, des Indes et des Îles. Le jeune étudiant en avait terminé avec la pomme, mais il remplissait maintenant un grand sac de cordes avec de la paille et de la terre sèche. Lorsqu'il eut terminé, ayant œuvré en des gestes nés de l'habitude, son corps souple et musclé taillé par ces exercices milles fois répétés, il ouvrit l'unique porte de la pièce pour révéler une étendue d'herbes pâles sous un faux ciel crépusculaire.

Cet univers de poche débutait donc par une prairie bordée à gauche d'un sous bois de type continental avec quelques conifères, mais principalement des feuillus de toute sorte allant du chêne trapu aux boulots élancés et même quelques trembles. Face à la porte, au « nord » de la réserve, le sol s'élevait en pente douce jusqu'à quelques buttes et aspérités rocheuses, couvertes de mousses et de hautes herbes blanches. Il s'agissait de terriers qui eux-même s'ouvraient sur tout un réseau de tunnels tortueux qui abritaient dès lors les créatures nocturnes de l'animalerie. A droite, une rivière servait de séparation pour un biome plus aride et de type méditerranéen avec une rocaille entourée de buissons épineux, d'herbe rase et grasse ainsi que de succulents colorés. Le plafond n'était qu'une immense illusion recréant le ciel à l'extérieur, offrant ainsi aux animaux une notion du temps afin de ne pas contrarier leur cycle ou leur causer trop de stress. Derrière la porte, qui d'ailleurs s'ouvrait sur une façade rocheuse, il y avait le biome neigeux qui s'étalait sur un ersatz de plateau accessible par une volée de marches verglacées qui flanquaient la porte, cuisant de froid l'herbe de la prairie principale. Une brise artificielle, probablement soufflée depuis quelques ventilateurs habilement dissimulés, diffusait l'odeur des petites fleurs dorées qui piquetaient l'herbe pâle, ou celle plus ambrée de la terre sèche, voire le parfum si familier de la neige humide. Cet univers de poche était, sans aucun doute, la réelle raison de l'emprunt de la famille Kuznetzov auprès de la Banque et la raison pour laquelle Andreï peinait tellement à joindre les deux bouts à chaque fin de mois : c'était une beauté dans sa complexité magique.

Un bruit de galop se fit entendre vers le sous bois et le jeune sorcier tourna la tête pour entrevoir, brièvement, la silhouette racée et puissante d'un cheval. Pas n'importe quel équidé cependant ! Slalomant entre les arbres, sa robe pâle semblait capter les moindre rayons du soleil couchant, moirant ses flancs ou son encolure musclée de reflets intenses, poudrés et enchanteurs. Un hennissement résonna alors que l'animal bifurquait pour galoper en leur direction, sortant du couvert des arbres pour entrer dans la prairie, révélant sa nature par la présence unique d'une corne frontale torsadée.

« - Ah... Oui. C'est... C'est une licorne. Un étalon pour être plus précis. »

Andreï affichait un grand sourire, le regard illuminé d'un lavande intense, vibrant de fierté et d'émerveillement et ce à chaque fois qu'il croisait la vue de cette silhouette féerique. Il soupira longuement de plaisir, envoûté par l'approche majestueuse de la licorne qui, de son galop puissant, venait enfin à ralentir pour ne pas les bousculer. Il adopta un trot qui fit ondoyer et rebondir son opulente crinière, poitrail en avant et encolure courbée tel un cygne. La robe d'argent luisait, les muscles roulaient avec l'élégance innée de sa race, sa queue battait sa croupe nerveuse en un flot de platine soyeux. Ses yeux de mercure s'ourlaient de longs cils et ses naseaux étroits venaient à frémir à l'odeur inconnue de Jie-Lin. Ses oreilles étaient droites, encadrées d'un toupet légèrement bouclé qui tombait jusqu'au chanfrein à la ligne droite et régalienne. L'animal mystique s'arrêta à quelques pas d'Andreï et se mit à observer le chinois avec insistance, jambes frémissantes témoignant qu'il détalerait au moindre signe de danger.

« - Mes grands-parents l'ont rapporté de France, il s'agissait d'un des derniers de son espèce à habiter dans la forêt de Brocéliande. Ils l'ont alors appelé... Dumbledor car... car il n'ira probablement jamais voir de... femelles. »

Le garçon vira au rouge pivoine et se racla la gorge, atrocement gêné par l'humour plus que douteux dont certains membres de sa famille utilisaient sans vergogne. Il soupira et vint à poser le seau de graines pour sortir les quartiers de pommes d'or. Aussitôt l'étalon secoua la tête de bas en haut, il commença à piaffer d'impatience et d'excitation alors que toute son attention était rivée sur la délicieuse friandise qu'on lui promettait. Andreï décida de lui en donner une première bouchée, posant le fruit sur le plat de sa main et aussitôt la licorne l'attrapa délicatement entre ses lèvres pour le déguster. De son autre main, il lui caressa l'encolure puis gratta son front sous le toupet de crin soyeux, s'attirant un souffle appréciateur. Dans l'intimité de cet instant, il semblait avoir oublié ses pleurs, ses angoisses et ses terreurs. Il paraissait même détendu, parfaitement à l'aise dans cet environnement familier, ainsi isolé du reste du monde. Puis, après quelques secondes à embrasser la tempe de l'animal et lui masser le chanfrein, Andreï sembla réaliser qu'il n'était pas si seul que cela et se tourna vers son invité, lui souriant.

« - Vous voulez essayer ? Allons... ne faites pas cette tête ! Il ne vous fera aucun mal. Simplement, évitez tout geste brusque. Là... Donnez moi votre main. »

La voix douce et chaude, le jeune albinos attrapa le poignet de son aîné en un geste doux, mais ferme. Il glissa les doigts le long de sa paume, puis entrelaça leurs phalanges pour le tirer à lui sans lui laisser voix au chapitre. Quand ils furent côte à côte, leur corps se frôlant, il plongea son regard dans celui d'encre du chinois et lui offrit un sourire confiant, quoiqu'un peu amusé par l'inconfort dont l'adulte s'habillait sur l'instant. La licorne sembla légèrement nerveuse, mais n'essaya pas de s'enfuir.

« - Faites moi confiance... »

Lui murmura-t-il au creux de l'oreille, davantage pressé contre lui alors qu'il posait un quartier de pomme dans sa main et la lui guidait vers l'animal. Il y eut un instant de flottement durant lequel « Dumbledor » sembla méfiant, voire même presque hostile à l'offrande qu'on lui servait depuis la main d'un parfait étranger. Puis, la gourmandise se faisant loi, il vint happer le morceau de fruit avec appétit et poussa un hennissement bas de satisfaction. Andreï ne pu s'empêcher de rire et flatta l'encolure de l'animal avec affection, se remettant à parler d'une voix basse pour ne pas effaroucher la licorne.

« - Si vous lui en donnez de temps en temps, il finira par se laisser caresser et peut-être même pourrez vous le monter à cru. Il est d'un naturel borné, il est encore jeune et impatient, mais c'est un amour une fois qu'on sait comment l'aborder et... l'amadouer. Par contre, c'est un véritable ventre sur pattes ! »

Après lui avoir donner les derniers morceaux de la pomme, il recula avec Jie-Lin et regarda la licorne se détourner d'eux pour repartir au trot, puis au galop en direction des sous-bois. Inconsciemment, le jeune albinos n'avait toujours pas lâché la main de son aîné et lorsqu'il le réalisa ? Il la retira avec un léger sursaut et se mit à rougir d'embarras. Pour essayer de cacher sa gêne, il se pencha pour ramasser la hanse du seau de graines et, de son autre bras, hisser le panier de paille sur une épaule avant de se mettre en route.

« - Hum... l'enclos des Diricos est par là... »
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4/6/2017, 13:33
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Et bien, s'il avait su qu'accepter simplement de l'accompagner lui ferait un tel effet, il aurait magouiller pour provoquer une telle situation beaucoup plus vite, quitte à pousser Nikolaï Ivaov lui-même dans cette boutique. Mais fondamentalement, il ne servait à rien de penser ainsi, ce qui était fait était fait et cela tournait en sa faveur, alors pourquoi ne pas simplement en profiter tant que la chance ne tournait pas ? Parfois, les vicissitudes humaines étaient vraiment horripilantes, même chez sa propre personne… Car il ne fallait pas s'illusionner, il était humain, il le savait, et n'avait même jamais cherché à s'en réfuter. C'était la nature humaine qui l'avait rendu richissime ! Mais retour au moment présent, car s'il n'était pas question de noyer son plaisir dans des contemplations oisives et vaines, il était hors de question qu'il le boude également en s'enfonçant dans des questions philosophiques résolues à ses yeux depuis longtemps. Il avait présentement un Andreï rayonnant à disposition, c'était bien assez pour rendre sa journée parfaite, et bien plus fructueuse que la plupart. Le suivant dans l'escalier, il l'observa d'un regard tranquille mais sensiblement amusé, notant les changements inhérents à son attitude générale comme s'ils étaient hurlés à pleins poumons plutôt que simplement vécus par cette frêle créature blanche. Parce qu'il avait l'habitude, parce qu'il connaissait le rythme de sa démarche, de son souffle, l'équilibre unique de ses mouvements, bien à lui… parce qu'il avait passé son temps à l'apprendre, lui, en silence, sans rien en dire, prenant simplement ces centaines d'informations diffusées naturellement, les conservant comme un dragon son trésor, chérissant de parvenir à le lire peu à peu, de mieux en mieux. Andreï allait mieux, de toute évidence, grâce à lui, ce qui était d'autant plus gratifiant pour son ego, à croire que le gosse était réellement fait pour lui, adapté comme un gant à ses volontés. Bon, certes, il avait aussi travaillé dur à construire la confiance qui menait à de telles satisfactions, mais tout de même !

Le voyant s'arrêter soudainement et se tourner à demi vers lui, il eut un très léger signe de la tête, sourcil droit s'arquant sensiblement, en une attitude bienveillante mais expectative traduisant parfaitement sa curiosité bon enfant à l'égard de ce que le jeune homme désirait lui montrer. Puis, tandis que l'albinos s’affairait, le chinois détourna le regard, observant les alentours jusqu'à tomber sur un détail qui ne pu qu'éveiller ses instincts…. Avait-il bien vu ? Non forcément, même s'il estimait beaucoup la boutique, et celui qui veillait sur elle, il n'imaginait pas qu'une telle bâtisse puisse receler un trésor de ce genre-là. Une licorne, vraiment ? Pour autant, il se jugula, ne le martela pas de questions, lui laissant le temps de faire ce qu'il désirait faire, se contentant d'essayer de mieux voir. De la patience, il en avait, et sans doute un certain sens du masochisme pour continuer de laisser le cours de leur relation s'écouler à cette allure de croisière fluviale, lente et… et terriblement frustrante, mais le jeu en valait la chandelle, et présentement, son intérêt s'avérait réel. Ce lieu recelait bien des réponses aux questions qu'il se posait sur les articles dont la famille d'Andreï disposait. Avec de la chance, il allait pouvoir juger sur le chemin de ce qu'il pouvait encore demander à son petit albinos de compagnie. Et d'ailleurs, le voilà qui revenait enfin vers lui, tenant une pomme au lustre dorée qu'il n'eut guère de mal à reconnaître, bien qu'il fut étonné de trouver ces fruits ici au vu de leur rareté. Immédiatement et sans le vouloir, il avait estimé le prix de l'importation d'une poignée de ces pommes et l'avait noté dans un coin de son esprit bien arrangé, se promettant d'étudier la question en temps et en heures. Il n'avait pas de ces fruits dans sa collection, après tout, malgré leur rareté, car étonnamment, elles étaient peu utiles à son tout premier commerce : les potions.

En revanche, il était curieux de savoir à quoi lui les employait… «Je te suis  » Voilà qu'il semblait réellement baigner dans la bonne humeur, lui tirant l'ombre d'un sourire tandis qu'il lui emboîtait le pas. Les ingrédients lui était connus, pour la majorité, notamment, naturellement, ceux destinés à l'élaboration de potions… Ce qui ne l'empêchait pas d'être appréciateur des précautions prises par le jeune homme. Il savait être critique quand il le désirait, mais il savait également, au moins intérieurement, faire l'équilibre entre deux extrêmes, le familier et le mérite… Malgré ses vices et ses travers, il était le père d'une grande famille et était bien forcé de cultiver cette qualité s'il voulait avoir la paix chez lui. Le chaos, c'était bon là au-dehors, pas au sein de ses rangs. N'étant pas vraiment surpris par la grande majorité des créations magiques, il se contenta d'apprécier la maîtrise de la dimension de poche ainsi que son esthétique, en silence, avare qu'il était de ses compliments, du moins verbalement. De nouveau, il jaugea immédiatement de ce qu'avait pu coûter ce qu'il avait sous les yeux, et décida d'emblée que les revenus de la boutique n'auraient pu suffire à le payer. Un emprunt, donc, le genre de chose que son esprit habitué au luxe avait du mal à envisager que quiconque puisse avoir besoin d'emprunter de l'argent… Ce fut tout aussi immédiatement qu'il décida de ne pas trop approcher le sujet, ne souhaitant pas provoquer l'embarras d'Andreï en la matière sauf si celui-ci décidait de lui en parler, ou s'il trouvait une accroche indolore pour le faire. Était-ce seulement envisageable ? Il se rendait soudainement compte qu'il n'avait aucune idée de la façon dont les Russes traitaient ces questions-là… L'approche à l'argent était spécifique à chaque culture, dans la sienne en tout cas, parler or n'était pas un problème.

Un martèlement de sabots le sortit de ses pensées, et il releva légèrement la tête, son sourire disparaissant lentement pour laisser place à une attitude neutre et composée quoi que prudente. La bête était magnifique, sans aucun doute, mais sa race l'alarmait légèrement… Les licornes préféraient les êtres purs en règle générale, et il était l'antithèse de cette description. Déglutissant légèrement, il tâcha, pour sa dignité et l'image qu'Andreï devait avoir de lui, de ne pas prendre quelques pas de recul à l'approche de la licorne. Et être étudié avec autant de fixité ne fit rien pour arranger sa méfiance, convaincu qu'il était de ne pas vouloir finir encorné. De loin, ça ne l'aurait pas dérangé d'observer la créature, elle était vraiment impressionnante, mais de près comme ça ? Hm, pas tant. « Comment ?  » Focalisé qu'il était sur la créature, il ne comprit pas immédiatement la blague et mit donc quelques instants avant de se rendre compte de l'ironie du nom. Oui, effectivement, vu comme ça… Il était de notoriété publique que le célèbre mage n'approchait guère la gente féminine, même si la raison n'était pas connue. Elle pouvait s'avérer toute innocente comme parfaitement déviante, mais il n'avait jamais cru bon d'aller déterrer la vérité. Qu'est-ce que cela lui aurait apporté ? Andreï en revanche semblait s'être fait son idée sur le mage en question, ou peut-être étaient-ce ses grands-parents et avait-il été influencé ? Se détendant légèrement pour donner un écho à l'humour ainsi diffusé, il regagna cependant très vite son alarme. Une alarme qui lui fit sans doute raté le spectacle offert par l'albinos à ce moment précis.

La proposition lui fit l'effet d'une douche froide complète et il fallut toute son éducation pour qu'il ne tourne pas des yeux grands comme des soucoupes face au jeune russe. Comment ça est-ce qu'il voulait essayer ? Mais absolument pas ! Ce qu'il voulait c'était fuir à toute jambe le plus loin possible de cette chose ! Alors lorsqu'il s'entendit acquiescer à la demande, il eut l'impression qu'un étranger avait prit le contrôle sur son corps, qui lui sauvait la face certes mais quand même ! C'était alarmant ! Sa voix lui paraissait lointaine, quoi que tout à fait courtoise et ferme tandis qu'il énonçait, en guignant tout les hurlements de son instinct : « Pourquoi pas...  » Qu'il ne lui fasse aucun mal, il n'en était pas certain, mais refuser aurait de toute façon été fort grossier de sa part et contre-productif, alors il supportait l'idée comme le condamné s'en allant à l’échafaud, bien qu'il afficha un léger sourire. Ses lèvres à présent scellées l'empêchèrent de rétorquer que s'il n'avait tenu qu'à lui, il n'aurait pas fait le moindre geste du tout ! Impossible cependant de taire la raideur de son corps, son manque de réaction lorsque l'autre le toucher, et la crispation de ses phalanges… Même l'attrait qu'opérait Andreï sur lui avait une limite, et elle était acquise. S'il se laissa faire, ce fut avec la fluidité d'une poupée ancienne aux rouages rouillés, et le regard qu'il lui décocha était impossible à lire. Un léger mouvement de la créature le crispa plus encore, et pendant un bref instant il eut l'espoir de la voir s'enfuir ce qui aurait clôt le sujet… mais non, il fallait que ce satané canasson reste sur place. Est-ce que ça se mangeait, le carpaccio de licorne ?

Lui faire confiance ? Oulah c'était lui demander la lune… et encore, la lune, il la lui aurait donné plus facilement sur ce moment. Pourtant il était certain de l'innocence de son hôte, Andreï ne chercherait pas à le mettre mal à l'aise volontairement. Du moins, il l'espérait sincèrement. En voyant l'animal approcher, il estima presque que sa dignité valait bien de transplaner ailleurs immédiatement, mais n'eut pas le temps de mettre son plan à exécution. Le contact lui fit trembler les doigts, son taux de stress bondissant et atteignant des sommets pendant quelques instants. Son cœur devait battre à ne vitesse folle tant il lui faisait mal. « Je vois...  » Ce fut une grande fierté pour lui de constater que sa voix ne tremblait pas, même s'il était sur le moment loin d'être l'être le plus amical de la terre. Son honneur était sauf, sa vie aussi pour le moment apparemment. Ça ne voulait absolument pas dire qu'il comptait refaire ça à quelque moment que ce soit, et il se convainquit dès cet instant de tout faire pour ne plus avoir à entrer dans cette partie de la dimension de poche quoi qu'il puisse se passer de peur que l'albinos se toque de le voir monter la bestiole. Très peu pour lui, ce genre de sensations fortes. Il resta immobile alors qu'Andreï finissait de gâter la licorne, observant toujours la créature d'un air mitigé qui ne s’octroyait que parce que le jeune homme avait l'attention détournée par l'entité équine. Ce ne fut qu'une fois celle-ci partie qu'il constata que l'albinos ne l'avait pas lâché… et qu'il n'avait rien fait pour le faire lâcher prise d'ailleurs. Au contraire, il découvrit ses longs doigts élégants courbés et noués aux siens.

Ce ne fut qu'en le voyant soudain rougir qu'il comprit que c'était sans doute dépasser, et de loin, le stade de la bienséance. Ils n'étaient pas encore assez familiers pour cela… Immédiatement, il dénoua ses doigts et le laissa le relâcher, se découvrant sans doute bien bête d'avoir sans doute raté une occasion en or pour faire avancer ce qu'il attendait depuis déjà plusieurs années. Fichue bestiaud… Soupirant discrètement, il le suivit, se traitant de tous les noms. Merveilleux, ce serait bien la première fois qu'il se serait laissé distraire comme un débutant. A croire qu'il vieillissait. Pour tâcher de le détendre, il décida de le ramener à un sujet qu'il pensait parfaitement neutre : sa ménagerie. Ce fut donc ainsi qu'il se fendit de questions courtoises et aussi bienveillantes que possible sur les différents locataires des lieux, le dispositif de la dimension de poche, et ses habitudes avec les différentes créatures magiques. Lui-même ne s'y connaissait pas très bien en soin aux créatures, il n'avait que ce qu'il avait étudié à Koldovstoretz et ne s'était pas davantage penché sur le sujet, mais cela donnait au moins l'occasion à Andreï de lui apprendre ce qu'il désirait. Et ce jusqu'à ce qu'ils arrivent devant l'enclot des poussins. Ils étaient passés dans le sous-bois, ombrant le passage jusqu'à une ferme installée là, et Lin tâcha de garder un rythme calqué sur le sien car il n'avait strictement aucune idée de la direction à prendre. S'arrêtant devant l'entrée, il observa les boules de plumes avec une certaine satisfaction et glissa un regard curieux à son hôte.

Il savait après tout mieux que lui ce qu'il voulait ou pouvait faire, même s'il subodorait qu'il valait mieux rester hors de l'enclot et ne pas toucher aux poussins. Il serait dommage de les perdre. « As-tu installé les protections de l'enclot toi-même ?  » Elles semblaient plus fortes que ce qu'Andreï pouvait accomplir mais après tout… il pouvait l'étonner.

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7/6/2017, 22:12
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Les univers de poches étaient en réalité de vastes salles qui occupaient une partie des sous-sols du quartier. Ce qui était quelques centaines de mètres carré s'étendaient dès lors en des centaines d’hectares distendus par une magie aussi complexe qu'exceptionnelle... et terriblement coûteuse, en effet. Les biomes, au total de quatre, étaient divisés par des murs de pierres épaisses qui ne se voyaient pas dans l'illusion des environnements qui s'estompaient les uns dans les autres afin de ne pas stresser les animaux qui s'y déplaçaient. Bien sûr, il y avait au final qu'une entrée par biome : des arches hautes et vastes qui se repéraient aisément une fois qu'on savait où les trouver et qui avaient généralement un sentier ou carrément une route dégagée pour y passer. Tout en marchant, Andreï n'hésita pas à confier au chinois que la boutique possédait des créatures venues d'un peu partout sur le globe que ce soient une colonie de Botrucs au cœur du biome forestier et qui occupaient un immense chêne, que la licorne croisée plus tôt ou encore un Bicorne qui boudait quelque part dans la zone aride depuis qu'il lui avait coupé les cornes lors de son entretient semestriel. Ils avaient bien sûr les Boursoufs en vitrine à l'étage, mais aussi quelques Jobarbilles qui s'égayaient dans les arbres de tous les biomes, silencieux et discrets. Andreï hésita un peu, mais finit par avouer qu'il possédait quelques Veaudelunes et même quelques Vivets dorés... ainsi qu'un dragon.

Le dernier aveux fut rapidement noyé dans d'autres explications complexes sur l'exact fonctionnement de ses biomes, ne désirant visiblement plus s'attarder sur le sujet de sa ménagerie aussi fantasque que dangereuse et même illégale sur certains aspects. Plongé dans ses descriptions, ils arrivèrent finalement à une petite ferme emblématique de Russie avec son toit bas et entièrement constituée de bois. En réalité, il semblait s'agir davantage d'un chalet qu'autre chose puisqu'il ne comprenait qu'une seule pièce. Flanqué sur sa gauche, il y avait deux enclos : celui contre le bâtiment était aux Diricos, mais le second contenait des chèvres et chevreaux tachetés. Sur la droite du chalet, il y avait un petit chenil d'où jaillirent rapidement trois Croups : deux femelles blanches et rousses ainsi qu'un mâle blanc et noir. Les chiens remuèrent leur queue fourchue en sautillant autour des deux sorciers avec une joie presque hystérique et il fallu plusieurs rappels à l'ordre d'Andreï pour qu'ils se calment et ne retournent patienter dans leur niche. Avec un soupir, l'adolescent déposa le seau ainsi que le sac de paille puis se dirigea vers le chalet pour en ouvrir la porte et révéler un abris à outils. Il prit une pelle avec une fourche et approcha du premier enclos. Les oiseaux avaient tous disparus dès leur approche, sûrement effrayés par les aboiements des chiens.

Loin de s'en sentir concerner, le jeune sorcier ouvrit la porte et se faufila à l'intérieur avec tout son matériel. Enfilant ses gants, il commença par rassembler avec la pelle tous les déchets alimentaires et les déjections des Diricos éparpillés sur la terre meuble. L'enclos avait dans un angle une auge en fer blanc, une petite maison de bois et dans un autre coin, un cageot de bois remplis de paille pour former un gros nid adapté à la taille des volatiles dodus. Une fois le premier tas de fait, il prit la fourche et se mit à vider le nid de son contenu souillé, œuvrant en silence, efficace dans ses gestes rapides nés de l'habitude. Sa fine silhouette bougeait en souplesse, muscles déliés se tendant par vagues sous le tissus de son ensemble. Un peu de sueur perla de son front, mais aussi sur sa nuque et sa gorge, roulant pour disparaître dans le col de sa chemise. L'enclos nettoyé, il déversa le contenu de son sac en jute pas loin du cageot et se redressa pour écouter la question que lui posait le chinois. Surpris, il haussa les sourcils avant de légèrement rougir.

« - Mh ? Oh... Pas vraiment. Enfin, oui en partie seulement... mais pas tout à fait non plus. C'est... C'est compliqué. »

Légèrement embarrassé, il détourna la tête et se passa une main sur la nuque pour y chasser la tension qui s'y accumulait. Sa bouche pâle se plia d'une petite moue songeuse alors qu'il cherchait une façon d'expliquer le comment du pourquoi de sa réponse évasive. Il devait s'organiser de façon chronologique, puis écarter les détails superficiels, ne garder que les informations primordiales. Jie-Lin n'était pas un homme qui s'encombrait de données inutiles et le jeune albinos ne voulait pas l'exaspérer en rendant un rapport brouillon. Il plissa un peu des paupières, l'air concentré puis retourna ses yeux parme sur le chinois et l'observa longuement avant d'enfin céder aux explications qu'on attendait de lui :

« - Mon grand-père avait acheté un grillage ensorcelé supposé contenir les volatiles, mais comme nous avons pu très vite nous en apercevoir : ce n'était pas suffisant. Alors plutôt que d'investir dans un matériel encore plus cher, j'ai préféré étudier un moyen de renforcer la magie insufflée dans les mailles ! Pour cela, je me suis basé, bien entendu, sur le sortilège qui habillait déjà le grillage, mais j'ai rapidement couplé ces informations avec celles de la magie qui couvre tout Koldovstoretz ou même la Douma et qui y empêche le transplanage. Ensuite, partant de l'hypothèse que les Diricos usaient d'un système similaire, il ne m'a pas été difficile d'ajuster le filet de sécurité à leur... hum... particularité. J'ai aussi tenté de voir pour annuler tout sort similaire à celui des portoloins au cas où ils auraient des téléportations cycliques ou je ne sais quoi encore ! »

Le jeune sorcier avait croisé les mains sur l'extrémité du manche, appuyant son menton sur les doigts entrelacés et pesant sur la fourche qui s'enfonçait dans la motte de paille fraîche à ses pieds. Durant son explication, ses yeux s'étaient lustrés de cette passion dévorante pour la magie et les études en général, son cerveau y trouvant une source inépuisable pour satisfaire son appétit insatiable de connaissances. Un léger sourire distrait aux lèvres, il pencha la tête sur le côté et souffla vers le haut pour chasser les quelques mèches qui encombraient son front et chatouillaient son nez.

« - Cela m'a coûté de nombreuses nuits blanches, mais je suis plutôt satisfait du résultat. Enfin, je n'y serais jamais arrivé sans l'aide de mon Oncle et le grillage à la base de tout ça, donc... voilà : j'ai simplement participé à l'amélioration de l'enclos, rien... rien de plus. »

Il ne pouvait pas prendre tout le mérite sans paraître bouffi d'arrogance et surtout mentir. Son sourire se fana quelque peu en une petite grimace contrite alors qu'il se redressait et s'étirait en posant la fourche en travers de ses épaules, bras passés par dessus le manche de bois de sorte à pouvoir tendre son dos et crisper ses muscles en un long tremblement qui lui permit de se détendre. Se concentrant sur sa tâche, il rechargea le cageot avec une pleine fournée de bonne paille fraîche puis dispersa le surplus autour pour créer une paillasse plus fine, mais qui isolerait les poussins du sol si jamais ils venaient à tomber du nid propre. Une fois ça de terminé, le jeune sorcier ferma le sac en jute remplis des déchets amassés un peu plus tôt et vint le déposer hors de l'enclos : il s'en débarrasserait plus tard dans l'incinérateur. Se tournant vers Jie-Lin, il lui fit un sourire timide et attrapa le seau de graines et se dirigea vers la petite maisonnée de bois où se cachaient les Diricos. Il ouvrit la porte principale, même s'il savait que les volailles ne sortiraient pas tant qu'ils seraient là, puis versa la portion de nourriture dans la mangeoire, brassa les grains pour bien les répartir d'un coin à l'autre du bassin et se recula de quelques pas pour observer d'un œil critique tout l'enclos. Satisfait, il hocha la tête et vint à sortir pour rejoindre son invité. Lorsqu'il ferma la porte et s'assura de bien la verrouiller, que ce soit manuellement que par magie, il fit signe au chinois de reculer avec lui de quelques mètres et attendit en silence.

Il ne fallu pas plus de deux minutes pour que le couple de Diricos ne sortent de la petite cabane en se dandinant comiquement. Ils restèrent un moment figés à les contempler, mais puisque la distance de sécurité leur semblait suffisante, ils se rapprochèrent de la mangeoire et commencèrent à picorer tout leur saoul. Quelques secondes plus tard et des petits piaillements se firent entendre alors que les poussins bondissaient à leur tour dans un petit « plop » de téléportation et se remettaient à courir et piou-piouter dans l'enclos sans plus de considération pour les deux bipèdes. Large sourire aux lèvres, l'albinos pouffa un peu au spectacle puis alla ranger la fourche dans la cabane à outils et se pencha pour caresser la tête des trois Croups avant de fouiller dans une poche et de sortir des croquettes qu'il leur donna avant de se laisser lécher les doigts des miettes résiduelles. Se redressant, il claqua des doigts puis désigna la grande niche et les chiens s'y réfugièrent dans la bonne humeur et la discipline. S'essuyant les mains sur l'arrière de son pantalon, Andreï regarda encore une fois les alentours et ne voyant pas vraiment ce qu'il y aurait d'autre à faire, il rejoignit son invité et commença à rebrousser chemin vers la prairie principale. Pendant le trajet, il n'hésita pas à lui expliquer ce qu'il faudrait comme environnement pour les poussins, surtout dans un environnement tel que celui du restaurant ou encore de sa propre demeure. Le mieux serait un miroir sans teint pour que les Diricos ne voient pas l'extérieur de leur enclos, s'évitant ainsi le stress s'il y avait de l'agitation proche. Les visiteurs ou même Jie-Lin pourrait par contre profiter des animaux à leur aise. Bien sûr, il fallait une maison, une lampe chauffante, un climat tempéré voire légèrement humide et puis de l'herbe, des criquets lâchés dans l'enclos pour distraire les volailles et même des verres de terres s'il comptait recréer un terrarium avec sol meuble. Des graviers aussi étaient importants, car comme pour les poules : ils avalaient les petits cailloux qu'ils conservaient dans l’œsophage pour ensuite s'aider à broyer les graines.

Inépuisable sur le sujet, oubliant jusqu'à sa timidité habituelle, Andreï parlait avec aisance et passion, le regard brillant, sourire aux lèvres. Il agitait les mains et les bras pour accompagner ses explications, marchant sans trop regarder où il allait, connaissant les dimensions de poches comme, et bien : sa poche, justement. Quand ils arrivèrent à la porte qui donnait sur l'équivalent de l'infirmerie couplée à la première réserve, il s'arrêta avec la main posée sur la poignée de la porte et sembla un instant songeur. Il leva le nez vers le biome neigeux qui surplombait l'entrée, l'arche découpée par une guirlande de stalactites translucides et bleutés. Il ouvrit la bouche, hésitant à poser une question mais sembla changer d'avis et se contenta d'un silence légèrement mitigé tandis qu'il ouvrait finalement le battant et laissait Jie-Lin entrer en premier dans l'espace confiné aux parfums épicés des plantes séchées. Avec un léger soupir, il referma dans son dos et s'appuya contre la porte en gardant les mains croisées au creux de ses reins.

« - Vous désirez les récupérer quand ? Et... si vous le souhaitez, je... Je peux vous aidez à installer l'enclos où que vous... vouliez le mettre, d'ailleurs. Enfin je dis ça pour aider et pas... pas parce que je ne vous crois pas capable d-de réussir sans moi ! Je... Je ne doute pas de vos... compétences. »

Rougissant, il perdit toute assurance et baissa les yeux sur le sol au devant de ses pieds. Tête rentrée entre les épaules, il poussa un soupir et osa ajouter d'une petite voix :

« - Simplement, j'ai passé un bon moment avec v-vous et... j'aimerai simplement... p-pouvoir encore un peu... »

Il n'osa pas aller plus loin, son souffle s'étranglant alors qu'il se mordait la lèvre inférieure et restait parfaitement muet, bien trop horrifié par son audace et sa familiarité pour oser ne serait-ce que relever le nez d'un iota.
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