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Encore cinq petites minutes, s'il vous plaît... feat Leif

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7/4/2017, 14:32
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Première semaine de Février.

La rentrée ne datait que de quelques jours, mais déjà le jeune homme se sentait épuisé au delà du raisonnable, connaissant sa santé fragile. Pour la première semaine de chaque mois, il était obligé de venir à Koldovstoretz en journée pour suivre quelques cours, mais pour autant personne -ou presque- ne s'occupait de la boutique en son absence ! Aussi, dès que son emploi du temps lui offrait quelques heures d'inactivité, plutôt que d'aller se terrer à la bibliothèque pour réviser ses cours fraîchement acquis, Andreï s'empressait de gagner l'avenue Petrovitch où son commerce l'attendait et tout cela en minimisant de plus en plus le transplanage. Si cette méthode de transport avait fais ses preuves les deux premiers jours, le manque de sommeil l'avait rendu particulièrement aléatoire, voire périlleuse quand le jeune sorcier s'était retrouvé non pas dans un coin de l'immense rue, mais sur le toit d'un de ses immeubles à deux doigts du rebord. Bien trop paniqué à la seule idée d'être au mieux perdu quelque part dans la ville et au pire désartibulé, le pauvre garçon se contentait de courir ou de se payer un taxi lorsqu'il n'avait vraiment pas le temps. Seule les nuits glacées, quand il n'y avait plus personne dans les rues, offrait à Andreï la possibilité de se transformer en lièvre et de gagner le confort de son domicile en quelques foulées nerveuses et salvatrices. Il y défoulait son anxiété, oubliait un temps ses peurs et s'offrait un petit instant de folie en sautant sur les tas de neige poussés chaque matin par les balayeurs de rue.

Malheureusement, ce double rythme pompait méchamment dans les réserves déjà maigres de l'animagus. Levé aux aurores, il s'occupait de ses animaux avant de devoir se rendre à ses premiers cours qui variaient d'une matinée à l'autre. Pendant la pause, il était rare qu'il reste déjeuner avec sa maison dans la grande salle et regagnait donc la boutique pour s'assurer que tout aille bien avant de revenir pour ses derniers cours... et rebelote pour la soirée. Ses grands-parents n'étaient jamais là, préférant rester au cottage lorsqu'ils rentraient de voyage : la situation tendue de Saint-Pétersbourg ne leur donnait pas une once d'envie. Sa sœur... enfin, sa mère et son beau-père quant à eux vivaient leur petite vie de famille à l’abri des tensions puisqu'ils étaient ouvertement pour la Main Noire. Cependant, aucun des deux adultes n'étaient pour autant disposés à tenir le comptoir de Plumes et Poils pendant son absence et ses demi-frères étaient encore bien trop jeune pour aider... remettant Andreï dans cette même situation délicate et précaire pour tous les mois à venir et ce, pendant encore deux ans. Enfin, s'il n'interrompait pas sa formation en cours de route ! Depuis qu'il avait appris qu'un Ivanov était le nouveau directeur de l'établissement et qu'en plus, une formation aux arts obscures en plus d'un service militaire allaient être imposés à tous les élèves ; le lièvre en lui n'avait qu'une seule envie et c'était de détaller sans un regard en arrière. Pour autant, il voulait essayer de tenir aussi longtemps que possible, chaque heure d'enseignement grappillé étant ça de moins à apprendre laborieusement en autodidacte.

C'était donc sans surprise que l'on pouvait le trouver endormi aux endroits les plus improbables, tantôt sous forme humaine, tantôt sous sa forme de lièvre depuis qu'il avait été enregistré à la Douma. En ce début de soirée, alors que sonnait 18 heures et que le soleil s'était déjà couché depuis un bon moment, le Jardin des Fées s'illuminait uniquement aux danses volages des locataires nocturnes qui lui donnaient son nom. L'oasis tropical voyait les palmiers aux larges feuilles servir de toboggans pour les petites demoiselles joueuses, les abreuvoirs pour oiseaux devenaient dès lors des piscines tandis qu'elles s'amusaient à rebondir sur les larges fleurs d'hibiscus. Elles s'habillaient de pétales de frangipanier, dansaient sur les roses de porcelaine ou encore secouaient les bougainvilliers pour faire pleuvoir ses fleurs en coques carmines et parme, coinçant les lucioles à l'intérieur pour en faire des lanternes fugaces. Les fées s'amusaient certainement, mais elles s'occupaient aussi de leur havre, buvaient aux perles de condensation sur les vitres, usaient de magie et de savoirs mystique pour que toujours la végétation soit luxuriante et en fleurs. Elles recevaient souvent l'aide bénévoles de tous les étudiants férus de botanique, le professeur O'Reilly venait lui aussi à profiter du calme du Jardin autant qu'à leur offrir le meilleur engrais ou support dont il était capable.

Mais pour cette soirée, alors que sonnait l'heure du repas dans la Grande Salle, il n'y avait personne dans le jardin si ce n'était une petite boule blanche qui tranchait avec tout le vert, le brun et les touches carmines de l'oasis. Pelotonné aux pieds d'un bougainvillier, ce n'était rien de plus qu'un lièvre arctique à la fourrure gonflée, duveteuse et immaculée. Seule sa truffe ainsi que ses immenses oreille, se paraient d'un noir de suie.  Profondément endormi, il ne se souciait même pas des vas et viens cristallins que les fées produisaient au dessus de sa tête, museau fourré entre ses longues pattes et yeux fermement clos. Il s'était installé là quelques heures plus tôt, juste pour une petite sieste : vous savez, ces fameuses cinq minutes qui se transforment en une nuit complète !? Et bien voilà. La fatigue de sa longue, éprouvant semaine, avait eut raison d'Andreï qui s'était alors transformé pour éviter d'être vu et par définition maltraité. Le seul problème, c'est qu'il s'était tellement bien caché pendant les dernières heures de la journée, que personne n'avait pu le trouver quand il avait involontairement séché deux sessions entières de cours. Maintenant, à quelques heures du couvre feu et de la fermeture des portes pour toute la nuit, le jeune sorcier continuait de dormir comme un bien heureux. Il tendit ses pâtes en un long étirement, finissant allongé de toute sa taille sur le flan, truffe frémissante et moustaches agitées. Une fée se posa sur lui avec mille précautions, puis commença à fouiller sa fourrure, tirant des bourres duveteuses de son sous-poil afin de pouvoir bourrer l'oreiller qu'elle escomptait se coudre dans un treillage de feuilles de bananier. Elle eut tout juste le temps de finir son forfait qu'un autre visiteur bondissait à proximité, l'effrayant.

Alors que la petite fée s'envolait précipitamment, laissant dans son sillage quelques poils voltigeant, l'intrus se révéla être un adorable petit lapin blanc moucheté d'un marron clair, presque beige. Il était encore un bébé, tout juste sorti de son élevage ou de son terrier. Il avisa le grand lièvre et s'en approcha aussitôt pour venir le renifler et, forcément, finir par se rouler en boule contre lui pour partager sa présence ainsi que sa chaleur. Andreï ouvrit un œil, à la pression légère qui persistait sur son côté droit et remarqua le petit squatteur. Il ne venait pas de sa boutique, ça il en était certain, mais il devait bien appartenir à un élève de Koldovstoretz... bien qu'il ne se souvenait pas de l'avoir déjà apperçu... ou si, peut-être, lors de la répartition des maisons à la rentrée. Le lièvre plissa des yeux, toujours avachi sur le flanc et tenta de se souvenir. Un garçon, ou une petite fille, il ne savait plus. Il ou elle avait été désignée pour venir à Izumrud, mais puisqu'il ne dormait pas avec les autres élèves au dortoir, il n'avait aucun moyen d'affirmer ou d'infirmer ses spéculations. D'une patte, l'esprit totalement ensuqué de sommeil, il vint serrer davantage contre lui le petit bébé et s'enroula tout autour de lui pour le « couver » de sa longue silhouette racée. Oh tant pis ! Ils n'auraient qu'à attendre que son maître le retrouve et lui... lui, il irait à ses cours dans cinq petites minutes supplémentaires...
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8/4/2017, 11:46
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"- Ernest !"

Pour le commun des mortels, Leif venait enfin de s'exprimer avec une voix au volume normal. Hallelujah ! Oui mais pour lui, c'était un véritable cri. Ca se reconnaissait à la résonance produite par les sons dans son crâne. C'était assez désagréable, il n'aimait pas en arriver là. En plus, cela impliquait de forcer sur sa gorge pour produire le son.
Mais là, il n'avait pas le choix ! Il était en situation extrême ! En situation d'urgence ! Il avait osé lire pendant cinq minutes d'affilées sans vérifier la présence d'Ernest, sa position et ses activités. Cinq petites minutes… Et le lapereau était introuvable. Pourtant, normalement, il reconnaissait son nom, arrivait en courant ou en sautillant, guettant la récompense, ses jolies oreilles bien dressés sur sa tête ! Ohlala, pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé… Leif connaissait mal les fées, il ne savait pas si elles mangeaient les lapins, n'osait pas leur demander. Et si… Et si un autre camarade s'était approprié SON Ernest ? Et s'il voulait en faire du civet ? Oh non, quelle horreur !

En plus, l'heure du repas était dangereusement avancée, et celle du couvre-feu approchait d'autant plus. Leif aurait apprécié de pouvoir manger et aller chercher à manger pour son lapin tout en restant dans la légalité. Enfin, avec ces histoires, le lapereau devait sans doute avoir trouvé le coin où quelqu'un avait planté de délicieuses et juteuses carottes, et n'aurait pas besoin d'être nourri davantage. Ça en faisait au moins un d'heureux… Mieux valait cette hypothèse que la précédente, quelque part. Sauf s'il était à la merci d'un prédateur, encore.

Inquiet, la petite têt blonde déambulait entre arbres, buissons et fleurs, veillant à n'écraser personne, animal ou végétal. Pourvu qu'il n'ait pas à y passer la nuit, et pourvu que s'il y passât la nuit, nul surveillant ne tombât sur lui ! Il ne voulait pas se faire tirer les oreilles, juré ! Il était un bon garçon ! Et sage ! Ils pouvaient le légimeli-leglimali-legilimi… Ils pouvaient lire dans ses pensées, ils verraient ses bonnes intentions, et son seul intérêt pour la petite créature au poil duveteux ! Glissant son museau humain de l'autre côté d'un tronc tortueux, enjambant une branche basse, il tenta un autre stratagème:

"- Caaarottes !"

Etrangement, moult animaux se reconnaissaient mieux au nom de leur nourriture. Là, ça n'avait pas l'air d'être le cas. Le dépit commençait peu à peu à prendre le pas sur l'inquiétude, et c'était tête basse que l'humain avançait au milieu de ces plantes extraordinaires. Son lapin… Que valait sa vie sans son lapin ? Quel intérêt avait son existence si Ernest n'était pas là, s'il n'y avait pas cette adorable frimousse à protéger, dont s'occuper… Il s'en voulait, pour ces cinq minutes d'inattention. Il ne le ferait plus. Son pauvre petit…

Son coeur manqua un bond quand un poil très caractéristique vint à son champ de vision. Ernest ! L'amour de sa vie, la merveille de ses jours et de ses nuits ! Son tout-petit ! Et, ooooh ! Il avait trouvé un copain ! Ils étaient si mignons tous les deux. Le coeur de Leif fondit dans sa poitrine, dégoulinant jusqu'à ses pieds. Il fallait que le monde préserve ces deux-là pour l'éternité ! Et lui… Il voulait en être aussi ! Il voulait rejoindre leur petit paradis de chlorophylle et de duvet. Ils avaient l'air d'avoir compris le sens de la vie, ces lapins.
Timidement, tout doucement et silencieusement, il se glissa près d'eux, venant s'enrouler autour des lapins, passer un bras au-dessus de lui et d'Ernest, cherchant à les couver de sa chaleur. Qu'ils soient encore mieux installés qu'auparavant. Là, n'étaient-ils pas bien, tous les trois ? Le souffle de Leif était redevenu calme, et profond, ses yeux clos et son visage serein. Il pouvait bien profiter de l'existence avec eux, pour cinq petites minutes de bonheur.
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10/4/2017, 13:10
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Il rêvait des grandes steppes russes, celles qui s'étendaient à perte de vue par delà le cottage de ses grands-parents. Il voyait les blizzards coucher les herbes hautes, il entendait le mugissement des yaks tibétains qui servaient de couverture pour le véritable élevage de la famille : celui des créatures fantastiques, oubliées de l'esprit des hommes ou parfois transformées en légendes. Il rêvait de l'odeur forte du bétail, des journées à courir dans les étendues sauvages, parfois même à voler sur les courants chauds depuis un balais tordu dont les branches dépouillées par les oiseaux n'offraient plus de tenue dans les virages. Il rêvait de son enfance heureux, à boire le lait des yaks avec du miel ou encore à chasser les sauterelles et les chenilles dès que les beaux jours parvenaient. Il rêvait des soirées d'hiver à jouer en compagnie de son boursouf, s'endormant alors au son de son  bourdonnement grave... Dans ses rêves, les couleurs étaient pastelles, aussi pâles et délicates que lui. Les contours s'estompaient dans les brumes tièdes de ses songes, faisant naître un frémissement à ses longues oreilles ou, parfois, faisant remuer ses pattes musclées.

Puis l'ensemble de cet univers cotonneux s'effondra, comme un château de bulles savonneuses ; il disparu d'un seul coup. Le glas d'une cloche s'insinua dans l'esprit d'Andreï et troubla son sommeil. Il fallu quelques secondes supplémentaires, une fois le calme retrouvé dans ses songes, pour comprendre ce qu'il venait de se passer. De saisir le pourquoi de cette interruption : le couvre feu. Les yeux sombres du lièvre s'ouvrirent brusquement et dans un sursaut, il se releva uniquement pour cogner le haut de sa petite tête au menton de Leif, créant un « bonk » sonore qui manqua d'assommer le petit mammifère et le renvoyer dans les bras de Morphée. Recroquevillé sur lui même à cause de la douleur, il posa une patte sur son front et frotta sa fourrure pour essayer de disperser le fourmillement douloureux qui cuisait la zone d'impact. Les yeux plissés, petite truffes remuante et moustaches de travers, il coucha ses longues oreilles et tenta de s'extraire à l'étreinte de l'adolescent d'un bond prudent et latéral cette fois.

Assis dans l'herbe, formant une boule neigeuse à l'exception de son petit museau noir, du bout de ses oreilles tout aussi sombres et des orbes ronds à l'éclat vif et intelligent, il regarda le sorcier avec le petit lapin tout aussi réveillé que lui. L'animal se mit à brosser et lécher sa fourrure tacheté. Ainsi le maître était venu trouver son familier et dans le processus... il s'était endormi avec eux !? Ce n'était franchement pas sérieux tout ça, enfin d'un autre côté : qui était-il pour critiquer ? Andreï aurait presque pu en rire s'il avait été sous sa forme humaine et certainement pas en retard lui-même. S'asseyant sur ses postérieurs, redressé à la façon d'un suricate, il posa la patte sur le devant de sa truffe, prenant un air songeur des plus singuliers. Quels cours avait-il donc loupé aujourd'hui !? Sûrement de la potion et de l'étude personnelle... Le professeur Roussanov allait lui faire sa fête quand il viendrait à la prochaine séance ! C'était vraiment bête de se faire avoir comme ça : il lui aurait fallu que cinq petites minutes pourtant ! Il avait dormi combien de temps au final ? Trois heures ? Cinq peut-être... L'air de plus en plus soucieux du lièvre lui fit échapper un soupir, ignorant totalement l'élève qui se trouvait à quelques centimètres de lui. Il fallu que le lapin bicolore ne vienne lui sauter dessus pour qu'il réagisse enfin.

Roulant cul par dessus tête avec son agresseur, il le repoussa sans mal puisqu'il avait une plus grande allonge avec ses pattes de coureur. S'ébrouant, il regarda les deux inconnus d'un long regard de velours puis s'éloigna de quelques bonds gracieux. Au troisième cependant et en plein saut, sa silhouette se troubla et grandi jusqu'à lui faire retrouver forme humaine. Effectuant quelques pas pour éponger la fin de son élan initial, Andreï épousseta le devant de son uniforme pour en faire tomber sable, brindilles et autres saletés. Fouillant l'une de ses poches, il s'assura d'avoir sa baguette ainsi que sa montre à gousset pour pouvoir vérifier l'heure. Un énième soupir lui fut tiré à la vue du cadran : 20 heures passées. Le couvre-feu aurait bientôt lieu et les portes étaient déjà closes ! Le jeune homme passa une main dans ses cheveux à la blancheur neigeuse, frotta sa joue imberbe avant de baisser un regard au rose profond, parsemé de fils parme et blancs comme une dentelle fantasque et éphémère. Il eut l'ombre d'un sourire timide et souffla d'une voix douce, main tendue vers lui pour le saluer.

« - Bonsoir, je m'appelle Andreï Viktor Kuznetzov. Je vois que nous sommes dans la même maisonnée, je n'ai cependant pas eut le plaisir de te souhaiter la bienvenue de vive voix... mon alternance m'occupe énormément et je ne passe que très peu de temps dans notre salle commune. »

Il n'y avait pas un mot par dessus l'autre, la voix toujours satinée d'une réserve presque farouche. Il lui fit un autre sourire avant de regarder en direction des arches du Jardin, celles qui donnaient sur les couloirs qui renvoyaient à l'intérieur de l'école. Il pouvait entendre les élèves sortir en flot discontinu depuis la Grande Salle et se mordit un peu la lèvre inférieure. Il devait absolument rentrer pour s'occuper des bêtes ! Il devait nourrir les diricos pour monsieur Yuan, s'assurer que son arrivage de boursoufs se porte bien... Il devait aussi récolter les plumes de chouettes et d'autres volatiles pour les trier entre celles qui seraient préparées pour l'écriture et celles pour la simple décoration de chapeaux. Il y avait le balai à passer, les auges d'eau à remplir, la paille à changer... Andreï posa une main sur sa gorge, essayant de refouler une crise de panique alors que son inquiétude ne faisait que gonfler, grandir au point de lui couper le souffle. Désemparé, il vint s'asseoir sur un banc proche et passa la main de son cou gracile à son visage pâle et angoissé. Il ne voulait pas demander à Mademoiselle Raspoutine l'autorisation de sortir après la fermeture des portes ! Elle allait encore lui faire mal... et au final, il serait tout de même forcé de rester entre les murs de Koldovstoretz... Un léger mouvement lui fit tourner la tête et il remarqua le jeune homme, força un sourire en sa direction et ne pu s'empêcher de s'inquiéter aussi pour lui.

« - Tu as pu manger au moins ? Je suis désolé d'avoir ainsi occupé ton temps du dîner. »

Pourquoi s'excusait-il ? Il n'était théoriquement pas en faute, mais c'était une vieille habitude. Andreï joignit les mains devant lui, posées sur ses genoux alors qu'il s'adossait au banc avec un lourd soupir dépité. Il observa la danse des petites fées dans les airs.

« - Je n'ai pas mangé non plus depuis ce matin... Je ne suis pas sûr que l'on puisse trouver quoi que ce soit maintenant. C'est dommage, mais ainsi nous allons mieux savourer le petit-déjeuner, demain ! »

L'albinos força un sourire, essayant de ne pas montrer ses inquiétudes à son cadet. En tant qu'adulte, il devait être fort et montrer l'exemple, non ? Et bien ce pauvre enfant était bien mal tombé avec lui...
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10/4/2017, 21:48
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L'herbe était douce, les lapins aussi. Bercé par leur odeur et par les bruits alentours, distants, Leif avait peu à peu détendu son petit corps, comprenant qu'il le pouvait. Il avait vu son lapereau remuer un peu, puis se rendormir sitôt qu'il avait compris qu'une deuxième personne veillait sur lui. Une vi qui devait être bien simple à vivre, sans souci, sans avoir à prévoir. Il pouvait bien les imiter, profiter avec eux, juste cinq minutes. Le monde devint duveteux, paisible, et infiniment serein, en comparaison avec l'angoisse qui l'avait mené ici. Son souffle ralentit, il sombra.

S'il rêva, il ne s'en souvint plus. Pour sa défense, son réveil fut plutôt brutal. Il perçut la douleur, avec le bruit sourd au niveau de son menton. C'était brusque, violent, c'était une raison plus que suffisante pour sursauter, dès le réveil, avec un couinement de douleur et de mécontentement. Ses mains se portèrent instinctivement sur la zone d'impact. Pas de sang… Il usa d'un pseudo-massage pour éviter un éventuel bleu. Sa première pensée partit directement vers la panique, et vers Ernest: tant de brusquerie plaisait rarement au lapin. Pourvu qu'il ne se soit pas à nouveau échappé ! Et surtout, pourvu que ce qui avait molesté le menton de son maître ne l'ait pas également molesté ! Rouvrant les yeux, Leif chercha le lapereau à l'endroit où il l'avait vu pour la dernière fois. Bon, il était bien là. Tétanisé par la peur, mais présent, et indemne. Instinctivement, son regard partit vers ce qui bougeait, non loin d'eux: le lièvre avec lequel Ernest lui faisait des infidélités. Etait-ce lui qui l'avait frappé ? Mais… Comment, pourquoi ? Il n'avait peut-être juste pas aimé ce câlin non consenti. Avec une grimace, Leif admit que c'était sans doute cela.

"- Désolé…"

D'autres auraient trouvé cela stupide de s'excuser auprès d'un lièvre. Leif avait toujours conchié l'avis de ces "autres", qui ne vivaient pas dans son univers. Depuis qu'il avait rejoint celui des sorciers, il était confiant, néanmoins: ici, ce devait être habituel de parler aux lièvres. D'ici à ce qu'il se mettre à répondre, il n'y avait qu'un pas, que la magie franchissait aisément.
Leif cilla plusieurs fois, fixant ledit lièvre de ses yeux bleu glace. Il avait une attitude bizarre, ce lagomorphe. Jamais il ne l'avait observée chez Ernest. On aurait dit qu'il réfléchissait… S'apprêtait-il vraiment à répondre ?

Ernest était beaucoup moins curieux et serein que son humain. Malgré le "cri" de celui-ci, il se jeta sur le lièvre. Ce fut assez flou, un nuage de peluches de bataillant, puis se coursant. Leif n'avait pas tout suivi. Il avait tout juste commencé à prendre leur suite lorsque le lièvre devint humain, lorsqu'Ernest galopa pour à nouveau se blottir contre celui qui l'avait toujours sauvé. Leif se prit le lapereau dans le ventre, eut tout juste assez de réflexes pour l'attraper et le maintenir contre lui, le caresser et lui murmurer que tout allait bien. Là, allez… Comme la bestiole ne semblait pas convaincu, il arrangea son uniforme pour lui faire une sorte de nid, pour lui permettre de cacher ses yeux contre lui, contre le tissu. Alors seulement, et alors que l'humain s'était mis à s'exprimer, il leva le nez.

Il ne perçut strictement rien des premières paroles de l'humain. Le son lui parvint, pas le sens. Sa mâchoire inférieure s'était faite tombante, et il ne parvenait pas à regarder autre chose que cet être devant lui. Il ne pouvait pas être humain. Jamais Leif n'avait rencontré pareille créature, immaculée, sortie tout droit de songes enneigés. Sa peau paraissait douce, ses cheveux plus soyeux encore que la belle fourrure qu'il avait peu de temps auparavant. Un humain aussi beau, un humain-lièvre, humain des neiges… Il était une définition arctique et sauvage de la beauté et de la perfection. Il fascinait l'humain d'Ernest, qui ne tenait plus que difficilement sur ses deux jambes. Il se sentait infiniment chanceux de pouvoir l'observer, infiniment chanceux que cette créature se soit adressée à lui. Un honneur !
Ses lèvres s'ouvrirent, se fermèrent, façon poisson hors de l'eau. Il avait un peu oublié comment agir comme un humain, remettait en cause ce qu'il y avait de plus instinctif en lui. Et si sa voix bousculait ce lièvre ? S'il était le plus fragile des enfants de la Terre ? Peut-être ne devait-il pas lui parler, et se contenter de l'admirer en silence, en prière, comme auprès des divinités. Il ne le suivit pas vers les arches, resta loin, sans défaire son regard de lui. S'il s'approchait, l'être de nacre s'enfuirait. Il ne le voulait pas. Il voulait observer encore les courbes que faisaient son corps, celles de son dos, de ses mains, ses jambes, et celle qui allait de son menton jusqu'au bas de sa gorge. Les êtres humains étaient des rustres, ils étaient sales, puants, et grossiers. Ils écaillaient les poissons et rotaient pour prouver leur valeur. Il ne pouvait en être.

Lorsque l'être de neige lui demanda s'il avait mangé, et seulement à ce moment-là, Leif revint plus ou moins sur terre, comprit enfin le sens des mots. Non, il n'avait pas mangé. Le lièvre était si bon de se préoccuper de lui. Etait-ce un esprit protecteur ? Etait-il visible par tout le monde ? Leif tremblait. C'était plus fort que lui, c'était l'émotion. Que répondre ? Quelle était la bonne réponse ? Il voulait bien réviser les matières nouvelles qu'offrait cette école, mais aucun n'expliquait comment répondre avec révérence à des êtres supérieurs. Il cherchait encore, quand le lièvre lui apporta une sorte de libération, en affirmant ne pas avoir mangé. Une offrande ! Oui, il fallait lui faire une offrande, c'était le mieux. Est-ce qu'il pouvait l'approcher, alors ? Est-ce que cette créature pouvait le suivre jusqu'aux cuisines ? Il pouvait aussi rester ici, et attendre son retour… Mais s'il n'était plus là à son retour ? Leif ne savait pas. Ca l'inquiétait. Il ne voulait pas que le bel esprit devienne brume.
Il devait agir, faire quelque chose, avant que son silence ne devienne insultant. Mais il ne savait pas ! Il allait forcément faire une bêtise, c'était marqué là-haut, sur le grand parchemin du destin ! Bon, il n'avait jamais cru au destin. Là, il y croyait. Bon, foutu pour foutu, il fallait faire des choix. Plouf, plouf…

"-Pouvez-vous sortir d'ici ? J'ignore l'heure qu'il est, mais nous pouvons tenter de demander quelque pitance aux elfes de maison. Sans quoi… J'ai des réserves, dans mon dortoir." Des réserves voués à Ernest, "au cas où". C'était un cas qui en valait le coup. "Je peux aussi vous les rapporter, mais… Serez-vous là, à mon retour ? Êtes-vous… Êtes-vous ici toutes les nuits ? Mangez-vous la même chose que les humains ?" Il voulait savoir quel était cet être extraordinaire qu'il découvrait, savoir s'il pouvait le revoir et le couvrir d'offrandes, le voir sourire de bonheur et de satisfaction. N'était-ce pas le but des humains que de veiller sur les plus faibles, et servir les plus grands ?
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17/4/2017, 11:02
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N'ayant pas de réponse, surpris de se confronter à un tel silence après des présentations plus que bien menées, Andreï baissa les yeux sur son cadet et sursauta légèrement à la vue de son expression ébahie. Dans le silence à peine troublé par le bourdonnement des fées et des lucioles, le jeune homme tenta d'afficher un vague sourire de convenance. Il était terriblement gênant de se faire regarder avec autant d'insistance, d'autant qu'il était d'un naturel assez timide. Le haut de ses pommettes légèrement rosées par l'embarras, il se passa une main dans les cheveux, puis laissa les doigts effleurer sa tempe avant de les crisper à sa nuque alors qu'il détournait finalement les yeux vers les palmiers et les bougainvilliers à l'autre bout du Jardin. Bien qu'il ne soit pas rare que son albinisme vienne à troubler les nouveaux élèves, il était encore moins rare que son apparence révulse ou énerve bien d'autres étudiants... ce qui conduisait fatalement à des harcèlements et des maltraitances depuis son arrivée à Koldovstoretz. Cependant, Andreï devait s'avouer que jamais aucun garçon ne l'avait regardé avec une tête pareille ! L'on aurait dis un poisson sorti de l'eau et s'il pouvait en rire tant l'expression de l'adolescent était comique, il n'osait pas se laisser aller à pareille comportement. Allons ! Lui-même détestait que l'on se moqua de son apparence, il n'allait donc pas faire de même quand l'occasion lui en était donnée.

Tout de même, cela restait très gênant. Heureusement, ils étaient les seuls élèves dans le Jardin, ainsi personne ne se méprendrait sur leur comportement réciproque et aucune mauvaise rumeur ne verrait le jour si peu après la rentrée des classes. Quand enfin le garçon sembla sortir de sa contemplation, ce ne fut pas pour parler et lui répondre ; mais bien pour se mettre à trembler ! Andreï cligna des yeux de surprise et se raidit légèrement sur son siège. Il n'allait pas se mettre à pleurer quand même ? Un vent de panique souffla dans l'esprit de l'albinos qui se mordit l'intérieur de la joue sans se départir de son expression courtoise bien que son sourire souffrit d'une légère dissonance. Si l'autre éclatait en sanglots ou bien paniquait, que devrait-il faire ? Paniquer aussi, probablement. Son cœur battait plus vite et ses mains tremblèrent à leur tour, le forçant à les serrer sur ses cuisses pour ne pas trahir son émoi grandissant. Une goutte de sueur perla à sa tempe et il se racla la gorge avec un inconfort grandissant. Le pire était peut-être ce silence qui persistait, qui s'allongeait comme une mauvaise gomme sous la semelle. Le jeune homme vint à penser, saugrenue idée au passage, que son interlocuteur était peut-être muet et que son absence de réaction venait de ce handicap. Peut-être était-ce lui qui était un rustre en l'instant !? Mal à l'aise au possible, Andreï regarda encore une fois autour de lui pour s'assurer qu'il n'y avait personne d'autre et ouvrit la bouche pour prendre la parole. Manque de chance, ce fut à cet instant même qu'une voix ténue et toute frêle s'éleva... à l'image du petit sorcier qui en était l'origine.

« - Oh... Hum... Hein !? »

Et bien, l'on repassera pour la grâce du verbal, bien que le bafouillement lui sortant des lèvres se révéla teint d'une surprise et d'une consternations des plus sincères. Yeux écarquillés, iris au parme soutenu de quelques laçages de bleu et de rose profond, Andreï resta à son tour totalement béat aux paroles que son jeune interlocuteur venait de lui confronter. Son cerveau peinait un peu à comprendre le sens des phrases, refusant peut-être de saisir toute l'implication d'un aussi grotesque quiproquos. Puis, à mesure que la vérité se faisait place dans son esprit, l'albinos fronça les sourcils et ne pu s'empêcher d'afficher une contrariété grandissante. Se moquait-on de lui !? Depuis bien longtemps, il se heurtait aux mentalités étriquées des jeunes gens de bonne société, de l'élitisme du monde de la sorcellerie et même des moldus qui n'hésitaient pas pour certains à cracher sur son passage. Dans Koldovstoretz, on le disait croisé avec une créature magique pour se moquer de l'élevage de ses grands-parents, bâtard impur pour d'autres, victime d'un sort de nettoyage trop efficace ou encore rejeton maudit de quelques superstitions crédules et arriérées. Mais jamais on lui avait fais le coup de le confondre avec un monstre de quelques légendes ! Ce garçon venait de l'exclure de la race humaine avec une innocence presque révoltante. Le regard fixé sur le visage innocent du garçon, Andreï ne pu empêcher ses yeux de s'embrouiller sous une grimpée de larmes. Sa gorge était à présent nouée, son nez comme le contour de ses yeux se mit à rougir alors qu'il se mordait la lèvre inférieure pour ne pas craquer.

« - Je... Je suis Andreï V. Kuznetzov. Je suis un élève de Koldovstoretz au même titre que toi. J'ai obtenu mes ASPICS il y a maintenant deux... deux ans et là j'entame m-ma troisième année en Formation aux... aux soins aux créatures ma-magique. Je travail... Hm.. Je travail à Plumes et Poils qui est la boutique de ma famille et... et j'ai beau côtoyer des créatures m-magiques tous les jours... Je n'en suis pas une! »

Le ton était malheureusement monté sur les derniers mots, le bref éclat venant à faire rouler quelques larmes sur les joues pâles du sorcier qui détourna la tête de honte, cette fois. Il posa une main sur sa bouche pour cacher la grimace qui en tordait les bords. Les yeux clos et les sourcils froncés, il tenta de reprendre contenance avant que qui que ce soit d'autre n'avise ses traits chiffonnés par les sanglots qu'il étouffait tant bien que mal. Il n'aurait pas dû se mettre dans un état pareil, mais l'angoisse qui lui étreignait le cœur avait eut raison de ses nerfs délicats. Non seulement venait-il de louper des cours, mais en plus le voilà coincé dans l'école avec très peu de chance de parvenir jusqu'à sa boutique sans avoir à subir le courroux d'une des héritières de Raspoutine ! Déjà que leur nouveau Leader était l'incarnation même de ses terreurs nocturnes, la réputation de Maria était encore pire... Ignorant qu'il existait une autre surveillant en ces murs, le pauvre animagus tremblait d'avance autant à la perspective de confronter cette femme que celle d'abandonner ses animaux à une nuit entière sans soins. Inspirant et expirant à grands renforts de souffles étranglé, Andreï se pencha légèrement vers le bas et couvrit ses lèvres de ses deux mains en coupe, essayant de calmer sa crise d'angoisse avant de tomber dans les vapes à force d'hyperventiler.

« - Pa-pardon... Je... Je ne voulais pas crier... »

La voix étouffée par ses mains en coupe, il coula un regard timide et penaud vers le jeune sorcier. Sous ses larmes qui perlaient à ses cils blancs, les iris arboraient une teinte bien plus pâle et pastelle, comme si l'eau qui les mouillait les avait aussi délavés.

« - Je... suis humain. Je suis simplement un albinos... Je ne suis pas un m-monstre... je suis... humain. S'il te plaît... ne te moque plus de m-moi... ça fait... mal. »

Andreï renifla et vint sortir un petit mouchoir d'une des poches de son uniforme. Il s'en servit pour essuyer ses joues des larmes qui les trempait, puis se moucha discrètement et tamponna ses yeux pour éviter de les rougir davantage encore. Embarrassé, il rangea le carré de tissu puis lissa le devant de sa tenue et vint essayer de discipliner sa tignasse neigeuse. Après cet éclat, il n'osait plus regarder l'adolescent en face et se borna à fixer l'herbe devant ses pieds.
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21/4/2017, 20:32
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Ce n'était pas vraiment la réaction à laquelle Leif s'était attendu. Si bien qu'il essaya de se remémorer ce qu'il venait juste de dire, vérifiant s'il n'y avait pas un sous-entendu, si ses mots ne pouvaient pas avoir un autre sens avec quelque dialecte d'une autre région de Russie. Saint-Pétersbourg n'était pas si loin de Mourmansk, mais cette créature pouvait bien venir d'un tout autre endroit.

Mais non, tous ses mots lui semblaient corrects, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas non plus ce qu'étaient les ASPICS, pour l'instant, n'arrivait pas à les utiliser pour mettre le doigt sur ce qui avait pu à ce point bouleverser la créature lunaire. Elle avait le droit de faire des études, et Leif n'avait jamais insinué que les merveilles de ce monde impliquaient une absence de formation, ou qu'un tel manque était un tant soit peu négatif. Il ne comprit qu'à l'éclat de voix final, celui qui lui vrilla les oreilles, compressa l'intérieur de son crâne. Il eut une grimace d douleur sincère, ses mains ne pouvant le protéger, occupés qu'elles étaient à tenir le fragile Ernest contre lui. Dans le doute, il protégea l'ouïe de ce duveteux animal.

Etait-ce si gênant que ça d'être une créature magique, pour que l'être de blanc s'en soit ainsi offensé ? Il fallait le croire. Pour qui n'avait pas son passé, cela pouvait apparaitre ainsi. Le flot des informations ne permit pas tout de suite à Leif d'en tirer certaines conclusion, ou d'y réagir. Par-dessus tout, il y avait ce souffle, étranglé, qui était plus important. Hâtivement, le plus jeune des deux élèves chercha autour d'eux, s'il y avait un adulte, ou quelconque autre source d'aide dont il pouvait disposer. Ce n'était pas le cas. Son petit coeur battait vite, sous l'effet d'une peur qui aurait pu le pousser à un grand pragmatisme s'il avait connu la solution, celle qui réparerait son erreur. Il avait blessé le somptueux être blanc.

Il ne savait pas du tout comment s'y prendre, craignait qu'il y ait urgence, craignait les conséquences de ses actes. Par chance, sa victime reprit la parole avant qu'il ait besoin de parler, avant qu'il ne tente quoi que ce soit. Ses larmes étaient un véritable brise-coeur; Leif sentait le sien saigner contre son torse, son précieux liquide coulant vers le lapin contre lui. Juste un humain… Leif avait beau comprendre les mots, ses émotions ne parvenaient pas à les prendre en compte. Son émerveillement et sa révérence demeuraient intactes. Le malaise qui l'habitait à se savoir auteur de sa douleur n'en était que plus accentué.

Un instant, Leif resta là, debout, tête basse de honte, inutile. C'aurait été aisé et confortable de partir en courant. Il aurait néanmoins fallu accepter de se séparer de l'immaculé présence, et cracher sur le don de sa miséricorde. Il ne le voulait pas. Il n'avait plus qu'à assurer pour de bon, cette fois. Mais sa confiance en lui avait coulé avec son sang le long de son torse, il n'était plus sûr d'y parvenir, ou d'être à la hauteur. Si se savoir sorcier avait jadis poli l'image qu'il avait de lui, il se sentait désormais apprenti plus que sorcier: nouveau, et malhabile.

Quelque chose contre lui bougea. Leif baissa les yeux sur la paire d'oreilles tout douce qui s'agitait, et ne put s'empêcher un maigre sourire. Alors il lui vint une idée. Timidement, craignant que sa néfaste aura fasse fuir l'humain de neige, il s'approcha, veillant à ce qu'aucun microsigne ne lui indiqua qu'il devait s'arrêter. Il vint s'assoir à côté de lui. Un sourire nerveux passa sur son visage alors que, avec sa plus grande délicatesse, il attrapait Ernest pour le poser sur les genoux.

"- Je suis désolé."

Avoua-t-il dans ce murmure qui était sa voix. Il ramena ses genoux contre son torse, ses pieds sur l'assise du banc. Il ne regardait plus son camarade que par quelques brefs coups d'oeil, qui se voulaient discrets, et qui l'étaient autant qu'un hypogriffe enrhumé.

"- Je ne voulais pas t'offenser. Tu es le premier albinos que je vois, et… Enfin, je ne pensais pas que… Tu es vraiment très beau pour un être humain." Ses joues virèrent au rose vif sitôt qu'il eut entendu sa propre voix. Il avait dit quoi, là ? Paniqué, le petit Leif vit ses pensées s'affoler, et perdre toute la prudence qu'il s'était ennuyé à amasser pour parler convenablement. "Mais tu es humain quand même, hein, y a pas de souci là-dessus ! On peut être humain et merveilleux, ça arrive. Enfin, pas merveilleux dans le sens magique, même si…Hmpf."

Il tourna la tête de l'autre côté. Rouge vif, cette fois, et un peu plus recroquevillé sur lui-même. Au moins venait-il d'apprendre une grande leçon: dans la vie, souvent, il vaut mieux se taire.

"- Désolé…"

Il abusait, il le savait. Tout ne se résolvait pas en disant "désolé". Il espérait seulement qu'Ernest ferait la traduction de ce qui l'animait, et qu'Andreï comprendrait, lui pardonnerait encore, et le libèrerait de sa gêne, d'un façon ou d'une autre. Là, tout de suite, il se serait bien caché sous ses draps, et tant pis pour le repas. Etait-ce encore si nécessaire ?
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3/5/2017, 19:08
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Le silence même s'embarrassait de leur comportement et pesait de plus en plus lourd sur les épaules du jeune sorcier. Les cils frémissants, orbes lavande baissés sur l'herbe rase et aplatie sous les milliers de pieds qui l'avaient foulés aux abords du banc, Andreï se mordillait la lèvre inférieure avec insistance. Si l'approche patiente et précieuse de l'adolescent aurait pu amadouer une licorne, elle vint à légèrement raidir les épaules du sorcier qui, pour autant, ne chercha pas à s'enfuir et resta à l'exacte même place, bien qu'il remua sur son assise avec inconfort. Ses doigts tremblèrent en plus de ses paupières ou de ses lèvres, les traits délicats de son visage encore sensibilisés par ses récents pleurs, mais alors que le petit lapin tacheté lui était confié, il ne pu retenir un léger rire étranglé, bref et mouillé de larmes alors qu'il plongeait ses phalanges graciles dans la fourrure rase de l'animal.

Un sourire timide aux lèvres, silence plus confortable retrouvé, il tourna la tête pour fixer son cadet qui semblait, contre toute attente, aussi traumatisé que lui par la scène qui venait de se dérouler. Combien avait-il l'air frêle ainsi replié sur place ! L'entendre s'excuser serra le cœur d'Andreï qui leva un moment les yeux pour retenir de nouvelles larmes, son visage se chiffonnant d'une fugace grimace alors qu'il se sentait culpabiliser d'être le responsable d'une scène aussi ridicule et disproportionnée. Il ne dit cependant rien et l'écouta tout simplement, par respect mais aussi parce que sa gorge était encore trop serrée pour qu'il puisse lui-même parler.

Leif ne fut pas le seul à rougir du compliment maladroit et l'albinos se retrouva à rosir ses joues en plus de la pointe de ses oreilles en une carnation qui raviva le rose de ses yeux délavés, balayant le bleu pastel au profit d'une teinte plus monochrome, assortie à ses airs de lanterne chinoise. Mal à l'aise, il détourna la tête pour éviter de croiser son regard et vint à effectuer un long massage sur la boule de fourrure entre ses mains, malaxant le corps et transformant bien vite le petit lapin en une flaque poilue d'extase. La suite, pour le jeune garçon à ses côtés, ne fut plus qu'un embrouillage d'explications confuses qui ne fit que le plonger davantage encore dans son embarras. Pour Andreï, ce fut tellement adorable qu'il ne pu s'empêcher de tendre une main pour venir caresser la tête de son cadet, jouant un instant dans les mèches légères et grattouillant son cuir chevelu avec une tendresse toute effarouchée. Il se pencha légèrement vers l'avant, espérant capter son regard et souffla d'une voix aussi basse que la sienne :

« - Merci. »

Se redressant, il retira sa main et la retourna entre les oreilles du lapin moucheté, malaxant leur base à tour de rôle, usant du petit animal comme d'un exutoire à ses angoisses et ses hantises. Un autre silence s'étira entre eux alors qu'il contemplait la danse fantasque des fées. Il hésitait à s'expliquer, n'ayant pas l'habitude de s'ouvrir aux autres. Cependant, il avait causé plus de mal à ce pauvre garçon qu'il n'en avait reçu de sa part et se sentait vraiment mal à ce propos.

« - Je n'ai pas l'habitude que les gens soient... gentils avec moi. Dans le meilleur des cas, ils se révèlent curieux et me posent des questions indiscrètes. Dans le pire des cas... hum... disons que je peux parfois finir à l'infirmerie. »

Il eut un sourire sans joie, désabusé quant à sa situation. Il s'était résigné depuis longtemps maintenant, conscient que seul le petit cottage dans la campagne russe lui avait offert un cocon de sécurité. Dès ses premières semaines à Saint-Pétersbourg, il s'était confronté aux regards ahuris ou parfois révulsés de nombre de citoyens. Puis les harcèlements avaient commencé, avant d'escalader en des sommets parfois dangereux pour sa santé déjà fragilisée par sa condition génétique.

« - Lorsque tu m'as confondu avec une créature, j'ai cru... j'ai cru que tu te moquais de moi. L'on m'a déjà dis de me suicider et de disparaître, mais jamais... l'on m'avait ôté mon humanité, ou du moins je croyais que tu le percevais ainsi. Que j'étais un animal... une créature inférieure dans la conception de la société. »

Andreï ferma les yeux, ses longs cils cristallins perlés de larmes venant s’épancher sur ses joues encore rosées d'embarras et de sanglots à présent taris.

« - Je crois que je t'ai attribué une étiquette aussi répugnante que celle que je reçois habituellement : je t'ai stéréotypé avant même de te connaître. Pour cela, je suis réellement désolé. »

L'albinos soupira et lui tendit une main amicale, un sourire timide aux lèvres.

« - P-peut-on recommencer de zéro ? »

Il souffla après une brève hésitation :

« - Bonsoir, je m'appelle Andreï. Je suis en seconde année de Formation aux Soins aux créatures magiques, je suis aussi le propriétaire de la boutique Plumes et Poils de l'avenue Petrovitch. Comme tu as pu le constater, je suis aussi un animagus de lièvre arctique. »
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6/5/2017, 22:34
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Leif était un brave lapin.
Ce fut du moins ce qu'il songea lorsque la main d'Andreï vint dans ses cheveux, lui grattouiller le crâne. Tout allait bien, alors, il ne devait pas avoir été si mauvais que cela. Son petit corps se détendit un peu, ses paupières tombèrent. Oui, Leif n'était pas bien différent d'un petit animal, au final. Il avait besoin de peu de choses, dans sa vie: des carottes, et des marques d'affection.

La main quitta son crâne, à son grand dam. Alors seulement il osa à nouveau regarder dans la direction de l'humain blanc, jalousant le petit être poilu qui était le préféré. Beuh. Lui aussi il était poilu ! Et doux ! Et lui aussi il pouvait faire la flaque… Même si ce n'était pas très socialement correct chez les humains.
Un moment passa, où la jalousie du plus jeune humain se mua en apaisement, devant le spectacle qu'il observait. Il commençait tout juste à se demander ce qu'à la base il avait pu poser comme question, quand son blanc compagnon reprit la parole. Leif cilla un instant, à l'idée que l'on puisse porter la main sur son bel ami. Il était si tendre, doux, fragile… Certes, les enfants russes n'étaient pas réputés pour être amicaux envers les plus faibles. Mais tout de même ! Ne pouvaient-il pas au moins prendre en compte l'affront esthétique que représentait un coup porté sur l'immaculée neige de sa peau ? Hérétiques. Les poings de Leif se crispèrent. Son coeur manqua un bond à l'idée même que l'on puisse cracher au visage d'Andreï qu'il devait se suicider. Et puis quoi, encore ? À ce rythme-là, si le Monde abritait quelque Dieu que ce soit, il n'y avait rien de surprenant à ce qu'il ne se montre pas: ses propres créations seraient incapables de le reconnaître, et de l'apprécier.

Leif offrit un léger sourire à son camarade lorsque ce dernier l'observa à nouveau. Il aurait aimer le rassurer. Aussi lui prit-il la main non pas à la façon de ces poignées de mains viriles qui unissent faussement les hommes d'affaires, mais à la manière d'un individu voulant faire par de réconfort ou de désir de protection à un autre. Il ne comprit que peu après que ce n'était pour cela que la main lui avait été tendue. Il retira la sienne.
Il cilla à nouveau à l'évocation du mot "Animagus". Ce n'était pas le premier mot inconnu qui parvenait à ces oreilles, ces derniers jours. L'avait-il déjà entendu sans le retenir ? Il ne lui semblait pas. Le temps d'y songer n'était pas: si Andreï lui avait offert trois fois son prénom, lui n'avait encore jamais donné le sien.

"- Je suis Leif Parovitch Loshav. Je viens de Mourmansk. Je suis un… "Né-moldu" ? Mes parents ne sont pas sorciers. Je n'ai pas encore l'habitude du monde magique, c'est encore tout nouveau pour moi. C'est pour ça que… Je ne sais plus trop ce qui est possible ou ce qui ne l'est pas." Il regardait ailleurs, avec toujours ce discret sourire sur les lèvres. Sa voix était moins chaotique, plus douce. "Mais j'aime beaucoup ce que je découvre ici." Il pointa Ernest du menton. "Lui, c'est Ernest. Je l'ai trouvé avec une patte cassée… Depuis, il me suit. J'aime beaucoup les animaux. Tu ne m'entendras pas dire qu'ils ne sont pas au moins nos égaux…" Si ce n'était plus. Il tendit une petite main pour aider Andreï à changer le lapin en tapis de poils et de bonheur, caressant le haut de la tête de l'animal. "Ce n'est pas trop dur, de s'occuper d'un magasin et de faire des études ? Et dis… C'est quoi, un animagus ?"
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23/5/2017, 12:33
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Si la prise sur sa main vint à le surprendre, le quiproquos fut si touchant et frais dans ce monde de maltraitance et de virilité exubérante que le jeune albinos ne pu s'empêcher de rire. L'éclat ne fut pas moqueur, bien au contraire : il semblait même presque soulagé. Il n'en revenait pas qu'un élève soit plus timide et doux que lui, offrant la promesse d'une amitié ou du moins d'une rencontre agréable. Un sourire aux lèvres, les joues rosées et les yeux pétillants, Andreï ne chercha pas à retenir la main timide qui s'esquiva promptement et vint plutôt reposer la sienne sur la fourrure douce du lapereau. Cette salutation, aux allures de réconfort maladroit, sembla suffisante pour des présentations tardives telles qu'ils se les offraient dans l'embarras de leur rencontre singulière. La glace du malentendu se brisa dès lors et il pu se détendre d'un quelque chose d'inespéré. Cessant de mirer son cadet avec curiosité, il laissa son regard voguer sur le jardin puis les couloirs et les dernières lueurs qui émanaient de la grande salle. Son ventre se tordait d'une faim tenace, finissant par user sa réticence à errer dans l'établissement après les heures de cours. Avec un soupir résigné, Andreï vint à saisir en coupe le corps d'Ernest le plaça dans les bras vacants de son propriétaire avant de se lever pour venir épousseter le devant de son uniforme.

« - Et bien... en voilà beaucoup de questions. Ça ne me dérange pas d'y répondre, mais... je ne dirais pas non pour un petit quelque chose à manger. Pourquoi ne pas en discuter pendant que l'on essaie d'avoir un souper auprès des domovoï ? Je dois m’en aller avant le couvre feu. »

Un sourire léger aux lèvres, retroussant tout juste leurs commissures, il haussa un peu des épaules pour signifier combien il estimait si peu leur chance de réussite. Si les petites créatures étaient des esprits protecteurs, dévoués aux humains, ils n'en restaient pas moins d'un naturel territorial et peu enclins à transgresser le règlement de Koldovstoretz. Avec de la chance, ils se souviendraient de lui et consentiraient à lui céder une part du repas disposé tantôt dans la grande salle... sinon, il serait bon pour rentrer le ventre vide à la boutique et grignoter un bout de pain avant d'aller dormir. Attendant que Leif se décide puis se mette en route, il s'assura de ne rien oublier dans les jardins, notamment sa baguette magique ! Il n'aurait ni le temps, ni les moyens de s'en procurer une nouvelle. Enfin, pour le peu d'usage qu'il lui accordait... Avec un soupir inaudible, le jeune étudiant s'engagea dans les couloirs d'une marche tranquille. Ils n'étaient pas pressés et avaient encore beaucoup à discuter.

« - Alors pour commencer... Hum... Tu ne devrais pas te présenter comme un né-moldu. C'est une façon d'aborder les gens qui risque de t'apporter plus de soucis qu'autre chose, surtout depuis quelques mois... avec la politique actuelle, si tu vois ce que je veux dire. »

Il était embarrassant de parler d'un tel racisme au sein de la société magique, mais il ne voulait vraiment pas que ce pauvre garçon subisse la même maltraitance dont il avait écopé à cause de son albinisme. Pire encore, le fait qu'il soit l'enfant de deux moldus risquait de lui causer bien plus de mal encore. Andreï se passa une main sur la nuque, regarda de droite et de gauche avant de baisser le ton pour se faire entendre sans que l'écho de sa voix ne rebondisse sur les murs froids du couloir.

« - Il existe des sorciers et des sorcières aux idéologies très arrêtées sur le sujet ! Ils risquent de mal te considérer, voire même de te maltraiter ou de t'isoler du reste des élèves. Si tu ne comprends pas quelque chose, tu devrais simplement faire semblant tant que cela ne te cause pas de soucis. Ne va pas accepter ou refuser quelque chose que tu ne comprends pas : demande des précisions en feignant d'avoir mal à la tête oud 'être fatigué. Ensuite, si tu veux en savoir plus : soit tu demandes à des amis proches, soit tu vas à la bibliothèque et tu effectues tes propres recherches. C'est encore le meilleur moyen pour ne pas t'attirer d'ennuis. »

Le sorcier l'observa d'un air gêné avant de se concentrer sur le chemin qui les mènerait bientôt aux escaliers descendant au sous-sol. Il détestait cet endroit, surtout que les risques de croiser Mademoiselle Raspoutina étaient triplés ! Malheureusement, s'ils voulaient trouver quelque chose à manger : la seule entrée des cuisines était dans ce même couloir sombre et humide qui les attendait. D'ici là, Andreï décida de passer sur un sujet plus joyeux et continua donc de répondre aux questions que son cadet lui avait posé quelques minutes plus tôt.

« - Pour ce qui est de la gestion entre mes études et le magasin, c'est effectivement très éprouvant surtout que je n'ai pas une santé très solide. Je ne peux pas me plaindre : j'apprends tellement de choses précieuses ici ! Je ne peux pas abandonner par soucis de confort, il ne me reste qu'une année supplémentaire avant de pouvoir pleinement me concentrer sur mon travail. Ce dernier est ma réelle passion, ma motivation ! M'occuper des animaux, les éduquer pour qu'ils deviennent de parfaits compagnons pour les sorciers et sorcières qui les adopteront... les voir grandir, s'épanouir... Il soupira, la voix vibrante d'émotion avant qu'il ne se ressaisissent et ne rougisse un pue. Excuse moi, j'ai toujours tendance à m'emporter sur le sujet. Hum... Oui, donc ? Ah, oui : c'est difficile. Tout à l'heure, je me suis évanoui d'épuisement alors que je voulais simplement me reposer cinq minutes en forme de lièvre pour ne pas me faire déranger. »

Le jeune étudiant soupira lourdement et secoua un peu la tête avec dépit. Ses pertes de connaissances étaient régulières, sa santé fragile en plus de ses doubles responsabilités ne faisaient définitivement pas bon ménage. Jie-Lin s'inquiétait pour lui et lui avait proposé déjà d'acheter la boutique pour ensuite y faire engager une aide au magasin. Si l'intention était bonne et ne visait qu'à le soulager de ses devoirs, Andreï n'avait pu se résoudre d'abandonner ainsi le commerce de ses grands-parents : il s'agissait du rêve de toute leur vie ! Et maintenant, il s'agissait du sien.

« - Hum pardon. Je me suis perdu un moment dans mes pensées. C'est à cause de la fatigue... Ahah ! »

Rougissant d'embarras, il croisa les mains dans son dos et regarda par les grandes vitres du couloir la Neva qui s'écoulait paresseusement, ruban de ténèbres liquides dans la nuit grandissante, à peine dessiné sur les berges par les lampes à gaz depuis les rues et les quais.

« - Et donc c'était quoi ta dernière question ? Ah oui : qu'est-ce qu'un animagus ? Et bein... tu connais le principe de la métamorphose ? C'est quand on change un objet ou un être vivant en autre chose. Lors de ce processus, si la victime du sors est un être vivant : il ne se souviendra pas de ce qu'il a vécu. Il aura quelques réminiscences de l'expérience comme une obsession, un tic nerveux hérités de l'animal ou de l'objet. C'est une « victime », donc il n'en ressort généralement rien de bon dans le sens large du terme. A contrario, un animagus est un sorcier capable de se transformer en un animal ou un insecte et de garder sa conscience humaine pendant le processus ! C'est un acte volontaire de la part du sorcier, c'est donc extrêmement difficile et tous n'ont pas la volonté ou l'affinité avec ces sortilèges pour le devenir. C'est aussi dangereux d'un point de vue politique et social : qui se méfierait d'un scarabée ou d'un chat ? Donc la Douma recense scrupuleusement les animagus, en devenir un sans se faire reconnaître un crime grave. »

Il cessa de parler, autant pour reprendre son souffle qu'en raison du sujet qu'il pensait avoir suffisamment détailler pour une vulgaire introduction en la matière. Si jamais Leif désirait en savoir plus, il y avait toujours l'option de fureter à la bibliothèque. L'albinos s'arrêta en haut des marches qui donnaient sur le sous-sol et croisa les bras pour réprimer un frisson d'appréhension. Cette gueule béante lui donnait la chair de poule !

« - Tu... Tu ne disais pas avoir des réserves, dans notre dortoir ? Je pourrais toujours te rembourser la prochaine fois que je viens à Koldo... ma boutique est dans l'avenue Petrovitch, alors j'aurais accès aux magasins d'épicerie magique... »

Définitivement, il n'était pas chaud pour descendre à NopeLand...
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8/6/2017, 16:21
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Leif eut un mouvement de tête affirmatif, avant de faire signe à son camarade lagomorphe à mi-temps de le suivre. À l'origine, il l'avait suivi par excès de confiance, sans comprendre vers où ils allaient, et pourquoi. Il n'avait toujours pas compris, et n'était pas préoccupé par ce détail.

"- Ne t'en fais pas, pour le remboursement."

Il avait bien assez d'éléments à penser entre ses cours et ses découvertes pour que le souvenir d'une quelconque dette puisse trouver une place dans son esprit encombré.
Andreï lui avait également donné matière à réflexion. Ses premiers pas à travers les couloirs, en tant que guide, et ses premières marches, il les passa en silence, à songer à tout ce qui venait de lui être dit, son lapin contre lui plutôt que dans son sac. Les mensonges, il était prêt à les utiliser, ayant toujours favorisé sa survie à la vérité. Restait juste à y penser. Peut-être pourrait-il questionner ces quelques professeurs et surveillants en lesquels il avait placé sa confiance, quant aux points qui lui paraitraient obscurs ? Mh. Non. Une voix de prudence nouvellement créée le poussait à plutôt se débrouiller seul, ou demander à Andreï. Le monde des adultes était fait de mensonges et de tromperies, de meurtres et de cruauté, bien plus que celui des jeunes gens, lesquels n'avaient pas toujours goûté aux délices du meurtre légal.

Quelques coups d'oeil en arrière, et Leif vérifiait qu'Andreï le suivait bien. Ils approchaient du dortoir. Ernest paraissait apaisé, et confiant. Les bribes d'images de la forme quadrupède de leur compagnon humain le hantaient. Leif était envieux, et toujours aussi impressionné, malgré les explications qui paraient Andreï d'humilité. Il devait tout de même y avoir quelque chose en plus, et une explication qui échappait encore au monde des sorciers, ou au moins à celui de la tête blonde qui venait de le rejoindre. Il devait y avoir un lien entre Andreï et les lièvres, qu'il était parvenu à trouver là où les autres sorciers n'étaient parvenus qu'à contempler ces murs de verre que les humains construisaient autour de leur espèce. Les "sorciers" moldus avaient-ils un bribe d'explication à ce sujet, par leur affect et révérence envers les autres espèces ? L'idée d'un totem pouvait-elle avoir un lien avec les capacités des animagus ? Peut-être qu'en kidnappant Andreï pour le présenter à quelque totémiste, Leif ferait avancer la science… Mais définitivement, il ne se sentait pas d'assommer son camarade, ni de le ligoter, encore moins de le transporter. En attendant que la nature lui offre les gros bras musclés qui seyaient à tous les russes (c'est connu), il ne lui restait qu'une solution qui consistait à faire consentir Andreï à un tel traitement. Encore timide, il ne se sentait pas d'en parler maintenant.

Ils passèrent la statue qui surveillait leur dortoir, en esquivant habilement un coup de trident. Le coeur battant d'avoir senti l'arme frôler ses cheveux, Leif songea qu'avant la fin de l'année les mots "vigilance constante" seraient tatoués autant en son esprit qu'en sa peau, si l'univers entier menaçait sa survie. Andreï avait l'air également d'avoir survécu. Leif l'entraîna à sa suite vers ce mini-chez-lui que représentait son dortoir, et les quelques centimètres carrés qui entouraient son lit.
Sous ce dernier, c'était le territoire d'Ernest. Quelques bouts de bois et de métal évitaient au lapin de sortir de là-dessous si l'envie venait à son maître. Cela arrivait peu souvent; le lapin passait la majeure partie de son temps dans les bras de son humain, l'autre partie sagement planqué là où personne ne venait l'ennuyer. Ce territoire était composé de tapis, afin de protéger le sol, de tissus/nid, et de quelques bouts de nourriture issus des repas de l'humain.
Leif glissa le lapin sous son lit, et ce dernier partit directement vers la carotte qui l'y attendait. L'humain se pencha vers le coffre/la boîte (selon les critères de qualité qui différenciaient les deux). Là, au milieu de son peu d'effets personnels, il y avait les rations tant pour lui que pour son lapin, "au cas où". Se saisissant de plusieurs carottes et de ce qui ressemblait à des radis, il les tendit à Andreï.

"- Ça ne tient pas beaucoup au ventre, mais… C'est déjà ça."

Pas de viande ni de poisson à offrir, pour des raisons évidente d'hygiène, et des raisons moins évidentes de goûts personnels. Leif s'assit sur son lit, fit signe à Andreï qu'il pouvait y venir aussi.

"- Tu penses que tu pourrais m'apprendre à être un Animagus ? Et moi je pourrais… Enfin, si tu le veux bien: je pourrais venir t'aider à ton magasin, non ? Nous avons sans doute des pauses différentes, je pourrais y passer au moins pour m'occuper un peu des animaux…"

Apprendre à les nourrir, ces créatures fantastiques qu'il ne connaissait pas encore, puis à s'occuper des besoins spécifiques à chaque espèce. La remarque était sous-jacente, mais elle se lisait clairement tant dans le ton de sa voix que dans les timides étincelles de son regard: Andreï était une sorte de modèle, pour lui. Il voulait devenir son semblable.
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