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Tel est pris qui croyait prendre | Nikolaï

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30/4/2017, 17:34
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14 Février 1930


La convocation ne le surprenait même pas, elle n'était que le résultat attendu du jeu qu'il jouait et il devait avouer qu'il aurait été excessivement déçu si Nikolaï avait décidé de ne pas écouter l'outrage fait à sa stupide cousine. En l'état, il fonçait droit dans l'avenue qu le surveillant lui ouvrait, et c'était le plus intéressant et le plus amusant car cela signifiait qu'ils allaient pouvoir se retrouver face à face, en tête à tête, sans la présence de qui que ce soit pour faire manquer la suite de son plan. La réussite l'accueillait à bras ouverts, il aurait été bien sot de l'ignorer et de se détourner, non ? Et pourtant, malgré l'envie de croquer à pleines dents dans l'opportunité qui se présentait, il fit exprès, en toute connaissance de cause, d'être en retard. Même s'il se sentait guilleret comme un pinson, qu'il était impatient et qu'il avait hâte de commencer, Ioann se força à arriver au moins trois bonnes heures en retard, montant lentement vers le bureau du directeur en contenant le large sourire carnassier qu'il menaçait d'arborer. Pour une fois, l'exercice s'avérait très difficile, et il lui fallut quelques minutes, devant la porte, pour réussir à se juguler, inspirant et expirant lentement, focalisant son attention et son esprit sur d'autres intérêts, plus grave que le simple frisson du jeu, de l'appât qu'il lançait pour dompter le fauve et s'en attacher la laisse. De nouveau maître de lui-même, il se fit annoncer d'une voix tranquille, et entra dans la pièce, mains dans les poches, posture nonchalante, son éternel demi-sourire narquois juché sur des lèvres hautaines et impériales. Son regard, après la clarté de l'extérieur, avait prit des tours verts et bleus pour accompagner le centre fauve, et les orbes disgracieuses pétillaient lorsqu'il les posa sur la forme sombre installée dans le grand fauteuil.

« Je vois que quelqu'un a finalement réussi à rattraper le parquet » fit-il en guise de salutation, se tournant un instant vers l'emplacement que la tâche de sang avait occupé sur le sol de bois lustré. Si intérieurement il n'avait pas apprécié le sort réservé à l'ancien directeur, il ne devait surtout rien en montrer. Officiellement, cela n'avait pas ébranlé Pavel Vetrov le moins du monde, au contraire, puisqu'il était partisan de la Main Noire, il adhérait à ce qui avait été décidé, même si ce n'était pas un choix qu'il aurait effectué personnellement s'il avait été à la place de l'Ivanov. « Pensez à me dire de qui il s'agit, je lui enverrais des fleurs… il ou elle les mérite bien ! » Sans attendre qu'on l'y invite, il vint s'installer dans l'un des fauteuils qui faisait face au bureau, à l'opposé de la chair directoriale. Un instant, il le mira en silence, les lèvres frémissantes, avant que l'entournure de sa bouche de s'arque en l'ombre d'une expression crochue et grinçante, qui se répercuta dans des prunelles qui n'avaient cessé de chercher les siennes et de les accrocher, se fichant dans les prunelles céruléennes avec cette franchise joueuse qui le caractérisait. Il savait parfaitement que l'autre devait être agacé, irrité, voire peut-être même en colère… et il n'en avait rien à faire ! Dans le meilleur des cas, l'autre allait se dégonfler comme une baudruche en comprenant ne tour qu'il avait joué à cette famille un peu trop sûre d'elle-même… et dans le pire des cas, il constaterait que ce n'était pas parce qu'il était surveillant dans une école de sorcellerie qu'il avait perdu ses réflexes et son habileté d'Auror. Là où son vis à vis avait passé sa vie à jouer les politicien, lui risquait sa vie contre les sociopathes… dont ils faisaient sans doute tous deux parties, d'ailleurs.

Le blanc ne passa pas inaperçu, et il s'engouffra dans l'opportunité de poursuivre pour le titiller encore un tout petit peu avant de le laisser s'exprimer. « Veuillez excuser mon retard, j'étais occupé… » Le ton était léger, et presque observateur, et il était clair qu'il faisait exprès de se montrer volatile et oublieux. Son affirmation montrait très clairement que la convocation avait été le dernier de ses problèmes, un moindre mal, sans importance. Et en un sens, c'était effectivement le cas même si Nikolaï ne devinait pas encore pourquoi, puisque ses pensées étaient toujours soigneusement cloisonnées, qu'il était obligé d'agir sans savoir à l'avance ce que son vis à vis avait en tête. En bref, il était renvoyé au rang de simple mortel devant hypothétisé… ce qui n'aiderait probablement pas du tout son humeur et c'était tant mieux ! Plus il serait énervé avant, et plus le coup fourré serait grandiose… et plus il serait vulnérable par la suite, quand il découvrirait la supercherie. Se redressant légèrement, il vint se pencher en avant un bref instant, le regardant par en-dessous : « Mais dites-moi donc… tout va bien ? Vous semblez de fort méchante humeur. Ne me dites pas que vous avez encore dû 'licencier' l'un de vos employés... » Affichant soudain la moue d'une surprise innocente, comme si l'illumination venait, feinte juste ce qu'il fallait pour être crédible, il ajouta : « A moins que… ce ne soit justement moi qui vais devoir faire mes bagages ? Ou dois-je me préparer à défendre chèrement ma vie… ? »
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30/4/2017, 20:12
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Le bruit avait couru assez rapidement. Probablement l’un des privilèges d’être directeur de Koldovstoretz : il savait presque en temps réel tout ce qui se passait dans ce château. Les tableaux étaient de sacrés bavards, des petits oiseaux qui venaient chanter des mélodies à ses oreilles attentives. Le moindre chuchotement, le plus infime murmure dans un couloir. C’était aisé et ce qu’il avait perçu ne lui avait pas plus. Il avait trouvé sa cousine, confirmant les bribes de ce qu’il avait cru comprendre. Dans la minute, le surveillant était convoqué à son bureau. C’était une insulte faite à sa maison, une gifle au visage qu’il ne s’était pas attendu recevoir de cet homme. Non, pas de cet homme-là.

S’il avait gardé Maria malgré leurs divergences, c’était parce qu’il était intimement convaincu par le dicton qui préconisait de garder ses amis près de soi et ses ennemis encore plus près. D’elle, il avait attendu beaucoup de coups bas après sa nomination. Elle ne semblait toutefois pas faire de vague, pour l’heure. Des élèves torturés, des cris de souffrance. Rien de bien méchant et il préférait qu’elle passe son temps à ce genre de distractions plutôt qu’à comploter contre lui et sa famille. Il y en avait d’autres qu’il gardait précieusement à l’œil. Andreï notamment. Sa cousine et ses propres enfants, à plus forte raison. Mais Pavel… Qu’avait-il attendu d’un homme avec qui il avait passé une bonne soirée à jouer aux cartes, à plaisanter et boire ? C’était comme une maîtresse d’un soir : fort agréable un moment et puis le lendemain, elle couchait avec un autre.

Il lâcha un soupir, veillant à l’ordre dans son école. Un travail facile, trop facile et trop calme pour un homme habitué à gérer des crises nationales. Il s’ennuyait ici et cela ne faisait que deux semaines. Fort heureusement, il avait un ménage de printemps en préparation dans sa propre famille. Cela le divertissait, lui permettait de planifier chaque événements, chaque bribe de tension qu’il disséminerait tout au long de la soirée pour le grand final. Puis il avait cette affaire de baguette qui s’insinuait entre deux tâches. Ça ne le rassasiait pas. Lui et sa faim monstrueuse de pouvoir et de pleine possession. Il s’interrogeait encore sur ce que pouvait bien attendre Raspoutine en le plaçant à la tête de cette école. Le mage noir savait pourtant que Nikolaï ne s’en satisferait pas. Jamais. Alors pourquoi ? C’était une décision dénuée de sens !

Nikolaï observa l’homme à la haute stature entrer dans son bureau. Il aurait aimé plaisanter avec lui, lui signaler qu’il attendait donc ses fleurs avec impatience, s’il avait l’audace de lui en offrir… Et son pressentiment lui disait qu’il en avait très certainement. Il aurait adoré en rire, l’accueillir avec un sourire, comme on laisse entrer chez soi un bon ami pour la distraction du soir. Il aurait apprécié leur discussion, le regard hypnotisant de son camarade pour lui faire oublier le poste sordide qu’on lui avait confié. Mais l’outrage grondait trop dans sa cage thoracique, comme une bête prête à être libérée et à mordre, pour qu’il parvienne ne serait-ce qu’à un sourire sans avoir l’air carnassier.

Dans un mutisme, il observait ses mimiques, son discours, na manière de feinter l’innocence alors que l’un comme l’autre savait ce qui était en jeu. Il s’amusait, il aurait ri s’il n’était pas le dindon de la farce. « Vous pourriez… Commencer par me rendre la baguette magique de ma cousine Alexandra Igorova Ivanova. » Ou du moins ce qu’il en restait. Il tendit la main gauche vers son surveillant, ses prunelles s’accrochant aux siennes avec une sévérité qui ne laissait place à aucune plaisanterie sur le sujet. Il n’était pas satisfait qu’on soit venu insulter sa famille en brisant la baguette de l’un des siens, ses fantaisies supplémentaires le desservaient pour une fois. Il était extrêmement déçu, lui qui avait presque pensé un instant lui accorder sa clémence n’était vraiment pas prêt de lui pardonner le foutage de gueule qu’on lui servait avec tant de soin.
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30/4/2017, 23:09
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Bien, il était donc passablement énervé, à tel point que le prince déchu imaginait sans mal le petit nuage sombre parcourut d'éclaires, au-dessus de sa tête, suspendu tel l'augure de la mort croassant son avertissement envers les intrépides voyageurs. Et il fallait l'avouer, en cet instant, Ioann jubilait de toute son âme, s'amusait comme un petit fou, triomphait sans la moindre once de scrupule devant le regard incendiaire et mortel qu'on lui décochait. Et alors, alors que déjà, il se contenait pour ne pas plonger dans un fou-rire incontrôlable, ils atteignirent ensemble le point culminant de toute cette scène rocambolesque mais terriblement savoureuse pour un homme qui se faisait engeance du chaos à travers l'école soumise à son nouveau directeur. Comment ne pas pouffer de rire, alors, en entendant cette voix forcée, comme si desserrer les dents pour s'adresser à lui sans lui sauter à la gorge était l'acte le plus ardu de ce monde, pire que les douze travaux d'Hercule. La fin de la courte tirade était presque inscrite en lettres de feu entre eux, sur la surface du bureau, et cette ultime pensée marqua la fin de son maintient. Il émit un 'pffrrrtt' très peu digne alors qu'il se contractait, rentrant la tête dans les épaules et la baissant vers la surface de bois lustré, secoué d'un spasme d'hilarité parfaitement irrépressible qui manqua le faire s'assommer sur le bureau. A la place de quoi, il resta quelques instants à hoqueter avant d'inspirer profondément, de se redresser de toute sa hauteur et de se caler dans son fauteuil, royal et nonchalant, les yeux brillants follement sous l'amusement, les pupilles légèrement dilatées. L'expressivité profonde qui vibrait des prunelles dépareillées l'illuminait entièrement, chassant beaucoup de cette noirceur cynique qu'il traînait à sa suite et lui faisant perdre quelques années. Un large sourire dansait sur ses lippes alors qu'il prenait enfin la parole, railleur : « Vous rendre la baguette de votre cousine ? Mais quelle baguette exactement, Mr. Ivanov ? » Il laissa quelques secondes passer, une minute, juste le temps de le laisser mariner dans son jus, avant de feindre l'innocence et la surprise à se souvenir d'une pensée jusqu'alors occultée. « Oh mais attendez… bien sûr, suis-je bête, c'est de cette baguette que vous parlez n'est-ce pas…. ? »

Et dans un mouvement théâtral, il attrapa le fin morceau de bois magique qu'il avait gardé dans son étui, bien à l'abri, jusqu'à ce moment précis, faisant tourner la baguette intacte entre ses doigts avec habileté.  Goguenard au possible, il la tint hors de portée du directeur, penchant la tête sur le côté et l'observant avec l'air joueur d'un renard avec une poule. En l'instant, il n'avait même pas besoin de réellement feindre, son enthousiasme, et sa bonne humeur, étaient bien réels, palpables et largement diffusés. « Mon cher, votre cousine, pour laquelle vous prenez ombrage, est une idiote, je suis vraiment désolé de devoir me montrer aussi franc sur le sujet… ou pas, d'ailleurs » Le dernier vers était servit après un instant de réflexion, comme s'il avait vraiment pondéré la chose. S'il était bon comédien ? Il était excellent même à vrai dire, et cela tombait très bien. Avec bonne humeur, il en vint à lui conter la collision qu'il avait eut avec l'adolescente, la façon dont celle-ci s'était comporté et la leçon qu'il avait décidé de lui inculquer à la dure, pour qu'elle se rentre un peu de plomb dans la cervelle. Tout en parlant, il avait fait apparaître une bouteille d'une excellente vodka, et deux verres, de quoi décoincer un peu son vis à vis, comme il en avait déjà fait l'expérience. Son récit s'acheva sur la superbe vue laissée par la robe de nuit de la gamine, pas encore assez développée selon lui, mais qui promettait si elle prenait soin d'elle-même… Ce qui n'était pas certain du tout. Derrière la plaisanterie et le tour comique qu'il donnait à son récit, cependant, le prince ne faisait pas semblant de sous-entendre qu'il était aussi parfaitement capable de se montrer aussi mauvais qu'il était pour le moment mesuré, de l'exacte même façon qu'il avait prévenu la petite Alexandra qu'il pouvait être de bonne composition, ou un cauchemar ambulant. Et qu'il faudrait plus qu'un nom pour le contenir. Il voulait des actes. Il voulait voir cet homme se battre pour avoir l'ascendant qu'il souhaitait, se prendre au jeu, s'y perdre et s'y éreinter… pour découvrir en fin de compte que c'était lui qui l'avait lié à son poignet.

« Alors, dites-moi… Directeur… vous voulez toujours me renvoyer ? » Il haussa les sourcils, feignant l'expectative, tout en versant sans avoir l'air de le faire, l'alcool dans les verres. « Savez-vous à quel point vous êtes élusif pour qui veut esquiver les commères ? » Sourire en coin, il porta le verre haut en un toast moqueur, puis en descendit une grande gorgée, grondant d'appréciation pour le goût incomparable de cet alcool. Une des meilleures vodka de toute la Russie, l'occasion était adéquate selon lui ! Pinçant les lèvres pour retenir chaque goutte du puissant breuvage, il riva son regard au sien, dardant des prunelles avec cet habituel défi, cette invitation silencieuse qui ne le quittait jamais dans ces moments-là… Exprès. « N'oubliez surtout pas de lui dire que vous m'avez fermement corrigé... » suggéra-t-il avec un petit quelque chose d'ambiguë dans la voix…

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1/5/2017, 13:12
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Un nombre incalculable de manière de le tuer traversa l’esprit de Nikolaï lorsque son vis-à-vis se mit à rire sans raison aucune. Du moins, pas apparente, elle lui était inconnue. Pavel l’agaçait, profondément. Jusque dans son orgueil blessé, il eut l’envie de l’éliminer sur le champ. Un nouveau licenciement en bonne et due forme. Son air sérieux faisait face à l’hilarité de l’autre. Il s’en montrait imperméable, inexpressif. Il replia son bras tendu pour poser son coude sur la table de bois lisse et appuyer sa joue contre sa main, le mirant dans son agitation grotesque et son petit numéro de théâtre. Lorsqu’il aurait fini ses stupidités, il serait toujours temps de les lui faire regretter. Pas en combat singulier. Si Nikolaï était un bon duelliste, il excellait bien d’avantage en politique et ne se risquerait pas à affronter un ancien auror dont il savait pertinemment la qualité de ses réflexes. Non, il attendrait de pouvoir le faire à plusieurs et s’assurer qu’il ne reste rien de cet homme qui…

Avait la baguette d’Alexandra intacte. Si son visage ne laissa passer aucune expression de surprise, son souffle avait été coupé comme la trahison infime de l’événement impromptu. Une baguette qui n’avait pas été brisée. Il lui fallut très peu de temps pour comprendre ce qui s’était produit, son esprit, d’une logique incroyable et raffermie par les années, éliminait les fausses-pistes une à une jusqu’à ne laisser que la dernière solution, la seule qui ait pu lui échapper : l’illusion. Une piste qui lui fut tôt confirmée. La joue appuyée contre sa main gauche, Nikolaï ne laissa aucun sourire poindre dans le coin de ses lèvres. Pavel était très bon, il lui concédait presque affectueusement tant il le trouva brillant à l’instant. « Vous êtes plein de ressources, Monsieur Vetrov, mais vous avez commis une grossière erreur. » claqua-t-il froidement, son regard s’appuyant, s’ancrant fermement en lui tandis qu’il relevait la tête.

Il semblait que même au courant du fond de la farce, l’Ivanov n’appréciait pas la tournure moqueuse des événements. Ses prunelles d’un bleu céruléen s’armaient d’une dangerosité rancunière, amère et blessée. Des teintes qu’il avait appris à montrer à son entourage… Et à falsifier. « Vous avez oublié mon second verre. » Le ciel azuré de ses yeux s’éclaira d’un soleil lumineux alors que ses lèvres s’étiraient lentement dans un sourire. « Et les fleurs. » rajouta-t-il comme un aveu : il avait sauvé le parquet. Il se leva de son fauteuil et prit son verre au passage tandis qu’il se dirigeait d’un pas lent et mesuré vers l’escalier en colimaçon menant aux étages supérieurs. Il portait son verre à ses lèvres, laissant l’alcool ankyloser sa langue de sa chaleur. « Bien. Cette… Entrevue professionnelle étant achevée... » Bien vite en définitive. Et d’une façon plus plaisante qu’il ne l’avait imaginée. Cela l’arrangeait.

« Je vous avoue préférer discuter en tête à tête. » Il n’y avait personne d’autre qu’eux ici, à l’exception des tableaux des directeurs de toutes les écoles du monde. Une relation cordiale qu’il se devait d’entretenir malgré son amour patriote et exclusif pour la Russie. Il leur leva son verre avant de mettre le pied sur la première marche et se retourner vers Pavel : « A moins que vous ne soyez… Comment avez-vous dit ? Ah oui : occupé. » La raison même de son odieux retard. « Dans ce cas, laissez la baguette de ma cousine sur son bureau et fermez la porte derrière vous. » Il arqua un sourcil, cherchant une explication rationnelle à sa demande : « Les tableaux ont froid. » Autant que le parquet avait des états-d'âmes, tiens. Pour le rationnel, on repasserait. La plaisanterie, elle, était plus amère et témoignait de son irrespect pour ces directeurs dont le froid sibérien ne ferait qu’une bouchée. Il grimpa à l’étage.

Le salon, de la même taille que le bureau qu’il surplombait, était également circulaire. Peu investi, jusqu’alors, si ce n’était pour son prestigieux confort, des valises n’avaient pas encore été défaites depuis deux semaines. Pourtant, avec la magie, ce n’était pas ce qui prenait le plus de temps mais Nikolaï éprouvait le plus grand mal à s’installer définitivement ici. Il n’était pas chez lui. Il n’était pas fait pour être le directeur de cette école. Sa place se trouvait à la Douma dont il avait été écarté. Il s’installa dans un canapé en cuir, y invitant implicitement son surveillant, près de la cheminée où le feu crépitait. Il sortit des cigares, en offrant un à Pavel avant de les allumer. Les discussions entre gentlemen, ça, c’était plus son élément. Il préférait bien d’avantage parler à ses convives ici, ou au Domaine de la Fleur Blanche, qu’à son bureau de directeur.

« Je dois vous féliciter. Vous prenez très vite vos marques pour un ancien auror. » Mieux que Nikolaï pour un ancien politicien. Il se retint de formuler la suite logique de cette phase et se contenta d’inspirer une bouffée pleine d’arômes, laissant son palais apprécier la fumée contenue dans sa bouche avant de la laisser s’échapper lentement d’entre ses lèvres. Ses prunelles s’accrochaient naturellement aux siennes, comme une habitude confortable qui s’était installée entre eux. « Vous êtes intriguant. Je me demande combien d’autres petits talents vous avez en réserve. » Combien de petits secrets aussi, même s’il ne le signala pas. Un sourire, bref, amusé avant de finalement ajouter : « Je ne m’attribuerai pas des actes erronés. Je ne suis pas ce genre de personnage, Monsieur Vetrov. Si ce n’est pour votre insolence, je n’ai aucune raison de vous corriger fermement. J’ai même tout intérêt à laisser votre ombre croître et marquer le respect auprès des étudiants pour que vous représentiez l’ordre à l’égal de Maria. »

Il marqua une pause, hésitant, puis devint plus incisif autant que caressant. Comme s’il entraînait son petit poulain à courir. « Et même mieux qu’elle. » Des mots susurrés avec une douceur mielleuse, pervertis par son esprit de conquérant et trahissant le différent qui l’opposait à cette femme, fille de son leader. Si Pavel était intelligent, il saurait voir la brèche. Il lui appartiendrait de s’y engouffrer… Ou de le refuser. Le défi dessinait une lueur dans ses yeux déjà si clairs.
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1/5/2017, 20:49
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Une grossière erreur hein ? Quoi ? Il boudait encore de s'être fait prendre à son petit tour de passe-passe ? Allait-il devoir l'amadouer avec plus de miel qu'il n'aurait cru nécessaire ? Il était tout à fait concevable qu'il se soit trompé en estimant que l'Ivanov se détendrait une fois au fait de la supercherie, mais il fallait avouer que cela ne l'arrangeait pas vraiment. Et que cela le décevrait beaucoup, même s'il ferait le nécessaire pour que la situation de dérape pas. « Ah ? Vraiment ? » Pour sa plus grande fierté, le ton de sa voix ne trahissait rien du doute soudain que l'autre insinuait chez lui en l'instant. Il avait toujours l'air aussi joueur, aussi taquin dans la dramaturgie de cette esquisse de question. Ses prunelles restaient néanmoins alertes, alors qu'il reposait son propre verre, et si besoin, il était prêt à en venir aux mains. Pourtant, non, rien ne vint, et le prince se fendit d'une moue amusée en lui décochant un coup d’œil appréciateur, esquissant à peine le geste de lui tirer son chapeau pour son propre jeu d'acteur. Le directeur le méritait, c'était indiscutable, même lui s'était finalement posé quelques questions en le voyant aussi sérieux, et s'était laissé prendre. De bonne guerre, après le tour de cochon qu'il venait de lui jouer, très certainement, il voulait bien admettre que la boutade était parfaitement portée. « On ne peut plus vrai, j'admets » La brûlure de l'alcool dans son verre lui fit digérer l'instant affreux d'attente pendant laquelle il avait réellement pensé qu'il allait falloir sauver les meubles et qu'il était finalement allé trop loin pour la tolérance dont l'autre savait faire preuve. Le prince déchu conserva le spiritueux dans sa bouche quelques instants, lui donnant le temps de déployer ses saveurs et de prendre corps, avant de le déglutir, traçant un chemin de feu liquide dans sa gorge et dans son ventre. A défaut de jamais ressentir d'attirance et de désir physique qui viendrait lui enflammer les tripes…

« Oh, c'est vous qui avez rattrapé le parquet ? Il va falloir me dire comment » Et ce, sincèrement. Un sortilège aussi efficace pour se débarrasser des traces de sang serait toujours le bienvenue pour lui, s'il lui fallait nettoyer une scène de crime à l'avenir. Sa spécialité, c'était la chasse aux mages noirs, pas le ménage. C'était d'ailleurs étonnant que Nikolaï lui-même ait eut dans son escarcelle quelque chose d'assez puissant pour le cas désespéré de ce pauvre parquet. A moins que son supérieur n'ait des tendances de soubrettes ? Hm, c'était à creuser. Il y avait du potentiel là-dessous. Arquant un sourcil en le voyant se lever subitement, en se demandant ce qu'il faisait d'un seul coup, Ioann finit par se fendre d'un large sourire carnassier à l'invitation sous-entendue et il laissa le maître des lieux le devancer avant de se redresser d'une impulsion des muscles et quitter le fauteuil, emportant bouteille et verre d'une main, faisant apparaître, dans l'escalier, un bouquet sauvage dans l'autre. Le sorcier rejoignit les pénates que son hôte lui dévoilait, s'accolant à l'embrasure un moment en l'observant de ses orbes étincelants, sans rien dire. Puis, lentement, son attention se dérouta, tombant sur les lieux, sur le mobilier riche, sur les murs, puis, inévitablement, sur les valises encore présentes. Avait-il du mal à trouver sa place dans cet espace isolé ? Sans doute pas, en ce cas, pour son caractère hors de portée, car il ne voyait vraiment pas l'Ivanov comme quelqu'un appréciant sincèrement le tumulte des étages inférieurs. Peut-être éprouvait-il de la réluctance en raison de l'aspect définitif qu'aurait alors sa venue en ces lieux… ?

Si c'était cela, il le comprenait relativement bien, et ce d'autant plus que cette tour était attribuée par fonction, même s'il se doutait que le mobilier avait déménagé avec le nouveau propriétaire. Dormir dans le lit d'un autre avait quelque chose de gênant. Pendant un bref instant, Ioann se prit à réfléchir à la justesse du choix effectué par Raspoutine. Le doigté du patriarche Ivanov était sans nul doute appréciable pour transformer l'école en camp d'entraînement militaire mais… mais est-ce que le concerné n'aurait pas été mieux employé ailleurs ? Enfin, ce n'était pas lui qui se plaindrait, puisque Nikolaï s'avérait plus accessible ici qu'à la Douma. S'avançant alors, pour ne pas conserver interminablement cet immobilisme affecté, il métamorphosa une petite boîte qu'il trouva sur le guérison le plus proche et glissa le bouquet dans le vase ainsi créé et emplit d'eau. Les corolles étaient toutes différentes, toutes des fleurs sauvages, aucune ne se serait retrouvée dans un jardin, ou dans les roseraies de ces dames, sinon comme chiendents, pour certaines. Ces végétaux étaient pourtant tous magnifiques, éclatant de vie, et tous convoyaient l'image de son esprit, celui d'un homme hors-normes, dont l'image, attrayante ou repoussante, n'était jamais constituée dans le but de complaire à la pensée courante, s'adressant davantage à ceux capables de se démarquer. Et tandis qu'il arrangeait les feuilles, ayant posé verre et bouteille, une autre idée lui vint : Raspoutine n'avait-il pas écarté Nikolaï par crainte de voir en lui un rival ?

Peut-être, rien n'était certain pour l'heure, ci ce n'était la présence proche de lui et la discrétion de cette rencontre, l'exclusivité de ce tête à tête. Finalement, il rattrapa ses effets, et vint s'installer près de lui dans le canapé, déposant le tout sur la table basse. La présence des flammes et de leur lueur ambrait ses yeux, les transformant en deux sphères d'un or vieillit, salit, bosselé même par endroit, à la coloration inégale mais luisante, sourde et profonde. Ses doigts se refermèrent sur le cigare tandis qu'il acceptait la gâterie avec plaisir, pas fâché de troquer pour une fois ses éternelles cigarettes. Tirant une longue bouffée parfumée, il laissa ses poumons s'emplirent avant de soupirer, exhalant longuement la fumée qui vint nimber leurs deux silhouettes avant de se déliter lentement… « Hmhm » fit-il sans prendre la peine d'expliciter, acceptant le compliment comme il venait. Certes, il ne s'en sortait pas trop mal, même si son poste était bien plus simple que celui que son vis à vis occupait, simpliste même, quand on considérait son précédant emploi, comme il le faisait. Sans s'esquiver, il soutint son regard clair comme une eau pure, l'accueillant dans cet échange silencieux, à la limite de ses pensées, sans lui laisser l'opportunité d'entrer, comme un havre tranquille dont le cœur demeurait dissimulé, occulté aux profanes. Un instant plus tard, ses lèvres s'ourlaient sur un ricanement de loup.

« Oh mais j'en ai tout un éventail, voyons... » répondit-il avec une lenteur calculée, lui laissant le soin de lever les sous-entendus s'il le souhaitait vraiment. « Ne craignez rien, j'ai encore bien des tours dans mon escarcelle… des tours que vous aurez tout loisir d'apprécier chacun à leurs tours… au bon moment » Oh, oui, il était plein de ressources, et l'autre serait sans doute quelque peu surpris par certaines d'entre-elles. Il avait volontairement laissé le reste de côté sur l'instant, se contentant de distiller cette promesse mutine, avant d'allier le cigare à la vodka en un mélange purement délicieux. Voilà un plaisir qui lui manquait cruellement dans son rôle actuel. Puis vint le flash de son sourire, tranchant à l'égal du mépris de son vis à vis pour la fille de Raspoutine, et dans sa voix, il y avait un fil aiguë bien que savamment ténue, démentant les airs presque brutaux qu'il s donnait au quotidien, trahissant que l'apparence mal dégrossie de ses remarques et de son incorrections quotidiennes n'étaient qu'une mascarade, et qu'il se réservait pour des individus… réellement capables. Mais ça, l'autre le subodorait sans doute déjà, s'il n'avait pas totalement deviné. « Ce ne serait pas très difficile de dépasser Maria Raspoutina en terme de représentation de l'ordre. Elle ne le représente pas du tout. Vos… étudiants ne respectent pas cette femme, ils la craignent. Ce n'est pas la même chose. La seule raison pour laquelle ils obéissent, c'est qu'il ne veulent pas être torturés... » Se déplaçant légèrement avec un grondement passager, il croisa les jambes, et tira une nouvelle fois sur son cigare avant de reprendre « Je lui accorde qu'une certaine dose de peur est nécessaire, mais ne se reposer que sur cela n'amène rien de bon, et certainement pas la loyauté et l'esprit patricien que l'on attendra d'eux s'ils doivent défendre la Russie »

Un silence plana, quelques instants, tandis qu'il faisait jouer le cigare entre ses lèvres et qu'il l'observait, tête penchée sur le côté, une mèche ébène lui barrant la tempe et l’œil. Secouant légèrement la tête, une impression éphémère de mépris passa sur ses traits, vite remplacée par la lassitude, puis par l'amusement. Parfois, il avait l'impression de faire la leçon aux adultes comme il la faisait aux enfants… mais… pas avec lui. Cet homme était, étonnamment, quelqu'un avec qui il appréciait parler. « Je n'aurai même pas besoin de forcer, pour me différencier d'elle. Ensuite ? Ils ne sont pas idiots, en fin de compte, ils verront bien assez vite et se tournerons vers moi parce que ma position est claire et équilibrée. Ceux qu'elle entraînera immanquablement vers elle seront ceux qui marquent une faille, une faiblesse de caractère. Les lâches vicieux et les chiens enragés ne font pas une bonne jeunesse » Leurs verres se vidaient… il prit la bouteille, se penchant, et se rapprochant dans le même geste, venant leur verser une nouvelle rasade d'alcool fort, puis s'appuyant de nouveau tout à son aise. « Elle m'a proposé de tuer votre cousine » Le pavé dans la marre, lâché d'un ton détaché, plat, observateur, sans le moindre parti prit. La gorgée de vodka se fit brûlante, et le verre tinta légèrement quand il le reposa. « Autant que vous le sachiez, parce que vous êtes le directeur… » Leurs regards s'ancrèrent une fois de plus l'un en l'autre, mais dans celui du prince, il y avait quelque chose de fauve, de débridé, une colère impériale et vibrante, qui faisait palpiter la couleur luisante comme le métal précieux et comme les yeux des grands félins.

« Je sais tuer. Je sais aussi quand tuer. Si cette femme s'amuse à abattre un élève sans qu'une autorité adéquate l'ai demandé je lui ferais mordre la poussière, et je ne me contenterais pas de lui prendre sa baguette ou de la secouer un peu, ce sera une humiliation en place publique. Ça n'aura rien à voir avec votre propre opinion d'elle et vous me jugerez certainement en toute impartialité… mais je le ferais » Il n'y avait pas de blague, dans ce qu'il annonçait, seulement la gravité, et l'implacable certitude qu'il ne reculerait alors pas le moins du monde. Son visage aux traits puissants ressemblait à celui d'une statue, impassible alors qu'il laissait la promesse infiltrer l'air même. Puis, dans une envolée de rire chaud et grave, Ioann retrouva tout son sardonique. « Peut-être que je lui proposerais aussi de réchauffer ses draps… après tout, pour être aussi mégère, elle ne doit pas avoir chaussure à son pied » La boutade gaillarde contrastait comme feu et glace avec la promesse précédente, et même si son regard hétérochrome avait retrouvé son côté taquin et polisson, il y avait, dans son coup d’œil, un reste de cette dureté qu'il avait montré. Pendant quelques longs instants, il se contenta d'en rire, fumant le barreau de chaise odorant avec un plaisir non dissimulé. Quand il reprit la parole, sa voix caressante rapporta un soupçon de malice provenant de leur dernier tête à tête : « Vous m'aviez demandé quel genre d'homme j'accepterais de suivre. Et vous m'aviez demandé jusqu'où j'irais si vous vus proposiez… » L'appel dansait à ses lippes « Il me semble n'avoir jamais répondu. Mais j'ai bonne mémoire, alors autant le faire maintenant… Jusqu'où penseriez-vous que je peux aller….Monsieur Ivanov ? »

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1/5/2017, 23:28
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L’alcool et le cigare mêlés. Voilà ce qui avait bercé son cursus politique et son ascension à la Douma. C’était tellement bon que Nikolaï l’avait considéré comme acquis… Jusqu’à ce que cela lui soit retiré. Il n’y avait bien que lorsqu’on perdait quelque chose qu’on réalisait combien cela était cher au cœur. Cela rendait le moment présent encore plus précieux. Un sourire en coin avait marqué ses lèvres, un instant, lorsqu’il fanfaronna sur ses multiples talents. Il le croyait, assurément. Il jugerait de la qualité de ses talents en temps voulu, puisque la promesse silencieuse semblait être nouée. La brèche à peine ouverte fut investie avec une certaine honnêteté intellectuelle que le politicien savourait sans la moindre honte. En témoignait l’éclat dans ses prunelles céruléennes. Avide, affamée, dévorant leur consensus comme une liqueur exquise.

Il tiqua un instant, lorsque le ‘elle’ devint un ‘ils’ qui englobait l’intégralité de la famille Raspoutine et donc de son leader et maître. Il notait là toute la faculté que Pavel lui avait déjà exposée à remettre en réflexion les choix établis par les hautes instances. Une brèche dans la désobéissance, sous couvert d’intellect pragmatique, que son interlocuteur lui offrait. Nikolaï la voyait, lui reconnaissait une certaine pertinence, mais n’était certainement pas prêt à s’y engouffrer ce soir. Un jour qui sait… Les Ivanov étaient des infidèles. Fort heureusement, la discussion se recentra sur Maria. Dans son cœur, il félicitait son surveillant de l’analyse juste qu’il avait pu établir sur la fille de Raspoutine en si peu de temps. Ou du moins, à défaut d’être juste, elle s’adaptait parfaitement à ce que pouvait en penser Nikolaï.

Il agréait alors d’un signe lent et affirmatif du chef avant que sa tête ne se fige subitement lorsqu’il lui révéla ce que Maria lui avait proposé de réaliser. Il porta son cigare à ses lèvres, cherchant du réconfort dans la fumée très aromatisée qui nimbait sa bouche. Alexandra était une cousine fort turbulente. Une peste à l’occasion, à laquelle il ne s’était que très peu frotté jusqu’alors, si ce n’était pour la manipuler et la forcer à assassiner le corps torturé de l’ancien directeur. Mais la tuer… Non jamais. Aussi agaçante soit-elle, elle était une Ivanov. Si ce qu’il prévoyait se déroulait à merveille, il serait bientôt le Patriarche de sa famille. Un maître autant un protecteur. Ses mires s’accrochaient à celles, plus fauves, de Pavel. Nikolaï avait figé son expression dans l’expectative, patientant après la suite qu’il réclamait en silence.

Il se délectait du prédateur qu’il avait face à lui et qui marquait son caractère aussi revêche que franc. Le ton grave de ses mots lui laissait à sa conscience toute leur ampleur. Il ne pouvait pas se permettre de le féliciter et de l’approuver mais son for intérieur agréait avec ardeur. « Ce n’est pas mon jugement que vous aurez à craindre. Vous avez tord de présumer mon impartialité. Aucun juge n’a jamais été impartial. Jamais. » Et Grigori Raspoutine ne serait pas plus un juge impartial que Nikolaï l’aurait été. Il ne s’agissait que d’une mise en garde glissée sous des mots pleins de sens, bien qu’il savait pertinemment que cela ne ferait pas changer Pavel d’avis. Ce n’était d’ailleurs pas le but de ses mots. La mise en garde portait sur les conséquences de ses actes et la fuite qui en découlerait pour sa survie. Il lui rappelait simplement de ne pas oublier de courir après, car cela le chiffonnerait de le voir trépasser après un si brillant coup d’éclat.

La plaisanterie laissa un sourire amusé sur ses lèvres, au sujet d’éventuels ébats avec Raspoutina. Son nez se fronça dans un écœurement plaisantin alors qu’il s’imaginait la scène : « Je suppose que si vous appréciez les coups de fouet, vous saurez la trouver jouissive. » répliqua-t-il avec humour et pourtant, ses prunelles l’interrogeaient sur le sujet tout aussi sérieusement que silencieusement. « Pour être honnête, même si vous appréciez ce genre de pratique, je ne saurai que trop vous conseiller de chercher votre bonheur ailleurs... » Il laissa sa phrase traîner, pensivement avant de rependre : « Ceux que j’ai averti ne m’ont cru que trop tard. » Il songeait en silence au frère d’Alexandra qui n’avait pas pris son conseil suffisamment au sérieux et se retrouvait à présent en cavale. Avoir la Main Noire sur le dos était inconfortable. Avoir en plus Maria à sa suite se trouvait autrement plus complexe.

Il prit le second verre qu’on lui avait resservi, contemplant les si distinctes lueurs et couleurs qui se mêlaient dans les yeux de Pavel, impénétrables. Il aurait presque ronronné à la caresse des mots qu’on lui servait, s’accrochant intensément à ces prunelles envoûtantes. « C’est étrange... » souffla-t-il, plus bas, plus intimiste. « Comme vous vous orientez si vite vers vos éventuelles limites sans établir un préliminaire indispensable à cette question. S’interroger sur la consistance de ces limites, revient à leur attribuer implicitement une existence. Or, elles n’ont de vie que si vous me suivez. Dois-je en conclure que vous avez déjà tranché sur la question ? » Son regard coula sur les atypiques fleurs qui trônaient sur la table basse. Toute leur singularité inconvenante et pourtant sublime. En vérité, il aimait à penser que les véritables allégeances n’avaient pas besoin de paroles pour les établir comme telles, le consensus naturel en plus pur étendard.

« Je manie bien trop les mots pour ne leur accorder de valeur que leur caractère utilitaire et biaisé. Les promesses de monts et merveilles ne s’ancrent dans la réalité, et donc dans mon estime, que lorsqu’elles deviennent des actes. Je n’ai pas de mots pour décrire jusqu’où vous pourriez aller. Ils ne voudraient tout simplement rien dire. » Ses prunelles revenaient vers les siennes, y glissant profondément jusqu’à en oublier tout le reste autour. « Du moins à mes yeux. Jusqu’où voulez-vous aller, Monsieur Vetrov ? Qu’attendez-vous exactement ? Quel rêve ? Quel espoir ? Quelle place ? » Les limites avaient laissé place, repoussées, aux désirs.
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3/5/2017, 20:17
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Il n'avait pas tort, pas selon lui évidemment, mais Nikolaï n'adhérerait pas à son point de vu alors il se contenta de lui décocher un sourire matois, et un regard aussi franc qu'impassible, parfaitement capable d'assumer son choix sur toute la ligne et prêt à tout… autant qu'il doutait l'affirmation, s'il voyait ce qui se dissimulait sous ses jupes. L'autre ne pouvait nullement savoir, c'était naturel, la haine bouillante qui le rongeait depuis déjà plusieurs années, nichée en lui, lovée dans ses tripes comme un dragon, prêt à s'éveiller au plus mauvais moment. Une menace pour le travail subtile qu'il avait entreprit, et en même temps, sa motivation la plus intime, celle qui le pousserait toujours en avant jusqu'à voir cet homme mort à ses pieds, abattu de sa main, vaincu et brisé. Raspoutine avait tué toute sa famille, avait fait massacrer chaque homme, chaque femme, chaque enfant, sans la moindre pitié, avait voulu exterminer sa lignée, éteindre le sang impérial de la Russie…. L'idée lui enflamma soudain les veines, plus sûrement que le plus virulent des alcools. Lui non plus n'aurait pas de pitié à son égard, quoi qu'il arrive. Il lui prendrait sa fille, il lui prendrait ses fils, il traquerait chaque Raspoutine que la terre porterait. Non, jamais le prince ne pourrait avoir de douceur pour cette engeance qui lui avait tout prit et qui trônait à la tête de la Russie comme s'ils en avaient le moindre droit, la moindre prétention. Le géant aux pieds d'argile tomberait, et lui, Ioann Romanov, ferait en sorte d'être l'instigateur de cette chute, et quand le traître agoniserait à ses pieds… il s'assurerait qu'il sache de qui venait sa chute, qu'il sache que malgré tout ce qu'il avait fait, accomplit, la lignée blanche perdurerait. Elle le devait. Il le devait.

Et cela passait également par l'obtention d'un héritier, en temps et en heure, et donc, fatalement, d'une nouvelle épouse. Cependant, s'il aimait l'ironie mordante, l'idée de faire porter son rejeton à la fille de son plus grand ennemi le dégoûtait. Non que le concept soit intellectuellement répugnant, au contraire, il y voyait une certaine forme de rétribution, mais… mais non, il ne voulait pas que ce mauvais sang se mêle au sien. Voilà également pourquoi l'idée de lui faire écarter les cuisses n'était en fin de compte qu'une plaisanterie, un gageur taquin. Elle n'était pas même attirante à ses yeux. « Je n'ai aucun doute à ce sujet  » Pouffant légèrement, il exhala la fumée de son cigare une nouvelle fois, la laissant se propager autour d'eux, avant qu'il ne reprenne, amusé. « Je n'ai certes pas besoin d'elle pour satisfaire mes appétits  » Même si en réalité, il ne trouvait pas chaussure à son pied jusque là. Les femmes accessibles étaient inintéressantes, les femmes appréciables étaient hors de sa portée pour de nombreuses raisons, et les hommes n'étaient vraiment pas réceptifs à l'hypothèse de quelques heures agréables entre les draps. Mais ça, l'Ivanov n'était pas obligé de l'entendre, et de le savoir, à moins bine évidemment que la curiosité dans ses yeux dénote de plus que d'une simple fascination pour ses manières rustres et ouvertes. Était-ce possible… ? Il y avait déjà entre eux le malaise de la fois précédente, l'ouverture d'esprit qu'il avait montré sur le sujet, proverbiale si l'on en jugeait par la moyenne de la mentalité classique du pays. C'était d'ailleurs fascinant, et lui, joueur qu'il était… il aimait les paris et les prises de risques.

« Un préliminaire, n'est-ce pas ?  » glissa-t-il, l'air de ne pas y toucher, et pourtant terriblement malicieux. « Non  » fit-il, goguenard, la vérité dans le fond des yeux, sous la forme d'un farouche défi. S'il voulait qu'il le suive, il allait devoir se battre pour, le convaincre et… et il avait un esprit particulièrement critique. Non, Nikolaï n'aurait rien sans travailler dur, de ce côté là. Sa loyauté et son allégeance étaient des biens d'une extrême préciosité, et il ne les gaspillait pas pour rien, n'avait pas le luxe de pouvoir les dilapider sans réfléchir. S'attacher son attention, s'assurer de lui, de sa présence, de ses capacités, de son esprit et de son zèle… tout cela ne se faisait pas simplement en demandant. Que lui donnerait-il s'il désirait cela ? A quoi serait-il prêt pour obtenir ce qu'il pouvait convoiter ? « Les mots… sont un jeu  » glissa-t-il, le ton bas, la diction lente, presque languide, comme une confession intime. « Une jolie parure  » La fumée vint les envelopper une nouvelle fois, le verre trouva sa main, puis se vida, et… quand exactement s'était-il rapproché ? Dans un mouvement si fluide, si naturel, qu'il passait à première vue inaperçu, entrant dans sa zone de confort comme il était entré dans son attention, lors de leur première rencontre. « Les mots sont un hameçon et la corde sur laquelle on tire pour ferrer une proie  » Le cigare fut déposé dans un cendrier prévu à cet effet, sur le bord lisse, tandis qu'il se tournait, un bras replié et posé sur le haut du dossier.

« Les mots sont une fumée...  » souffla le prince, tout bas, mais ils étaient bien assez proches pour que Nikolaï l'entende, sente le souffle chaud s'échouant presque sur lui, charmant comme le serpent, d'un léger mouvement de la tête, leurs prunelles jointes et fusionnées, l'obligeant à le regarder, exigeant son attention, exigeant qu'il ne bouge pas, sans un mot, juste avec ce regard, ces perles luisantes dans un visage de pierre vibrant d'une tension expectative. « Mes attentes ?  » Il crocheta sa ceinture d'un doigt, tirant légèrement dessus, n'ayant eut qu'un geste calme, posé, et assuré pour en arriver là. « Mes rêves ?  » La tension du geste s'accentua un instant avant qu'il ne glisse jusqu'à la boucle pour la défaire, lentement, sans jamais le lâcher des yeux, ne cillant plus malgré le picotement désagréable des cornées maltraitées par le geste et la chaleur du feu. La boucle finit par céder, se dénouer, sous ses doigts habiles, et il retira lentement le morceau de cuir de son chemin. « Mes… espoirs ?  » Sa voix descendait d'un octave à chaque fois, grave et profonde, paisible, tandis que le son chaud se diluait dans un silence plein de non-dits, autant que des crépitements de l'âtre embrasé, et de leurs souffles presque joints. Le sien était tranquillement, comme si tout cela ne le gênait pas le moins du monde, et il fit sauter ce qui restait d'attaches. La crispation de ses muscles se voyait pourtant, faisant frémir ses épaules et ses bras tandis qu'il se relevait légèrement, un genou posé sur l'assise du canapé, couvrant l'Ivanov de son ombre, le laissant se dessiner en contre-jour, auréolé de la lueur des flammes, les yeux palpitant encore de la vie que le souffle de Prométhée leur avait insufflé.

« Ma place  » La vibration de sa voix était presque palpable, presque un spectre effleurant les nerfs, chargeant le mot d'une émotion viscérale, saisissante. Lui-même se reconnaissait à peine, dans cet éclat qui le laissa un instant immobile, l'observant d'un souffle un instant tremblant tandis qu'il l'exhalait. Lentement, il se pencha, prenant appui de chaque côté de sa large silhouette, le bloquant dans sa prise tout en lui laissant encore l'occasion de s'échapper… d'essayer, au moins. Ou de rester. « Sont-ce plus que des frusques pour habiller ce que vous me dédiez, votre… curiosité... ?  » Le dernier mot était soufflé après un instant de silence traînant, se détachant nettement, bien qu'il ne fut ni hurlé ni même fermement affirmé, mais glissé, comme une caresse, coulant dans l'oreille tandis que sa poigne se refermait sur sa nuque. « … Ou bien ce que je vais vous faire ?  » Échappé, le ton suave, l'attente grandissante si justement menée, dissipée la tension latente, rompue sur le fil de l'affirmation, définitive, bien plus audible, bien plus tranchant, le ton et le regard prédateurs, tandis qu'il plantait ses prunelles dans les siennes, harponnant. Le fauve refermait ses griffes sur sa proie, décidée à la dévorer, bloquant ce corps qui n'avait pas daigné bouger, qui, par cette absence de fuite, avait choisit ce qui lui adviendrait. Il se massait sur lui avec pour seul égard d'épargner son bras blessé, se décalant juste assez pour que celui-ci ne vienne pas à être percuté. La première marque fleurit, bleuâtre à la rencontre entre chair et ivoire, point de départ d'un tracé honteux…


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5/5/2017, 21:57
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Pavel n’avait donc pas tranché sur sa loyauté. Ainsi chargeait-il, par l’exposé prématuré de ses limites, un argumentaire de vente. Son surveillant cherchait à l’appâter, le faire venir à lui et s’il en doutait encore, l’affirmation qui vient fut excessivement limpide pour le politicien. Pavel n’était pas le premier à jouer à ce petit jeu-là. Nombreux étaient ceux qui convoitaient d’entrer dans les bonnes grâces de son écrasante influence, jouant tantôt la carte des promesses fallacieuses, tantôt celle des louanges débordantes. Et creuses souvent. Nikolaï avait bien plus d’aisance à les repousser, ces autres. Il s’agissait soit de politiciens à l’orgueil aussi monstrueux que le sien, refusant de ployer devant lui et échouant donc, soit la populace en quête son soutien, sa protection, mais n’ayant rien de savoureux à lui offrir. Pavel était différent. Son orgueil ne l’étouffait pas et il avait cette éducation noble, princière qui le sortait du lot insignifiant de la plèbe. Il avait l’âme engagée, farouche, tout en ne semblant pas s’inscrire de front dans la vie politique tel un leader à propagande. Il était son propre leader souverain. En ce sens, il était extrêmement intéressant. Une perle rare qu’il aurait tord de laisser fuir à d’autres, probablement.

Alors, il l’avait laissé venir à lui, s’approcher insidieusement, s’introduisant sournoisement dans sa proximité intime. Il l’avait laissé dériver jusqu’à ses falaises inexpressives pour calculer, à l’avance, jusqu’où son surveillant irait, jusqu’à quel geste son audace pourrait suivre ses mots. Ou si les actes s’évanouiraient avant de toucher le fond des promesses si intenses qu’il lisait dans la force animale de ses iris singulières. A chaque raide seconde, chaque geste audacieux, chaque souffle exhalé, l’arbre des possibles dans l’esprit de l’Ivanov, se réduisait, extrayant les conclusions une à une, vers la seule, l’unique et l'indéniable : Pavel était déviant. Et c’était lui qu’il chassait. L’idée lui titillait l’esprit de plus en plus férocement aux langoureuses palabres soufflées comme une confidence sur l’oreiller. Si elle le dérangeait ? Paradoxalement non. Bien qu’il ait jusqu’alors refoulé le tabou au loin, refusant de s’interroger, par crainte de découvrir une nouvelle facette de sa personnalité monstrueuse, de son anormalité. La pression temporelle l’obligeait à se positionner sur la thématique, de façon irrévocable. Il n’était pas étranger à ces décisions prises dans l’urgence, son esprit cérébral en avait quotidiennement l’habitude, évaluant les choix qui se présentaient à lui et le poids des conséquences qui en découleraient.

Il prenait l’option avec laquelle il était le plus en phase, celle qu’il parviendrait à justifier auprès de lui-même et souvent, du peuple sorcier de Russie. Aussi eut-il tôt fait de trancher dans ses idées, balayant au loin les dogmes de cette morale castratrice qui aurait voulu le voir repousser l’animal aventureux. En lieu et place de cela, ses prunelles l’invitaient, s’absorbaient pleinement dans les siennes comme un camaïeu de couleurs originales et mouvantes. Il le suivait, s’interrogeant de savoir jusqu’où cette belle gueule irait, et ce, dès le premier doigt accroché à la bouche de sa ceinture. Le prédateur jouait avec un aplomb empli de courage, qu’il devait bien lui reconnaître, avec une proie qui n’opposait pas de réticence et dans son consentement s’accordait sa curiosité à l’égard du genre masculin. L’intrigue était palpitante, aussi grondante qu’un roulement de tambour à l’approche de l’instant fatidique, et puis, le saut périlleux frôlait les contours de l’extase face à la terre inconnue, encore vierge de toute écriture honteuse. Quelque part, un verre perdu se brisait. Encore. Son souffle accentuait l’envie du pêcher tabou, comme s’il se jetait à bras ouverts dans le brasier héraldique des mœurs inacceptables.

Et il brûlait. Il libérait l’animal massé sur lui du joug de la bienséance au profit du confort de l’étreinte, délassant la cravate serrant ce cou qu’il dévorerait, déboutonnant son habillement jusque n’en tenir plus et choir dans la violence : il arrachait. Sous ses yeux et la pulpe de ses doigts se tendaient les chairs inconnues, tentantes, d’une carrure qui n’avait rien de la friabilité féminine. Il était solide, bien bâti, et toute la puissance, toute l’endurance qu’il affichait ne faisait qu’appeler ses penchants sadiques à frapper plus fort, à ne plus rien contenir. Le désir irrépressible ne faisait que croître, incontrôlable et envahissant… Il devait le prévenir. Il devait lui dire où cela les mènerait. La poigne dans sa nuque remontait, par fougue, au sommet du crâne où il accrocha fermement son emprise. Cheveux prisonniers, il tirait dessus, forçant sa tête en arrière, pour que le fauve soumette sa gorge à l’autre prédateur. Il embrassait sa jugulaire, ses lèvres s’irritaient à cette barbe rasée mais qui, rude, repoussait sans cesse. L’inconfort était largement repoussé par la satisfaction d’une curiosité assouvie. Il aimait cette nouveauté.

L’ivoire s’enfonçait dans la chair de son cou, sa mâchoire se refermant, rudement, bien au-delà d’un usuel titillement avant de relâcher cette peau maltraitée. Tirant la tête en arrière fermement, il étendait confortablement sa perle farouche, l’accompagnant, et soufflait chaudement contre ses lèvres retrouvées un taquin : « Tout doux, le fauve. » Nikolaï se redressait, droit, le toisant. Il contemplait la chair fraîche de son festin du soir, tout en sachant pertinemment qu’il pouvait très bien le voir partir d’une seconde à l’autre, après son aveu. Sa dextre valide quitta la nuque pour tracer son chemin désireux jusqu’à la boucle de sa ceinture. Il mit bien moins de temps à lui ôter complètement le cuir cintrant, empoignant l’outil de torture, méticuleusement. L’envie comme l’angoisse accéléraient les battements de son cœur : Pavel ne serait pas le premier à fuir sa perversion. L’intensité de son regard cherchait à le transpercer, à traverser ces extraordinaires prunelles pour y harponner ses crochets et le retenir. Il y veillait avec une ardeur monstre.

Il éleva le bras et abattit son revers cinglant sur le torse exposé à nu de Pavel. Un torse qui sursautait en réflexe de ses nerfs stimulés par la violence. Il savourait la crispation de ses muscles contractés, il se délectait de son souffle perturbé par la souffrance, il appréciait la boursouflure rougeoyante qui naissait sur cette épiderme solide comme la marque de sa possession et de la force qu’il n’avait pas retenue. Il posa délicatement, méticuleusement la lanière de cuir sur ce buste mouvementé, s’octroyant un dernier baiser à la tendresse contrastée avant de se lever du canapé et de monter à l’étage supérieur. Sa chambre. Un peu plus tôt, il avait usé de cet escalier comme l’invitation à passer du professionnel au privé. Il la réitérait, plus intense, cette fois entre le privé et l’intime. Viendra, ne viendra pas… D’autres avant lui avaient refusé d’accepter ses pratiques singulières, hors des normes de la bonne société. Il ne serait pas la première déception… Mais assurément, la plus grande.
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6/5/2017, 15:07
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La réponse, il l'espérait, sans se défaire d'un soupçon de raison, celle qui soufflait que l'Ivanov pourrait fort mal prendre ce qu'il venait de faire, ou, si ce n'était pas le cas, ne jamais trouver le courage d'abandonner les stricts codes moraux qu'on lui avait sans doute inculqué. Aussi, lorsqu'il s'accorda à la pression qu'il lui imposait, le prince déchu ne pu que jubiler, triomphant silencieusement tandis qu'il fondait sur lui, ne se faisant pas prier pour envahir le territoire qu'on abandonnait à la perversion qu'il apportait, coupable jusqu'au bout des nerfs et si fier. Sous les doigts aventureux qui rejoignait la boucle de sa cravate, palpitait une jugulaire au pouls rapide, trahissant l'excitation qu'il contenait à porter le jeu si loin des sentiers surannés de la bienséance. Ses propres doigts agiles déboutonnaient, délaçaient, rapidement, l'habitude de l'exercice le rendant sensiblement plus efficace que sa proie, tandis qu'il se penchait, venant dessiner la courbe de sa mâchoire mangée de barbe de ses lèvres joueuses, toujours étirées d'un grand sourire, traits irradiant de sa féroce satisfaction. Et puis soudainement, la collision, et dans le silence crépitant de la pièce douillette, le bruit caractéristique d'un tissu qui se déchire largement tandis qu'il se rompait d'un rire chaud, le souffle et le son vibrant contre la peau pâle de son vis à vis, tout le poids de son corps puissant porté sur la main qu'il gardait posée sur le dossier afin de ne pas s'écrouler sur Nikolaï. Foncièrement narquois, il gronda une plaisanterie à son oreille, au sujet de son attirail quand il ressortirait du bureau directorial. Il allait probablement devoir rentrer torse nu, non ? Et pourtant, il n'en était pas le moins du monde agacé, lui abandonnant la découverte de son propre corps avec une fascination presque aussi intense que le désir auquel il s'abandonnait. Ses épaules frémissaient au toucher vorace, abdominaux se tendant, muscles saillants alors qu'il déglutissait sa propre impatience, se faisant violence pour se juguler, et ne pas tomber dans une frénésie qui lui ferait manquer le meilleur de tout ceci. Oui… il sentait la tension dans le corps sous lui, il sentait la pression, la tension en Nikolaï, que se passerait-il s'il le mordait ? S'il plongeait dans ses chairs pour en libérer le liquide carmin…

Grondement, féroce, combattant la poigne venue se nicher dans ses cheveux, lui faisant mériter chaque centimètre, chaque once de son acceptation à ainsi relever la tête, à ainsi lui abandonner sa gorge, tel la soumission d'un loup. La douleur vive de son cuir chevelu ne l'encourageait qu'à résister davantage. Puis, alors qu'il mirait le plafond, le souffle légèrement sifflant, Ioann s'immobilisa, sa puissante silhouette frémissante, soupirant profondément à la caresse des lèvres sur la chair sensible de sa gorge, son pouls battant plus vite encore malgré cette feinte attente statufiée. Et… pas tant que cela, tandis qu'il remontait lui-même une main, venant lui masser la nuque, pressant fortement contre les muscles et glissant les doigts dans les mèches d'ébène. Puis enfin, après quelques longs instants, il se libérait de lui, cédant à l'impulsion, goûtant la saveur ferreuse du sang qui coulait sur sa langue en lui arrachant une plainte basse, nichée au creux de son torse et dans sa gorge. Ce n'était pas sa carotide, qu'il avait outragée, car il ne s'agissait pas de le tuer, juste de le goûter, de s'approprier davantage de lui… Le voir s'éloigner subitement fut, un bref instant, source de contrariété, avant qu'il ne l'attrape, l'enjoignant à suivre le mouvement dans lequel il l'invitait à s'allonger. De nouveau, un rire chaud le prit, alors qu'il imitait, en train d'humour, le félin dont il écopait en surnom somme toute pertinent. En rien diminué dans sa position, il s'installa confortablement, royalement, prenant ses aises sans le moindre scrupule, lui décochant un coup d’œil brûlant mais également narquois…  Et bien ? La vue était-elle au goût de Monsieur Ivanov ?

L'approche des doigts de sa boucle de ceinture lui fit légèrement rentrer le ventre, mais il ne bougea pas davantage, le laissant lui ôter l'objet avec un léger haussement de sourcil. Et ensuite ? Qu'allait-il faire avec ça ? Les boutons étaient encore fermés, eux. Leurs regards s'entrechoquaient encore, et ce qu'il lisait dans celui du directeur était à la fois curieux et attirant… était-ce de l'angoisse ? Avait-il...peur ? Ses propres prunelles s’enflammèrent de nouveau, et il pesa sur ses avants-bras pour se redresser, ébauchant le mouvement lorsque le cuir vint à cingler sa peau dénudée. Le mouvement le tendis, le crispa, alors qu'il laissait échapper un feulement sauvage, le souffle brisé un bref instant avant qu'il ne se reprenne, corps tressaillant dans les restes du choc, avant que la brûlure ne fleurisse, corolle s'ouvrant sur le feu d'une souffrance palpitante, mais qui ne servait qu'à lui nouer le bas ventre d'un désir plus sombre, se répercutant dans ses yeux prédateurs, les obscurcissant, noircissant l'ambre alors que son souffle se faisait plus lent. Leurs lèvres se joignirent, et il lui happa le souffle un éphémère instant avant de le regarder se relever et s'éloigner. Mais cette fois, il lui fallut toute sa maîtrise pour ne pas se précipiter à sa suite, pour se relever tranquillement, prendre les deux lanières de cuir, et masser d'une main la trace sanglante en travers de son torse, grimaçant un bref instant un sourire torturé. Il marcha lentement, montant les escaliers, et rejoignant l'antre de l'Ivanov, tout en haut de la tour de pierre…

Il tendit une main, vint refermer sa prise dans les cheveux de sa proie, imitant le geste dont il avait été lui-même réceptacle peu de temps auparavant, venant sceller ses lèvres à sa gorge, soupirant de contentement avant de lentement remonter vers son oreille, la mordillant, y glissant un souffle chaud, et grondant tout bas un ordre qu'il ne dissimulait pas le moins du monde : « Frappes plus fort, la prochaine fois » Le ton rauque, la voix éraillée, trahissait ses pensées, tandis qu'il écartait un pan de la chemise pour venir griffer les muscles durs de son ventre… Relâchant sa prise, le prince se glissa face à lui, plongea le regard dans le sien, le cuir contre lui, et… le reste se perdit dans les brumes d'une ébriété qui ne devait rien à l'alcool….

[…]

La fumée s'étirait paresseusement, ondoyant en remontant vers le plafond, depuis le bout de sa cigarette, une marque américaine dont il conservait précieusement les derniers exemplaires, ne les allumant qu'en des occasions particulières. Ne pouvait-on pas dire que s'en était effectivement une ? Il s'avouait satisfait pour la première fois depuis son retour en Russie, et pas juste intellectuellement… La jouissance du corps lui avait manqué. Son regard, devenu lisse et clair avec l'accomplissement de son désir, passa lentement sur la scène qui l'entourait, sur le lit ravagé, les draps difficilement rattrapables, imprégnés de sang, de sueur et de sperme… Le lit lui-même avait dû sensiblement voyager depuis son emplacement initial dans la pièce tant ils y avaient mit du cœur. Un lent sourire carnassier lui étira des lèvres marquées et fendues. Au final, il n'était pas le seul à avoir eut besoin de se décoincer un peu et de vider... beaucoup de choses, en vérité.

« Hm... »

Se déplaçant légèrement pour trouver une position plus confortable, il eut une légère grimace puis baissa le nez sur son corps, puis sur celui de son amant. Tous deux étaient marqués, de bleus, de coups de dents et de griffes, voire de coups de ceinture… Ses propres poignets étaient entaillés comme s'il avait tenté de se soustraire à des menottes. S'il n'avait lui-même été au courant du forfait auquel ils s'étaient tous deux livrés, il aurait pu croire qu'il s'était battu avec une bête féroce. L'idée le fit légèrement rire, et il se passa une main dans les cheveux, puis sur la nuque, avant de tiquer. Ramenant sa main devant ses yeux, il la découvrit couverte d'une fine pellicule carmine. Hn… un mord ne serait peut-être pas de trop, la prochaine fois… Soupirant, il finit par se relever, et traversa la pièce, dans la plus parfaite des nudités, venant attraper un flacon de cristal qu'il avait repéré et servant deux verres avant de revenir vers les tissus froissés sur lesquels ils venaient de passer de nombreuses heures. Posant l'un des deux verres sur la table de chevet à côté de la tête de Nikolaï, il garda l'autre en main et lui porta un toast goguenard.

« A ton introduction au dernier des plaisirs de la vie, ahah »

Portant le verre à ses lèvres, il vint en boire une gorgée brûlante avant de s'asseoir à côté de l'Ivanov, le regard joueur… Venant verser un léger filet d'alcool dans le creux martyrisé de la clavicule, il vint l'y cueillir avant de se redresser et de vider ce qui lui restait du spiritueux, ne voulant pas risquer de le laisser se renverser…


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7/5/2017, 14:47
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Une main se refermait dans ses cheveux, un sourire satisfait étirait les lèvres de Nikolaï. Il ne l’avait même pas fait attendre, trépigner, supposer son départ pour jouer avec lui. A croire que le fauve avait faim et ça n’était pas pour lui déplaire. Son palpitant s’activait ardemment à la nouveauté qui se dessinait dans le tableau de son avenir, un désir brûlant, dévorant qu’il se découvrait, lui qui avait cru, pour une fois, ne pas sortir des normes sur ses attirances de genre. Non, véritablement, celui qui avait pondu les dogmes de la normalité devait se retourner sévèrement dans sa tombe depuis la naissance de l’Ivanov et le politicien lui riait copieusement au nez.

Il soupirait de contentement aux lèvres qui s’emparaient de sa peau. Il jubilait et un large sourire marquait son visage béat, alors qu’il reprenait, provisoirement le rôle du directeur pour railler : « Augmentation accordée, Monsieur Vetrov » Oh non, ce n’était pas Nikolaï qui allait protester qu’on lui en demande d’avantage. Au contraire. Il était si rare de croiser un tel joyau à la sexualité aussi ouverte que son esprit. Il y avait bien les catins qui se pliaient à bien des désirs. Et les fabrications de Jie-Lin. Mais cet homme, celui qui venait lui faire face avec ce regard si farouche… Cet homme-là, le chinois n’aurait jamais pu le créer dans une telle proportion de perfection. Il lui allait comme un gant… A enfiler.

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La douleur irradiait péniblement les nerfs sensibles de son bras mutilé qui manifestait un léger tremblement intempestif, alors qu’il finissait, satisfait, allongé sur le dos au calme retrouvé. Les prunelles aux claires teintes céruléennes observaient la scène, l’état de sa chambre. Il ne regrettait rien mais sa rigidité avait du mal à s’accommoder avec un pareil désordre. Il portait son regard sur l’immense carrure martyrisée à ses côtés qui se délectait d’une cigarette : ils n’y avaient pas été de main morte, ni l’un ni l’autre. Sa frustration exaspérée avait pris son envol loin de son cœur, l’ôtant d’un poids envahissant pour son propre confort. La douleur de son bras en était le prix à payer mais il préférait encore cela.

Bruit de verres, apport de dangerosité accidentelle, et son amant trinquait, lui arrachant un rire tandis qu’il se frottait la mâchoire douloureuse, perdue dans sa barbe. Il fallait dire que le fauve s’était bien débattu. « Je ne savais pas qu’il avait un petit nom. Très poétique, j’aime beaucoup. » railla-t-il avant de se crisper à la brûlure dévorante de l’alcool sur sa chair maltraitée, appréciant alors plus encore ces lèvres qui venaient le libérer du joug des flammes. Étirant son bras pour prendre son verre, il se redressait et le vidait d’un trait avant de le remettre à sa place. Sa main ouvrait un tiroir, dessous, pour en saisir un paquet de cigarette. Il en profita pour récupérer sa baguette magique et appeler à lui l’atèle qui vint s’installer d’elle-même à son bras droit. Un bras hideux à regarder. La peau était boursouflée, d’un rouge rosé, comme si elle avait cloquée par une exposition à des flammes. L’épiderme était fine , les veinures bleutées apparaissaient par endroit. La déformation embrassait jusqu’à son épaule, mangeant même une bonne partie de son omoplate.

Un soupir et il se grillait une cigarette après avoir redressé ce qui restait d’un oreiller pour s’adosser confortablement, comme un roi. Un monarque nu. Sourire en coin, il le mirait, encore euphorique et satisfait des heures qui venait de passer en son adorable compagnie. Le destin faisait bien les choses. S’il le niait à l’époque, il se l’avouait aujourd’hui : le grand gaillard lui avait tapé dans l’œil, ce soir-là, dans le bar. Sa personne autant que son intellect. Pavel avait du répondant, c’était ce qui lui plaisait tant. La réplique farouche et insoumise, mais surtout : juste et avisée. Il le jaugeait du regard, estimant sa valeur à ses yeux, le prix qu’il était prêt à mettre pour le garder avec lui. Il le contemplait longuement, dans un silence qui durait assez pour que même sans legillimancie, Pavel puisse savoir exactement ce qui lui trottait dans la tête. Il ne cachait pas son intérêt pour sa personne, il aurait été bien hypocrite et Nikolaï n’occultait rien derrière ses retranchements lorsqu’il avait une priorité ferme en tête.

Il savait aussi ce que l’ancien auror voulait. Si Pavel devait suivre quelqu’un, il n’accepterait pas le rôle de subalterne exécutant. Il voulait la première place. Il voulait sa proximité. En toute honnêteté avec lui-même, Nikolaï l’agréait : cela aurait été un gâchis de le réduire à de basses tâches quand cette homme pouvait apporter bien plus. Beaucoup avaient voulu cette place, être la petite voix près de son oreille mais aucun n’avait jamais eu assez de compétences pour le suivre à ce niveau-là sans se faire écraser. La question que le politicien se posait était de savoir s’il était prêt à lui accorder une si grande confiance. Il n’était pas paranoïaque, mais il n’était pas fou non plus. Il se déchirait entre son envie et sa prudence et il savait parfaitement que Pavel riait intérieurement du dilemme qu’il lui avait imposé. L’accord était trop précoce. Si leur avenir lui semblait prometteur, le surveillant restait encore trop flou pour lui. Des paroles, il en avait eu beaucoup, des actes de loyauté pas encore de très probants.

Le pas devait être franchi… Mais rien ne l’obligeait à traverser en une seule fois. « Me laisseras-tu conjuguer envie et prudence ? » Plus qu’une demande, c’était une condition sine qua non. S’il voulait avoir confiance en lui, il ne pourrait que la laisser venir pas à pas, sans la contraindre, sans la forcer, ou elle ne serait jamais sincère et authentique. Il lui avouait préférer renoncer à lui plutôt que de singer une fausse confiance absolue et contre productive à leur relation. En vérité, il n’attendait pas vraiment de réponse à sa question. Il lui avait fait savoir combien il préférait les actes aux belles palabres. Il verrait où cela les mènerait, il était prêt à voguer un peu avec lui sur le fleure tourmenté de la Russie.

D’un geste circulaire  de la baguette, la chambre se remettait en état, dans un retour à l’ordre. Les objets retrouvaient leur intégrité ainsi que leur place initiale. Le lit grinça jusqu’à arriver contre le mur. Pour terminer, la table de chevet eut un mouvement brusque le verre y siégeant perdit l’équilibre. Le nez du politicien se fronça alors que ses lèvres s’accompagnaient d’un sourire : « Et de quatre. » fit-il pour moitié blasé, pour moitié hilare. Décidément. Il se mit à rire, tendant sa main pour la passer dans la nuque blessée de son amant et l’attirer à lui. Un baiser honteux pour le commun de la société. Ce qui le rendait plus appréciable était certainement son interdit. « T’ai-je suffisamment corrigé ? » souffla-t-il contre ses lèvres meurtries. Il le relâchait, son bras droit maintenu fermement contre son torse ne supportait pas la proximité écrasante de Pavel contre lui. D’un geste sec de sa baguette, il appelait celle de sa cousine à lui, l’attrapant au vol. Il observa, dans sa paume, la garde des baguettes toutes deux ornées d’un diamant et gravé du nom de leur imminente lignée.

Il relevait les yeux vers Pavel, avec une rapide pensée : « As-tu poussé ta curiosité au priori incantatum ? » demanda-t-il, intrigué de ce que l’ancien auror aurait pu découvrir. Lançant lui-même le sort sur la baguette d’Alexandra, un sort bénin de lumière illumina la pointe du bois avant qu’une figure vaporeuse, humanoïde n’émerge à son tour. La baguette confisquée gardait en son sein la marque du meurtre dont elle était l’auteur, telle l’arme du crime qu’on n’avait pas nettoyée de ses traces de sang. Le visage du défunt directeur, un assassinat pour lequel il avait placé sa cousine en victoire, l’éloignant des doutes à son sujet qui envahissaient la Main Noire. « Je l’ai acculée. » fit-il, sérieusement, sombrement avant de faire disparaître la figure de fumée et de reporter son attention sur Pavel. « Je ne lui ai laissé aucune issue, tout comme je ne laisserai aucune issue au reste de ma famille. Voilà pourquoi elle était tourmentée. Je pense qu’au fond d’elle même, elle sait ce qui attend son père. Ce qui l’attend, elle. »

Un sourire en coin, narquois avant qu’il ne reprenne une bouffée de sa cigarette. Maria n’avait jamais eu cette emprise sur Alexandra à en juger par les punitions qui s’étaient succédés en vain. Il avait fallu moins de cinq minutes à Nikolaï pour agir et gagner. Le reste suivrait la continuité de cette première pierre posée. « Elle pourra se débattre autant qu’elle le voudra, j’ai de plus grands espoirs à son égard que j’en ai eu pour son frère. » Maksim, il y avait tant de choses à dire sur cet être misérable… Et stupide. Et pas uniquement parce qu’il avait rejoint l’Ursa Major. Nikolaï avait d’autres griefs à porter à l’encontre de ce cousin qui aurait du devenir le Patriarche de leur famille. Une place que le directeur de Koldovstoretz convoitait également. Une place qu’il aurait. Il tendit à nouveau le bras pour poser la baguette de sa cousine sur la table de chevet. La digression au sujet d’Alexandra n’était pas anodine. Il n’avait parlé à très peu de personnes du coup d’état qu’il allait enclencher au cœur de sa prestigieuse lignée : mettre Pavel dans la confidence, c’était lui octroyer une parcelle de confiance. Une première offrande et pas des moindres : la famille de Nikolaï avait une importance excessivement précieuse à ses yeux. Il ne lui avait pas fait un cadeau au rabais.

Il pencha la tête sur le côté, songeur, avant de demander : « As-tu de la famille, Pavel ? » Il n’en avait pas entendu parler. Il arqua un sourcil : « Ou n’étais-je pas si loin de la vérité en te désignant comme le dernier tsar de Russie ? » Les maladies décimaient bien des familles de façon extrêmement radicale, et la famine avait fait gronder le ventre des révolutionnaires, sans compter l’état de guerre dans lequel il se trouvaient. Il se redressait de son oreiller, baguette en main, approchant son extrémité de la plaie que son amant portait à la nuque. Une morsure dans l’extase, il regrettait de l’effacer… Mais elle n’était pas très discrète. Le sort de soin refermait lentement les chairs de cet endroit sanglant.
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8/5/2017, 16:57
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Renâclement de rire à la boutade, fronçant le nez dans une mou purement amusée, ne se formalisant pas un instant, appréciant même de ne pas le voir regretter. D'autres l'avait fait, et il en avait vite eut marre de ces simagrées, mais fort heureusement, Nikolaï ne semblait pas entrer dans cette catégorie et il fallait l'avouer, elle lui aurait mal convenue après l'appétit dont il avait fait preuve au cours des dernières heures, et dont son séant se rappelait encore parfaitement. Ce qui ne l'empêcha pas de le punir un peu en lui versant cette rasade d'alcool sur la peau maltraitée, en sachant pertinemment qu'il en souffrirait, oh juste un peu, juste de quoi apprécier, mais loin d'être assez pour provoquer la moindre séquelle. Savourant le mélange de l'alcool puissant et du sang, il garda cette cuvée maison sur la langue quelques instants, en dépit de la brûlure qu'elle provoquait, avant de l'avaler, la laissant fleurir en son torse puis dans ses tripes comme le désir à présent rassasié l'avait fait auparavant. Vide, son propre verre finit bien vite posé sur le meuble tandis qu'il portait de nouveau sa cigarette à ses lèvres pour tirer une bouffée toxique qui vint combler plus encore son impression le sentiment de plénitude qui le couvait, le dragon logé en lui ronronnant, apaisé. Du coin de l’œil, il observait l'Ivanov, pas fâché de lui avoir fait sauter le pas si rapidement après leur rencontre, s'étant attendu à rencontrer plus de difficultés et de résistances dans cette tâche difficile, même s'il n'allait certainement pas se plaindre de la surprise offerte ! Son regard moucheté suivit les gestes en silence, s'attardant sur le bras mutilé, son visage puissant ne démontrant aucun sentiment particulier malgré le déplaisir qu'était cette vision, en particulier si tôt après le coït. Mais ce n'était pas comme s'il ne l'avait pas vu pendant aussi, et ça lui avait été complètement égal. La seule chose pour laquelle cette déformation importait à ses yeux était l'imposition que la douleur représentait pendant l'étreinte, pour son amant… Il fallait bien, même en plein ébat, qu'il se souvienne de ne pas l'agripper de ce coter à moins de vouloir le perdre immédiatement.

Allongé sur le flanc, sur les draps souillés, une main soutenant sa tête, tourné vers l'autre, le prince mirait, se gorgeant de la lueur satisfaite dans le regard céruléen, s'en satisfaisant comme il se satisfaisait d'un compliment muet. Les minutes s'égrenaient, une à une, mais il ne faisait rien pour briser le silence ou mander son attention plus que l'évidence de ce regard qui pesait sur son corps nu. Comme de juste, Nikolaï estimait en son fort intérieur, et lui ne désirait pas y échapper, parfaitement conscient de l'enchaînement qui venait de se produire et de ce qui se jouait au-delà du bien-être corporel qu'ils s'étaient mutuellement apportés. Ioann lui avait fait goûté ce qu'il pouvait avoir, lui avait fait effleuré ce qu'il pouvait obtenir, au-delà même des murs d'une chambre à coucher, et à présent, après cette première gorgée, il appartenait à l'Ivanov de savoir s'il voulait boire le verre entier ou le laisser de côté. Pourtant, quelque chose lui disait qu'il ne risquait rien, et c'était bien pour cela qu'il prenait ses aises en Pacha qu'il était, et qu'il savourait l'hésitation de son amant d'un soir comme il savourerait une sucrerie… Un instant, un pétillement moqueur traversa ses prunelles avant qu'il ne s'étire longuement, faisant jouer la puissante musculature sous la peau couturée de cicatrices. Parlera, parlera pas… Alors Monsieur Ivanov, on hésite ? Pourtant aucune espièglerie ne trahit ses lèvres quant bien même il mourrait d'envie de l'asticoter. Mais son insolence était plus vive et plus intelligente qu'il ne le laissait paraître et il savait très bien qu'en l'instant, ce n'était pas indiquer, car de toute façon, l'autre savait déjà qu'il s'amusait. « Tu as tout ton temps » vint une réponse paresseuse à une question qui n'en était pas vraiment une, la fumée s'échappant dans le même temps d'une bouche aux multiples talents. Non, il ne s'était pas sincèrement attendu à le voir dire amen sans réserves immédiatement même si une part de lui l'aurait souhaité, stupidement. La réaction était logique, l'autre n'était pas bête.

Oui, il avait tout son temps, autant parce que lui-même n'allait nul part que parce que le premier enfant-soldat qui sortirait de cette école n'était pas demain la veille. Les occasions ne manqueraient pas, pour l'amadouer et l'apprivoiser, la condition induite plus tôt dans la journée avait été clairement statuée et acceptée. Tout cela, il n'avait pas besoin de l'énoncer à voix haute, sa simple acceptation le sous-entendait déjà bien assez et il ne voulait pas tomber dans l'outrancier lyrisme. A la place, il soupira lourdement, et détourna la tête pour suivre la valse des objets d'un œil distrait, un léger sursaut, puis un sourire, alors que le lit les entraînait vers l'un des murs après s'être déplacé de plusieurs mètres… Heureusement qu'ils étaient isolés au sommet d'une tour tout de même, plus bas, ça n'aurait pas été très discret. Son amusement se mua en hilarité au bruit du verre se brisant et il resta quelques instants à rire comme une baleine, échoué sur le lit, avant que la caresse d'une main rêche contre sa nuque outragée ne le fasse gagner en sobriété, arrachant un léger frisson instinctif à ses épaules tandis qu'il se tournait vers lui, se laissant guider. Pour cette fois, il ne marqua pas de résistance, Nikolaï en avait déjà eut plus que son content, le prince déchu lui ayant fait payé chaque jouissance au prix fort, bien décidé à lui prendre tout ce qu'il avait de fougue et de férocité sous cette peau marmoréenne. Ses lèvres s'ourlèrent contre les siennes, et il susurra : « Sans aucun doute. La correction était… pénétrante » Mordillant légèrement la pulpe déjà outragée, il ne pu s'empêcher de le taquiner : «Je me demande combien de temps le souvenir me restera » Clair sous-entendu qu'il n'était pas aisément muselé. Claire promesse également à celui qui souhaitait la comprendre. Se redressant finalement, il s'installa de nouveau de tout son long, parfaitement à l'aise dans cette intimité subite.

« Hm ? » Le surveillant chassa une pellicule carmine de son biceps, nonchalamment « Oui » fit-il sans détour, assumant totalement avoir fouillé dans la vie privée de la gamine. Regarder les sortilèges effectués par une baguette comme ça, c'était un peu regarder dans les petites culottes de la propriétaire, ou se glisser dans le caleçon de son cousin. Oh oups, c'était ce qu'il venait de faire. Tant pis alors ! La réponse dévoilait cependant plus que ça, en elle-même… Il avait regardé oui, il avait vu le sortilège de mort, et il n'en disait rien, ne s'en émouvait pas plus que de la souffrance du vieux directeur lors de la réunion de pré-rentrée. Du moins ouvertement, ce qu'il dissimulait en son cœur n'appartenait qu'à lui et à lui-seul et il faudrait un miracle pour qu'il s'en ouvre auprès de l'Ivanov, quelle que soit la quantité de fluides intimes qu'ils partageraient dans une proche avenir. Un sourire lupin vint lentement lui étirer les lippes alors qu'une impression satisfaite illuminait un instant son regard hétérochrome. « J'avais donc raison » C'était une constatation, non une question. Oui, il avait eut raison, l'autre voulait devenir patriarche, mais il voulait également bien plus que cela. « Elle sait » Il ne doutait pas de cela, pas au souvenir de ces yeux hantés, ces yeux de biche pourchassée… Le sujet était sans doute déplacé, après le moment qu'ils venaient de passer, mais tous deux s'en moquaient comme ils se moquaient de ce que les mœurs pensaient d'une union comme la leur. Comme il l'avait dit si justement à la gamine, les lois étaient fait par les faibles pour se protéger des forts. Eux étaient au-dessus de ça, par leurs caractères, leurs statures… Lentement, il tira sur sa cigarette, fronçant les sourcils sous la réflexion, tandis que Nikolaï poursuivait.

« Il a fichu le camp, non ? » L'information ne circulait pas aisément, en raison du rang du garçon, mais il l'avait tout de même obtenu, avec certaines autres. Après avoir choisit de laisser Nikolaï en vie, il avait bien fallut qu'il trouve une issue et se renseigne sur cette famille de dégénérés. En soit, le fait que Maksim soit partit lui était déjà connu, puisqu'il était Ursa Major, mais… mais c'était ce qui s'en disait auprès de la Main Noire qui l'intéressait car au travers de cela, il pouvait tester leurs pensées sur le sujet. Pour autant, il marquait un certain scepticisme au sujet de la cousine en question… comme il avait des doutes constants au sujet de toutes les femmes qu'il croisait et qui à ses yeux étaient naturellement inférieures aux hommes. Il était misogyne, certes, il l'assumait parfaitement d'ailleurs. Il faisait ses réserves sur cela, mais il appréciait sans aucun doute la confidence qu'on lui faisait. Si l'Ivanov n'avait pas plongé entièrement dans leur collusion, il ne le volait pourtant pas avec les efforts qu'il entreprenait à son égard. C'était de bonne guerre, impossible de le réfuter. Attentif, il s'était redressé, et centrait tout son esprit sur ce qui se jouait. Qui avait dit que les confidences sur l'oreiller étaient un mythe ? Pourtant, l'autre s'arrêta là et il fut bien obligé de gronder un rire amusé à la balle qu'on lui renvoyait, ne pouvant plus guère le faire rouler sous une table pour esquiver sa curiosité… Il y avait droit. Ça aussi, c'était de bonne guerre. Pour autant, il le fit un peu languir, n'aimant pas forcément que la blague au sujet de son lignage ressorte d'un seul coup. Son amant n'avait vraiment aucune idée de la véracité de ce qu'il lançait… c'était presque vexant, en fait.

Enfin, il consentit à briser le silence d'une voix tranquille : « Pas si loin de la vérité, effectivement » Se soulevant, il vint écraser son mégot dans le cendrier le plus proche avant de poursuivre. « J'avais une famille avant, je n'en ai plus aujourd'hui... » La fin de sa réplique fut ponctuée de l'ébauche d'un grognement, avant qu'il ne penche la tête en avant, laissant Nikolaï s'occuper de la plaie qu'il avait à la nuque, pas fâché de la savoir disparaître. Lui n'était vraiment pas bon guérisseur, s'il avait voulu l'effacer, il lui aurait fallut aller à l'infirmerie, et alors ? Expliquer d'où provenait la marque aurait été très compliqué. Comme il était soudainement délicat de poursuivre sur la lancée que son amant avait orientée, car plus il donnerait de détails sur la mort des membres de sa famille, plus il prenait de risques d'être prit au fait si l'autre décidait de passer ses affirmations au crible. Il lui fallait pourtant bien poursuivre, après ce que lui avait livré l'autre, c'était comme cela que ça se jouait, un échange pour se lier progressivement, se cerner lentement… S'il rompait le fil de la discussion sans l'excuse idéale, il aurait plus de mal à revenir auprès de lui ensuite. « Mon statut de sorcier nous a rapidement éloigné » fit-il finalement, concédant ce qui n'était, au final, rien moins que la vérité. Une fois découvert la magie, il y avait eut une distance avec le reste de la famille royale, un retrait s'était naturellement imposé qu'il n'avait pas cherché à éviter, l'assumant et le supportant. Et pourtant, par cette affirmation, il admettait n'avoir pas été si proche de sa propre famille, expliquant que leur sort exact ne lui soit pas entièrement connu.

« Bref, je ne tire rien de ma filiation si ce n'est un nom, qui n'a pas même le bon goût d'être prestigieux » Trait d'humour, taquinerie, et mensonge aussi gros qu'un dragon. Son nom, son véritable nom, était le meilleur qui soit, synonyme de royauté… Un jour, oui, un jour… il le lui graverait sur la peau, au fer rouge. Inspirant profondément, puis expirant, Ioann chercha vaguement des yeux où son pantalon avait bien pu atterrir, ne pouvant pas descendre en étant complètement nu, ou il risquait de créer un outrage supplémentaire, un qui ne lui servirait pas. Pour autant, il n'allait pas s'échapper dans la seconde, non, ce serait bien mal savourer tout cela… il fallait simplement ne pas être trop gourmand. « Je vais prendre les rondes de nuit pour les prochaines semaines » L'affirmation s'avérait plus informative qu'interrogative. Là était cependant sa décision à l'égard de ce dont il s'était confié. Si la gamine décidait de recommencer à faire l'idiote, elle tomberait sur lui, plutôt que sur une certaine tortionnaire, ce qui serait déjà un pas de plus vers sa survie. Tant que celle-ci serait utile. Il commencerait par sécuriser les nuits, puis il prendrait lentement possession des jours…


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9/5/2017, 19:44
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Le souvenir lui resterait aussi longtemps que Nikolaï le lui rappellerai. Ses yeux avaient brillé de la promesse et du désir, ne s’attardant qu’avec un sourire, silencieux, à l’engagement qu’il prenait. Il y reviendrait. Son for intérieur savait à l’avance qu’il avait bien trop apprécié ce combat masculin pour dédaigner y goûter une seconde fois. Tout comme il savourait leur présente discussion, faite de réserve et d’aveux, les mots et les silences formaient des phrases onctueuses, souvent subliminales. Oh, oui, il avait eu raison. Qui d’autre que lui pour devenir Patriarche dans cette famille ? Mh ? Igor avait le cœur trop tendre pour la sombre période d’histoire qu’ils traversaient. Maksim leur avait tourné le dos et même si la branche principale aurait voulu que ce soit son cousin qui dirige leur famille, que pouvait-on penser d’un homme qui avait pris la fuite seul ? Il n’avait pas pris sa place, n’avait pas raffermi sa position. Il était parti comme un enfant en position fœtale. Il était pathétique. Quant aux frères de Nikolaï, il les avait jugulé depuis sa plus tendre enfance par des laisses soigneusement serrées autour de leurs cous délicats. De concurrence, il n’y avait alors plus.

Nikolaï tirait une bouffée de sa cigarette, recrachant lentement la fumée après la question sur Maksim. « Oui, officiellement, il a tourné le dos à nos idéaux. Il se dit qu’il a rejoint l’Ursa Major. » De sombres aveux comme une souillure dans sa famille. Même il ne s’en étonnait guère quand on connaissait aussi bien que lui le spécimen. L’officiellement, introduit dans sa palabre, montrait qu’il ne s’agissait que de la version qui circulait au sein de la Main Noire, loin des précisions plus troublantes qui ne regardaient que sa propre famille. Un peu comme la poussière qu’on cachait sous un tapis, c’était toujours là, toujours sale, mais sous les belles dorures de leur blason, personne n’allait y jeter un œil. Nikolaï n’alla pas plus loin dans ses explications, préférant s’alimenter de l’histoire de Pavel, savoir jusqu’à quel point il pourrait comprendre sa propre histoire et sa relation avec son cousin. Il arqua un sourcil à la première réplique, calant sa cigarette dans son bec le temps de prendre soin de cette morsure, à la nuque.

Des moldus pour parents. Tête baissée en avant, Pavel ne vit pas la moue dépitée de Nikolaï à cette évocation. Il n’en fréquentait que très peu, des moldus. Fut un temps la famille royale, rangé derrière Raspoutine. Quelques artistes et musiciens de renoms, de Saint Petersbourg et de Moscou : ses pêchés mignons. Pour le reste, il passait le plus clair de son temps avec la population sorcière. Il repoussait l’information dérangeante dans le fond de son esprit, telle une souillure au sujet de Pavel qu’il refusait d’entendre. « Je suppose que cela a forgé une bonne partie de ton assentiment pour les lois de séparation entre moldus et sorciers en Amérique. » se contenta-t-il de recouper mentalement entre sa précédente et son actuelle conversation avec Pavel. Il terminait de refermer la plaie ainsi que sa cigarette qu’il écrasait dans le cendrier. « Seigneur, mais quelle bête t’a fait ça... » fit-il en arquant un sourcil, s’étonnant lui-même de la férocité qui avait été la sienne au cours des dernières heures. D’une main sur l’épaule, il basculait son amant sur le ventre pour s’occuper des multiples morsures humaines qui jonchaient ses épaules et ses omoplates.

Il ne put empêcher un sourire de marquer ses lèvres au souvenir de l’intense rage qui avait rythmé leur bataille. Il en avait encore des fourmillements dans le ventre. « Officieusement... » fit-il alors, comme un écho à l’officiel précédemment évoqué. « Tu n’es pas le premier à qui je conseille d’éviter les draps de Maria. » Pavel était un homme intelligent. Il comprendrait le message. Il comprendrait qu’il y avait eu une relation entre la Raspoutina et Maksim et que Nikolaï avait cherché à le dissuader. Son cousin n’y avait cru que trop tard, lorsqu’il avait été pris à la gorge, l’amertume dans la bouche. « Je ne sais pas s’il a rejoint l’Ursa Major, je n’ai jamais reçu de fleurs pour m’en remercier. » Plaisanta-t-il malgré l’âpre goût de la déception. « Je ne peux que supposer qu’il ait eu cette intelligence, au moins pour sa survie. Et je ne peux que supposer la stupidité ou le désespoir de ces rebelles de l’avoir accepté dans leurs rangs. C’est un Ivanov. Un homme charismatique et manipulateur qui a sans nul doute réussi à faire croire un repentir pour dissimuler une vulgaire déception amoureuse. » Ses prunelles céruléennes dévoraient le reste du dos où ceinture et griffes avaient rayé son corps. Celles-là, il les lui laisserait en souvenir. Tout comme ses arguments… Pénétrant comme lui avait souligné son amant : il ne voulait pas que son séant oublie trop vite. Il ne se contenta que d’une fine pellicule de soin pour empêcher l’infection. Le reste se ferait avec un peu de temps.

Les hématomes sur ses fesses, sur ses hanches accéléraient sa respiration à leur simple vue, il finit par retourner son amant sur le dos, d’un geste de main accompagnateur sur l’épaule. « C’est un Ivanov, mais un Ivanov seul, défait de la richesse de ses liens politiques, de son influence, de sa propre famille. Ce n’est pas un cadeau que je leur ai fait en définitive, c’est peut-être pour cela que je n’ai jamais reçu de fleurs. » railla-t-il, amusé. Nikolaï avait grandement dépossédé son cousin. Il l’avait éloigné tant par altruisme que par intérêt de Maria. Si Maksim avait eu une relation plus stable avec la fille du dirigeant de la Main Noire, il aurait connu une ascension contre laquelle Nikolaï aurait perdu beaucoup de plumes à combattre. Il avait été plus simple de le tuer dans l’œuf. Éliminer la concurrence pour prendre la tête de sa famille, raffermir ses contacts à la Douma, éliminer ceux qui suivaient encore un peu trop ce cousin gênant et le tour était joué. Il relevait le menton de Pavel pour dégager sa gorge meurtrie et s’en occuper avec le même soin.

« En vérité, tu vois, un nom, ce n’est pas grand-chose. Prestigieux ou non. Tu peux t’appeler Vetrov, Ivanov, Raspoutine ou même Romanov, ton nom est celui que tu portes dans tes actes. Maksim n’est pas un Ivanov. C’est un lâche, un homme aigri par la déception qui a tourné le dos à sa lignée pour bouder comme un enfant parce qu’on lui a cassé son jouet. » Il termina par un sourire satisfait, ça lui faisait du bien de vider son sac, mettre des mots sur des pensées qui encombraient son esprit par leur aspect brouillon. Il sentait il allait aimer la présence de Pavel… Il pointa sa baguette sur les lèvres de l’occulumens pour les défaire de leurs lambeaux puis se mordit ses propres lèvres avec envie devant la pulpe neuve de son amant. Des suprêmes qu’il ne pouvait plus croquer pour en savourer le jus. Du moins pour aujourd'hui.
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10/5/2017, 23:22
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La belle et le clochard, voilà ce qu'ils étaient, en apparence, image grossièrement jetée, mais qui n'était pas moins pleine de véracité, autant que d'ironie en fin de compte, car chacun d'eux s'avérait tour à tour l'une et l'autre facette de ce duo étrange. Avec une fascination morbide, le prince déchu se polarisa vers le corps et la voix de son amant, écoutant, cherchant à percevoir les infimes aveux de son dégoût à l'idée d'avoir étreint un homme sensément si inférieur à lui. Pourtant, si Nikolaï y réagit, il ne parvint pas à le savoir, ayant en grande partie le dos tourné, sans doute également par lâcheté, ne voulant pas, après ce qu'ils venaient d'échanger, devoir supporter sa répugnance. Et cette lâcheté, il se l'acceptait, se l'accordait en cette nuit de façon totalement arbitraire, et l'assumant parfaitement : il était bien assez courageux en temps normal, alors il pouvait bien aussi, parfois, se laisser aller. Qui viendrait le lui reprocher ? « Effectivement, bien que la position soit discutable sur le fond, et que je le sache parfaitement » Il s'agissait d'une expérience personnelle, et il ne pouvait guère s'en défaire, alors que, fondamentalement, si des sorciers pouvaient naître de simples moldus, alors ceux-ci constituaient un vivier pour renouveler le sang sorcier. C'était une mesure à légitimer selon la circonstance, selon toute vraisemblance, alors oui, elle pouvait être bonne, parfois. Tout dépendait de ce que l'on attendait d'elle également. Les miracles n'existaient pas. Mais il n'essaya pas de pousser plus avant la conversation et était reconnaissant que l'Ivanov ne cherche pas non plus à le pousser dans ses retranchements. A la place de quoi, le trait d'humour le fit renâcler de rire, lui lançant un regard lourd de sarcasme. « Je me le demande !» Pourtant, ne lui semblait-il pas que Nikolaï semblait vraiment, sincèrement, surpris par ce qu'il voyait… ? Non, tout de même pas. L'impulsion apportée à son corps ne fut pas résisté, et il se se tourna dans une exhalaison lourde.

La pudeur n'était pas de ses qualités, surtout pas après pareille union, alors il le laissait l'inspecter et le toucher à loisir, se contentant de prendre sa part comme il l'entendait en échange. Et puis, l'autre semblait parti pour jouer les infirmières, ce serait déjà ça de moins à faire expédier par les demoiselles en blouses de l'école. Muet, il se contenta de tendre l'oreille alors que la conversation reprenait un cours plus sérieux, et qu'il recueillait de nouvelles confessions de la part de son compagnon de lit. L'ombre d'une expression goguenarde se peignit sur ses traits. « Ah... » commença-t-il d'un ton lent mais terriblement moqueur, qui ne présageait rien de bon pour la suite de cette feinte de sérieux « Je le savais, qu'elle était un très mauvais coup au lit » Certes, il ne pouvait pas voir l'expression dont il se paraît sur l'instant, mais Nikolaï était bien assez intelligent pour comprendre sa façon de fonctionner, aussi Ioann ne doutait-il nullement que l'Ivanov sache que son attention et sa compréhension étaient pleines et entières malgré la boutade. Il agissait avec bravade, c'était sa manière toute personnelle de fonctionner, et il ne pouvait guère changer d'un seul coup, il aurait été bien imprudent et illogique de le lui demander. Pour autant, la suite le laissa silencieux, pensif. Stupides ou désespérés, les rebelles ? Malgré sa propre fierté, il devait bien admettre que la seconde option était la bonne… La majorité des survivants de son camp étaient désespérés, et ceux qui ne l'étaient pas étaient des imbéciles, ou des têtes brûlées dans son genre. Les récentes victoires de la Main Noire avaient prit leur lot sur le moral et la force des rebelles, à juste titre, car dans ce genre d'affrontement, ce qu'un camp gagnait était forcément ce qu'un autre perdait. « Ou peut-être… étaient-ils assez désespérés pour passer outre d'évidentes motivations personnelles dans l'espoir de gagner un atout. La situation actuelle laisse peu place à l'utopie »

Malgré son affirmation, il savait que bien des individus cédaient à cette utopie, ce besoin de croire que les autres, ou soit-même, ont des motivations plus nobles que le simple besoin de préservation. Que les Ursa Major étaient les héros aux cœurs purs, et la Main Noire les méchants tyrans destinés à l'enfer… mais les choses n'étaient pas si manichéennes. Il y avait des salauds dans les deux camps, des naïfs dans les deux camps, des gens bien dans les deux camps… tout dépendait de la situation, de la vision de chacun…. Et les rebelles manquaient de personnel, alors même en sachant que le gosse ne désirait que survivre, ils l'avaient peut-être bien accepté. Lui-même n'était pas contre l'idée, même s'il se serait grassement servit de lui en contre-partie, et sans doute était-ce mieux qu'il ne soit pas tombé sur lui justement, car il serait probablement mort tout de même entre temps. En l'instant, il caressait même l'idée de réclamer que Maksim lui soit remit par la cellule à laquelle il appartenait, afin de le livrer à Nikolaï. Le calcule était relativement simple, et surtout parfaitement pragmatique, s'il finissait par mettre le patriarche de son côté, il obtiendrait bien davantage que ce qu'un seul héritier déchu pouvait bien lui offrir. Ne l'avait-il pas évoqué plus tôt ? Il y avait des salauds, même à l'Ursa Major, et il était le prince des salauds, il fallait croire… mais depuis longtemps, Ioann avait admit que la fin valait bien les moyens. Lui n'était pas un utopiste, pas même un optimiste. Se tournant dans l'autre sens, le déchu s'installa confortablement, l'écoutant tout en lui lançant un regard amusé et désabusé. Ses plaies continuaient de se refermer… mais sa curiosité, elle, n'avait pas de fin. Vraiment… Nikolaï le surprenait. D'une part, parce qu'il n'avait pas pensé que l'autre accepterait qu'il reste au-delà de leurs ébats, d'une autre part, parce qu'il s'avérait excessivement prolixe.

« Comme tu le dis toi-même, un nom ne fait pas tes capacités, n'est pas gage de tes qualités et pourtant, pour la masse, la confusion est consommée. Pour la majorité, un nom suffit à jeter de la poudre aux yeux, à imposer le respect… » Voyait-il où il voulait en venir « Mais l'on a tôt fait de voir le mythe se briser. Et une fois fait, il est trop tard, beaucoup joueront les hyènes en se jetant sur une proie potentielle, non seulement pour le plaisir de l'abattre, mais aussi pour rembourser une illusion déçue » Voilà ce qui attendait sa cousine, tout comme Nikolaï lui-même, à un niveau ou un autre. Les hommes s'illusionnaient de ce qu'ils voyaient en ces grandes figures, et lorsqu'ils étaient déçus, ils se faisaient bêtes… Aussi valait-il mieux ne pas se contenter de se pavaner sous un nom, il fallait mériter l'illusion, l'image entretenue. C'était excessivement dur, parfois. La baguette vint le réduire au silence, et ses yeux brillèrent alors qu'il pressait légèrement contre le bout de bois, fermant à demi les yeux tandis que sa chair se refermait, lui tirant un sourire crochu, alors qu'il ne restait de ses prunelles que deux fentes fauves et félines. « Hm... » Le son, neutre, se transforma après quelques instants, en un feulement féroce. Stupide, de rester à se regarder comme ça. Allongé, il l'avait miré, le corps tendu, le ventre ondulant légèrement sous l'impulsion qu'il jugulait et à laquelle, finalement, il céda, se redressant d'un coup pour lui happer les lèvres en un baisé violent, dominateur, dans lequel il le cherchait, le provoquait, voulant l'incendier… et duquel il se rétracta finalement après une poignée d'instants, avant de commettre plus qu'il n'attendait.

« Ne te retient pas autant voyons. Tu te feras déjà bien assez de mal en public » Le conseil était sincère, ils pouvaient encore soigner discrètement toute blessure trop apparente, mais lorsqu'ils seraient hors de cette pièce… ils ne pourraient plus rien faire. Mieux valait profiter de tout le temps qu'ils passaient donc dans cet endroit. S'écartant finalement, il quitta le lit sans lui donner l'occasion de le rattraper, retrouvant finalement son pantalon qu'il commença à enfiler, brisant de nouveau le silence avec un semblant de sérieux : « Peu importe ton cousin, désormais. S'il a été assez bête pour faire l'erreur de laisser une femme le conduire à ce genre d'extrémité, alors il est déjà mort, même si son cœur bat encore. Une femme ne devrait pas mener l'existence d'un homme, peu importe, et bien… son nom » Tout semblait tourner autours de ça, en cet instant, s'en était presque irritant en fin de compte. Peut-être parce que c'était vrai, la vérité a toujours tendance à faire mal, surtout quand on ne veut pas la voir. Même lorsqu'elle crève les yeux. « Il t'a déçu, et il a mit ta famille en danger, car il a justement fragilisé l'image de ce nom dont les autres se sont fait une idée… Quand il s'agit de ta famille, les déceptions sont aussi mordantes que les coups d'une ceinture, parce qu'elle est ce à quoi tu tiens... » Son regard fauve se posa sur lui, intelligent, caustique, tranquille. Il nouait les boutons de son pantalon, un à un, gainant de nouveau sa silhouette du tissu ajusté. « Sinon, tu ne serais pas entrain de m'en parler. Mais il est mort, ça je le pense sincèrement. Même si les rebelles l'accepte… eux aussi, se font une idée de votre nom »

Eux aussi, lui mènerait la vie dure, probablement très dure, même si moins que lui. Mais il était ce que les autres n'étaient pas, il n'aurait pu en être autrement. « Quant à moi, j'ai de meilleures perspectives, des draps bien plus accueillant…. » Ton traînant, sourire en coin, il l'observait toujours « Que je vais certainement devoir abandonner à présent. J'ai raté plusieurs de mes services, il serait temps que je les rattrapes, avant qu'une certaine demoiselle ne se souvienne qu'elle m'avait demandé de te tirer les vers du nez...» Qu'il ne se retrouve pas à lui donner une raison de le croiser trop tôt… Nonchalant, il attrapa une des chemises de l'Ivanov, et la passa, question d'avoir quelque chose d'à-peu près correct sur le dos avant de transplaner.

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18/5/2017, 17:38
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La plaisanterie sur les compétences de Maria au lit lui arracha un sourire en coin, presque moqueur. Et pourtant, lui-même n'avait jamais fantasmé ou ne serait-ce imaginé des ébats avec cette femme. Comme s'il s'agissait d'un tabou auquel il refusait de toucher, malgré toute l'anormalité qui était la sienne. Pour le coup, il faisait la fine bouche. Cela ne l'écartait pas de l'aspect drôle et déplacé de l'idée. Pavel n'avait vraiment pas de limites, ou du moins ne les avait-il pas encore touché. Il était curieux, dès lors, à ce sujet. Replongeant vers le sérieux, leur discussion s'arma de propos fermes. La pensée de son amant avait une certaine justesse, un point de vue affirmé qui se défendait et se réfutait. L'Ursa Major était sans nul doute dans un état précaire, trouver des alliés devaient être une tâche ardue mais Nikolaï ne pouvait accepter qu'on puisse ainsi passer à côté de la sécurité, d'une stabilité de l'organisme, aussi désespéré soit-il. Il préférait être seul que mal accompagné et les contacts qu'il avait tissé au cours de sa carrière respectaient étroitement cette règle. « Si l'atout ne reste que dans l'espoir, nous aurons tôt fait d'éradiquer leur menace. C'est avec des membres instables, incertains, même désespérés, qu'une organisation, ou bien une famille, court à sa perte. » Il haussait les épaules : ce n'était pas lui que ça allait déranger que ces terroristes se détruisent sous le poids de leurs propres erreurs. Quant à lui, c'était la stratégie qu'il comptait appliquer au sein de sa propre famille. Trancher les branches de l'arbre qui avaient pourri, qui représentaient un danger, pour que la plante puisse croître, pleine de vigueur, sans s'encombrer d'indésirables ralentisseurs, des fauteurs de troubles. Ainsi Igor périssait, pour qu'au statut de Patriarche légitime il puisse accéder, profitant de l'absence stupide de Maksim. Mais il n'était pas le seul. Il savait qu'il existait des personnes, encore, qui n'accepteraient pas sa domination. Ils s'agenouilleraient ou ils mourraient. Les difficultés pour la famille Ivanov allaient commencer et il n'avait pas de temps à perdre avec de potentielles mutineries.

La fosse aux serpents, il la connaissait. Tout au long de sa vie, il l'avait côtoyée, il s'y était heurté et s'y était fait mal. Il avait appris à leurs contacts destructeurs, perdant parfois des lambeaux de son être dans la bataille. Le nom Ivanov l'avait sauvé de bien des échecs mais il était aussi un fardeau quotidien à porter et à entretenir en prévision des jours plus difficiles. Il savait qu'ils arrivaient. Il les voyait venir et s'y préparait, pas à pas. L'avantage d'être directeur de Koldovstoretz était qu'il pouvait aisément trouver du temps pour ses manigances. Il enchaînait les dîners et les salons privés, les rencontres et les projets qu'il nourrissait comme un affamé, œuvrant sur plusieurs pistes. Ses fils étaient les joyaux qu'il exhibait, sa fille le diamant qu'il préservait. L'ardeur qu'il mettait à la tâche ne se limitait jamais à des promesses. Il était un homme d'actes. S'il les attendait des autres, il s'en montrait digne et exemplaire. Probablement était-ce ainsi que sa lignée avait tant gagné dans la politique. Leurs discours fermes n'étaient vides et vains. Il n'était toutefois pas à l'abri d'un mauvais choix stratégiques et d'une déchéance. Ce qui était valable pour les Ivanov l'était tout autant pour les Raspoutine. Un baiser dominateur rompit tant le fil de sa pensée que de son hésitation, il avait vu le chat se préparer au bond, à l'assaut, l’avait combattu, refusant de lui céder, quand bien même il sentait tout son être éprouver le désir de recommencer. Tel un péché auquel il succombait lourdement et l’assumait. Un sourire en coin, léger, son expression demeurait pensive alors que son amant s’engageait sur le départ. Il rangea Maksim dans un coin de son esprit, se jurant de le décrédibiliser auprès des siens s’il venait à pointer à nouveau le bout de son nez. Quant à Maria… Elle lui avait demandé de lui tirer les vers du nez ? Comme c’était amusant. « Fais-en bon usage. » Des vers qui lui avait tiré, bien évidement. Voix traînante, sombre, qui s’éteignit dans sa solitude retrouvée. Il lui avait confié une partie de lui-même et il lui tardait de voir ce qu’il en ferait à présent, s’il dilapiderait stupidement son intimité ou s’il jouerait des mots comme il l’avait si bien fait ce soir.

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