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[/!\] Le miroir aux victoires est toujours fêlé | Pavel [NC-18]

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18/5/2017, 20:16
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L’annonce du meurtre de son épouse par le traître Igor Ivanov avait couru les couloirs avec une rapidité déconcertante. Aux yeux de tous, l’oncle de Nikolaï s’était dressé contre la Main Noire et avait attaqué son neveu émérite. Dans la bataille, l’épouse enceinte du nouveau Patriarche avait été mise à terre ainsi que deux autres cousins des branches secondaires, avant que Nikolaï ne fasse justice dans l’élimination du rebelle. Le fond de l’histoire, beaucoup la murmuraient, en faisaient des hypothèses, souvent farfelues et loin de la vérité. Ces chuchotis n’étaient scandés de vive voix, ou peut-être uniquement chez les rebelles, par crainte de passer justement pour des rebelles à prendre la défense d’Igor le traître.  La vérité, c’était que Nikolaï était un très bon manipulateur et qu’il avait provoqué Igor de façon détournée, pour savourer la jouissance de ne pas avoir frappé le premier. Il aimait l’ironie de la légitime défense dont il se paraît, comme un habillement d’autant plus sublime qu’il était véritable. Nul mensonge : tous avaient beau chercher les faits autres que ceux qui s’étaient produit, mais ils étaient pourtant incroyablement vrai. Il avait terrorisée Alexandra, il lui avait fait croire qu’il tuerait son père et la pauvre effarouchée avait transmis toutes ses craintes dans la lumière désespérée de ses yeux. Tel des dominos parfaitement alignés, les actions s’étaient enchaînées, précisément coordonnées jusqu’à l’erreur imprévue, le sort perdu, le fil qui lui avait échappé.

Quelques jours après, il avait à son bras une cousine endeuillée, la présentant à la haute société comme celle qu’il épouserait. Si beaucoup avaient été surpris d’une union avec un si fort degré de parenté, ils avaient majoritairement tu l’anormalité, sans pour autant l’approuver. Des stratèges politiques avaient vu dans ce mariage à venir la volonté ferme de Nikolaï à réunir sa famille qui s’était entre-tuée, faisant des deux branches principales, une seule et même lignée. D’autres y avaient vu un moyen pour Nikolaï d’épargner à sa cousine le déshonneur de la traîtrise de son père, accordant un pardon que lui seul avait la légitimité d’octroyer. D’autres encore y avaient vu l’attirance malsaine d’un esprit dérangé, comblant son narcissisme à mirer des yeux si similaires aux siens pendant l’acte. L’éventail allant de la folie manipulatrice au génie politique avait été épuisé. S’il avait perdu en crédibilité dans cette bavure, d’autres y avait vu l’homme déterminé à conduire sa famille vers les sommets : dangers autant qu’opportunités. Nikolaï n’avait guère eu le temps de retrouver son leader pour connaître son degré d’approbation sur les derniers événements. Il ne tarderait pas à le savoir. Pour l’heure, son foyer avait été rudement l’objet d’attaques dont il ne tarderait pas à déterminer l’origine… Tôt ou tard.

L’ombre massive du directeur faisait parler d’elle. Ces cancans se tasseraient, ils ne le touchaient que peu, à l’heure actuelle. Alexandra avait réintégré l’école et avait définitivement moins besoin de montrer les crocs pour se faire respecter. Au moins, cela lui évitait de faire quoique ce soit de répréhensible par le règlement et de finir entre les mains de Maria… Ce d’autant plus qu’une autre ombre prenait possession du jour. C’est avec un petit sourire en coin qu’il apercevait Pavel dans le hall d’entrée, amusé de le voir ici si tôt. Quand dormait-il au juste à présent ? Le Directeur était apparu devant les portes closes de l’école, à l’intérieur, s’avançant d’un pas lent, mesuré. Il tendait la main gauche à son surveillant dans une formelle poignée de salutation. « Bonjour Pavel. » Nikolaï n’était pas souvent à Koldovstoretz ces derniers temps, s’appuyant d’avantage sur les bons soins de son amant, pour sortir à la conquête de partisans. Les dîners d’affaires étaient nombreux à St Petersbourg et l’école ne l’occupait qu’une très faible partie de son temps. Il avait l’habitude d’événements plus mouvementés. Son regard se perdit dans la grande salle, sur la gauche, quelques secondes, avant d’y trouver la tête blonde qu’il épouserait sous peu. Il reporta son attention sur les yeux fauves de Pavel, satisfait : « Toujours au poste, il semblerait. » remarqua-t-il. Alexandra était surveillée.

Sa main relâchait enfin la sienne, se demandant un instant si c’était lui-même qui avait prolongé cette poignée par un désir refoulé ou si Pavel l’avait retenu en attendant son attention exclusive. Soit, si c’était le cas, il l’avait à présent. L’Ivanov prit le parti de s’occuper les mains et lèvres par une cigarette qu’il allumait avant de céder à tout autre chose que son envie lui criait. Soufflant la fumée sur le côté, il remarqua la présence de sa fille dans un groupe d’élève. Stratégie ou coïncidence, Pavel était véritablement au bon endroit pour surveiller les deux femmes du coin des prunelles. « Si tu continues à faire autant d’heures, tu vas finir par me coûter cher. » La plaisanterie alimentait ses lèvres d’un sourire, une plaisanterie dont seuls eux pouvaient connaître… Et bien la profondeur.  Oh non, ça ne l’ennuyait pas de payer plus cher, il ne ferait pas cette tête si tel était le cas. « Des incidents à signaler ? » fit-il pour ouvrir la conversation. Se plaçant aux côtés du surveillant, il observait la masse des élèves qui se mouvaient dans un silence presque terrorisé. L’un d’eux ouvrit une des lourdes portes pour sortir, un hibou s’engouffrait dans un nuage de neige. Un volatile que Nikolaï reconnaissait pour appartenir à son maître. Calant sa cigarette entre ses lèvres, il avait déjà levé son bras valide lorsque l’animal lâcha sa lettre. Son nom apparaissait sur l’enveloppe et lorsqu’il la retourna, le cachet sombre portait le sceau des Raspoutine : il ne s’était pas trompé.

Coinçant la missive dans sa main droite, immobilisée, il l’ouvrit de la gauche et en extrayait la correspondance, se décalant légèrement sur le côté pour la lire seul. Il serra les dents devant son contenu, avant de la refermer délicatement. Il avait largement perdu son sourire. Comment aurait-il pu l’avoir encore devant l’humiliation qu’il allait subir ? Tirant une bouffée de sa cigarette, il porta ses prunelles céruléennes sur l’horloge, songeur autant que contrarié. Il se pencha légèrement vers Pavel, réprimant la féroce envie qu’il avait de lui sauter dessus pour se consoler, et il lui confia des directives sur un ton plus bas : « Rassemble les élèves et le personnel dans la grande salle vers 17 heures. Cours suspendus à partir de 16h30. Pas plus de détail à leur communiquer. » S’éloignant légèrement, comme pour partir, il s’arrêta en chemin lorsque ses yeux s’ancrèrent dans les siens, emprunt d’une amertume qu’il étouffait admirablement mais qui, à cette proximité, était visible. Il s’approchait à nouveau de lui, murmurant cette fois : « Grigori Raspoutine nous rend visite. » Il hésita un instant à poursuivre avant de finalement s’écarter. Cet instant perdu en faux-fuyant était le témoignage qu’il y avait autre chose, que ce n’était pas la venue de Raspoutine en elle-même qui le contrariait. C’était une raison qu’il gardait pour lui-même. Achevant de fumer sa cigarette, il s’éloignait et le quittait. Il avait besoin d’un verre. Peut-être même deux, au cas où l’un se briserait.
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24/5/2017, 22:40
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La situation s'avérait idéale, bien davantage qu'il ne l'aurait cru d'ailleurs. Nikolaï n'était pas souvent présent, et la garde autours de l'école s'était en quelque sorte relâchée, bien que le nombre de ses gardes n'ait en soi pas diminué. Voilà ce qui arrivait lorsque l'on était certain de sa victoire et de sa supériorité, on finissait par relâcher son attention, au grand dam des pontes qui vous demandait de rester alerte en permanence qu'il pleuve, vente, ou neige… Ce à quoi il fallait ajouter que l'Ivanov semblait tout disposé à se montrer beau joueur quant à leur affaire mutuelle, lui laissant largement l'occasion de prouver ses dires, lui abandonnant Koldovstoretz presque sans un regard en arrière. Cette absence et cette confiance lui donnait l'occasion de s'ancrer, de déployer son autorité et de s'imposer auprès du personnel autant que des élèves, ce qui signifiait qu'il pouvait également agir plus aisément pour le compte de l'Ursa Major… et justement, c'était beaucoup trop beau, une aubaine incrédule. Peut-être était-il paranoïaque au fond, mais il voyait là à la fois la meilleure des opportunités et le plus grand des dangers. S'il devenait trop partial, s'il ne veillait pas à servir dans une certaine mesure les intérêts de Nikolaï en plus des siens, l'autre allait forcément finir par s'en rendre compte et alors, il aurait perdu la partie. Mais jouer ce double-jeu était un challenge excitant, et il se confortait en se souvenant qu'ils nourrissaient de toute façon des avis similaires sur plus d'un sujet, rendant les choses plus simples. Tant qu'il n'abusait pas et justifiait ses choix, ou les dissimulait suffisamment bien ? Alors tout se passerait selon ses plans et sa partition. Mais même s'il disposait de cet énorme château de sable dans lequel il devait apporter un renouveau, il ne pouvait pas affirmer qu'il s'agissait d'une promenade de santé… Les professeurs étaient une plaie, pour la large majorité, tous irritants ou horripilants à leurs façons propres, et les gosses n'avaient pour la majorité rien dans le crâne. Les règles partaient à vau-l'eau, trop dures ou trop laxistes, et il était contraint de restreindre ses heures de sommeil au profit d'un travail administratif qu'il n'avait pas imaginé devoir abattre à cette fichue place de surveillant. Et cela ne faisait que quelques semaines. Il allait finir par demander une augmentation, ou un massage… ou les deux.

La haute stature ne bougeant pas de son poste d'observation, campé là sans un mot à observer la foule. De là où il se trouvait, il voyait parfaitement les gardes qu'il avait suborné sous prétexte de travailler pour Nikolaï, les imbéciles de la Main lui servait de satrapes en plus des quelques membres du personnel officiel qu'il avait rangé de son côté… Vague grognement en réponse à la salutation, et il se tournait enfin, lui échangeant une poignée de main, le visage dépourvu d'expression. Le directeur avait choisit son moment pour revenir, il avait enfin pu se reposer un peu, entre ses longues séances administratives et son mantelet de médiateur et de garde de l'ordre entre les murs de l'école russe. Il passait plus de temps, ces derniers jours, à jouer les médiateurs, cajoler ou coerciser les divers individus qui peuplaient ces murs, qu'à surveiller fondamentalement les élèves qui, eux, se trouvaient fatalement un train derrière lui. Il savait toujours ou presque ce que les adolescents et jeunes adultes allaient faire, c'était les professeurs qui le tracassait… « Vaut mieux  » fit-il en réponse à la remarque décochée avec une relative bonhomie par son supérieur, plate, se passant de formalités ou de correction dans le phrasé, témoignant de la désillusion de l'émetteur. Une remarque glissée sans en avoir l'air également, il avait parfaitement vu vers qui se dirigeait l'intérêt de l'autre et avait matière à dire à ce sujet… Ouh oui, matière à dire… Mais ils auraient tout le temps de discuter des avancées de chacun à un autre moment, plus approprié qu'au beau milieu du hall d'entrée avec une foule d'élèves curieux alentours. S'il avait apprit une chose en toutes ces années, c'était que les informations voyageaient vite, et encore davantage quand on tentait de les en empêcher. Enfin, il lui relâchait la main, l'ombre d'un sourire crochu se peignant un instant sur ses traits fiers en constatant que l'autre l'avait retenu plus que de raison… ou bien était-ce lui-même ? Est-ce que ça avait la moindre importance d'ailleurs ? Boarf, non pas vraiment, il n'en avait rien à faire, au final, tout le jeu de leur désir mutuel était de ne pas savoir exactement qui cédait à qui… pour l'instant.

Croisant les bras, sa propre façon de s'empêcher un geste malheureux, il s'assura de nouveau de ses ouailles, puis croisa le regard de l'un des gardes, lui adressant un infime mouvement de la tête. De nouveau, il manqua sourire les traits se détendant, mais se contenta de lui décocher un regard de connivence, ravalant la remarque joueuse qu'il aurait voulu lui expédier sur la façon dont il pouvait lui payer ses heures supplémentaires. Pourtant, ce n'était pas une bonne idée, en cas d'oreilles indiscrètes une fois de plus. Il n'avait pas envie de devoir s'arranger pour faire taire un scandale discrètement, du boulot, il en avait déjà par-dessus le chef après tout. « Quelque-uns oui, mais rien d'insurmontable, le plus gros de l'emmerdement se trouve ailleurs… disons, dans ce qui ne se transforme pas en incident  » Il tourna de nouveau la tête vers lui avec un regard entendu, faisant exprès d'user d'un vocabulaire peu châtié, pour coller avec son personnage. Les incidents étaient majoritairement dû à des élèves qui n'avaient pas encore comprit la situation dans laquelle la Russie se trouvait. Certains, pourtant, retenaient davantage son attention, surtout quand cela tournait autours de la famille de l'Ivanov… Il craignait d'ailleurs de savoir d'où venaient ces incidents, et si un autre membre du cercle originel s'était mit en tête de s'occuper de sa chasse gardée. Le prince déchu allait néanmoins recaler cette conversation à plus tard quand on lui épargna cette peine, une chouette venant délivrer une lettre à son amant.

Haussant un sourcil légèrement, il pivota de moitié, souple sur ses appuis, et se cala contre le mur de pierres froides en observant l'oiseau et l'Ivanov. La vue du cachet lui fit tressaillir les sourcils, un tic nerveux qu'il s'empressa de contenir, déglutissant en attendant de voir ce que Nikolaï dévoilerait du contenu de la lettre, guettant l'expression de son visage pour savoir exactement s'il devait s'inquiéter ou pas. Quelque chose lui disait que ce n'était pas pour des prunes qu'on envoyait une lettre directement entre les mains de son amant et qu'il pouvait peut-être espérer glaner quelques informations intéressantes en la jouant correctement… Et dans ce genre de situation, les nouvelles n'étaient jamais positives. Cynique ? Sans doute, mais pour de bonnes raisons. Et… gagné. Neutre, il observa son vis à vis se crisper, perdre sa gaîté et finalement tirer une gueule de six pieds de long, mâchoire crispée. Pas un instant Pavel ne chercha à attirer son attention, mais quand le regard clair revint vers lui, il lui fit un tout petit signe de la tête, l'avançant d'un demi centimètre en une invitation à la curiosité tiède qui récolta la confidence qu'il attendait. Un hochement de tête et un 'hmhm' tranquille plus tard, et il s'apprêtait à quitter Nikolaï pour préparer les réactions inévitables des ordres qu'on lui donnait. Hors de question de se voir harcelé par le personnel pour avoir des informations. D'autant plus qu'il n'avait rien à jeter en pâture à leur curiosité irrévérencieuse… à moins que ? La nouvelle qui tomba lui fit l'effet d'une douche glacée. Il resta là, impavide, de marbre, à l'observer s'éloigner…

Où était-il déjà ? Soudain, il lui semblait que le monde s'estompait, comme une peinture à l'eau entrain de baver. L'ancien auror jeta un regard alentours, clignant de ses yeux dépareillés, avant de finalement quitter les lieux à son tour, faisant retraite vers son bureau le temps de remettre ses idées en place et faire passer la fureur qui couvait sourdement depuis qu'il avait entendu le nom de l'homme qu'il haïssait le plus au monde. Raspoutine ! Il venait ici ? C'était une occasion idéale de se débarrasser de lui, d'abattre ce serpent perfide et de couper la tête de la Main Noire… Sans ce tyran psychotique, vaincre serait tellement plus simple ! Mais était-ce une bonne idée ? Le mouvement était-il mûre pour cela ? Il avait des doutes, après les pertes subies, qu'ils n'avaient pas encore remplacés… Non, malgré sa rage, malgré ses envies de meurtre, il ne pouvait pas se laisser aller à assouvir sa vengeance maintenant. Les intérêts de l'Ursa devaient passer avant les siens. Pour autant, il ne réussit vraiment à reprendre le contrôle de son esprit qu'après plusieurs verres. La colère couvait encore, virulente, prête à exploser, mais il se sentait progressivement capable de la maîtriser, si cela s'avérait nécessaire. Pour autant, il était moins délicat, et se sentait l'envie de rendre au moins une autre personne aussi misérable qu'il se sentait, si la personne en question ne l'était pas déjà. Se relevant de son fauteuil, il quitta les cachots et alla préparer la réunion demandée par le directeur. Après quoi, il alla déloger l'Ivanov de sa tour d'ivoire.

Deux coups secs, puis il entrait lourdement, refermant manuellement la porte derrière lui et mirant rapidement les lieux jusqu'à trouver sa proie de ses prunelles féroces, le mécontentement acide s'en exsudait, prunelles brillantes d'un narquois agressif qui leur donnait des teintes vertes de reptiles. A ses lèvres flottait un sourire tout aussi grinçant, lèvres scellées sur le corps d'une cigarette américaine faisant office de succédané de soulagement. Un homme dans sa situation se consolait comme il pouvait. « C'est bon, tu l'auras, ton rassemblement… Je n'ai eu qu'à menacer une poignée d'entre eux pour qu'ils arrêtent d'essayer de me tirer les vers du nez  » Régalien jusqu'à la pointe des cheveux, il se laissa tomber dans un fauteuil, croisa ses longues jambes et l'observa attentivement, sans ciller « C'est toujours éclairant de voir à quel point ils peuvent te mépriser au quotidien, mais dès que tu apportes un peu de piment dans leur quotidien étriqué, tu deviens le centre de l'univers, une entité omnisciente qui ne peut que détenir toutes les réponses là tout de suite dans la seconde… Penses-tu, comment ne pourrais-tu pas me dire tout, hein ?  » Un renâclement sec de rire claqua comme la lanière d'un fouet dans le silence, puis il y eut un blanc, et enfin un long soupire, alors qu'il crispait et décrispait ses muscles en baissant légèrement la tête quelques instants. Lorsqu'il la releva, et écarta la cigarette de ses lèvres, le surveillant souffla un long nuage de fumée, avant de pencher la tête sur le côté, un question muette dans le regard.

Mais le silence se poursuivait, et il ne chercha pas à le pousser davantage, pas avant un bon moment, laissant le silence perdurer jusqu'à ce que, d'une voix plus profonde, plus sérieuse, bien qu'il afficha toujours ce petit sourire de requin, il se leva, venant souffler contre son oreille : « C'est pour ce soir ? Il te fait le coup de la visite surprise ?  » Son sourire s'accentua légèrement « J'ai dû prendre mes précautions pour éviter que deux de tes employés disparaissent subitement...  » Il avait envie de le mordre pour se passer les nerfs… littéralement…

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25/5/2017, 23:41
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Ses dents, serrées, avaient fini par faire mal à ses mâchoires, décidant alors de relâcher la pression alors qu’il vidait son verre d’un trait. Son ego était froissé par avance de l’humiliation qui l’attendait. Raspoutine lui avait annoncé en amont, comme pour le laisser déguster toutes les saveurs de la nouvelle… Ou pour le préserver d’une réaction déplacée de l’Ivanov. Mieux valait qu’il ravale sa bile acide maintenant que s’il avait craché son venin sur place sans parvenir à se raisonner. Ce n’était plus une surprise et pour autant, il ne pouvait qu’apprécier la douceur avec laquelle on allait venir faire sa honte. Et il devrait se tenir droit sans broncher avec tout cela. L’alcool brûlait sa gorge alors qu’il fermait les yeux, quelques secondes, la tête en arrière, assis dans son fauteuil au bureau directorial. Il acheva de la paperasse à une vitesse monstre, pour se changer les idées, s’accaparer l’esprit. Les parchemins parfaitement alignés sur son bureau, il terminait de prendre connaissance des derniers rapports. Son école était en ordre… Et lui n’avait plus rien à faire pour occuper son esprit en colère jusqu’à la venue de Raspoutine. Il se maudit d’avoir été trop efficace dans son zèle et d’avoir délégué une grande partie à son surveillant. Il ne pouvait décemment pas boire trop non plus, au risque de ne plus être maître de lui-même à l’arrivée de Raspoutine. Cela aurait donné une sacré image… La cigarette fut son nouvel exutoire. L’idée lui traversa l’esprit que d’aller tringler sa cousine… Mais leur dernière discussion eut tôt fait de le refroidir. La peste prévoyait de projet dans son dos, du moins autant qu’on puisse vraiment cacher quelque chose au legillimens. Rah ! Et dire qu’il avait demandé à Pavel d’organiser ce rassemblement ! Il ne pouvait pas non plus se satisfaire de ce côté, soulager ses nerfs. Une cigarette avait rejoint ses lèvres et à qui aurait de l’imagination, un nuage noir planait au dessus de sa tête, crachant des éclairs.

Il se leva, observant au dehors, par la haute fenêtre derrière son bureau, la neige qui tombait en abondance. Les flocons avaient un mouvent dru, tourbillonnant, violent, qui ne l’apaisait en rien. Bon sang, même cette foutue poudreuse n’était pas fichue de choir délicatement sur le manteau blanc de la terre ! Même elle s’y mettait ! Fulminant de tout son saoul tant qu’il était à l’abri des autress, Nikolaï tourna son regard par dessus son épaule pour voir son surveillant entrer. Sa respiration s’apaisa, son visage se recomposait alors qu’il détournait ses prunelles sur l’extérieur, reprenant de la prestance abandonnée à sa solitude. Il l’entendait se déplacer, s’asseoir tel un prince, tandis que le patriarche se régalait de la façon dont se tordait ses entrailles à l’approche de son amant. Il aimait à quel point cela était viscéral, qu’il lui avait manqué. Dans son costume impeccable, de bonne facture, rien de ce bouillonnement ne se voyait. Il était trop bien élevé pour cela et en silence, il  se délectait de l’envie qui s’insinuait dans ses poumons, percevant sa fragrance lorsqu’il fut si près, l’envoûtant d’un souvenir encore frais et pourtant si lointain soudain. D’une inspiration, profonde, il laissait retomber, à l’expiration, certaines des tensions de haine et de désir, incapable de s’en défaire pleinement tant il y était pris en tenaille. Humain malgré ce que son ego voulait. Il éleva sa main valide pour poser lentement l’extrémité de ses doigts sur les lèvres du fauve maintenant face à lui, se perdant un instant dans les teintes aux lueurs à présent verdoyantes de son regard : « Chhh... » fit-il pour le calmer, comme on tentait d’amadouer un animal. D’un adagio mesuré, il venait refermer ses doigts sur le manche de sa baguette, à l’intérieur de sa veste. Son bras droit, malade, était solidement accroché par l’atèle contre son corps, replié sur le haut de son ventre. « Ce ne sont pas mes employés qui l’intéressent, Pavel. » Souffla-t-il, dégustant avec appréciation la tension de l’attente prolongée qui tendait son corps vers un amant qu’il refusait… Pour l’instant.

Sa baguette se pointait derrière son surveillant, les personnages se mirent à fuir les tableaux à l’informulé qu’il lançait pour avoir la paix, certains pestant dans des langages qu’il ne comprenait. Mais il en avait cure. C’était bien parce qu’il était rarement ici qu’il n’avait pas retiré ces espions des murs de son bureau. « Ce sont des gosses qu’il veut baiser. » expliqua-t-il, dégradant son vocabulaire, pour une fois, laissant transparaître dans l’inflexion aigre de ses lèvres et le froncement animal de son nez, à la fois la désapprobation déçue et l’envie qu’il retenait encore, par jeu. Il tendait le fil à outrance et s’en extasiait. « Des gamins encore inexpérimentés qui ne vont pas comprendre ce qui va leur tomber sur le coin de la figure avec une intensité si grande... » Il marqua sa phrase en suspens, loin d’avoir fini de le faire languir. « Qu’elle en est ridicule pour elle-même. » D’un nouveau geste de la baguette, les carreaux en forme de losanges de verre qui formaient la grande fenêtre derrière lui pivotaient magiquement sur eux même, sans laisser passer l’air du dehors, révélant une face noire. La pénombre s’abattait dans le bureau. Sa voix grondante se fit souffle, comme s’il craignait de froisser les ténèbres : « Mais dans ce qu’elle ‘camoufle’ comme une mascarade, elle est d’une humiliation remarquable. » La sienne. Le feu de la cheminée, naissant, vint lentement éclairer le lieu, alors que les bougies des différents chandeliers de la pièce s’ornaient d’une flamme qui s’éveillait comme un bourgeon à l’éclosion. Le coup de la visite surprise dont parlait Pavel était bien peu de chose en vérité. « C’est moi qu’il vient baiser. Comme on recadre une épouse infidèle. » D’un geste lent, il venait ranger sa baguette, ayant terminé, finalement, de les mettre à l’abri des regards lorsque la bulle de silence qui les couvait, termina d’être formée. L’aveu de l’infidélité été cocasse. Pour Nikolaï, elle n’était que la représentation de ce qui s’était passé lorsqu’il avait tué Igor Ivanov, et plus généralement ces liens qu’il tissait lors des dîners, refermant sa poigne sur la Douma, tout politicien qu’il était, offrant à Pavel un château prometteur mais à ses yeux, moins appétissant pour l’heure. Pour Pavel, l’infidélité avait un second sens quand on savait que le patriarche trompait le leader de la Main Noire pour l’un des fondateurs de l’Ursa Major. Douce ironie.

Laissant de côté le sujet qui lui faisait froncer les sourcils, son visage s’éclaira tout doucement d’un sourire amusé, le souffle chaud du désir qu’il contenait, pour le divertissement et les sensations frissonnantes que cela lui procurait. Il sentait bien la frénésie de l’animal qui l’avait gentiment écouté, patienté qu’il termine de circonscrire leur intimité avec une langueur indécente, joueuse. Il le voyait dans le mouvements des lumières aux iris de ses yeux, dans sa respiration, son sourire carnassier aux crocs qui rêvaient de mordre. Oh oui, il le pressentait. « Tu es agité, Pavel. » Il captait l’ombre de ses prunelles, encore et toujours, et se heurtait au mur, au barrage de son esprit. Parfois, il s’interrogeait sur ce que pouvait bien cacher cet homme avec une détermination si grande. Tout le monde gardait un cadavre sous son lit, une mauvaise histoire, une sombre épopée, un vieux cauchemar. Il s’amusait à gratter à sa porte, les ongles contre le bois rugueux de ses secrets, est-ce qu’il le sentait ? « Ton regard. » Comme l’eau trouble, miroir aux reflets mouvementés, qui se déplaçaient, déformés, altérés, au dessus d’un jardin secret, camouflé d’une végétation dense et protégé des épines des ronces, dans une obédience formelle à sa respiration. Son rythme profond. « Ton corps. » Sa  main valide empoignait délicatement mais fermement l’extrémité de sa cravate, s’y enroulant pour en favoriser l’emprise comme on prend clairement en laisse un chien. « T’ai-je manqué ? » le titilla-t-il, tout à fait conscient qu’il pouvait tout aussi bien récolter une soufflante pour l’abandon dont Koldovstoretz avait été l’objet, et le surveillant par le même effet. Il le taquinait, cherchant au choix à l’enflammer ou à le faire gronder, d’effet similaire en définitive, et ses lèvres venaient s’écraser avec violence sur les siennes, dévorant plus qu’il n’embrassait, ou peut-être les deux. Il mordait, reculait le visage, cherchant à lui échapper, à épargner son bras douloureux qui s’était brusquement retrouvé cloîtré, compressé entre leur deux êtres, par la force des choses, leur rapprochement. « Ou sont-ce les signes de ce qui se musse dans ton esprit bien gardé ? »
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28/5/2017, 15:51
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Par pur égoïsme et fierté, il décida arbitrairement que c'était lui qui lui faisait de l'effet, en le voyant se détendre à sa proximité, en tirant un autre sourire féroce à ses lèvres, qui ne fit que s'accentuer au contact de ses doigts froids. L'ex-auror l'avait déjà remarqué la fois précédente, mais l'Ivanov avait tendance à avoir certaines extrémités un peu froides, quand rien n'était fait pour le réchauffer. Peut-être fallait-il alors qu'il se charge de ce confort justement ? Immédiatement, il accrocha ses prunelles, plongeant dedans sans hésiter un instant. « Oh ? » fit-il, n'ayant pas besoin de feindre tant la curiosité qu'un fond d'incrédulité méprisante. Le prince déchu n'avait jamais caché ses vues ambivalentes sur la faune locale, mais à ses yeux, il n'y avait pas photo, si Raspoutine venait c'était forcément pour ceux qui avaient un tantinet d'intérêt, à savoir le personnel… Instinctivement, il inspira, goûtant la proximité de l'autre sans s'autoriser à céder aux images tentantes qui dansaient dans son esprit. Fauve alerte, il la sentait, la tension réciproque, le miroir, l'écho de son propre désir, se crispant et lui raclant déjà les tripes, le poussant vers l'autre sans qu'il s'autorise à rompre la corde et la discipline qu'il maintenait à grand peine. Avait-il pensé le trouver dans un tel état e allant le trouver dans cette tour d'ivoire ? Pas exactement, pas dans d'aussi bonnes dispositions. Vaguement, la part objective de son esprit notait qu'il y avait là une faille à exploiter, comme une petite voix dérangeante faisant des remarques dans le fond de son oreille… Le problème, c'était que son état de nerfs actuel l'empêchait de l'écouter sans une saine dose de mauvaise foi et d'égoïsme cultivé. Il n'était pas d'humeur à jouer les manipulateurs, pas encore tout du moins. Le tumulte qu'il voyait dans les yeux bleus face aux siens, sans pourtant parvenir à en distinguer tous les fils, il le comprenait instinctivement. Il avait pensé le trouver en colère oui, mais désireux… pas vraiment.

Un instant, son regard glissa, tournant en coin vers le reste de la pièce où l'autre déployait sa magie, et décida en bon trouble fête d'ignorer totalement le manège de Nikolaï envers les tableaux. Pour autant, il reconnaissait les détails de certaines de ces véhémentes imprécations, et s'en amusa juste assez pour être prit par surprise à l'affirmation qu'il récolta de la part du directeur. Pendant un quart de minute, il fut évident, au drôle de regard qu'il décocha à l'Ivanov, qu'il avait très mal interprété ses propos et venait sans doute d'en récolter une image à lui faire passer sa libido pour le prochain siècle. Raspoutine, pédophile ? Il pensait pourtant qu'il n'y avait que le patriarche des Yuan pour sombrer dans de tels extrêmes… Naïf ? Oui sans doute, pour autant il fallait se résonner, ce n'était pas trop le style du mage noir. Ou alors si…. ? Pourquoi avait-il le masochisme d'y réfléchir sérieusement ? Se secouant comme un chien mouillé, clignant même des yeux pour chasser ce que cela lui inspirait, il se concentra une nouvelle fois sur son interlocuteur. De nouveau, il inspira profondément, fermement décidé à se remettre dans l'humeur du jeu après ce conséquent raté. C'était des gamins pour lesquels il venait ? Non, impossible, l'autre se payait sa poire, ça ne pouvait être que cela… Ses prunelles affichèrent leur incrédulité, leur perplexité railleuse, défiant l'autre de continuer à lui servir une histoire aussi abracadabrante. Que ne décidait-il pas de le faire taire d'un baisé ravageur pour ne plus entendre de telles inepties. « Tu m'en diras tant... » griffa-t-il, avec une mimique aigre qui se dissipa bien vite en voyant à quel point l'autre était sérieux, dans son jeu. La lumière diminua, se tamisant, émoussant les contours des objets et des silhouettes sans qu'il y prête réellement attention, trop occupé qu'il était à boire les yeux d'eau et de glace qui miraient les siens.

Penchant légèrement la tête, en réponse au soudain murmure soyeux dont il se paraît, le prince se jura de lui faire donner de la voix s'il finissait par lui sauter dessus. Pour autant, il ne le poussa pas à continuer car il était déjà certain que Nikolaï le ferait de lui-même, lui ayant déjà prouvé qu'il aimait à s'épancher auprès de lui, fort sans doute de la certitude qu'il donnait de ne pas être trahit de ses confessions… Et… bingo. Ses sourcils se joignirent presque tant il les fronça, se surprenant lui-même à une pointe de jalousie à l'idée que son plus grand ennemi vienne jouer ici, sur son territoire, avec son jouet à lui. Sans être possessif, il y avait des limites à sa capacité à prêter ses affaires, que ce soit une image ou une intention littérale. Ses yeux s'étaient assombris avec la luminosité, prenant des teintes cendrées, mais toujours habités d'une dangereuse lueur de violence contenue. Pourtant, ce fut un large sourire ironique qu'il lui servit sur un plateau, riant silencieusement malgré tout, capable comme lui seul le pouvait, de rire de sa propre situation inextricable. Le jour où son amant apprendrait la vérité jetterait un nouveau jour sur nombreux de leurs échanges, sans aucun doute. Pour autant, il ne fit pas de commentaire, pas immédiatement, continuant de l'observer à mi-chemin de la colère et de l'amusement, se demandant vaguement dans un coin de son esprit comment il parvenait à ne pas exploser sous toutes ces émotions contraires.

L'observation lui fit dévoiler plus avant les crocs, ou bien était-ce la sensation de sa légilimencie s'écrasant lamentablement sur le rempart de son esprit ? Goguenard, il pencha la tête avec un air de défi à l'affection joueuse et narquoise. Pourtant il ne le repoussait pas réellement, il ne l'expulsait pas de son esprit, à aucun moment, au contraire, il le laissait venir, l'y invitait, l'accueillait dans le confort d'une intimité plus délicate encore que celle de ses chairs… Cela lui plaisait de le voir essayer, et il n'était pas inconfortable de porter ce si léger tiraillement qui dénotait, pour ceux ayant l'habitude, la présence d'un regard sur ce qui se trouvait dissimulé là. Pourtant, il ne lui abandonnait pas même une pensée sommaire. « Hm » huma-t-il tout bas, le léger contact de la main alors qu'elle se refermait sur le nœud de sa cravate le fit vibrer violemment, les muscles bandés pendant un bref instant, comme s'il avait manqué se jeter sur lui, physiquement, et pourtant il se contentait de l'embraser de son regard. Légèrement, mais parfaitement volontairement, il tira un peu dans l'autre sens, testant la tension de la longe qu'il semblait vouloir lui imposer.

La question le fit sourire mais il n'eut pas l'occasion de répliquer qu'il récoltait un baisé sauvage qu'il n'attendait plus sur l'instant. Bien content de ne pas avoir cédé le premier, il s'autorisa donc à en profiter, à combattre, crocs contre crocs, déchirant la pulpe, goûtant le sang… Il pouvait en profiter, il le méritait ! N'avait-il pas été 'sage' jusque là ? Il le sentit plus qu'il ne le vit essayer de reculer hors de sa portée et, sans réfléchir, l'attrapa, fort heureusement du bon côté, refermant une poigne d'acier sur son bras et tirant, le piégeant entre le mur et lui, l'y poussant lentement sans relâcher l'accroche qu'il s'était donné. Ses iris étaient légèrement dilatées, comme sous l'effet d'une drogue, et en un sens, s'en était une et son petit nom était violence… la même qui sourdait chez l'autre, une violence qu'ils ne pouvaient pas montrer aux yeux du monde extérieur. La seule douceur qu'il avait à son égard était de ne pas le bloquer du côté de son bras blessé, mais il était claire que sur sa peau naturellement pâle, il risquait d'avoir une belle impression de ses doigts. « Tu aimerais savoir ce que j'ai dans la tête, hein ? » Le ton était joueur, amusé, mais avec cet accroc qui cachait une cruauté ne demandant qu'à s'enflammer. « Je te sens... » souffla-t-il, la voix basse, sourde, rauque comme le grondement d'un animal.

Il le repoussa encore vers le mur, un pas, puis un autre, ses lèvres frôlant les siennes, légèrement penché pour être à sa hauteur. Nikolaï n'était pas petit, c'était lui qui était hors normes. « Je sens quand tu viens te glisser le long de mes murailles, je sens tes doigts, ta présence... » Ils se touchaient presque mais n'étaient pourtant unis que par la main dont il lui broyait presque le bras et leurs regards joints… et son sourire ne cessait de s'élargir. « Qu'est-ce que ça te fait, de ne pas pouvoir savoir ce que je pense ? Est-ce que ça te frustre ? Ou bien... » Il pencha la tête, l'embrassant presque, buvant son souffle avec délectation « Ou bien est-ce que ça te titille ? » Il passa lentement le long de la mâchoire mangée de barbe, remontant vers l'oreille qu'il mordilla à peine, jouant avec les nerfs délicats à fleur de chair avant de continuer, brisant à peine le silence de sa voix, la respiration lourde de désir. « Si tu veux un coup d’œil, il va falloir le gagner… » Fermant un instant les yeux, il inspira profondément dans le parfum de l'autre, laissant la suite se faire un moment désirer avant qu'il ne reprenne, voulant savourer, prendre son temps. En un sens, cela apaisait une partie de sa frustration.

« L'ai-je déjà dis ? Je n'ai rien hérité d'extravagant. Mais ce qu'il y a sous mon petit crâne, ça, c'est précieux… Je ne vais pas le confier à n'importe qui » Est-ce que cela lui rappelait quelque chose ? Son propre avis sur la question de la confiance, fort partagé cela étant. « Faisons en ton prix final, hm ? Ta confiance contre...mhm ? » Il le laissa à son imagination, peut-être même à sa perversion, car après tout, ce serait entrer sur un territoire totalement vierge, dans lequel personne, jamais, ne s'était insinué. Lorsque lui se sentirait suffisamment en confiance, alors de même, il lui laisserait une occasion de s'introduire dans ses protections… « Pari tenu ? » Joueur, il vint lui lisser la cravate de deux doigts avant de tirer un peu dessus, avant de lui décocha son expression la plus charmeuse et la plus malicieuse. « Avoue, JE t'ai manqué » Ricanant, il le poussa enfin complètement contre le mur, et marqua un arrêt avec un juron sifflé entre ses dents lorsqu'il manqua d'envoyer un coup dans le bras supplicié de son amant.

Sur le coup, la colère et l'exaspération dérisoire brillèrent dans son regard et il éclata finalement d'un grand rire sonore, une partie de la tension vindicative qui l'habitait s'évaporant sur le champ alors qu'il reposait le front sur son épaule…. « T'as jamais pensé à te le faire couper ? Remarque, tu tiendrais moins bien les cartes… » Expirant sèchement, il ne bougea pas mais laissa sa min venir se glisser dans le creux entre cou et épaule, sur la naissance de la clavicule, puis sur la nuque, enfouissant les doigts dans les mèches sombres. Son souffle était lourd, brûlant, et il se redressa finalement, se massant contre lui, un bref instant, mains de chaque côtés de son visage. Un sourire crochu, tordu, lui grimpa aux lèvres comme une araignée, allant de pair avec le regard qu'il lui dédiait, l'observant comme on observait sa future victime de vivisection… « Oui, je suis agité… » Il eut un rire « Je suis en colère » Et il avait envie de faire passer cette colère, d'exsuder toute la rage en lui, celle qu'il contenait encore. Il en avait tant… Son cœur était une brasier ne demandant qu'à s'aviver du moindre souffle de vent, alors une tempête pareille.

« Si tu es une épouse infidèle, est-ce que je me considère l'amant chanceux ou est-ce que je dois t'imaginer au milieu d'une orgie romaine ? » Taquin, il vint l'embrasser, goûtant le sang, réouvrant une plaie à peine colmatée avec un grondement de bien-être, de plaisir pervers… quelques instants, il joua avec la plaie avant de venir lui mordiller la chair tendre de la gorge, agaçant sans lui laisser de marque, se réservant ce plaisir pour un peu plus tard. Ils avaient le temps, ils avaient largement le temps jusqu'à la fin d'après-midi… « Il t'a écarté... » Neutre, le ton semblait blanc, tandis que ses lèvres descendaient vers le col de sa chemise, et qu'une de ses mains venait défaire le nœud de la cravate pour la faire glisser, se retenant de la jeter à terre cependant, il lui trouverait un usage bien assez vite.Nikolaï avait joué, lui aussi comptait bien le faire… « de ton siège de pouvoir, pour t'envoyer ici, un joli titre en apparence, tu te retrouves à la tête de la construction de sa future armée, mais au final, ça ne t'apporte pas grand-chose, tu sièges, tu te contente de prendre un air important, de faire peur et de laisser les professeurs éduquer selon tes directives, et quoi ? Pendant ce temps, la Douma progresse, et si tu n'y prête pas attention, elle le fera sans toi » La ceinture fut à son tour délacée et retirée, la boucle en métal tinta par terre lorsqu'elle percuta le plancher «Ici, tu es fantoche. Juste une figure en fin de compte. Peut-être ne voulait-il pas de rival, ou bien son ego ne supportait-il pas que l'attention se détourne de lui, tout simplement… et pourtant tu as décidé de ne pas te laisser enterrer... »

Une pointe de moquerie ou bien de triomphe dans sa voix ? Peut-être les deux, le tout ponctué d'un grondement animal tandis qu'il plongeait ses dents dans la peau tendue de la clavicule, suçant un bref instant le flot carmin, le désir lui tordant soudain les tripes, attisant un besoin primaire et lugubre.. « Et il n'a pas aimé » Avait-il même réussit à se faire comprendre, tant sa voix feulait, dangereuse dans ses accents au plaisir saturé d'une colère comme un alcool fort. « Il t'écarte encore une fois pour prendre la vedette, pour te montrer que même ce caveau honorifique, il pourrait te le retirer, qu'il n'est pas vraiment tient… » Les pans blancs s'écartaient sous ses mains alors qu'il se baissait, flattant les muscles durs et bien dessinés de son attention, mordant parfois sans briser la peau, juste pour le plaisir de le voir tressaillir « Tu crois que ça me plaît ? » Officiellement, il avait misé sur Nikolaï après tout, ça ne pouvait pas lui faire plaisir de voir l'autre radiner pour grappiller des miettes de gloire sur le dos de leurs efforts… enfin, surtout des siens en fait, concernant l'école, mais c'était de bonne guerre que d'en concéder une partie à son amant. « Il t'utilise… » Son regard, entendu, se releva vers le sien alors qu'il mettait le genou à terre pour se trouver à hauteur idéale. Le sous-entendu ne manquerait pas d'être perçu, sans doute. Avec un règne basé sur la violence, la délation et des mesures quasi inquisitoires, personne ne s'attendait à ce que le principal instigateur se montre beau joueur. Dès que Nikolaï aurait cessé d'être utile, ou que la balance de l'utilité et de la menace s'inverserait… Et puis, les Ivanov n'étaient eux-mêmes pas connus pour être très loyaux.

Ses doigts défirent les boutons, écartèrent le tissu… « Hm » Sa main plongea sous le tissu, l'écarta « Trouves-moi une seule action d'envergure, récente, qu'on lui doive… parce qu'à part siéger dans son repaire, personnellement, j'ai du mal à trouver ce qu'il peut bien faire par lui-même…. » La poigne se referma, son regard se fit dur et défiant « Oh... » Voix moqueusement désolée « Je pousse le bouchon un peu loin peut-être ? » Voix railleuse, puis joueuse et lascive alors qu'il ajoutait « Je devrais peut-être m'occuper à autre chose... » Il retourna à sa peau, sans avoir l'air d'y toucher, le laissant réfléchir. Ah oui, il n'était pourtant pas d'humeur manipulatrice… à croire que tout pouvait changer !


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5/6/2017, 17:41
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La poigne qui se refermait sur son bras valide accrocha ses prunelles aux siennes, brillantes d’une infinie lueur de défi éthéré, rongée par les attraits grondant de son désir titillé par la brutalité qu’on lui offrait en pâture. Et lui, affamé, dévorait sans la moindre once de remord, avec pour seule retenue la rigueur qu’il imposait à son corps forcé au port altier, droit et fier jusqu’au bout des ongles, un roi pour le peuple sorcier de Russie. Un sourire étirait clairement ses lèvres, sans aucune ambiguïté sur la satisfaction procurée par la présence du fauve. Il le sentait, ses doigts enfoncés dans sa peau sans être jugulés. Bien sûr qu’il aimerait savoir ce qu’il y avait dans cette tête, ne serait-ce que par prudence, sinon par outrancière curiosité et déviante attirance. Il était bien trop habitué à percer les esprits, à les connaître par cœur pour les manipuler. Celui-là lui échappait et s’il aurait du le repousser, il ne pouvait se réfuter qu’il appréciait ne pas savoir, se noyer dans une ignorance bienvenue… Mais provisoire. Car il savait tout autant qu’il ne la supporterait pas éternellement. Il irriguait ses poumons du souffle de son amant, ses doigts caressaient la muraille de son esprit, marchant tout du long, sans frapper, sans forcer : il s’épuiserait en vain. En revanche, il lui plaisait de mirer, toucher les frontières de l’inaccessible comme un prédateur qui tourne autour d’une proie enfouie dans le fond de son terrier. Pour l’heure, il ne pouvait l’atteindre, mais... Nikolaï était un homme patient.

Sa confiance en paiement. Le pourrait-il seulement ? Sauter aveuglément dans le vide et croire dur comme fer que son amant viendrait le rattraper plutôt que de le regarder s’écraser au sol en pertes et fracas. Non, jamais. Il savait qu’il ne céderait jamais complètement, qu’il était bien trop prudent pour accorder une confiance à un homme qui faisait tant d’effort à se cacher de lui. L’accès à son esprit ne pouvait que se trouver sur le chemin de sa confiance et non à son terme. Ils n’en étaient toutefois pas encore rendu là et il savait que Pavel s’en rendrait bien compte, lorsque cela bloquerait, lorsqu’il ne pourrait plus aller plus loin, ses pieds scellés dans un refus d’avancer plus en avant avec lui. Le pas fatidique qui inverserait sa valeur de dangerosité avec celle de son utilité. Il laissa le pari de côté, dédaignant d’y miser son intégrité, et sourit au manque qu’il lui retournait. Son dos vint à toucher le mur, repoussé, se tendant un instant en voyant l’autre être à deux doigts de s’affaisser sur son bras mutilé. « Jamais. » répondit-il fermement lorsqu’on lui évoqua la possibilité de se couper un bras. Il avait déjà perdu ce membre, mais il était encore là, quoique douloureux et faiblesse de son corps. Il était là et lui donnait l’espoir d’être à nouveau entier.

Tandis que le fauve s’apaisait, la tête sur son épaule, le Patriarche défaisait l’atèle et libérait son bras d’entre eux, pour le garder à l’écart de leur altercation. Sa main valide parcourrait le torse de son amant, à travers sa chemise. Il cheminait sur les formes attirantes de ses muscles, cherchant à l’enflammer dans leur cage vestimentaire qu’il froissait d’envie sans l’en libérer un seul instant, par sadisme. Le patriarche se jetait dans les vibrations violentes de ses prunelles, flattant les pulsions sauvages qui y nichaient comme autant de serpents prêts à mordre. Il la sentait, sa colère, bien avant que ses mots ne lui donnent un nom et un sens. Il la sentait vivante et vivifiante, il la sentait comme l’écho hurlant de la sienne, le miroir à son courroux autant qu’à sa violence. Et puis la question l’étonna. Hm ? Son amant craignait-il d’être un parmi d’autres ? Nikolaï n’eut pas le temps de se moquer que ses lèvres étaient dévorées, lui-même lui rendant sa férocité, s’enivrant du métal de son sang et la saveur de sa chair convoitée. Il lâcha finalement un rire et taquin autant que railleur, il s’amusait : « Ne sois pas jaloux... » Il ne répondait toutefois pas plus à sa question, ne lui révélant pas encore l’ampleur de la tromperie qu’il infligeait à Raspoutine. Il avait beaucoup de relations. Mais d’aucune ne ressemblait une orgie si ce n’était la toile d’araignée aux accords politiques qu’il nouait pour croître toujours plus en influence.

Son leader le savait. Il l’avait écarté et les mots de Pavel n’étaient qu’un pieu qu’on enfonçait dans une plaie déjà béante. Un blessure, comme de nombreuses qu’ils s’infligeaient, si ce n’était que celle-ci n’avait rien de physique. Il laissait sa tête basculer lentement en arrière, les yeux fermés comme s’il intimait le prédateur à mordre et s’offrait, assommé par le coup qu’on venait de lui porter. Le feu grondait en lui, attisé par l’huile qu’on y jetait aveuglément. Savait-il seulement à quel point il s’agissait déjà d’un brasier violent ? S’il n’avait pas acquis ce sang-froid inébranlable qui faisait sa solidité, il aurait explosé, purement et simplement sans demander son reste. Il aurait explosé et conduit sa lignée à sa perte en affrontant Raspoutine et en mourant. Le tintement de la boucle en métal sur le sol le sortit de sa léthargie, du calme dans lequel il s’enfermait, par prudence. Il inspira violemment l’air à sa morsure puis lâcha un grognement d’ours satisfait, sa poigne se referma sur sa chemise. Il retirait la laisse que formait la cravate de son amant autour de son cou, tirant d’un geste sec et net. Son regard l’affrontait, l’observait, grondant intérieurement de sa colère et son orgueil démesurés alors que l’autre descendait et s’emparait de son corps répondant en tensions aux caresses et morcellements.

Il se raidit, enfin, craignant la morsure castratrice. Les bras écartés, il se figeait quelques secondes, dans l’expectative, et enfin, s’apaisait. Il cédait une part de sa confiance pour en profiter. Ses yeux se fermaient de bien-être, ses reins inondés d’une chaleur tenue. Un soupir de satisfaction, puis un sourire d’allégresse sur ses lèvres meurtries, et enfin un juron alors qu’il ouvrait les yeux pour mirer son amant à l’œuvre. Avec précaution et lenteur, il retirait sa veste et sa chemise ouvertes tout en évitant le moindre geste brusque. Il se mettait à l’aise et ses pulsions dominantes se rassasiaient du spectacle d’un fauve à ses pieds, son attention portée sur son contentement. Et il faisait cela très bien, le bougre. Sa main valide vint, dans un geste naturel, se loger dans une nuque qu’il massait comme on félicite un animal docile, l’intimant à poursuivre ce dont il se délectait.Il agrippait ses cheveux dans le creux de sa poigne, laissant les minutes s’égrainer dans le sablier universel. « Il m’utilise. » répéta-t-il, le ton calme malgré sa respiration et les battements de son cœur qui s’étaient accélérés. « Et je l’utilise. » S’il n’avait pas attaqué son leader, ne s’était que parce que sa relation avec lui était encore utile pour ce qu’il préparait. Il entretenait cette relation, parce qu’il avait du temps à gagner. « Je t’utilise… Comme tu m’utilises. » Il lui soulignait qu’il avait parfaitement remarqué ce que Pavel était en train de faire. Fort habillement, au demeurant, mais Nikolaï était loin d’être stupide.

Lentement, il tira sur ses cheveux pour reculer sa tête et sa chair humide criait la perte douloureuse. Il inspirait, jugulant son désir frustré, interrompu, se battant pour lui faire relever la tête en tirant sur ses cheveux et il se penchait en avant, vers lui, son visage proche du sien le surplombait, dominance adorée et sublimée. « C’est le propre de l’homme, il n’a de relation que pour ce qu’elle peut lui offrir de matériel comme d’immatériel. La confiance, la satisfaction, l’accomplissement… La vie. » Pas sa propre vie, bien qu’elle en découlait. C’était la vie des siens qui lui importaitt : « J’ai tellement à gagner à le laisser me faire du mal. » Il n’empêchait qu’il allait sérieusement souffrir, ce soir. Il serrait ses mâchoires alors que ses yeux d’un bleu si clair s’imprégnaient soudain d’une violence si noire, comme le signe avant-coureur de la gifle brutale et furieuse qu’il lui assena sur la joue, son revers venant gâter l’autre rapidement. Son pied profitait de l’égarement pour le repousser en arrière : son dos rencontra lourdement le sol. Ça n’était pas tant nouveau, le Patriarche n’avait jamais retenu ses coups avec Pavel. C’était d’ailleurs l’une des choses qu’il appréciait tant avec lui. Il vint s’installer comme un roi sur son trône, à califourchon sur son bas ventre. La caresse sur le torse encore vêtu de son amant vint lui rappeler son affection latente, pour l’apaiser. « Je n’ai pas de maître, Pacha. » souffla-t-il, un sourire marquant ses lèvres de façon dangereuse alors qu’il se penchait sur lui.

Son avant-bras valide s’appuyait sur le torse de son amant, horizontalement alors qu’il se mettait à rire, amusé par l’idée même d’accepter un jour la moindre laisse. Ce n’était pas son tempérament. Pas de façon volontaire et idolâtre du moins. Il dévora ses lèvres, arrachant sa chair pulpeuse, fragile, lâchant un gémissement de satisfaction avant de se redresser et de reproduire un geste déjà usité : il arrachait la chemise, redécouvrait sa peau. Un rictus agrandit son sourire à la vision de cette marque, celle du coup de ceinture qui était presque partie : « Hm… Il était temps que je revienne, tu permets ? » Son attention fut détournée par son bras droit, tremblotant de douleur après les mouvements brusques qu’il venait d’effectuer. Il serrait les dents et son regard revenait vers lui, reléguant résolument sa douleur au second plan. Son bras gauche passait dans son propre dos, détachant à l’aveugle la ceinture de son surveillant avant de tirer sur le cuir pour le récupérer. « Ce château où il m’a écarté, il ne peut plus me le retirer… Je serai toujours ici, d’une façon ou d’une autre. Comme je n’ai jamais vraiment quitté la Douma. Je n’en ai pas torturé l’ancien directeur pour dans la simple perspective de l’exhiber comme un trophée au corps professoral, à la rentrée. C’était disons… Un objectif secondaire. » Son expression s’était faite plus joueuse alors qu’il prenait en main ce qu’il transformait en outil de torture en le pliant méticuleusement en deux, dans une boucle parfaite.

« Dans sa tête, je me suis nourri de ses peurs et de sa cupidité, brisé sa blancheur incarnée pour le mettre face à sa propre horreur. Je l’ai rendu fou, je l’ai fait cédé, je lui ai tout pris et lorsque j’ai mutilé son corps, son esprit était déjà mort. » Le cuir venait langoureusement caresser la peau libérée de son buste, promesse du coup sec qu’il donnerait bientôt. Il aimait le faire languir. « Ce château est ni plus ni moins que la bâtisse érigée par quatre puissants sorciers de Russie qui avaient à cœur l’éducation de leurs enfants… Et plus que tout leur protection. » Il leva délicatement la main, venant montrer à la vue de son amant la rose blanche comme tatoué à l’encre au niveau du métacarpe de son pouce. « Il se trouve que j’avais quelques… Prédispositions. Une capacité à comprendre comment prendre possession… De murs. Belyy Tsvetok. » La fleur blanche, le nom du domaine de son père. Raspoutine pouvait venir le remettre à sa place. Il pouvait l’irradier de colère, s’amuser de sa honte car il ne pouvait pas nier que de tels sentiments le brûleraient intensément. Mais, Nikolaï vivant, cette école ne lui appartiendrait jamais plus. Le claquement du cuir déchira la chair de son amant. Il savourait la crispation de ses abdominaux qu’il percevait entre ses cuisses, le tumulte de sa respiration. Il frappait une seconde fois, frissonnant devant sa résistance impeccable. Il avait cessé de retenir ses coups et cela lui faisait un bien fou.
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6/6/2017, 22:37
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Ses yeux sourdaient, palpitant d'une vie exacerbée, coléreuse et moqueuse tout à la fois, la rage au cœur,  et le défi aux lèvres. Il était satisfait de la façon dont l'Ivanov lui répondait, et pas seulement physiquement, quoi qu'il fut relativement soulagé que la réaction n'eut pas été l'inverse de toutes celles offertes jusque là. C'était à son rythme qu'ils dansaient, sur sa partition, même si son amant ne s'en rendait pas compte… Ce qu'il découvrait n'était finalement que ce qu'il laissait voir, mais ce qui se cachait derrière l'était encore, habilement dissimulé. Mais il était vrai qu'il ne se réfutait pas d'utiliser leur alliance pour asseoir son autorité et après tout, c'était à sa discrétion, non ? C'était naturel, pouvait-on réellement s'attendre à ce qu'il soit bête et aveuglément, naïvement loyal alors qu'il ne s'était jamais présenté ainsi ? Goguenard, il s'appliqua d'autant plus à ce qu'il lui offrait, comme en récompense pour cette juste affirmation. La prise sur sa nuque se renforça sensiblement, et l'ex-auror le relâcha, relevant le visage vers lui avec un haussement de sourcil amusé. Ses lèvres s'ourlèrent sur un sourire en le voyant ainsi se crisper instinctivement, ne sachant que trop bien le supplice qu'il s'infligeait à lui demander d'arrêter aussi tôt… Les doigts refermés contre ses boucles sombres tiraient, instillant une forme d'inconfort douloureuse dans son cuir chevelu, qu'il décida purement et simplement d'ignorer. Joueur, il bataillait, se refusant à simplement faire ce qu'il lui ordonnait, et ce d'autant plus en cet instant, il avait envie d'un bras de fer, d'une violente collision. De nouveau, ses yeux rirent, le défiant de croire même à ce qu'il énonçait… Ah Nikolaï, il aimait simplifier les choses pour son propre compte. Mais dans les prunelles fauves et disgracieuses, la réponse ne nécessitait aucune légilimancie pour être lue. Il souffrirait tout de même, et il le détesterait, même s'il se persuadait de ce qu'il avait à y gagner. Ces deux choses ne s'annulaient pas, elles n'étaient pas contraires même si ça pouvait lui plaire de le penser.

Il la vit, la lueur dans ses yeux, mais il ne chercha pas à fuir, au contraire, accueillant la douleur vive et passagère sur chaque joue. Le coup n'avait pas même fait vaciller le sourire à ses lèvres, qui se transforma en rire farouche alors qu'il tombait en arrière. Se redressant sur les avant-bras, il le regarda s'installer sur lui en frémissant, les nerfs de nouveau éveillés par la rudesse… Ah, pas de maître, hein ? Peut-être que cela changerait, oui peut-être. « Mhm ? » Railleur, il ne cherchait pas à le cacher, pas plus qu'il ne cherchait à l'éviter, lèvres contre lèvres, crocs contre crocs, leurs sang mêlés l'un à l'autre dans un baiser animal. Il libéra un bras, suffisamment musclé pour pouvoir se soutenir sur un seul, et de la main laissée active, venait lui masser la nuque, et serrer les mèches ébènes, buvant un bref instant cet aveux informulé avant de se laisser retomber, ricanant devant le peu de soin qu'il prenait de ses chemises. Et bien décidément… Pensivement, il pressa les lèvres, happant la trace carmine qui les ornait. Pas de maître hein ? Peut-être en avait-il déjà un en un sens… «  Mais je t'en prie » Il prit la pose, se faisant aussi pacha que son surnom, en attendant qu'il fasse ce qu'il savait déjà que son amant ferait. Leurs regards se croisèrent, brûlant tous deux d'une flamme différente mais non moins puissante, bleu sur or moucheté, et son sourire se fit plus ténue mais plus connivent en voyant sa résolution silencieuse s'affermir, appréciateur de l'effort. Ses hanches le soulevèrent très légèrement, pour permettre à la ceinture de glisser, sans qu'il fasse le moindre commentaire ou qu'il ne cherche à le détourner. Son souffle frémit au passage du cuir sur sa peau marquée… par lui, mais pas seulement, le derme était une histoire muette de ses anciens succès, des duels gagnés, de ceux qu'il avait arrêté…

Certaines des marques étaient profondes, même après avoir été guéries. Mais aucune n'était aussi profonde que ce qui palpitait dans ses veines et son cœur. Et qui rugit, se cabrant quand sa chair s'ouvrit, et que le sang coula subitement tandis que sa silhouette puissante se crispait, poings noués, muscles contractés, sa nuque retombant en arrière, alors qu'il grondait de douleur et de plaisir mêlés. Second coup, il se crispa plus encore mais ne céda pas un seul pouce de terrain, endurant avec ce sourire animal, les prunelles ardentes, allumées d'un brasier qui réclamait le combat à corps et à cris. Joueur, il le laissa faire,un moment, savourant cette mise en jambe, jusqu'à sentir le besoin féroce lui labourer les entrailles… Il eut un geste vif, l'attrapant à la gorge et se redressant, plaquant leurs corps l'un contre l'autre, sans rien laisser à l'imagination des conséquences de l'érotisme qu'ils entretenaient et qu'eux seuls savaient appréciés. Sur la carotide palpitante, sa poigne s'avérait ferme, suffocante, et pourtant, pas suffisante pour le tuer. Tremblant d'une maîtrise vacillante, il vint lui gronder à l'oreille. « Tu auras beau chanter la trille de la raison Nikolaï tu continue de brûler... » Leurs lèvres se touchaient presque, tandis qu'il haletait, souriant comme un damné devant son futur supplice sans le moindre repentir. « Tu exècres l'idée de devoir manger dans la main de qui que ce soit et pourtant c'est ce que tu fais, en te convainquant que tu vas toujours tirer ton épingle du jeu… mais au fond, même si c'est le cas… tu abhorres ton rôle dans cette mise en scène ». Sa main le relâcha, rudement, et il suivit des doigts le contour de sa jugulaire, pour tomber finalement sur la clavicule marquée. Le prince inspira profondément, et ses doigts se nouèrent sur la lanière libre de la ceinture.

« Frappe » défia-t-il, tirant sur le cuir, donnant de la résistance à sa poigne. Il voulait voir jusqu'où il s'abandonnerait, mais en vérité, il n'avait pas tout à fait la patience de le sentir craquer… Pas pour cette fois. Alors comme un torrent en crue, il l'entraînait, le percutait, l'attaquait presque, pour tirer de lui tout ce qu'il sentait à la limite de sa portée, sa colère, sa rage, son orgueil, sa frustration… Tout comme leur précédente étreinte, il bataillait sans lui céder un seul pouce de terrain qui ne soit pas chèrement gagné, âprement défendu. Il l'épuisait… et il s'épuisait, vidant les foyers de l'incendie qui lui consumait le cœur, pour un temps… Un moment, leurs visages se touchèrent de nouveau, leurs yeux se harponnèrent mutuellement, et il sourit dans un flash d'ivoire railleur, avant de chuchoter d'une voix rauque. « Tu sais ce qu'on dit des certitudes ? » Il n'alla pas plus loin, ce n'était qu'une entre-acte entre deux assauts. Se dents trouvèrent la chair, plongèrent en elle, se gorgeant du sang, le sang couler le long de son menton et de son cou. Ils étaient affalés sur le sol, tombés là il ne savait trop comment, et lui avait tout juste eut l'idée de le supporter de sorte à ce que son bras handicapé ne percute pas le bois avec violence. Pour autant, le geste suspendit un moment sa frénésie et il le regarda fixement, respiration écourtée…. Puis, il releva le regard, observant les ravages produits, comme la fois précédente. Finalement, heureusement qu'il avait préparé les lieux. Son torse couvert de marques sanglantes se souleva, sous sa respiration, puis s'abaissa tandis qu'il expirait profondément. Les minutes s'égrenèrent, avant qu'il n'agisse de nouveau, venant à sa rencontre en un mouvement traîtreusement tranquille en comparaison de ce qui agitait son corps. Mais ce n'était que pour savourer leur férocité lorsqu'elle surgit à nouveau….

* * *

Ils étaient remontés dans la chambre de Nikolaï, une fois de plus, il ne savait pas trop comment, mais il s'en fichait d'ailleurs. Cigarette entre les lèvres, il observait le feu crépitant, vidé pour l'heure de sa fureur. Puis, dans un lent et paresseux mouvement, il se retourna pour l'observer, coude sur le genou, poing sur la pommette, les yeux des témoins de son apaisement temporaire, comme des braises scintillantes plutôt qu'un feu dévorant… Les volutes de fumées entouraient son visage, floutant légèrement la dureté de ses traits. Le silence perdurant un long moment, car il ne se sentait pas le besoin de parler. Mais lorsqu'il le fit, ce fut avec une légère paresse qui, avec ses accents et sa façon de parler, passait pour une forme d'ironie surinée. « Je me doute n'avoir pas besoin de te le signifier, mais comme je suis un homme contrariant je le fais quand même… fait attention avec Raspoutine. Il bouffi d'orgueil, certes, mais pas stupide pour deux sous. Il sait » Il n'avait pas besoin de préciser ce qu'il savait, car l'affirmation comprenait absolument tout ce qui avait été dit… Si Nikolaï se figurait avoir été finaux de remarquer ce qu'il faisait, le vieux sociopathe devait avoir fait de même. Lui n'échappait à Raspoutine qu'en raison de la présence de son amant justement, faisant office de second couteau et prenant bien garde de rester sur cette voix. Voilà également pourquoi il n'avait pas encore bouté Maria hors de l'école… parce qu'il n'avait pas envie de se retrouver avec une promotion dans la hiérarchie de menaces du Vieux. Et s'il prenait l'envie à Raspoutine de régler la question Ivanov définitivement, il n'avait qu'à tuer Nikolaï… Ne doutant pas que l'autre suivait son chemin de pensée, il parvint à lui faire un sourire caustique en décochant avec langueur : « Faudrait pas que le Vieux devienne pragmatique, hein ? »

Il tira une longue bouffée de sa cigarette et expira profondément, s'imbibant de la nicotine, détendu comme un grand chat après une chasse fructueuse. Une bouche venait lui tomber sur le front, le barrant d'un ondoiement sombre… Sa main coinça la cigarette de nouveau entre ses lèvres, puis il tendit la main pour attraper celle de son amant, examinant avec plus d'attention la marque de la rose blanche qui s'y trouvait et qu'il avait savamment exhibé. Intérieurement, il ne pouvait que constater sa prolixité fébrile dès qu'ils se trouvaient tous les deux, tandis que lui restait en retrait de beaucoup de choses. Pourtant Nikolaï avait reçu ses véritables sentiments, une ouverture que certains de ses plus proches alliés espéraient encore après des années à le côtoyer. Du pouce, il passa sur la forme et le coin de ses lèvres s'arqua légèrement. Avec ce même humour un peu désabusé et alangui, il gronda, l'élocution un peu dure à cause de la cigarette : « J'ai toujours trouvé les roses surfaites... » Il se moquait gentiment, même si c'était vrai, il n'aimait pas trop les roses. Question d'habitude et de tempérament. Il s'en était déjà rendu compte avec le coup du bouquet, qui plus est.  S'étirant légèrement, il le relâcha, bien que son regard continua de scruter le morceau de peau, réfléchissant…  « C'est amusant. Je repense à ce que tu disais tout à l'heure… et je me demande ce que dirais les fondateurs de cette école, en sachant que ce dont ils cherchaient à protéger les gosses se trouve maintenant entre les murs » Il y eut un blanc, puis il haussa les épaules, et se passa une main dans les cheveux pour les laisser respirer. Une bonne douche ne lui ferait sans doute pas de mal… tout du contraire.

Se levant, dénouant sa musculature, il alla chercher un cendrier tout en continuant de s'exprimer tranquillement : « Il l'a déjà fait... » Ses doigts frôlèrent l'objet, hésitèrent, avant qu'il ne se reprenne, l'attrape et le ramène près du lit, le posant assez proche de Nikolaï pour qu'il puisse également s'en servir. Ce petit allé-retour avait rouvert certaines de ses blessures mais il ignorait l'élancement sans le moindre problème, pour le moment en tout cas. « Il le fait avec la Russie en ce moment-même… Il en a déjà éliminé un cœur... » Les Romanov avaient été un cœur de la mère patrie, quoi qu'on puisse en dire. Et Raspoutine les avait fait tués. Il pouvait s'approprier encore bien des choses ainsi. Et… Ioann se rendait lentement compte que cela le dérangerait sans doute un peu si Nikolaï devait y passer. Stupidement d'ailleurs, il n'avait aucune attaches le reliant à lui. S'asseyant près de lui, il fronça légèrement les sourcils et tira encore sur sa cigarette, pensivement… Dans le silence, une pendule sonna, lui faisant tourner la tête. Quatorze heure. Merde, ça expliquait qu'il ait faim. « J'ai la dalle… pas toi ? »  

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8/6/2017, 23:39
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Bien sûr qu’il détestait son rôle dans cette mise en scène, l’échine qu’il avait du courber pour voir les siens épargnés de la tragédie qui avait frappé à ses portes comme à celles des Romanov et qui portait le nom de Raspoutine. Il brûlait, plus qu’un brasier infernal, il brûlait comme un damné supplicié. Chaque jour, chaque heure, chaque seconde n’étaient que le martèlement répété de sa condition grotesque. Une soumission obligée qu’il acceptait, paré du masque de l’honneur et de la dignité mais ce qu’il avait du faire… Ce qu’il avait du accepter en vérité, bien peu en connaissait l’authentique contenu, toute l’amertume du vin qu’il partageait avec son leader. Il n’y avait bien que le brillant intellect de Pavel pour en délimiter les odieux contours et pourtant, la chose était bien informe encore entre ses doigts. Sans nom, sans traits, mais bien présente. Tout les coups qu’il avait donné à son amant ne sauraient jamais lui rendre la moindre satisfaction, pas plus que ceux qu’il ne parvenait à effacer la marque profonde qui lui déchirait les entrailles en la surplombant. L’exutoire l’avait vidé de son énergie, mais pas de sa rage qui le dévorait encore. Il ne parviendrait jamais vraiment à la faire voler en éclat, éternel insatisfait qu’il était.

Étendu sur le lit, il avait fermé les yeux pour nettoyer et ranger ses pensées, une à une. Malgré le plaisir charnel consumé, il se détestait à ne pas être capable de simplement se reposer et reprendre des forces. Son esprit se mouvait, torturé, en permanence. Ses réflexions s’arc-boutaient dans la violence, s’enchaînaient à force de collisions et de tiraillements. Il ouvrit les yeux et les chuchotis et grondements de sa psyché cessèrent leurs murmures chaotiques. Comme si le bourdonnement de ses pensées s’éteignait pour lui accorder son attention. Il n’appréciait pas le contenu de ses mots, bien qu’il soit loin d’avoir oublié cet état de fait. Il se redressait pour s’asseoir, la douleur lançait dans son bras droit. Il ne vit qu’à peine son surveillant prendre sa main pour observer la fleur tant son attention se focalisait sur la chair immonde de son infirmité. Il serrait les dents, en silence, sans chercher à répondre à ce que son amant lui disait. Les roses étaient surfaites, mais il en avait hérité. Vu les derniers événements, ces fleurs lui avaient été d’un grand secours. « Elles ont des épines. » finit-il par accorder en mots songeurs, sans qu’il ne s’agisse du même ton plaisantin que Pavel.

Cela n’étaient pas des seules fleurs à en posséder, mais cette caractéristique lui convenait. Si les Ivanov étaient des fleurs, il leur faudrait des épines, ne serait-ce que pour affronter l’horizon terrible qui se dessinait devant eux, tels des condamnés à la potence qui comptaient le nombre de jours qu’il leur restait à vivre avant de rencontrer le bourreau. Il replia ses jambes et posa son bras valide sur ses genoux, pour s’y appuyer. « Ils sont morts, les fondateurs. » fit-il avec un calme pragmatique. « Si la situation actuelle leur déplaît, ils n’ont qu’à sortir de leur tombe et agir. Mais je crains que les chaînes du trépas ne soient irrévocables. Alors... » Il porta son regard sur les iris fauves de son amant avant de poursuivre : « C’est aux vivants de se battre. Peut-être n’auraient-ils pas fait comme moi, peut-être ne les auraient-ils pas laisser entrer… Ou peut-être que si. Tu sais… Pour attraper des nuisibles, on fabrique bien des pièges à rats. Des cages. Et là où ces bêtes sont les plus vulnérables, c’est quand elles sont à l’intérieur. » Un petit sourire en coin marquait ses lèvres et pourtant, une certaine forme de tristesse et de fatigue étouffaient l’ironie de la chose. Il pensait beaucoup à son propre père et à la désapprobation qu’il lui aurait certainement opposé à le voir faire ce que lui-même avait refusé.

Il secoua légèrement la tête, de façon négative lorsqu’il lui demanda s’il avait faim. Son estomac était bien trop noué à ce qui l’attendait et sa frustration n’avait pas été libérée. Il ferma toutefois les yeux, projetant son esprit dans les murs de la bâtisse. Koldovstoretz lui donnait des frissons et dressait les poils de ses avant-bras. Lorsque ses prunelles observèrent à nouveau Pavel, un plateau d’argent reposait sur le lit, garni de nourriture du repas de midi qu’ils avaient manqué. Il n’avait pas envie de le voir partir, appelé par les cris de son estomac. Une part de lui tenait véritablement à ce qu’il reste avec lui et il ne cherchait pas vraiment à cacher son intérêt. Au fond, c’était peine perdue et il se moquait bien que Pavel rit de sa victoire. N’était-ce pas ce qu’il voulait ? « La Russie Blanche. » reprit-il, atone avant de pousser un soupir. « Tu es un monarchiste ? » demanda-t-il, intrigué par la manière dont Pavel plaçait la famille impériale comme un cœur de la Russie. Beaucoup avaient tourné la page et crachait même au visage de Nikolas II. La Main Noire ne s’était pas opposé au régime Rouge qui avait saisi leur pays. Il était rare d’entendre parler de la sorte de la dynastie Romanov, revalorisée à son rôle intrinsèquement lié à leur pays. Nikolaï ne le désapprouvait pas néanmoins. Il avait bien trop en commun avec cette lignée éteinte pour les dénigrer. La mort collait tout autant aux trousses des Ivanov, même si peu, en ce monde, savaient à quel point. Il n’y avait pas que la tête que Nikolaï qui soit menacée. Il savait que sa famille entière était dans la ligne de mire de leur leader… Et de tant d’autres carnaciers.

Laissant son amant se rassasier du repas présenté, le menton de Nikolaï vint délicatement s’écraser sur l’épaule du fauve ; son corps s’était furtivement glissé derrière le sien. Son bras valide passait à l’avant et ses doigts, à l’aveugle, traçaient leur chemin sur les formes bombées de ses muscles et sur la chair brûlante et rougie de ses blessures. Il découvrait encore tout sa singularité masculine, la force autant que la résistance qui sommeillaient maintenant sous cette peau écorchée. C’était parfait. Trop parfait. Pavel représentait un idéal qui ne pouvait pas être réel et c’était certainement ce qui l’inquiétait. Nikolaï avait vu bien des esprits humains pour n’y connaître que la corruption. La déception avait détruit pour lui l’utopie de la perfection et pourtant l’homme qui partageait son lit tendait à l’incarner à ses yeux. Et cela le dérangeait dans son improbabilité statistique et réelle. Cela le troublait autant qu’il aurait préféré pouvoir encore s’illusionner, s’endormir et fermer les yeux, simplement se reposer sur lui. C’était tellement tentant et il ne doutait pas un instant que c’était ce qu’espérait l’autre. Il n’était pas paranoïaque mais sa prudence lui rappelait sans cesse le danger. Un bel inconnu qui débarquait, l’éducation noble et le mordant d’un paysan, l’esprit plus ouvert qu’aucun de leur bonne société ne l’approuvait et d’une brillante intelligence politique. Il avait tout pour le rassasier et pourtant le laissait sur sa faim, sur l’inévitable doute et la trahison en épée de Damoclès.

Il aurait voulu lui donner, sa confiance. Celle qu’il lui réclamait à corps et à cri. Il avançait pas à pas, aveu après aveu. S’il lui parlait, il n’espérait en vérité qu’une chose : que la trahison vienne, comme inéluctable, pour se défaire du joug qu’il lui imposait en toute connaissance de cause. Dans un même temps, il savait pertinemment que son amant la retenait pour voir jusqu’où il avancerait dans sa curiosité : « J’aimerais te montrer quelque chose. » Il avait brisé le silence avec beaucoup de sérieux. Il voulait lui donner, encore, comme on soumet au défi, se faisant prolixe. Il le testait, le cherchait tirant sur les mots et les sujets pour le cerner. « Des souvenirs, deux souvenirs. »  Il venait parler chaudement dans le creux de son oreille, s’amusant de leur proximité corporelle. « Des images qui me reviennent souvent en tête lorsque... » Il ne s’était pas attendu à hésiter, soudain, en chemin. Se dire que lui montrer n’était pas forcément la solution adéquate. Il aurait pu le virer de sa chambre, refuser qu’il y revienne. Il avait assez de force mentale pour cela et sans doute aurait-ce été agir avec beaucoup de raison, enfin. Plus qu’il n’en avait accordé jusque là. Son intuition le poussait à aller plus loin, gratter un peu plus…

Son esprit venait se loger contre le sien, s’y heurtant avec la même violence qu’il adorait mettre dans ses gestes, avec lui. Le legillimens ne forçait pourtant que peu, physiquement épuisé, psychologiquement torturé.  « Lorsqu’il me faut prendre une décision d’importance. J’aimerais que tu les vois. » acheva-t-il finalement avant de se détacher et de se lever. La douleur de son corps le fit brièvement grogner et il ferma le poing de sa main estropiée. Ça l’irradiait et pourtant, il se levait, avançait, sortant la pensine du placard pour la faire léviter, baguette logée dans le creux de sa dextre tremblante. « J’espère que tu me pardonneras la qualité du premier. Il n’est pas exactement de moi. Je n’étais pas présent lorsque cela s’est produit. C’est un des nombreux souvenirs que j’obtiens par legillimencie, les contours peuvent être flous. Je tiens celui-ci d’Anna Aleksandrovna Vyroubova. » Demoiselle d’honneur, amie et confidente de la dernière tsarine. « Sorcière. Et Main Noire. » Donc traître à la défunte famille impériale. Il ne donnait pas le nom au hasard, en vérité… Ce qu’il adviendrait de cette femme dans les prochains jours ne serait pas forcément un aveu mais au moins un indice probant de ce qu’il pouvait supposer. Il le testait et il savait Pavel assez intelligent pour le remarquer. « Je le trouve… Éclairant pour beaucoup de choses. Plus personnelles. » Pavel ne comprendrait probablement pas son propos tant qu’il n’aurait pas vu le second souvenir mais… Une chose à la fois. Ils n’étaient pas pressés.

L’objet précieux, tel un plat rond et translucide se posait sur le matelas, léger comme une plume, ne faisant même pas un creux dans les draps alors que le directeur revenait s’asseoir face à son surveillant, la pensine les séparant à présent. La pointe de sa baguette vint se poser contre sa tempe et il en tira un filament argenté qui retomba délicatement sur la surface lisse comme de l’eau. Les images floues apparaissaient, les prunelles céruléennes de Nikolaï se redressaient sur Pavel, tranchantes comme l’acier des épées et pourtant, l’invitation était sincère plus que défiante. Dans les eaux troublées, une bataille fait rage.

Le décor n’avait pas vraiment d’importance, tout n’était qu’un embrouillamini. Les murs décorés portaient les armoiries impériales et les vêtements des femmes s’ornaient de diamants. Ils étaient là, pris au piège, comme des rats, et la main noire se régalait de leur cris, de leur tentative de fuite et de leur corps vidés de vie qui s’écroulaient à terre. Il était là, le mage noir, soutenant le temps d’un battement de cils le regard du Tsar qu’il avait longuement manipulé. Le son des cris était distordu, il résonnait à n’en plus finir, les lumières vertes coupaient les souffles et lorsque Nikola II se retournait vers son héritier pour le protéger, le sort létal frappait son dos. L’enfant, entrouvrait la bouche face à son père qui s’écroulait sur lui, portait son regard terrorisé sur celui qui avait été son guérisseur. Puis, dans toute la dignité princière que lui octroyait sa maladie, il se relevait pour accueillir la mort. Le massacre semblait interminable jusqu’au silence complet. Seuls les pas de Raspoutine troublait le calme au milieu des cadavres.

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9/6/2017, 23:04
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Un sourire en coin, à peine ébauché, une simple entournure de la chair et une chaleur diffuse dans son regard fauve, éphémère. « Ouai » Pas de gants, pas de jolie tournure pour son acceptation, le langage d'un charretier mais la grâce d'un prince pour reconnaître la justesse du propos et surtout ce qu'il sous-entendait. D'autres fleurs avaient également des épines, mais s'il fallait vraiment de cette corolle pour le représenter, alors il lui adressait davantage une rose rouge qu'une blanche. Le nom qu'il avait évoqué lui disait vaguement quelque chose, mais il mit quelques instants à retrouver de quoi il s'agissait exactement, en grande partie parce qu'il avait été fortement alcoolisé à cette occasion-là. Lors de leur première rencontre. Le nom de la demeure des Ivanov, choisit par le père de Nikolaï… N'aurait-il pas été légèrement fleur bleue de son vivant ? Jeu de mot quand tu nous tiens. Il plaignait tout de même un peu son amant de devoir assumer les choix de son géniteur en matière d'image avec ce genre de délicatesses, au moins tâchait-il d'y trouver un peu de réconfort. C'était une forme de sagesse, vraiment, il pouvait comprendre même s'il ne cesserait sans doute jamais vraiment de le taquiner à ce sujet. A tout le moins saurait-il qu'il s'agissait de son humour et de ses manières, là où un inconnu se vexerait. On ne raillait pas impunément les possessions du gratin de la Russie magique.

« Je ne me suis jamais intéressé à la dératisation je te l'avoue, mais j'ai cru vaguement remarquer que ce genre de bestiole ne nous attend guère pour s'inviter. Quoi que ça n'ôte rien à l'idée de les piéger » Il pencha la tête sur le côté, pendant un moment, l'expression mutine, d'un amusement tranquille et tout de même teinté de sérieux, mélange entre la gravité du propos, de sa propre capacité à afficher le sérieux de circonstance, et du confort de leur présence mutuelle, dépourvue d'animosité et d'opposition. Lorsqu'ils discutaient, il était question d'un échange de doutes et de points de vue, pas d'une course à la victoire, parce qu'en tout ou presque, ils n'étaient pas ennemis, pas pour le moment. « Et puis, des morts qui reviennent à la vie, ça c'est déjà vu... » Raspoutine s'était fait passé pour mort avant son retour, et il n'était qu'un exemple parmi d'autres. Il ne s'attendait pas forcément à voir les fondateurs sortir de terre, pas au sens littéral du terme, mais on pouvait imprégner un lieu d'une présence, Nikolaï lui-même l'avait évoqué et… peut-être serait-ce une bonne idée d'essayer de trouver un témoignage de ce genre pour régler certaines questions auxquelles Koldovstoretz était sujette. A méditer… et autre chose d'ailleurs à méditer, les implications de ce que son amant lui offrait, encore une fois. Serait-il moins lié à la Main Noire qu'il ne l'avait pensé ?

Hm…

Un silence, et il se gratta légèrement le ventre, fronçant le nez au gargouillement de protestation de son estomac, il émit un léger renâclement de rire en voyant soudainement le plateau apparaître. « Super service d'étage » fit-il en termes de remerciement avant de se redresser, attrapant de deux doigts sous-vêtement et pantalon afin de se rhabiller légèrement pour le repas. Chacun avait son avis sur la question, mais dans son cas, il préférait manger en ayant quelque chose sur les fesses, fin de l'histoire. S'installant tout à son aise sur les draps froissés, il attira le plateau à lui, prit la fourchette d'argent qui reposait sur une serviette immaculée pliée nettement et se mit à picorer, n'ayant pas l'intention de mourir de faim même si son amant avait l'appétit coupé. S'il n'avait comprit ce qu'il ressentait, il lui aurait rappelé que s'affamer ne servirait pas à résoudre la présente situation, sinon immanquablement par la mort s'il décidait de faire une grève de la faim. Tout en se restaurant, il mit un petit drapeau blanc à la décharge de Nikolaï et de sa prévenance, ou alors, l'autre n'avait pas envie de le voir quitter les lieux pour se chercher quelque chose à se mettre sous la dent. La fois précédente déjà, il avait tout à fait saisi avoir eut l'accord tacite de rester, et ne l'avait pas fait, se prétextant à lui-même qu'il s'agissait tout simplement d'une précaution au sujet des zones d'ombres du caractère de l'Ivanov.

Sur le coup, cependant, il ne l'avait pas admit. Depuis, ils s'étaient davantage apprivoisés, il ne se sentait plus forcément le besoin de s’éclipser immédiatement, alors il se laissait amadoué et restait, ne cherchant pas d'autres prétextes pour s'arracher à lui. La chaleur de la nourriture faisait un bien fou après l'effort physique qu'il avait fourni mine de rien, c'est que ça creusait, une partie de jambes en l'air. Et pourtant, il se laissa distraire de son repas lorsque son amant reprit la parole, évoquant ce qu'il avait volontairement hasardé, glissé, un tout petit peu plus tôt. La Russie blanche, celle qui avait été saignée sur les pavés du palais impérial, celle qui avait été écharpée par la faucille, brisée par le marteau, condamnée par la magie… La Russie blanche, l'ancienne Russie, sous la houlette des Romanov, sa famille. Lui et ses partisans étaient les ultimes représentant de tout ce que ce nom représentait… les survivants, ceux qui avaient décidé de contrarier profondément Raspoutine s'accrochant coûte que coûte à l'existence. Il observa un bref instant Nikolaï du coin de l’œil, déglutit sa bouchée, et laissa tomber un « non » sans ambages. On ne pouvait pas dire qu'il était impérialiste… il était l'empire, le dernier tsar. Retournant à son repas, il se focalisa sur les saveurs et les sensations physiques, tout ça pour occuper son esprit et s'empêcher de réfléchir à l'idée de jeter le palais complet dans la mare en lui avouant la vérité.

Stupide idée.

A la place, il finit par développer un tout petit peu plus, par égard pour sa curiosité mais aussi pour jouer le jeu qu'ils échangeaient. « Je suis objectif et critique » Il se fendit d'un léger sourire « Et contrariant » Une bouchée de viande, puis une gorgée de vin. Une goutte carmine roula sur la pulpe de sa lèvre inférieur, qu'il récupéra sans y prendre gare. « Contrairement à certains mages mégalomaniaques et leurs laquais, j'admets que la Russie a été forgée par d'autres mains. La famille impériale n'était pas vierge de toutes fautes, personne ne l'est, mais ils ont aussi apporté leur part de grandeur à notre patrie. La représentation que l'on en fait est issue d'un savant mélange entre les propos de Raspoutine et le ressentiment des moldus à l'égard d'une situation précaire… Leur haine a été attisée et entièrement tournée vers les impériaux » Il pinça les lèvres en une expression aigre et amère et lui lança un regard dur « Ils en voulaient aux Romanov de dilapider des fortunes et de faire de grandes fêtes pendant qu'ils crevaient de faim… Je peux comprendre, mais franchement, rien n'a changé. Tu as déjà eut la curiosité d'aller te perdre dans un goulag ou un camp de travail pour Koulak? Non sans doute pas... » Le ton dont il usait était de silex, mais pourtant dépourvu d'animosité à son égard, tournant son dégoût envers le régime rouge qui, à ses yeux, n'était constitué que d'hypocrites finis.

Il reprit le cours de son repas, l'expression lisse de nouveau, mais les sourcils froncés à l'évocation des conditions de vie de la population moldu sous ce nouveau régime tyrannique. Au fond, une part de lui rejetait ce peuple ingrat. Ils avaient voulu de ces menteurs, qu'ils souffrent donc les conséquences ! Pourtant il savait aussi que c'était la nature humaine et leur faiblesse qui les faisait agir ainsi… mais avec le dirigeant adéquat, peut-être que les choses seraient différentes. On pouvait toujours rêver non ? Alors qu'il ruminait intérieurement, une sensation de contact pointu et rêche contre son épaule lui fit de nouveau relever la tête, alors que le corps de Nikolaï venait se glisser contre le sien, épousant son dos et le frôlant de sa peau nue. Et bien ? Il ne l'avait pas vu venir pour le coup, et en fait, il se retrouvait presque stupide, bras intérieurs ballants, devant la soudaine proximité de son amant et son attitude presque hors de caractère.. ou alors il avait sérieusement raté un chapitre quelque part. Faisant mine de ne rien voir et de ne pas se laisser perturber par ce soudain côté tactile, il poursuivit son déjeuné tardif, les rouages de son cerveau tournant à toute vitesse pour arriver à recalibrer ses plans face à cette nouvelle et surprenante donne. Il l'avait méjugé à un moment, c'était évident…

Mais où ? Là était la question…

La caresse furtive de ses doigts sur sa peau lui tira des frissons irrépressibles, et il ne le chassa nullement, appréciant, une fois le premier instant de malaise passé, l'attention dont il était l'objet. L'Ivanov s'attachait plus vite qu'il n'aurait cru… c'était ça qu'il avait manqué, et d'ailleurs à quel moment exactement avait-il manqué ça ? Mystère. Peut-être était-ce tout récent, en vérité, ce qui expliquerait qu'il ne l'ai pas vu venir, presque instantané ? Le rythme de ses coups de fourchette ralentit alors qu'il se calquait sans le vouloir sur la respiration de Nikolaï, l'écoutant attentivement… A quoi pouvait-il penser, lui, en cet instant, à quelques heures seulement de la rencontre avec Raspoutine ? Que ressentait-il en ce moment ? Pour une fois, il n'était plus bien certain. De la colère, toujours, de la frustration, sans doute, mais comment exactement, et quoi d'autre… qu'est-ce qu'il imaginait ? Pourquoi est-ce que ça lui importait d'ailleurs ? Est-ce que ça lui importait en réalité ? Nikolaï était un défi à relever, un outil dont il se servait… un compagnon de lit agréable aussi certes, et il se retrouvait en lui, ils se comprenaient… Hm… Une nouvelle fois, l'idée de lui dire la vérité montra sa vilaine petite tête et il y assena un violent coup de marteau mental, s'y refusant fermement. C'était beaucoup trop tôt.

De nouveau, Nikolaï rompit le silence et attira son attention. « Hm ? » Reposant sa fourchette, il se tendit vers sa baguette et fit léviter le plateau en argent vers le guéridon pour ne pas risquer de le voir se renverser s'ils bougeaient tous deux un peu trop. Il revint s'installer rapidement, cela dit, contre lui, presque naturellement, en tout cas sans marcher de répugnance et écouta la suite, réellement curieux. Des souvenirs ? Le souffle chaud qu'il distillait lui faisait se crisper le bas ventre et frémir sa nuque. Voilà qu'il devenait joueur, l'Ivanov ! Silencieux, il écouta, à présent vorace dans l'interrogation qui l'étrillait, voulant absolument savoir de quoi il s'agissait, percevant l'importance qu'avait la démarche pour son amant sans être encore capable d'entrevoir les possibilités. Avait-il réellement sauté un pas si considérable sans s'en rendre compte ? Si c'était le cas tant mieux, mais… mieux valait être prudent, tout de même, et ne pas se laisser mener trop aisément, même si ses tripes se nouaient et qu'il se serait volontiers laissé faire. Curieux ? Ah ça oui, il l'était, viscéralement en l'instant ! Sa soudaine hésitation lui tendit les nerfs instinctivement, et il allongea son souffle lentement, se refusant à le brusquer, attendant la suite qui viendrait inéluctablement. Elle était forcée de venir, il ne pouvait pas lui faire un coup aussi barbare.

Il sentit la pression dans son esprit et accueillit le legilimens sans heurt, bien que muré derrière sa forteresse interne, souriant soudainement à le sentir la percuter avec la violence de leur étreinte. Pour autant, il ne le poussa pas cette fois-ci, venant juste le soutenir, sentant cette soudaine friabilité. Il savait Nikolaï être un homme sombre, ambivalent et tiraillé, mais c'était autre chose de le sentir littéralement à l'intérieur de lui, presque comme une part de lui-même, cette érosion impalpable et étrange. « Je vois » fit-il sobrement « D'accord » Pour une fois, il se passait d'humour bien que le ton fut dégagé et composé. Se gardant de le retenir, il réprima un tremblement à la perte de sa chaleur et se tourna pour l'observer, ouvertement interrogateur. Oui, définitivement, il confirmait, un pas venait d'être sauté sans même qu'il le veuille, ce qui était un peu alarmant mais foncièrement satisfaisant. Muet, il manqua pourtant un battement de cœur au nom introduit dans la conversation et ce qu'on lui révélait… Savait-il ? Savait-il seulement ce qu'il lui mettait entre les mains ? Non, il ne pouvait pas savoir, il ne savait pas qui il était, alors pourquoi lui parler de cela en particulier ? Parce qu'il avait évoqué les blancs ? Oui sans doute, ce devait être cela….

Mais…

C'était donc elle, la traîtresse, la sale catin qui avait fait tombé la première esquille de bois, entraînant la chute des siens. Hochant la tête, il tâcha de clarifier son esprit et de contrôler ce qui montait en lui sourdement, palpitant désagréablement, menaçant de focaliser tout son monde sur cette révélation inattendue. Malgré toutes ses tentatives et celles des autres Blancs, jamais il n'avait réussit à découvrir exactement ce qui s'était passé cette terrible journée lorsque Raspoutine avait anéanti toute sa famille. La mort des Romanov était connue de tous, mais les détails n'apparaissaient jamais, l'événement s'avérait auréolé d'un mystère que l'on ne pouvait pas percer. Il avait bien envisagé qu'il y ait eut des témoins mais aucun n'avait jamais été trouvé… Jusqu'à ce que Nikolaï prononce ce nom en particulier. Et pourtant c'était un piège pour lui, car s'il voulait monter une opération pour extirper d'elle tout ce qu'elle savait, son amant saurait forcément que la disparition était de sa faute et il serait dévoilé. Forcément. Il fallait donc qu'il se torture en attendant de pouvoir apaiser les soupçons et faire passer ça pour un accident, ou pour autre chose, bref, pour se dédouaner. Ce serait une souffrance renouvelée mais si ça signifiait obtenir enfin des réponses… il voulait bien le subir, il consentait.

Déglutissant avec difficulté, trouvant sa gorge serrée, le prince déchu réussit pourtant à sourire, et à articuler avec une certaine nonchalance à peine forcée : « Et bien voyons ça... » Et il se pencha, plongea dans les profondeurs d'encre et de lumière. Il avait soutenu son regard un bref instant avant de l'abaisser.





Il sortit de la pensine lentement, mais ne releva pas le regard vers l'Ivanov, s'arrêtant simplement et mirant ce qui restait, des lambeaux enténébrés à la surface miroitante… Lentement, Ioann inspira, se sentant gourd et vide, une frêle esquif allant au devant d'une terrible tempête. Au final, il n'aurait pas même besoin de torturer la femme pour connaître la vérité, on venait de la lui donner, sur un plateau de souffrances brutes, d'une violence inouïe dans sa simplicité. Il n'avait eut aucun mal à les reconnaître, Nikolas, son cousin, son neveu le prince, les filles… Olga, Tatiana, Maria, Anastasia… D'autres encore… bien d'autres.. dont ses parents. Son père avait tenté de résister, sa mère s'était conduit avec autant de grâce que l'impératrice elle-même. Le Tsar avait été exemplaire, et même le prince s'était montré d'une grande dignité en dépit de sa faible constitution. Les cris résonnaient dans ses oreilles, s'imprimaient dans son esprit, lui battait la peau, faisait bouillir son sang. La colère, la colère couvait, la souffrance aussi, celle qu'il supportait depuis longtemps, depuis ce terrible jour où ses fidèles étaient venus lui apprendre le désastre, depuis le jour où il était l'ultime héritier de la grande lignée. Il n'avait pas pu faire son deuil, en partie à cause des informations contenues dans ce souvenir et qu'il avait désespérément cherché…

Finalement, après d'interminables minutes, qu'il ne percevait absolument pas, il ouvrit la bouche, dans l'intention d'émettre un son, mais en fut incapable… Sur l'instant, il ne se rendit pas compte de ce qui se passait tant il était absorbé par son propre enfer, et il eut simplement l'impression que son esprit se cassait en deux et qu'il se détachait d'une partie de lui-même. En vérité, c'était une faille dans la forteresse de son esprit qui s'était ouverte pour laisser échapper quelques poignées de pensées involontairement abandonnées à la voracité de celui qui ne s'était pas retiré de lui… mais qu'il avait totalement oublié en l'instant, obnubilé par le souvenir.

* * *

La colère, comme un orage grondant. Une colère titanesque, monstrueuse, atroce dans sa violence, dans la crue nudité d'une sauvagerie à peine concevable… Ce n'était pas un sentiment humain, tant il était puissant, écrasant, anéantissant toute raison et toute forme de cohérence ou de caractère. Tout se distordait autours d'elle, rongeant les autres images, palpitante et vibrillonante comme un essaim de sauterelles au sein des dix plaies d’Égypte. Ce n'était pas seulement de la colère, c'était un concentré de haine aussi pur qu'un puissant acide…

* * *

Derrière le voile rouge de la colère, il se voyait déjà céder à une impulsion qui le taraudait presque autant que le désir à l'égard de son amant l'avait fait. Il se voyait expédier la pensine contre un mur, la fracasser et la briser, la réduire en poussière et détruire même cette poussière pour ne plus rien laisser de ce qui lui causait cette insupportable colère, et une souffrance à en broyer le cœur le plus solide. Une souffrance qui n'avait rien de physique mais que chaque cellule de son organisme ressentait…


* * *

Des enfants. Certains n'avaient été que des enfants, bon sang, des gosses qui ne demandaient rien à personne, qui n'avaient eut que le malheur de naître entre les bonnes cuisses. Des gosses qu'au pire, on pouvait conditionner et utiliser, mais quel sorte de vermine s'en prenait à des enfants… Vermine… Il revoyait le regard de cet homme alors qu'il élevait sa baguette sur le prince… Ces yeux sans la moindre pitié, inhumain… Vermine… Vermine…

* * *

Il y avait un autre visage, celui en face de lui… celui qui se superposait avec celui de Raspoutine… qui se confondait… flou… mais les yeux… ah qu'il le haïssait...

* * *

Il revint subitement à lui sans comprendre ce qui venait de se passer, l'absence soudaine qu'il avait eut, alors que le voile rouge de la colère s'estompait lentement pour révéler le désastre qu'il venait de provoquer. Immédiatement, son esprit se verrouilla alors qu'il ouvrait de grands yeux, à cheval sur l'Ivanov étalé par terre de tout son long. Sa respiration était lourde, son corps tremblant de la terrible colère qui venait de lui faire perdre les pédales, et il finit par se rendre compte de la main nouée à la gorge de son amant qu'il relâcha immédiatement avec un bref instant d'incompréhension et d'horreur. Dieu tout puissant, qu'avait-il fait… Haletant, il écarta sa main de la chair déjà tuméfiée de Nikolaï en l'observant toujours, comme s'il pouvait lui donner la réponse, la solution à l'énigme de sa propre réaction, puis, à demi absent, encore choqué de sa propre virulence, qui n'avait rien à voir avec celle qu'il montrait d'habitude, il glissa la dextre contre sa nuque et se pencha pour l'embrasser longuement, déversant dans l'échange l'intense soulagement qu'il éprouvait soudainement à reprendre le contrôle de son être. Il avait encore terriblement mal et il était secoué, mais au moins était-il de nouveau maître de lui-même… et son esprit s'était retransformé en roc.

Lorsqu'il le relâcha, il était à bout de souffle et il le considéra quelques instants avant gravité, avant de l'attraper pour l'aider à se relever. « Ça va ? » Il y eut un blanc, alors qu'il dérivait encore un peu, visage fermé, puis il se fendit d'un sourire fatigué. « Et ben tel père tel fille, c'est pas ce qu'on dit… ? »

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10/6/2017, 16:27
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Le directeur contemplait son amant qui se plongeait dans la pensine avec son habituel détachement nonchalant. Il savait ce que ce souvenir contenait. Il en connaissait bien la barbarie, le sort lancé en traître dans le dos du Tsar et ce prince qui se relevait. Il admirait beaucoup ce garçon. Il y avait tant de choses dans ce souvenir, mais ce qui marquait l’esprit de Nikolaï n’était autre que cet enfant malade qui se relevait pour faire face à Raspoutine. Son dernier accrochage avec Kiril lui avait fait assimiler un certain nombre de ressemblances entre son enfant et celui du tsar, tant par la maladie accablante que cette manière inattendue de se montrer sous invectives à son encontre, de se dresser comme un prince, pas moins terrorisé mais debout. Il y avait une autre assimilation qu’il avait faite entre le tsar et son père et par voie de fait, entre l’enfant et lui-même. En cela même, il admirait considérablement cet héritier qui avait eu la force de se relever là où lui avait courbé l’échine. Sans nul doute que la connaissance de ce souvenir avait influencé cet agenouillement et le lien se ferait plus amplement aux yeux de Pavel lorsqu’il plongerait à nouveau dans la pensine pour prendre connaissance du second souvenir qu’il avait à lui montrer.

Nikolaï se leva pour enfiler un sous-vêtement et un pantalon. Ses pieds nus faisaient craquer le parquet sur son passage, mais rien ne dérangerait ce que son surveillant observait. La pensine avait ce petit quelque chose d’absorbant. Puis il revint sur le lit, près du plateau translucide où les encres argentées dessinaient un tragique moment. La famille impériale était un grand sujet de débat, il appréciait néanmoins le pragmatisme de son amant sur le sujet. Il n’avait pas mis les pieds dans un goulag. Il avait déjà énormément de mal à se sortir de son petit confort de nobliau. Il avait offert cette même qualité de vie à sa progéniture, pour les protéger de la dureté de l’extérieur, une cage dorée, sublimée loin de l’horreur. S’il enfermait ses enfants en cela, il en était, lui, parfaitement conscient. Les moldus n’avaient pas vraiment gagné aux changes dans cette révolution mais ce n’était jamais le monde moldu qui avait intéressé l’Ivanov. Le monde sorcier était plus précieux à ses yeux et il avait bien plus de mal que son amant à envisager la fusion de ces deux univers. Aussi, leur sort ne le préoccupait pas encore, pas plus que celui des étrangers. Il y avait déjà tant à faire avec le monde sorcier dans la main de Raspoutine. Les utopistes pouvaient se perdre sur plusieurs fronts et en  atrophier leurs forces. Nikolaï n’avait qu’un seul combat et il portait le nom d’Ivanov. Un combat qui le conduirait inévitablement à reprendre la Douma.

Pavel quitta l’houleux souvenir et pour autant, il lui sembla y être resté attaché. Le directeur le mira un instant en silence, trouvant presque normal qu’il y ait un blanc après la vision d’une telle scène et de son sang mais plus les secondes passaient, et plus elles martelaient leur incohérence avec le personnage qu’il avait face à lui. Le choc était anormalement long et presque inquiétant. « Pavel ? » appela-t-il, dans un premier temps. Allons bon, son amant n’était pas une petite nature ! Il l’avait habitué à autre chose. C’était une scène de guerre mais tout de même… Enfin, si on pouvait appeler ça une guerre car le principe même du concept est un combat entre deux camps. Or, les Romanov n’avait clairement pas eu les armes pour se battre. C’était plus… Et bien une dératisation comme ils en avaient parlé un peu plus tôt, le palais impérial en cage à tsars. L’inquiétude fut son premier réflexe devant l’incompréhension. Nikolaï prit la pensine et se leva pour aller la poser sur un meuble un peu plus loin avant de s’asseoir à nouveau dans les draps, plus proche de lui. Il prit son visage entre des mains pour relever ses yeux fauves vers lui. Des yeux qui avaient des teintes qu’ils n’avait encore jamais vues dans leur obscurité magistrale. « Pavel ? » appela-t-il de nouveau, cette fois les sourcils froncés, sans comprendre et puis…

Quelque chose s’effondra. Non pas physiquement mais le roc contre lequel reposait son esprit legillimens se fissurait. Un instant, il eut l’envie de se retirer, craignant de n’avoir que trop forcé et cela l’effrayait dans la surprise. Au fond de lui-même, il n’était pas même certain de désirer connaître ce qui se logeait dans cette tête bien faite. La crainte de la déception, sûrement. C’était pourtant bien ce qu’il avait cherché à provoquer, sans attendre un tel retour. Il avait voulu lui donner pour qu’il cède, pour que les masques tombent et brisent la perfection simulée. Qu’il se révèle enfin à lui, hors de ses secrets. Il ne quitta pas son esprit malgré la peur, dévoreur, il happait ce qu’on mettait enfin à sa disposition et qu’il n’avait pas attendu en de telles proportions. La violence de son courroux l’irradiait, jusque dans les plus intimes cellules de son corps, dressant ses poils instantanément. Il avait beau savoir que ce n’était pas le sien, il faisait tellement écho à la souffrance qu’il gardait au fond de lui qu’il en était infiniment troublé, comme s’il entrait en résonance avec la psyché de son amant dans une symbiose à la fois grandiose et dévastatrice. Ses mains en tremblaient sur le visage de Pavel qu’il relâchait. Les yeux exorbités à ce qu’il voyait, la pensine volant en éclats et les éclats eux-même devenus poussières avant de choir dans le néant.

Souffle coupé, la colère devint haine, orientée, toujours dans ce même accord avec son propre ressenti, vers le leader charismatique de la Russie et ses sbires. Le noir Raspoutine. Son esprit travaillait à toute allure, inférant les liens entre les hypothèses, traçant un immense arbre des possibles où il tranchait les branches inappropriées pour qu’enfin, il comprenne pourquoi… Pourquoi tout ce bordel dans l’esprit de Pavel !? Ça n’avait soudain aucun sens, laminant chacune des branches de son arbre jusqu'à le dépouiller complétement, l’obligeant à se tourner vers des explications plus fantaisistes, plus osées, mais aussi plus douloureuses, faire pousser d’autres branches inattendues, à la probabilité statistique moindre et pourtant… Plus vraies que nature. Il vit alors son propre visage dans les yeux de Pavel, sa douleur venant lui faire porter le masque honni de Raspoutine… Et le fauve lui sauta à la gorge. Il tomba à la renverse, en arrière, sans avoir eu le temps de dire ouf, son dos et sa tête claquant lourdement contre le sol. Sa baguette lui avait échappé des doigts et bien vite, il sentit un corps puissant se masser sur lui, sa poigne se resserrer sur sa gorge. Il suffoquait. Ça n’avait plus rien de l’érotisme auquel il était habitué. Cette poigne-là n’avait pas seulement besoin de violence et de satisfaction dominante : elle voulait le tuer.

La frayeur parcourut ses iris céruléennes. Il n’avait pas prévu de mourir comme ça, pas si tôt. Il n’avait pas fini son travail. Ses enfants n’étaient pas encore prêts. Il devait encore définir beaucoup de plans alternatifs, préparer des pistes, leur donner toutes les chances qui étaient en son pouvoir. Le visage de sa fille lui revenait en tête, puis ceux de ses fils. Et dire que sa dernière discussion avec Kiril avait tourné au vinaigre... Non, il ne pouvait pas partir comme ça. Il refusait. Sa main valide tentait de repousser celle qui l’étranglait, plantant ses ongles dans la chair avec autant de pitié que le fauve avec pour sa gorge. C'est à dire aucune. Il essayait d’articuler des mots, pour lui demander d’arrêter. Sa main mutilée se tendait, espérant pouvoir enfin se refermer sur sa baguette. Il tirait sur ses muscles atrophiés, la douleur était royale mais il ne la sentait même plus. Son esprit partait, il se sentait s’éteindre jusqu’à… Ce que l’air irrigue à nouveau ses poumons, inspirant avec violence, la trachée brûlante. Son souffle était bruyant, il toussotait, encore incapable de se relever avec le poids de Pavel sur lui… Et il n’avait clairement pas la force de la repousser. Son mécanisme respiratoire lui réclamait déjà beaucoup d’efforts. Il essayait en vain de remettre ses idées en place, la douleur dans son bras droit le ramenait à la réalité.

Il sentit la dextre de son amant passer dans sa nuque puis ses lèvres s’écraser sur les siennes, lui coupant à nouveau le souffle. Pour autant, la symbiose de douleur qu’il s’était découverte commune avec lui, lui donnait terriblement envie de l’embrasser. Aussi ne chercha-t-il pas même à lui échapper, réclamant au contraire de le voir poursuivre. Sa main valide venait dans sa nuque, œuvrant à l’empêcher de se relever, dusse-t-il manquer d’air à nouveau pour son caprice. Par instinct de survie, néanmoins, il le laissa s’écarter, reprenant lentement son souffle, prunelles profondément enfoncées dans ses siennes. Il tentait de s’y raccrocher, comprendre le sens des événements qui venaient de se dérouler, le laissant alerte et dubitatif. Il accepta la main qui l’aidait à se relever, et chancelant, le corps tremblant, il s’agrippa à lui. Le vertige, la vision floue à se relever aussi vite après avoir tant manqué d’oxygène… Ça n’était pas l’idée du siècle. Il tenait bon, se calmait, son sang-froid lui donnait un air détaché et son esprit travaillait toujours avec ardeur. Deux idées indéniables clignotaient dans sa tête comme une cruelle évidence et avec ces deux idées là, Nikolaï était parfaitement en capacité d’en inférer le reste. Pavel haïssait à mort Raspoutine et sa douleur était en lien direct et indéniable avec le massacre de Romanov.

Sauf que ces deux idées-là entraient en conflit avec pas mal d’autres pseudo-réalités au sujet de Pavel. A commencer par son affiliation indirecte à la Main Noire qui n’avait aucun sens, si ce n’était la duperie. Et s’il trompait la Main Noire, il y avait fort à parier qu’il le trompait lui. Son approche à son égard devenait si pleine de logique autant que de cruauté. Maksim Ivanov n’avait pas suffi aux rangs de l’Ursa Major. A moins qu’on chercha à l’éliminer ? Ou l’utiliser ? Pavel faisait un magnifique cheval de Troie. Tellement parfait. Tellement idéal aux yeux de l’Ivanov. La douleur le saisissait, non plus physique à présent. C’était le goût amère de la déception, la saveur acide sur sa langue et dans sa gorge, le violent élancement qui fracassait sa psyché comme autant de coups d’épées mal placés. N’était-ce pas ce qu’il avait recherché ? Ce qu’il avait convoité de déclencher ? Lui donner pour qu’enfin il se relève et alors quoi ? Il n’avait que ce qu’il semait et cela lui faisait plus mal qu’il ne l’avait escompté… Alors pourquoi ? Peut-être cette douleur dans le cœur de Vetrov. Cette douleur vivante, intense, inhumaine qui faisait tant écho à son propre capharnaüm. Il se retrouvait en lui, dans son combat, dans sa haine. Il se retrouvait dans sa rébellion, sa violence, sa domination.

Il fermait les yeux, le front contre son épaule. Il s’appuyait de moins en moins sur lui. Il avait beau lui en vouloir, il ne parvenait pas à se détacher, même passé le malaise vagal. L’idée même de lui faire face le consumait : il n’avait pas envie de l’affronter. En son for intérieur, sa compréhension lui avait déjà pardonné tant les motivations sur la duperie étaient limpides et légitimes. Il était bon joueur et pas plus blanc dans ses manigances. « Que t’a-t-il fait ? » demanda-t-il, la voix affaiblie par l’accablement. « Que t’a-t-il fait de si… » Aucun mot ne lui semblait suffisant à lui seul pour exprimer l’émotion qui s’était échappé de l’esprit de Pavel. Lui qui maniait si bien les palabres politiques, il était bien démuni lorsqu’il fallait exprimer ses sentiments, comme s’il s’entravait. Il n’alla toutefois pas plus loin dans sa recherche : tout les deux savaient de quoi il parlait. Parfois, le silence valait mieux que de blessants euphémismes. Dans un adagio étonnamment tranquille, il relevait la tête, croisant les iris si proches des siennes. Pendant de longues minutes, il ne fit rien de plus que de se laisser hypnotiser par les mouvements colorés de ses prunelles, y trouvant l’apaisement et la projection parfaite pour faire travailler plus encore ses réflexions. C’était comme si tout avait été arraché à Pavel, sans la moindre douceur, jusqu’à sa peau. Puis le déclic se fit, comme un éclair foudroyant à sa compréhension. Il déglutit difficilement et détourna le regard, puis son corps entier.

Il se retournait et allait s’appuyer sur la commode où reposait la pensine. « Romanov. » C’était un Romanov. Un survivant. Il ignorait comment et en vérité, ça n’avait pas vraiment d’importance. Seul son nom était suffisant pour l’éclairer sur ses comportements et surtout pourquoi il s’attachait à lui sans le savoir : il se retrouvait dans le prince déchu. Si les Romanov avaient régné sur les moldus et faisaient partie intrinsèque de l’Histoire de la Russie, les Ivanov avaient régné au sein du monde magique. Ils étaient les deux facettes de leur univers, deux princes défaits de leurs places légitimes par un seul et même homme. Même combat. Mais aussi le même siège à la fin. Le même trône. Si les Romanov avaient été des moldus, Pavel – ou quelque soit son nom – était un sorcier. Son monde était à l’équilibre entre les deux et ils finiraient par se heurter. A moins que… A moins de parvenir à cette fameuse confiance réciproque. Était-ce alors ce que son amant avait tant cherché ? Non… Il ne pouvait pas savoir. Nikolaï était célèbre par sa position à la main noire. Le meurtre de son père jetait une zone d’ombre sur le personnage mais pas à un point tel que le Romanov ait pu parier dessus, si ? Sans geste brusque, il entrouvrit le premier tiroir de la commode et y prit une fiole vide. Il la plongea dans la pensine pour en récupérer délicatement les filaments argentés et referma le contenu par un bouchon de liège. Il ne s’était pas attendu à une telle surprise, pas à quelques petites heures de l’arrivée de Raspoutine. Il savait pertinemment qu’il était devenu un témoin dérangeant et… Il s’étonnait de ne pas avoir été déjà tué. Alors quoi ? Le Romanov hésitait lui aussi ?

Il prit une seconde fiole et sa baguette dans sa main droite et tremblante, puis se retournait vers lui. Il avait l’impression de le redécouvrir sous un nouveau jour. C’était fou ce que les étiquettes pouvaient soudain tout changer. Quand il pensait qu’il se tapait le dernier tsar de Russie. Il s’en mordait la lèvre inférieure alors qu’un sourire commençait à naître sur ses lèvres maltraitées par la fougue de son amant. Passé le choc, l’idée était presque agréable. Il renâcla enfin un rire, parvenant enfin à se détendre face à la fatalité. Car oui, c’était une fatalité : il n’avait pas l’intention d’éliminer le dernier des Romanov, sans quoi il l’aurait déjà fait ou au moins essayé. Il savait aussi que s’il quittait cette pièce avec de telles informations en tête, c’était Raspoutine qui se chargerait d’éliminer Pavel. Il avait déjà accepté sa mort ou le blanc qu’on laisserait dans sa cervelle. Il préférait la dernière option même si elle signifiait qu’il devrait renoncer à l’information dont il disposait à présent. Mais pas de l’espoir naissant. « Je tiens à faire remarquer à Sa Majesté qu’elle taille très bien les pipes... » Au moins, c’était dit. Et s’il devait mourir, il n’emporterait pas ça dans sa tombe. Il usait de l’humour pour faire redescendre la tension qui régnait dans l’atmosphère. Une manière de lui faire un compliment. Au moins ces dernières heures auraient été agréables. Puis, plus sérieux, il ajoutait : « … Et qu’elle n’a toujours pas levé sa baguette pour m’éliminer. Dois-je en conclure... ? » Qu'elle avait d'autres projets ?

Il concluait sans son accord et sans achever le fond de sa pensée, quitte à devoir se tromper. Il levait lentement sa baguette jusqu’à sa propre tempe pour en sortir un nouveau filament argenté qu’il faisait glisser à l’intérieur de la fiole vide, la refermant également. Une fois fait, le bois claquait sur le parquet à la baguette volontairement lâchée. Désarmé. Il n’en aurait plus besoin à présent. Il ne faisait que prouver qu’il n’avait pas envie de lutter contre lui en l’instant. Habitué par son travail à la Douma à prendre des décisions dans l’urgence, sa réflexion était déjà établie et verrouillée. Il ne faisait qu’appliquer ses résolutions et il était extrêmement ferme dans les messages qu’il faisait passer. Il avançait vers lui, à ses prunelles accroché comme un damné qui marchait aveuglément vers le tourment. Son esprit revenait contre ses murailles refermées, sachant en vérité une belle part de ce qu’elles cachaient et plus que de se heurter à elles pour en vérifier la résistance retrouvée, Nikolaï les louait. Qu’elles tiennent. Qu’elles tiennent encore longtemps pour protéger le berceau royal qui y somnolait. Il entrevoyait un espoir, une possibilité, dusse-t-ils finir ennemis à l’issue de tout cela. Pourvu que le mage noir soit à terre et que sa lignée disparaisse. Le reste… Le reste supposait déjà qu’ils parviennent à cet objectif, ce qui n’était encore qu’un balbutiement. Si proche à nouveau de lui, il sentait son souffle comme s’il s’agissait du sien. Ses yeux se baissaient sur l’une des plaies encore sanguinolente laissée par un certain coup de ceinture.

Il pressa le verre arrondi d’une fiole contre celle-ci, brisant la fine pellicule qui s’était formée pour faire cesser l’hémorragie. Le liquide carmin, le sang Romanov venait entacher la fiole qui contenait le souvenir du massacre des siens. Si le geste était cruel, il était aussi plein de sens. Il serra les dents lorsqu’il pressa le verre de la seconde fiole contre l’une de ses propres plaies, la souillant du sang Ivanov. Il glissa les deux objets dans la main de son amant. « Au moins, si je suis réticent à te fournir le second, tu sais ce qu’il implique. Nous ne sommes pas très différent, toi et moi. Sans mettre de nom dessus, je le sentais et je venais vers toi. Trop vite. Beaucoup trop vite. » Ce n’était pas le moment. Pas encore. N’était-ce pas ce qu’il avait essayé de faire comprendre en vain à Kiril ? « M’effacer cet instant aura au moins l’avantage de me rendre méfiant à ton égard. » L’avantage, oui. Il irait moins vite. La collision serait moins brutale et précipitée. On effaçait tout, et on recommençait. Ils réécriraient mieux cette histoire, non pas comme des adolescents à leur première fois ratée. « Du moins, je l’espère. » Il n’était pas à l’abri de se laisser porter, à nouveau par cette intuition et cette attirance. « Car je maintiens ma certitude : je n’ai pas de maître. Je n’obéis qu’à moi-même mais…» Il pencha la tête légérement sur le côté, comme s'il jaugeait la fin de son propos : « Je me retrouve en toi. » C’était dangereux. Un jeu très dangereux. Pour lui-même, pour sa lignée. Un jeu qui pourtant en valait la chandelle. Il était assez intelligent pour voir les limites de son propre plan et pour savoir qu’il n’y parviendrait pas seul.
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11/6/2017, 10:24
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Un sourire en coin, à peine ébauché, une simple entournure de la chair et une chaleur diffuse dans son regard fauve, Le prince peinait encore à se remettre de sa crise de violence, si virulente qu'elle lui avait blanchit l'esprit, si impérieuse qu'il en avait perdu tout contrôle sur lui-même. Guérit, lui ? Comment avait-il pu même avoir la stupidité de croire ça ? Bien sûr que non, il n'était pas guérit, et pas même remit. Il ne pouvait pas s'échapper, prisonnier de la monstruosité de ses sentiments, de leur extravagance et de leur domination implacable sur sa personne. Comme le déluge, sa fureur viscéral venait de balayer toute construction sensée, le laissant à nu, encore tremblant et bien incapable de s'expliquer ou de donner sens aux réactions qu'il venait d'avoir sous les yeux de son amant. Le regard de nouveau vague alors qu'il prenait lentement conscience de ce que l'éclat venait de lui coûter, il n'en soutint pas moins Nikolaï qui s'appuyait sur lui, instinctivement, sans même y penser, trop embourbé dans les affres de la culpabilité, de l'épuisement moral, ne cherchant pas même de solution pour essayer de résoudre cet écheveau qui le menaçait pourtant directement. L'autre n'était pas stupide. La poigne du sorcier sur lui serra quelque chose, à l'intérieur, nouant ses tripes sans qu'il comprenne pourquoi, ou peut-être ne voulait-il pas comprendre, comprendre que d'ici quelques instants, le poids de ses mains risquait de se faire meurtrier. Il n'osait plus le regarder, lui, le nonchalant, lui, le railleur, l'audacieux qui se riait des bonnes mœurs, non il n'osait plus du tout, il n'avait foncièrement pas envie de devoir faire face à l'inévitable…

Soudainement, il crispa les épaules et manqua le lâcher alors qu'une onde aigre le parcourait sans qu'il ne comprenne exactement pourquoi, alors que l'acidité se répandait sur sa langue. Est-ce que cela venait vraiment de lui après tout ou bien… ou bien était-il encore dans sa tête ? Une onde de froid remplaça l'aigreur. Est-ce qu'il était dans sa tête au moment où… ? Non, il n'avait pas pu, il n'avait pas vu ses pensées, c'était impossible, avec son occlumencie ce n'était pas envisageable sans qu'il ne baisse lui-même ses barrières. Et pourtant, si l'idée même que qui que ce soit ait pu espionner ses pensées l'emplissait d'un inconfort profond, le prince ne parvenait toujours pas à se secouer de cet engourdissement résigné qui semblait peser sur ses épaules comme une cangue d'argent. Vaguement, en sentant son front toucher son épaule, il orienta la tête vers lui, mais ne releva pas pour autant le regard, se contentant de serrer légèrement la poigne qu'il maintenait sur son corps légèrement affalé contre le sien sans se questionner sur ce qui le poussait à cette prévenance. En était-ce d'ailleurs ou cherchait-il à l'empêcher de lui échapper, de s'éloigner fatidiquement, en sentant le poids qu'il apposait sur lui se faire de plus en plus léger. Les mots eurent du mal à l'atteindre, mais il finit par réagir, les cils frémissants, et il fut défait un instant de la capacité à parler bien que ses lèvres s'entre-ouvrirent pour lui permettre de s'exprimer.

Il devait parler, il le devait et pourtant il n'y arrivait pas et cela l'accablait, mais en fin de compte, qu'aurait-il dit ? Il n'en avait aucune idée. La vérité ? Nikolaï n'avait donc pas encore comprit ? L'idée même semblait surréaliste tant il s'était attendu à le voir additionner deux et deux…Lentement, son esprit s'éveilla du marasme dans lequel il s'était enfoncé à la réalisation de ce qu'il avait fait, il sursauta légèrement, à la simple idée de mettre des mots sur ce qui lui faisait si mal qu'intérieurement, il en devenait fou, lentement mais sûrement, une folie elle-même emprisonnée tout au fond. Leurs yeux se croisèrent enfin, leurs regards plongeant l'un dans l'autre sans qu'il ne dise mot, Ioann l'observant simplement en cherchant au fond de ces iris céruléennes l'inéluctable… Les sphères disgracieuses ne faisaient nullement miroir à ses pensées, elles étaient vivantes de couleurs fauves et ambrées, scintillantes dans la lueur du feu. Ils restèrent là tous deux, à se regarder, sans que rien ne filtre. Pourquoi n'attaquait-il pas ? Pourquoi l'interrogeait-il ? Qu'est-ce qu'il attendait ? Et puis soudain, il la vit, la compréhension, l'ultime rempart s'effondrant d'un seul coup devant le séisme de la révélation, de l'ultime duperie, celle qu'il aurait voulu provoquer un jour de lui-même, dans des circonstances choisies et adéquates…

Trop tard pourtant….
Beaucoup trop tard….

Son amant se détournait de lui en portant l'empreinte presque palpable de cette indéniable vérité qui ne portait qu'un nom, mais un nom aussi glorieux qu'honni. Et tandis qu'il se détournait, Ioann se prit à fermer les yeux, accablé d'épuisement et résigné à devoir se battre d'un moment à l'autre, lorsque Nikolaï ne manquerait pas de l'attaquer. Mais cela tardait à venir. A la place ? Il énonçait ce qui aurait dû être tu jusqu'au jour de la victoire finale… Un instant, il se demanda si l'autre ne prononçait pas son nom véritable pour placer leur duel sous le sceau de ce qu'il représentait et il se crispa enfin, bien qu'il n'ait toujours pas rouvert les yeux. Ses doigts frémirent légèrement. Sa baguette se trouvait dans l'étui à sa ceinture, il l'y avait replacé après son repas, un seul geste et elle se nicherait dans sa main, instrument de puissance, de magie, de mort. Le tuer serait relativement aisé, Nikolaï était bon sorcier, réellement, mais il restait un politicien, il ne résisterait pas éternellement face à lui. Peut-être pouvait-il même réussir à le tuer avant qu'il réagisse. Mais il ne bougeait pas, il ne faisait rien pour accélérer les choses, pour advenir l'instant fatidique, les nerfs refusant de lui obéir. Parce qu'il n'avait pas réellement envie d'en arriver là, même si une part pragmatique de lui s'y résignait. C'était un tel gâchis, à tant d'égards ! Bon sang… tout ça pour ça ? Non il refusait.

Mais que pouvait-il bien y faire ?
Il avait la tête vide…

Le soudain mouvement du côté du principal intéressé le fit se tendre et il rouvrit cette fois-ci les yeux, dardant de ses prunelles sur la forme à demi-nue de Nikolaï. Que faisait-il exactement avec ces fioles ? La réponse vint bien assez vite, le faisant soupirer. Comme dans un songe, il se mit enfin en mouvement, se passant une main dans les cheveux, récoltant la poisse de sa transpiration, puis, avec à peine un ou deux pas en arrière, il s'assit lourdement sur le lit, se laissant presque tomber, légèrement courbé vers l'avant, le dos arrondit comme s'il s'effondrait sur lui-même. Grognant légèrement, il vint se masser la nuque, oublieux un instant de cet homme qui venait de ramasser un coup de bâton aussi conséquent que le sien, fermant à demi les yeux en pétrissant la chair dure et crispée. Puis soudain, un sourire incrédule et instinctif, ses sourcils de fronçant, ses traits se tirant en une expression d'interrogation mi-amusée mi perplexe… Ses yeux retrouvèrent les siens, un chemin parcourut des centaines de fois déjà, et il resta à le mirer quelques secondes, s'attendant à tout sauf à ça. Puis, finalement, son expression s'adoucit lentement, en un mélange de lassitude, de pétillement malicieux et de gravité, lui flanquant au moins dix ans en pleine face d'un seul coup, et pourtant, ses épaules semblèrent s'abaisser légèrement, son corps se détendant. Pourtant, il ne répondit pas, le laissant conclure tout seul la réponse à sa question, puisqu'il n'avait toujours pas essayé de l'écharper.

Il observa la baguette tombée, puis releva les yeux vers l'Ivanov, et acheva de se détendre en comprenant que son amant n'allait pas lui sauter à la gorge. Au moins, pas dans l'immédiat. Le mirant ainsi, Ioann ne repoussa pas le contact mental que l'autre initiait, se surprenant à l'accueillir sans le moindre mal contre lui, comme en complément de ses propres pensées. Le coin de ses lèvres s'incurva en sentant la vigueur renouvelé de l'assaut tout autant que la solidité de la forteresse mental qu'il avait bâti pendant des années à la seule fin de dérouter ses adversaires. Son amant avançait, vers lui, toujours, et le prince déchu finit par se redresser pour se trouver à sa hauteur, l'observant d'un coup d’œil perçant mais beaucoup moins terne quoi qu'il fut sombre et renfermé sur l'instant. Puis soudain, le froid contact du verre lui arracha un frisson, et une grimace, les orbes ajustées dans l'écrin de son visage puissant se parant d'un lustre verdâtre… Ses doigts se fermèrent sur les délicats objets, sans qu'il cesse de l'observer, muet. Oui… ils étaient relativement semblables, même dans leur différence en vérité ; sans doute était-ce la raison qui lui avait fait choisir de le détourner de Raspoutine plutôt que de simplement le tuer à la première occasion disponible. Et pourtant il en avait eut, plus d'une, et toutes avaient été ignorées au profit de cet instant arrivé bien trop vite, de façon bien trop précipitée, en rien préparée.

Leurs deux mondes venaient de se fracasser l'un sur l'autre avec une violence impossible à imaginer. Toujours muet, il considéra l'idée de refuser, de ne rien lui prendre, de lui laisser ses souvenirs et d'en payer le prix et le dilemme était sans doute pleinement visible dans ses yeux. S'il n'intervenait pas dans son esprit, peut-être pouvait-il fuir avant l'arrivée de Raspoutine… mais en ce cas, adieu la couverture et l'infiltration, il ne pourrait que se dissimuler une fois de plus et conduire l'Ursa Major depuis l'arrière. Le caprice valait-il réellement tout ce qu'il perdrait dans la transaction ? La réponse était évidente, non, même l'acceptation de Nikolaï ne valait pas qu'il jeta à l'eau tous ses efforts pour refaire prendre pieds à son organisation, d'autant que l'affinité mentale entre eux n'allait pas subitement disparaître, il pourrait arriver à un résultat similaire une seconde fois, mais avec plus de doigté. Finalement, un nouveau sourire lui vint. Ah cette histoire de maître, c'était leur rivalité adolescente bien à eux semblait-il… Le temps seul apporterait une réponse à cette controverse en particulier, mais si déjà Nikolaï abordait la question sans que lui-même le fasse, c'était qu'il avait aussi envisagé la possibilité.

Lentement, il éleva une main, et vint passer son pouce sur les lèvres meurtries par sa faute, glissant sur la peau délicate de la gorge, et s'arrêtant sur le nœud de la clavicule, où il reposa. «  Lorsque le moment sera venu, je te rendrai ces souvenirs » Il avait prit sa décision, la seule valable, la seule logique, mais encore fallait-il accepter d'être le seul à porter le poids de cet instant. Ce n'était qu'un poids de plus, il pouvait le porter… après tout, il subissait sa colère et sa douleur depuis des années, ce n'était rien en comparaison. Sa main se mit de nouveau en mouvement. «  Laisse toi faire sagement » Un léger sourire taquin «  Même si c'est difficile pour toi » Avec des gestes tranquilles mais fermes, il le fit s'allonger sur le lit et vint le surplomber, le chevauchant presque tandis qu'il sortait sa baguette et rangeait la pensine à sa place, après avoir placé les fioles dans la poche de son pantalon avec mille précautions. Il s'abaissa vers lui en l'observant avec un sérieux qui lui ressemblait peu, de ce qu'il lui avait jamais montré, et resta quelques instants ainsi figé avant qu'il ne rompt de nouveau le silence de la pièce. Le prince déchu ne bougeait pas, mais l'Ivanov put se sentir lentement prit de torpeur, plongeant sans pouvoir s'en empêcher dans un très lourd sommeil qui lui souleva bientôt le torse d'une respiration apaisée.

Dans le silence des lieux, Ioann ferma les yeux, laissant sa tête retombée en arrière alors qu'il expirait profondément, faisant jouer sa mâchoire comme s'il mâchait encore cette décision. Puis il rouvrit les prunelles et glissa avec une nonchalance enfin retrouvée : «  ça va, tu te rinces bien l’œil ? » Son regard, dur, se décocha vers un coin de la salle qui sembla prendre vie rapidement… Non, l'autre n'était pas là depuis longtemps, sinon son amant l'aurait forcément su. L'école lui répondait, après tout. Ils échangèrent un regard, puis l'ancien auror se releva lourdement et le laissa approcher. «  Tu me diras pourquoi tu as pris le risque de venir après… j'ai quelque chose à te faire faire d'abord » L'autre savait déjà, il avait au moins entendu la fin de leur échange. Lui n'était pas assez bon oubliator pour se risquer à faire joujou dans la mémoire de Nikolaï, il n'avait vraiment pas envie d'y casser quelque chose de vital. Surveillant étroitement ses faits et gestes, le chef de l'Ursa Major attendit de très longues minutes, alerte et de mauvaise humeur, que son subordonné en termine avec ce qu'il devait accomplir, lui donnant les instructions pas à pas et récoltant dans une troisième fiole les souvenirs ôtés au directeur de Koldovstoretz. «  Il va falloir remplacer ces récipients, il va se demander pourquoi il n'y a plus le compte... »

Les instructions étaient claires pour celui qui officiait sous la garde vigilante de son supérieur, la scène dans l'esprit de Nikolaï se ré écrivait lentement, en laissant juste assez de blanc pour que l'Ivanov se montre méfiant sur la véracité de son souvenir. Dans celui-ci, le politicien décidait finalement de ne pas lui montrer les souvenirs dont il lui avait parlé, et Pavel lui tenait simplement compagnie jusqu'à seize heure, après quoi il prenait congé en prétextant devoir s'assurer que personne n'avait trébuché sur sa propre épée en bas. Nikolaï décidait finalement d'essayer de se reposer un peu avant le grand moment, et y parvenait. Une fois l'ouvrage achevé, Ioann soupira et couva son amant d'un regard critique et irrité, certes pas envers cette tête à claque bien trop téméraire et prise dans son filet, mais bien envers sa propre personne et son incapacité à jauger correctement de l'efficacité de son jeu avec l'Ivanov ou le manque qui l'avait empêché de détecter ce qui avait conduit à ce splendide échec…. «  Minute papillon » L'autre se retourna de nouveau vers lui alors qu'il allait sortir, interrogateur, faisant sourire le prince déchu. «  Je dois t'ôter tes souvenirs également, je serais le seul à savoir ce qu'il s'est passé ici... » Hors de question que quelqu'un d'autre sache, même au sein de sa cellule.

Il accompagna l'autre dans l'escalier, puis le bureau, et s'occupa de lui avant de recevoir son rapport et de le laisser lui échapper avec de nouveaux ordres. Deux étages plus bas, il fit le tour des portraits, pour s'apercevoir qu'aucun des directeurs n'étaient revenus. «  Idiots… » Récupérant sa chemise, il la remit en état et quitta les lieux, faisant un rapide tour d'horizon du reste du personnel pour s'assurer que tout aille bien avant d'aller mettre les fioles en sécurité dans ses appartements. Regarder ce second souvenir maintenant n'était pas une bonne idée, il ferait cela après la petite visite de courtoisie de Raspoutine, lorsqu'il serait enfin tranquille…


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11/6/2017, 13:57
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L’obscurité. Aucune lune dans le ciel pour adoucir la cruauté de la tragédie. Les bougies avaient été soufflées par le combat. La voix d’Alexandra hurlait des insultes à son encontre, celle de ‘monstre’ revenait souvent, expectorée avec rage et douleur. Nikolaï ne l’entendait même plus, on éloignait celle qu’il venait de fiancer autoritairement avec lui-même. Les bruits alentours se faisaient sourds, la pièce se vidait de sa famille, par pudeur et le nouveau Patriarche s’agenouillait près de sa défunte épouse. Sa main valide tremblait lorsqu’il vint la poser sur le ventre rond du cadavre. Ça n’était pas le premier qu’il perdait et la dame qui vint s’agenouiller près de lui, les deux mains posées sur ses épaules de son fils, le savait très bien. « Kolya... » Le visage fermé, lèvres scellées, ses prunelles céruléennes étaient verrouillées sur ce ventre, incapable de s’en détacher. Il ne parvenait pas même à trouver la force de repousser sa mère qui, dans sa douceur, ne faisait que retourner le couteau dans la plaie. Les secondes et les minutes s’écoulaient et lui, il ravalait sa douleur, sa hargne, ne pouvant la libérer. Tout ça, ça devait rester dans sa petite tête. Il se relevait. Sa femme n’était pas le seul cadavre à terre. Deux autres jonchaient le sol un peu plus loin et au milieu de la pièce, la dépouille d’Igor, son oncle. Le dernier rempart avant la domination de sa lignée venait de tomber… Mais à quel prix ? Le sacrifice d’une poignée pour préserver le reste, et surtout sa propre progéniture.

Son regard devenait flou alors qu’il se levait sur un portait de Sergueï Ivanov accroché au mur : « J’ai toujours détesté mon père. Mais détesté comme on aime s’en prendre à un rival pour lui montrer qu’on est plus fort. S’il n’y a plus de rival, tout cela n’a plus aucun sens. Il n’y a plus ce savoureux sentiment de victoire qu’on obtient en écrasant l’autre ni l’épuisante rage au ventre devant l’échec, juste un incroyable vide, emprunt de morosité. Puis dans tout ce marasme incompréhensible, il y la douleur de la perte dans son plus simple appareil, défaite de toute la haine qui l’avait jadis si merveilleusement vêtue. » Ses sourcils se fronçaient avant qu’il ne détourne le regard pour le poser sur la mère. Son visage semblait avoir pris vingt années soudain, pétri par la douleur. Ils étaient seuls et Ludmilla avait toujours été son exutoire alors il se faisait prolixe en sentiments. « J’ai toujours adoré mon père. De toutes mes forces, de tout mon cœur. Si j’avais fantasmé sa défaite et s’il m’avait laissé l’espérer en vain, c’était pour me forcer à frapper toujours plus fort, mobiliser d’avantage de ressources pour l’atteindre, ne serait-ce qu’un peu. Il a fait de moi un homme politique prêt pour la Russie. » Il serra les dents : « Mais il m’aura fait payer cela au prix fort. » Le sang des siens. Et ce n’était pas fini.

Crispé dans une souffrance contenue, son visage se baissait en avant et le décor changeait là où ce même faciès restait fixe. Une salle de réunion des hautes administrations. Des têtes en costume impeccable autour d’une table. Le plan de la Douma venait d’être étalé alors qu’un auror venait au rapport sur les positions de Raspoutine. Il parlait vite, mais nettement auprès de la cellule de crise que dirigeait Nikolaï. Les portes s’ouvrirent soudain, des respectueux ‘monsieur de ministre’ fusaient de bien des bouches mais pas de celle de Nikolaï. Père et fils se miraient en silence avant que plus jeune finisse par ôter la cigarette d’entre ses lèvres : « Monsieur de Ministre. » fit-il à son tour et son père, ayant visiblement obtenu le respect qu’il attendait dans ce défi, posa son regard sur la carte. Nikolaï entamait un rapport des positions de la Main Noire aux abords de la Douma. La capitulation était proche, le coup d’état en marche. Sergueï posa des directives. Nikolaï ordonnait leur application concrète en plaçant les pions de son père où il voulait. Qu’importait de toutes façons, il avait déjà gagné la partie d’échecs. Il l’avait déjà cerné. Il était bon joueur et le laissait avancer, tenter de se débattre dans le filet qu’il refermait. C’était jouissif de le voir faire et pourtant, son visage de marbre ne laissait rien transparaître. Rien qu’un sérieux sang-froid et une poigne de maître.

La situation s’aggravait, la tension montait dans la cellule de crise, les ennemis étaient dans leurs murs et beaucoup commençaient à avoir les nerfs à vifs bien qu’aucun n’ait craqué. Probablement parce que les deux Ivanov demeuraient fermes, tels des rocs, des piliers à la Russie mouvementée. Le portrait résumait bien la position de leur lignée dans le monde sorcier et l’attache qu’avaient bien des hommes en dépits des singularités de chacun. Ils avaient foi en eux. « Capitulez. » finit Nikolaï par dire à son père lorsque plus aucune issue ne semblait envisageable. Cet instant fatidique où le roi est mat. Mais le roi en question ne lâchait pas la carte de la Douma des yeux, comme s’il cherchait encore une échappatoire. Sergueï, comme beaucoup d’Ivanov, était orgueilleux. « Monsieur le Ministre ? » demanda un sbire face à l’absence de réponse. Nikolaï frappa du poing sur la table pour le secouer. Il avait gagné et son père refusait de l’admettre. Il n’était pas hors de lui, il voulait seulement lui faire quitter son immobilisme. Dehors, cela grondait, les portes étaient cahotées par les assauts. Nikolaï contourna la table pour faire face à son paternel : « Abdiquez. » Imperceptible mouvement de tête de Sergueï. Négatif bien évidement. Non, Nikolaï ne pouvait pas y croire. L’autre n’allait tout de même pas refuser. « Vous ne faites que prolonger le massacre. Vous envoyez ces vies à l’abattoir. Vous ne pouvez pas faire cela. » argumenta-t-il mais Sergueï se montrait toujours silencieux, comme s’il jaugeait le rejeton qu’il avait face à lui.

Iris céruléennes dans iris céruléennes, le combat des deux hommes devenait amplement palpable tant ils se toisaient. Nikolaï savait déjà que son père ne plierait pas le genou et cela l’inquiétait dans les conséquences imprévues que cela impliquait. « Vous allez nous condamner. » Et quand il disait ‘nous’, Nikolaï ne parlait plus de la Douma, mais de la dynastie Ivanov et seul son père le comprendrait ainsi. Il était incrédule, il ne voulait pas croire que son père préfère tous les sacrifier, c’était impossible. « Non, Nikolaï. Tu sais qui est le coupable de tout cela. » Pas de nom et beaucoup avaient interprété ces mots, à tord, désignant Raspoutine. Mais Nikolaï, lui, savait que c’était de lui dont il était question. Son enfant anomal, sa honte, sa plaie. Les portes s’ouvrirent d’un sort fracassant et la haute sature de Raspoutine fit l’ombre dans le dos de Sergueï, ne laissant pas au Ministre le temps de se retourner. Un éclair vert vint le frapper en traître. La scène se figeait, se superposait à une autre, au premier souvenir, là où Nikolas II avait subi le même destin tragique. Les rois tombaient, laissant derrière eux des fils accablés face à la montagne du paysan couronné. Ça n’était pas ce qui avait été prévu. Son père n’aurait pas du mourir, il aurait du abdiquer. En lieu et place de cela, le leader de la main noire levait sa baguette sur l’orphelin. Comme la lignée Romanov, celle des Ivanov dérangeait et Nikolaï comprit bien vite que tous allaient passer l’arme à gauche.

La scène superposée montrait le Tsarévich Alexis en train de se relever avec une dignité exemplaire, là où l’Ivanov venait rudement mettre un genou à terre et baisser humblement la tête. L’humiliation était accablante. Il avait voulu faire plier l’échine à son père et c’était lui qui y était condamné, sachant pertinemment ce qu’il venait de déclencher par cette soumission. Immédiatement, les autres membres du bureau se pliaient au même geste, confiance aveugle en la lignée qui avait su guider leur pays au fil des siècles. Un sort blanc fusa dans un réceptacle, annonçant l’ordre de la capitulation. Raspoutine avait l’air surpris, pris de cours par le revirement de situation. Un membre de la main noir vint annoncer que les aurors rendaient les armes, confirmation de ce qui s’était produit dans ce bureau. Nikolaï sentit le regard lourd et intrusif de Raspoutine sur sa nuque puis dans son esprit. Sa baguette s’abaissa, l’épargnant. Officiellement, ce fut à partir de cet instant que l’Ivanov entra dans la Main Noire. Officieusement, il n’était depuis bien plus tôt, et venait de se poignarder lui-même. Les yeux rivés sur le cadavre paternel au sol, sa douleur l’élançait lourdement, remuait sa psyché comme un ouragan. Il n’avait jamais voulu qu’il meure. Jamais. Mais ce qui arrivait était sa faute. Il reprendrait la Douma. Un jour. Non plus par orgueil, mais par culpabilité.

Le corps de son père fut traîné jusqu’au balcon où Raspoutine s’affichait au peuple consterné. Ce qui s’était passé dans ce bureau n’avait pas filtré auprès de la population. Les seuls avisés de cette scène n’étaient que le cercle proche de Raspoutine et celui de Nikolaï. Aucun n’avait ébruité, par respect pour leurs fidélités respectives et parce que le nouveau maître de la Russie l’avait fermement interdit. Mais dans l’esprit de Pavel, cette divulgation traître serait bien gardée. Le reste de la scène était de notoriété public. Raspoutine qui s’avançait au balcon, la Douma qui s’agenouillait. Victoire. Le ministère était tombé. La vérité, deux personnes l’avaient parfaitement captée : Nikolaï et Raspoutine. Car ne n’était qu’à l’arrivée au balcon du premier dans le dos du second que la population avait ployé. Vu en proximité de Nikolaï, il était clair et net que le regard de la foule avait bifurqué du leader. C’était sa petite victoire, la façon de lui faire comprendre qu’il tenait bien trop de monde en laisse à la Douma pour que la lignée Ivanov puisse être éradiquée sans soulèvement aucun. Elle était là, et uniquement là, l’utilité de sa survie et jour après jour, elle se ferait plus mince s’il ne reprenait pas sa place.

Une voix masculine s’éleva, celle d’un homme qui avait parlé pendant ce conseil de crise. « Koldovstoretz ? C’est une plaisanterie ? » Le décor avait à nouveau changé. L’Ivanov était au domaine de son père, dans son salon et venait se pencher en avant pour tapoter son cigare au dessus du cendrier, relâchant l’excédent consommé. « Non. » fit la voix ferme de Nikolaï devant l’incrédulité de son sbire. « Tu ne peux pas partir. Ils attendent, à la Douma. Il attendent que tu te relèves. Tu sais qu’ils te suivront. » « Et bien, ils attendront encore. Je ne suis pas prêt : je n’y parviendrai pas seul. » L’autre sembla le dévisager un instant : « Ursa Major ? » Le sourire de Nikolaï s’élargit, amusé, sans approuver ni réfuter. Oh oui, l’Ursa Major.
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