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Salon de thé "Mirabelle" - Il est l'or de choisir | feat Kiril

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26/5/2017, 21:48
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Mars 1930

La journée se finissait sur une note pluvieuse alors que sonnait 17h à l'horloge d'une petite église orthodoxe, située au carrefour voisin. Le ciel, gorgé de nuages gris, ressemblait à une chape de plombs cotonneuse et filasse, alors que la neige sur les trottoirs se criblait des gouttes qui, rapidement, cristallisaient en une grêle aussi frileuse que la brise qui soufflait dans les rues humides de Saint-Pétersbourg. La sublime Mercedes-Benz S de 1929, spécifiquement construire à la demande de la famille Yuan, stationnait sur la rive de la Neva, là où se joignaient le monde moldu au pont caché qui menait droit à Koldovstoretz. Le véhicule d'un blanc impeccable, à la capote beige relevée, abritait non seulement un intérieur de cuir carmin, mais aussi la silhouette gracieuse de Yue-Xin. Confortablement installée sur la banquette, jambes croisées sous les plis voluptueux de sa robe, elle patientait. Il s'agissait d'une création unique française, qui ne portait rien de plus que la griffe de la célèbre Coco Channel. D'une coupe avant-gardiste, l'habit mettait en valeur autant le teint de porcelaine de la jeune chinoise, que l'ensemble de sa frêle et délicate silhouette. Un châle vaporeux couvrait ses épaules et, glissée au creux de ses coudes, l'étoffe ondulait sur l'assise en des teintes pastelles toutes aussi délicates que celles qui habillaient la robe.

Concentrée sur l'étude d'un cahier qu'elle tenait sur ses cuisses, elle ne vit pas approcher son jeune fiancé alors que ce dernier reparaissait au regard de tous après être habilement sortit de l'illusion anti-moldu. Il fallu que le chauffeur tapote la vitre les séparant pour qu'elle ne relève le nez de sa lecture et ne remarque la haute silhouette de Kiril qui venait à eux. Aussitôt, elle tendit une main vers son sac et attrapa une petite fiole de verre opaque rehaussé d'un feuillage d'or délicat en motif floraux. Ouvrant le récipient, elle tapota le bouchon humide de parfum sous ses oreilles, au creux de sa clavicule et à ses poignets. Dans un même mouvement parfaitement orchestré, Yue-Xin vint à fermer le cahier qu'elle déposa à ses côtés, repoussa le sac pour qu'il ne la gêne pas et vint couvrir sa gorge et sa poitrine du châle alors qu'elle ouvrait enfin la portière et sortait dans l'air vif et glacé de l'extérieur. Un frisson la prit depuis la nuque jusqu'aux orteils, hérissant les poils sur ses bras et faisant naître une chair de poule à sa peau soyeuse, délicate.

« - Bonsoir, mon ami. »

Elle lui fit un léger sourire, le nacré de ses lèvres maquillées s'ourlant avec douceur et tendresse alors qu'elle tendait une main frêle pour venir la poser sur le bras du jeune homme. Malgré ses talons aiguilles, la jeune sorcière fut forcée de se hisser sur la pointe des pieds pour venir poser sa joue contre celle du garçon. Il s'agissait d'un ersatz de bise puisqu'elle ne désirait pas souiller sa joue de son rouge à lèvre, ni avoir à refaire son maquillage. C'était là le seul compromis que les dames de son époque avaient pu trouver. Elle laissa leur peau se toucher quelques secondes de trop et vint presser sa pommette à la sienne pour étendre encore un peu ce toucher charnel. Durant ces quelques secondes volées, Kiril pu sentir son parfum français aux notes florales, d'agrumes et d'un peu de rondeur miellée sur la fin. Lorsqu'elle s'écarta, la chinoise couva son fiancé d'un autre regard avant de retourner à l'intérieur de la voiture. Ses cheveux au sombre de jais se trouvaient déjà pailletés de neige fondue, ondulations voluptueuses à peine retenues par un bandeaux de dentelles et quelques autres lanières de perles qui formaient une tresse élaborée et chic.

Une fois sur la banquette, Yue-Xin vint à saisir son manteau de fourrure blanche qu'elle glissa sur ses épaules et referma frileusement sans glisser toutefois les bras dans les manches : elle désirait garder les mains libres et ne pas encombrer ses mouvements. Elle ramena les plis de sa robe autour d'elle, tapotant le tissu pour qu'il garde un joli tombé depuis ses genoux à ses chevilles délicates et croisa les pieds tout en les ramenant un peu sous elle de sorte à montrer une posture élégante, éduquée. Elle regarda son ami entrer et s'installer puis posa une main sur son bras, serrant ce dernier avec douceur. Ses yeux sombres comme de l'encre le couvèrent d'affection, les longs cils rehaussés d'un peu de fard pastel sur les paupières, assorti au thème de sa robe.

« - Comment s'est passé votre journée ? Est-ce que les esprits se reprennent suite à la visite du Leader Raspoutine ? »

Elle ne désirait pas le harceler de question et décida donc de poser les deux plus importantes. La première concernait son futur époux, la seconde l'ambiance générale qui régnait à Koldovstoretz depuis le passage de Raspoutine et la répugnante chasse à l'homme qu'il avait orchestré ! Décidément, ces russes manquaient de manière à tous les degrés. Elle avait eut le flair en jetant son dévolu sur celui-là : il avait davantage des airs d'un lord anglais, que d'un rustre soviétique. Elle l'observa donc discrètement, mais l'écouta avec une attention ouverte et toute réactive, hochant la tête et souriant quand il le fallait ou même offrant de petites moues mignonnes lorsqu'il fallait accompagner le mécontentement du jeune homme sur tel ou tel sujet. Quand il eut terminé, elle hocha une dernière fois la tête et tendit une main pour la poser sur la sienne en une pression fugace, presque une caresse.

« - Oublions tout cela pour l'heure, voulez-vous ? Je vous propose de prendre le thé dans un salon qui donne sur le Jardin d'Été. Il s'agit d'un commerce moldu, mais il est absolument ravissant. Là, nous pourrons déguster une petite collation tout en discutant du mariage, qu'en dites-vous? »

Yue-Xin lui fit ce léger sourire dont elle avait le secret et qui pouvait s’interpréter d'un millier de façons différentes. Le secret était de lire son regard et d'y déchiffrer les émotions qui s'y lovaient, la chinoise ne cherchant pas à se cacher en présence de son fiancé. L'affection qu'elle lui portait était sincère.
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5/6/2017, 21:13
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Ce rendez-vous… Cela faisait déjà plusieurs jours qu'ils l'avaient décidé, plus d'une semaine en vérité, c'était normal, la bienséance refusait qu'il se présente simplement à sa porte pour discuter avec elle, et l'inverse aurait été pire encore. Et avec les entorses à la bonne conduite que faisait déjà son père, il n'avait vraiment pas le droit à l'erreur, et ne désirait pas embarrasser sa fiancé de toute façon. Yue était une femme délicate, qui méritait qu'on la traita avec tout le respect du monde. Il avait énormément de chance de l'avoir pour promise et ne comptait absolument pas lui causer de tort, comme il l'avait dit encore récemment, il n'était pas son père. Tandis qu'il s'approchait de la luxueuse voiture de la chinoise, il ne pu que s'avouer à lui-même une légère forme de stress, tout ce qu'il y a de plus sain sans aucun doute mais tout de même, notable… Cela faisait quelques temps qu'il ne l'avait pas vu, et elle lui avait honnêtement manqué. Cela aussi, il le constata plus ou moins en approchant, tandis qu'elle apparaissait dans l'ouverture de la porte mécanique, et qu'elle venait à sa rencontre. Son regard la parcourut une première fois, très rapidement, sans s'arrêter nul part afin de conserver toute sa courtoisie, ne voulant pas la mettre mal à l'aise en la mirant avec trop d'insistance, quand bien même elle était magnifique… Le second passage gracia les plis de sa robe sur mesure, exotique, puis remonta immédiatement à ce visage pâle et charmant. Sans même s'en rendre compte, ses traits graves et lassés s'adoucirent sur un sourire léger, et il s'arrêta face à elle. La voyant se tendre vers lui, il plia sans se plaindre, et se trouva baigné de son parfum, alors même que le vent le dissipait, lui faisant brièvement fermer les yeux. Elle sentait excessivement bon, bien qu'il n'aurait absolument pas su dire de quelle fragrance il s'agissait, quoi qu'elle lui plaisait beaucoup…

«Bonsoir, Xin»

Se redressant cependant après un instant, troublé de sa proximité, il prit avec délicatesse sa main et y déposa un baisé, s'inclinant de nouveau avec une parfaite maîtrise de la galanterie. Puis, ils entrèrent dans l'auto, lui, lui tenant la portière, le temps qu'elle puisse s'installer, puis faisant de même, tâchant de ne pas se coller à elle et de rester bien de son côté de la banquette arrière… alors qu'il refermait la portière dans un claquement sec, son regard dériva de nouveau sur les plis de la robe chatoyante. Yue adorait les tailleurs français, il le savait déjà, mais cela le changeait tant des modes russes qu'il était chaque fois fasciné par le moiré des étoffes et l'apparente légèreté, ne pouvant pas s'empêcher de toujours craindre qu'elle n'ait froid tant ses atours paraissaient légers. Pour autant, il n s'était jamais aventuré à le lui demander de but en blanc, préférant simplement s'en assurer de façon détournée, pour ne pas risquer de la vexer ou de lui faire changer ses habitudes. Pour cette fois, c'était la présence du lourd manteau de fourrure qui le rassurait sur l'état de santé de sa promise, car avec un tel drapé, il y avait déjà moins de chances qu'elle attrapa froid, et puis son père était largement connu et reconnu pour s'insupporter du froid russe. Le patriarche Yuan n'aurait sans doute jamais laissé sa chère fille sortir sans qu'elle se protège correctement. Certains natifs voyaient cela comme étant une forme de faiblesse, lui était assez intelligent pour ne pas aller chercher son beau père sur ce genre de terrain risqué. C'était aussi trivial que dangereux. Non et puis, il n'avait de toute façon pas envie de mettre en péril la paix de son futur ménage dès maintenant…

«Et bien... »

La question ne l'étonnait pas tant que cela, la chinoise était une femme intelligente, instruite et alerte, très au fait de la situation économique et politique. Des traits de caractères qui n'étaient pas forcément les plus appréciés chez une épouse, mais qui, personnellement, ne le dérangeait absolument pas, au contraire… Il y trouvait un étonnant charme. Pondérant la demande, il finit par reprendre la parole, à son rythme, puisqu'elle respectait son silence.

« L'école aura été durablement marquée par cette visite, je pense »

Il avait volontairement esquivé la première de ses deux interrogations, et pourtant la plus anodine. La seconde le préoccupait trop pour qu'il hiérarchisa autrement sa prise de parole. Son regard se détourna un moment vers l'extérieur, visible au travers de la vitre, tandis qu'il pesait le pour et le contre, puis qu'il revenait à elle, puisant sas honte une part de sa fermeté dans ce visage de poupée… comment faisait-elle même ? Elle semblait si frêle…

« Je pense que cette… chasse… marque un tournant plus ferme dans l'orientation de notre école que l'accession de mon père au poste de directeur... »

Et pas en bien, mais cela ne se sentait guère, dans la façon dont il l'expliquait, très neutre et ne désirant pas les choses autrement. Comptant sur elle pour comprendre qu'il lui faudrait sans doute un peu de temps et un environnement plus fermé pour s'épancher, il tâcha de la nourrir des anecdotes d'une journée tranquille, passée principalement à démarcher pour un tutorat au sein de la Douma, puisqu'il se destinait à un poste politique… De nombreux services l'intéressait mais tous n'étaient pas adéquats, notamment en raison de son caractère tranquille. Sachant également qu'elle avait elle-même étudié à l'étranger, il ne cacha pas avoir étudié les exemples britanniques et américains. De même, il ne lui cacha pas qu'obtenir ce qu'il désirait si jeune et à ce stade de sa scolarité s'avérait compliqué, car même si le régime appréciait l'ambition, il semblait qu'il fut tiède concernant les individus précoces… De là, il discuta tranquillement des quelques événements tiers de Koldovstoretz qui valaient la peine pour elle d'être entendus, les commentant avec objectivité mais sans cacher des avis parfois divergeant.

Lorsqu'il se tut enfin, et qu'elle vint à poser sa main sur la sienne, il cilla, se redressa légèrement, et l'observa en cachant un tantinet sa surprise par une expression toute attentive.

« Et bien… oui avec plaisir »

Il s'illumina bien malgré lui et fit de gros efforts pour conserver son maintient, ne pouvant pour cette fois pas s'empêcher de la mirer avec intensité. Son sourire était d'une éclatante blancheur, vraiment, très joli… Et cela lui faisait du bien de voir quelqu'un qui était sincèrement là pour lui et pas… et pas autre chose, pas quelqu'un d'autre…

« Je sais que dans votre culture, le mariage suit de peu les fiançailles… je comprend sans mal que votre père a sans doute décidé de convenir davantage aux usages russes en cela, j'espère que ce n'est pas trop dérangeant pour vous, Xin... »

Sa sincérité n'avait rien de feinte, et il avait prit le temps d'étudier les usages chinois en rapport avec le mariage afin de ne pas commettre d'impaire et de savoir de quoi on lui parlait justement s'il se trouvait soudainement embarqué dans une discussion au sujet des arrangements de leur union. De même, et dès la première fois où ils s'étaient rencontrés, il avait prit grand soin d'apprendre les bases de la prononciation chinoise afin de ne pas lui écorcher les oreilles quand il prononçait son nom. Lui-même n'aurait pas apprécié qu'on lui fasse un coup pareil alors c'était le minimum de courtoisie à avoir à son égard…

« Y avait-il un sujet précis dont vous souhaitiez que nous nous entretenions aujourd'hui ? »

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6/6/2017, 18:50
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La voiture était toujours à l'arrêt bien que le moteur tournait dans un ronronnement apaisant et que le chauffage soit branché de sorte à dégourdir leurs pieds du froid tout en créant une légère buée sur les vitres. Le conducteur patientait, guettant l'ordre de se mettre en route pour le salon de thé, dos droit et nuque raide, mains posées sur les cuisses en une posture formelle, yeux rivés droit devant lui. Il s'agissait bien évidement d'un employé du clan Yuan, un homme discret et pétri de ce fanatisme quasi religieux à l'égard de l'honneur et de la fidélité familiale. Yue-Xin savait pouvoir lui faire pleinement confiance, même s'il était davantage le chien de son père que le sien propre. Cela n'avait pas d'importance, si un jour elle souhaitait une quelconque  intimité avec son fiancé, elle n'aurait qu'à emprunter la voiture et conduire elle-même : l'un des nombreux avantages pour avoir vécu en Angleterre. Que la Reine bénisse les Suffragettes, ces femmes savaient comment faire la fête et vivre leur vie ! Pour aujourd'hui, elle avait eut la lubie de rester aux côtés de Kiril, que ce soit métaphorique avec leur sortie que littéral avec sa présence sur la banquette arrière car si elle n'était legilimen comme son père, elle n'était pas encore assez stupide pour ne pas savoir quand son futur époux allait mal. Et il allait réellement très très mal.

Elle avait donc attendu de savoir si le salon de thé lui convenait avant de s'y rendre, ne voulant pas gaspiller de l'essence en tournant en rond dans les rues. Aussi, lorsqu'elle l'entendit accepter et paraître même s'illuminer à l'idée de s'y rendre, la jeune sorcière esquissa un sourire attendrit, puis légèrement gêné à l'intensité du regard que son promis portait sur elle. Sous la poudre de riz qui unifiait son teint de porcelaine, Yue-Xin se mit légèrement à rosir et elle papillonna des cils avant de détourner légèrement la tête pour cacher son propre émoi. Et bien ! Elle ne s'était pas attendu à le voir aussi honnête et conquis par la proposition ou un simple sourire ! Elle cru, l'espace d'une seconde, s'être fait transformée en une petite friandise sur le plateau mené à un loup. Non pas qu'elle répugna l'idée : Kiril était un homme charmant sous tout rapport, mais elle n'avait su s'y préparer. Surtout qu'à l'habitude, il était le plus réservé des deux en terme de marque d'affection. Déglutissant, elle retira sa main et fit signe au chauffeur de les conduire jusqu'à destination. Sortant de son sac à main une jolie montre à gousset, n'ayant jamais voulu s'encombrer le poignet d'une montre à bracelet, la chinoise s'assura qu'ils n'étaient pas en retard puis leva les yeux sur son fiancé avec un haussement de sourcil surpris.

« - Et bien, il est vrai que les traditions sont un peu bousculées, mais ce n'est pas plus mal ainsi. »

Elle lui fit un sourire et croisa les doigts dans le giron de sa robe, tournant la tête vers la vitre de sa portière afin d'observer les rues défiler. Son souffle créa une couche supplémentaire de buée, floutant le décors extérieur alors qu'elle continuait d'assurer à son tendre ami combien les choix qui avaient été fais, les compromis même, étaient tout à leur avantage au final.

« - Il est de tradition chez vous comme chez nous que ce soient nos mères qui s'occupent de notre mariage, laissant en théorie la fiancée en simple observatrice de sorte qu'elle puisse, à son tour, prendre le rôle d'organisatrice une fois rendue au mariage de ses propres enfants. Malheureusement, nous avons tout deux perdus nos mères... »

Sans le regarder, elle tendit une main pour la glisser dans la sienne, serrant ses doigts en un geste d'affection. Le décès de sa propre mère remontait à quelques années, elle avait pu faire son deuil qu'il s'agisse du moral que du social. Mais Kiril ? Ho le pauvre garçon portait encore le brassard noir du deuil à son bras. Elle ne pouvait qu'imaginer la peine qu'il portait sur ses épaules et désirait tant l'aider, le soutenir et le guider ! Malheureusement, leurs rencontres étaient encore trop pétries de formalité pour qu'elle puisse agir autant qu'elle le souhaitait... bien que plusieurs idées ne fleurissent en son esprit de logique et de rendement. Un moment silencieuse, essayant de respecter l'idée du deuil et de sa minute de silence, elle reprit avec un soupir :

« - Mon père essayait d'aider votre mère en remplaçant la mienne dans les préparatifs, mais sans me moquer de lui, je dois avouer qu'il était quelque peu dépassé ! Le pauvre... il a déjà tant de chose à gérer entre son restaurant, l'orphelinat et ses autres affaires. Elle se tourna pour pouvoir lui faire plus ou moins face, se déplaçant dans un bruissement de tissus et vint le fixer avec une expression triste, laissant sa main blottie dans la sienne. J'ai donc tout naturellement récupéré les préparatifs du mariage depuis... et bien, depuis les funérailles. Bien sûr, une de mes tantes doit arriver de Chine d'ici peu pour m'aider, mais vous comprendrez donc combien ce délai est au final une bonne chose. Considérant nos situations respectives... même si je dois confesser un seul regret : si j'étais déjà votre épouse, je pourrais pleinement me consacrer à votre soutient moral en cette période difficile. »

Yue-Xin ne fit pas mention du fait qu'à présent qu'elle avait la main mise sur le déroulement de son mariage : il était hors de question qu'une femelle Ivanov vienne y fourrer son nez. Elle était au courant des fiançailles entre le patriarche de la famille et la petite sauvageonne Alexandra... un véritable scandale dans les hautes sphères sociales, une insulte crachée à la dépouille de la défunte mère de Kiril, aux bonnes mœurs et à encore bien d'autres choses plus ou moins pertinentes. Le pire étant que ce mariage devait se dérouler d'ici la fin du mois ! En clair : Alexandra deviendra sa belle-maman avant qu'elle-même ne puisse devenir une femme accomplie. La nouvelle avait du mal à être digérée, mais Yue-Xin s'était promis de ne jamais laisser la blondinette venir se mêler de ses préparatifs ou même à Nikolaï de reculer encore la date de son mariage. La chinoise était d'une patience d'ange quand il le fallait, mais sa réserve était à sec depuis des semaines maintenant et elle n'admettrait plus aucune contradiction sur le sujet. L'aigreur de ses sentiments ne vint jamais à transpirer du masque de douceur et de docilité qu'elle affichait pour son fiancé. Trop habituée à cacher ses réelles émotions, ayant appris cela à la dur par son propre géniteur et ce depuis qu'elle savait aligner un pied devant l'autre, elle se fendit d'un sourire tendre. Elle serra encore sa main et retint de justesse la pulsion de venir l'embrasser sur la tempe.

« - Concernant les détails que je souhaiterai aborder avec vous, nous en reparlerons une fois dans le salon, voulez-vous bien? »

Délicatement, presque à contrecœur, la jeune sorcière retira sa main pour la poser sur les plis de sa robe qu'elle se mit à lisser distraitement. Le temps de s'expliquer et de discuter du sujet et voilà que la voiture ralentissait déjà en bordure du Jardin d'Été. Le véhicule n'eut aucun mal à trouver une place où se garer et ce fut exactement devant la vitrine huppée d'un adorable petit salon de thé. La devanture était de bois peint d'un vert chartreuse rehaussé de quelques feuilles d'or pour représenter des boutons de fleurs ou des pistils de lys blancs délicatement gravés sur le contour de la porte. La vitrine se décorait d'une arcade torsadée, de bois mais aussi de quelques touches d'osier, le verre limpide étant poncé sur son tiers inférieur de sorte à offrir l'intimité à ceux qui prenaient le thé à l'intérieur. Un tapis couvrait les quelques marches menant à la porte, encadrée par des pots en céramique de terre vernissée qui abritaient des bosquets taillés à la française. D'ailleurs, le salon de thé était définitivement du pays chouchouté par Yue-Xin puisque son enseigne se peignait d'une écriture élégante et manuscrite en jaune mimosa : « La Mirabelle ».

La jeune femme glissa ses bras dans le lourd manteau à la fourrure de renard blanc, les quelques striures d'argent et de gris rehaussant la richesse du vêtement et le teint de sa propriétaire. Elle attendit que le chauffeur lui ouvre pour mettre en pied dehors, s'aidant de la main tendue pour pouvoir tenir le bas de sa robe de l'autre, s'évitant ainsi de la souiller dans la neige fondue sur le trottoir. Dieu qu'elle détestait cette saison intermédiaire ! Une fois debout, elle put remonter le col angora et couvrir sa gorge délicate, souriant alors à Kiril qui la rejoignait après avoir fait le tour de la voiture. Elle le laissa observer quelques instants la belle et délicate devanture avant de traverser les quelques mètres qui l'en séparer et d'entrer dans le salon. La porte s'ouvrit dans le tintement cristallin d'une petite cloche de cristal et aussitôt qu'ils furent tout deux dans l'entrée, la chaleur tiède et confortable du salon s'accompagna du parfum fleuri des thés et des nombreuses pâtisseries en vitrine. Une jeune femme approcha, en livrée de serveuse et vint s'occuper du manteau de Yue-Xin ainsi que celui du jeune russe puis s'en alla les disposer dans une pièce annexe pour les brosser de la neige et de la pluie.

« - Mademoiselle Yuan ! »

L'interpellation, dans un français impeccable, s'éleva d'une femme dans la quarantaine, aussi frêle et menue qu'une souris. Elle avait un teint naturellement halé, presque olivâtre, avec des cheveux noirs coupés au carré, d'une frange longue couvrant son front et tenue par une cordelette de soie et de fils d'argent. Elle portait un ensemble fait d'une chemise en flanelle sans manches avec une large ceinture qui serrait une taille de guêpe, d'un pantalon ample taillé comme une jupe à plusieurs volants et de chaussures à talons hauts. Ses bras nus s'ornaient de bracelets et d'un châle qui tombait au creux de ses coudes. Sa gorge se décorait de plusieurs rangées de perles, les vêtements aux teintes d'un jaune or patiné avec quelques touches d'un parme et d'un prune ressortaient sa carnation ou encore l'éclat de ses yeux noirs. La jeune chinoise se fendit d'un sourire et tendit les mains vers la gérante, serrant les siennes pour ensuite l'embrasser trois fois sur les joues en signe de salutation. Elles échangèrent quelques phrases en français, Yue-Xin n'éprouvant aucun mal à passer d'une langue à l'autre et ce, sans garder la moindre trace d'un accent si l'on oubliait une légère difficulté à prononcer les « r » comme il le faudrait.

« - Nous allons prendre la table sur la mezzanine, voulez-vous ?
- Bien sûr ! Je vous l'ai réservée depuis votre appel. Installez vous, je vais prévenir Antoine que vous êtes là! »

Ce fut tout naturellement qu'elles repassèrent à un anglais impeccable et la jeune sorcière se tourna vers son fiancé pour venir passer son bras sous le sien et l'entraîner au travers de la salle principale. L'intérieur était aussi frais et délicat que la devanture, les tables étaient en bois avec de jolies nappes décorées de bouquets de fleurs et petites bougies flottantes dans des verres de cristal. Les poutres apparentes étaient peintes d'un blanc patiné, les murs lambrissés avaient quelques tableaux de paysages de la côte d'Azur, mais aussi des assiettes de porcelaines de Limoges et même une petite statue en fer forgé représentant la tour Eiffel, au dessus du comptoir. Ce dernier était en « L » et derrière lui se trouvait vraisemblablement les cuisines, le reste de la pièce se composait d'une douzaine de tables allant de deux à quatre sièges maximum. Dans l'angle opposé à l'entré, un étroit escalier donnait effectivement sur une mezzanine qui permettait de voir le Jardin d'Été au delà de la vitre et de sa zone opaque. Yue-Xin prit la table centrale, exposée à un soleil timide qui perçait des nuages. Elle s'installa et ajusta une fois de plus les plis soyeux de sa robe puis remonta le châle chatoyant sur ses épaules pour s'abriter d'un frisson que le changement de température fit couler dans son dos.

« - Cet endroit est formidable, vous allez voir. Isabelle est la gérante quant à Antoine, le pâtissier, il s'agit de son époux. Tous deux sont français et ne doivent la pérennité de leur commerce qu'à l'excellente qualité de leur produit. Moldus comme sorciers s'arrachent leurs gâteaux dans la bourgeoisie, malgré la crise et toute cette histoire de communisme. »

Elle avait bien entendu baissé le ton lors de ses brèves explications. L'air sereine, elle avait tout l'air d'être la réelle gérante de cet endroit, agissant comme à son habitude avec l'aisance d'une impératrice quel que soit le lieu où elle se trouvait. Fille aînée de la famille Yuan, elle ne savait pas comment agir autrement. La Mirabelle était un salon qu'elle affectionnait et si jamais le vent tournait pour le couple français, elle comptait bien le racheter afin de le préserver et pouvoir jouir à loisir de ses délicieuses pâtisseries.

« - Enfin, ce n'est pas pour discuter de politique que je vous ai amené ici. Non, j'aimerai que l'on décide ensemble du gâteau qui sera servit lors de notre mariage. Cela ne vous dérange pas, n'est-ce pas ? »

Et voilà ! Elle venait de lui révéler son plan et dans quel piège elle venait de le conduire. Pauvre Kiril, il était condamné à passer l'heure suivante à boire du thé anglais, savourer des mets délicats et sucrés réputés dans tout le pays et discuter du mariage avec sa promise. Décidément !
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9/6/2017, 23:07
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En la voyant retirer subitement sa main et rougir, il comprit tacitement qu'il venait de la gêner, sans doute en se montrant involontairement trop ouvert quand à son appréciation à son égard. Il ne s'excusa pas, car ça aurait été mettre en lumière sa gêne et la place au centre de l'action au lieu de simplement la reléguer au passé en l'effaçant. A la place, il se rembruni sensiblement et tâcha de se redresser, adoptant une expression tranquille mais dénuée de trop de familiarité. Une expression qui se fit plus impassible encore à la suite de sa réponse bien qu'il n'eut rien de personnel à lui reprocher et aucune raison de même chercher à le faire. Yue n'était pour rien dans la situation qu'il vivait et il en avait parfaitement conscience, ce qui ne l'empêchait pourtant pas dans le même temps de sentir le poids de ce deuil qu'il portait lui retomber à plat sur les épaules, comme si quelqu'un s'était amusé à le soulever juste un peu, le temps qu'il reprenne sa respiration, avant de le laisser s'installer de nouveau. Sa promise n'avait fait que lui rappeler sans le vouloir ce qu'il se forçait à oublier et à noyer dans la rafraîchissante présence qu'elle lui offrait, et en un sens, même s'il avait tout à fait conscience que ce fut sain pour lui de se changer les idées, il se sentait aussi coupable d'en saisir l'opportunité. Coi, il posa sur elle un regard assombri mais dénué d'inimité, n'ayant rien à lui opposer et ne le souhaitant pas vraiment car elle avait raison, au sujet de leur situation, en temps normal, c'était la mère qui s'occupait des préparatifs, hors c'était fonctionnellement impossible dans un cas comme dans l'autre.

Le contact renouvelé de sa main sur la sienne fut répondu d'une sobre pression sur ses doigts, et il hocha légèrement la tête pour ponctuer ses paroles, ne souhaitant pas, malgré sa peine, qu'elle put se croire ignorée. La voir vexée ne ferait qu'ajouter à son fardeau. Kiril ne parlait pas, ne voyant guère quoi dire sans sentir un creux dans les mots, un creux qui n'avait rien à voir avec l'expression des conversations banales que l'on pouvait échanger dans la vie quotidienne. De toute façon, Xin semblait décidée à poursuivre, lui épargnant donc d'avoir à se creuser la tête ou à faire un effort, ce qui était en un sens aussi de son devoir à son égard. Il écouta un peu distraitement, cette fois, tentant de garder ses idées noires au large et hocha de nouveau la tête, validant qu'il avait en effet eut conscience des efforts du patriarche Yuan à l'égard du mariage de sa fille… Pour autant, il ne lui avait pas donné l'impression d'être dépassé par quoi que ce soit, même si évidemment, il pouvait tout aussi bien avoir parfaitement su se dissimuler, chinois qu'il était. Peut-être était-ce cependant la même chose avec Xin, peut-être n'avait-il montré que ce qu'il voulait montrer, pour des raisons qui n'appartenaient qu'à lui. Bizarrement, il ne voulait pas trop s'avancer dans des certitudes quand il s'agissait de son futur beau-père, il avait toujours l'impression que les motivations réelles de cet homme allaient toujours à l'inverse des observations de tout le monde. Pourtant, il était vrai qu'il s'agissait d'un homme d'affaire avec un vaste empire dépendant de lui…

Dans tous les cas, il garda ses pensées pour lui, tout autant qu'il se garda bien de répondre au sujet du soutient qu'il pouvait, ou non, nécessiter. Il en avait effectivement besoin et il regrettait que l'union ne soit pas déjà scellée, bien évidemment, et il n'osait pas encore lui dire qu'il risquait peut-être de l'avoir fait reculé dans le temps sans le vouloir. A la place, il se fendit de l'ombre d'un sourire courtois. « Je suis soulagé de savoir que cette attente ne s'avère pas dommageable. Et je suis certain que vous aurez tout le doigté nécessaire à la préparation de la cérémonie  » C'était une femme accomplie en tout sauf en terme de sa propre union, qui tenait déjà la maison de son père à la place de sa mère. Avec un peu d'aide de la part d'une source d'expérience, elle s'en tirerait sans doute à merveille, il suffisait de voir son goût, ses mises superbes et impeccables… Dans le pire des cas, si réellement elle ressentait le besoin d'un soutient supplémentaire, sa grand-mère pourrait certainement se prêter au jeu. Elle avait organisé le mariage de sa mère, de sa tante, aidait à celui de Nikolaï à présent. Mais il ne le proposerait qu'en cas de réel besoin car elle semblait contente de pouvoir prendre son indépendance de ce point de vue là et il ne voyait pas dans cette main mise une menace à son égard, bien au contraire. Xin voulait de leur mariage autant que lui, du moins en était-il convaincu, l'ayant choisit justement parce qu'ils étaient tous deux bien assortis.

« Je n'y vois pas d’inconvénients  » Elle semblait avoir parfaitement préparé cette sortie. Certains s'en seraient sentit un peu paranoïaque, mais il se laissait faire avec reconnaissance. Sa curiosité, néanmoins, se fit jour, bien que de façon silencieuse et tacite ; mais elle n'avait pas besoin de plus semblait-il et s'expliquer sembla lui venir naturellement, le détendant de nouveau lentement. Kiril était un candidat volontaire au badinage si cela pouvait éclairer son horizon immédiat. Un moment plus tard, ils arrivaient et le jeune homme ouvrait la porte pour sortir dans l'air vif et glacé qui ébouriffa légèrement ses cheveux sombres alors qu'il se tenait là pour observer d'un œil tiède l'enseigne qu'arborait la vitrine, se demandant comment la boutique pouvait encore tenir debout avec l'ombre du communisme qui se répandait en Russie. Sans doute ne tiendrait-elle pas si les moldus continuaient leurs folies… Se crispant légèrement contre la caresse glacée de la bise, il contourna enfin la voiture, laissant de côté le sujet, et offrit son bras à sa promise avec courtoisie. Leur entrée se fit sans pompe particulière, valant l'appréciation du jeune homme qui n'avait pas forcément envie d'être la cible de tous les regards. Il n'y avait pas assez de clients pour cela à l'heure présent. En revanche, il ne s'attendait pas à entendre parler français… Restant coi, il laissa Xin mener la danse, ne pouvant guère l'aider de toute façon. Il jugula son inconfort de tomber ainsi dans un univers radicalement différent du sien et qui, par certains aspects, lui semblait très grossier, et attendit...

Légèrement raide, il se laissa guider sans un mot et s'installa avec elle, lui tenant la chaise avant de s'asseoir lui-même, face à elle, examinant les alentours en tâchant de se montrer aussi ouvert d'esprit que possible. « Je vois...  » Elle semblait apprécier cet endroit, en tout cas elle y semblait à l'aise. Venant tout juste d'y être introduit, il retenait son jugement en attendant d'en savoir plus, curieux à tout le moins de savoir quelle clientèle permettait au magasin de se maintenir en place. Bientôt, son regard se porta sur l'extérieur et le jardin qui s'éclairait d'un faible rayon de soleil passager. Sans doute s'agissait-il de la meilleure table de l'établissement, ça ne l'aurait pas étonné de la part de sa fiancé. La vue était agréable, et l'ambiance relativement feutrée, de sorte qu'il se laissa un peu dériver, ne pensant pas à grand-chose mais n'y voyant pas un problème, laissant de nouveau le poids qu'il portait se dissipait lentement, au moins pour un moment. Cela faisait du bien, d'avoir la tête vide, de se laisser flotter ainsi, dans un silence tranquille et en bonne compagnie. Il fut donc fatalement prit par surprise à l'énonciation subite de la raison pour laquelle ils étaient venus ici… Se retenant de sursauter, il l'observa un bref moment en jugulant son incrédulité. Il avait pensé que le décors n'était que cela, un lieu agréable pour discuter, il n'avait pas imaginé que cela présageait du sujet qu'elle souhaitait aborder.

Interdit pendant plusieurs instants, il finit par afficher un sourire de circonstances. « Non, certes  » Il ne pouvait pas vraiment lui dire qu'il s'inquiétait quand même un peu de la suite. Ça n'aurait pas été récompenser ses efforts, et puis en soi si ça lui faisait plaisir… A priori, cela ne portait pas à conséquences, il pouvait donc s'y plier et dans le pire des cas, supporter pour elle. Ne désirant pas qu'elle se trouva soudainement face à un condamné, il poursuivit : « Je suppose que, puisque vous souhaitiez me faire découvrir cette échoppe, vous penchez pour un gâteau à la Française ?  » Cela semblait tomber sous le sens, évidemment, mais c'était surtout une forme d'invitation tacite à lui parler de ses idées, car il était pratiquement certain qu'elle avait déjà des propositions à lui soumettre. Un soupçon amusé, il décida de ne pas lui dire qu'elle trouverait là un interlocuteur à la fois aisé et terriblement contrariant. Il ne s'y connaissait aucunement en pâtisseries, encore moins pour des occasions comme celle-ci, et de façon générale, il n'avait jamais vraiment goûté à aucune cuisine étrangère à part peut-être des plats venant de pays voisins et souvent influencés par la Russie. Ainsi, il accueillerait les idées qu'elle pouvait avoir sans guère de réluctances immédiates, sans doute même se montrerait-il curieux. Dans le même temps, il ne voyait pas vraiment la nourriture comme un art ou un art de vivre, et la cuisine de son pays était peu sucrée… donc, il allait avoir sans doute un peu plus de mal à s'enthousiasmer pour un gâteau que pour, disons, les services qui le précédait.

« Je dois vous avouez n'avoir aucune réelle expérience de la cuisine étrangère. J'espère que guider un novice ne vous sera pas trop contraignant  » Au moins ne pouvait-on pas dire qu'il n'y mettait pas de la bonne volonté, le mariage était fait de concessions et d'ajustement après tout. Bien vite, on vint à leur servir un thé, sans doute pour accompagner la discussion. Le service utilisé était fait d'une porcelaine blanche peinte à la main, à ce qu'il semblait, dans des tons de bleus particuliers, très peu usités en Russie ; la théière ronde et large s'attira son regard par cette apparence à la fois simple mais recherchée dans les courbes et les finissions gravées, sur la poignée par exemple fait d'un motif floral délicat. Chez lui, quand sa mère avait voulu faire du thé, elle demandait aux elfes de maison d'utiliser un samovar, typique de leur pays, bien qu'elle posséda un ensemble chinois offert en cadeau par le père de Xin, à l'occasion de l'une de leurs rencontres pour discuter des détails du contrat du mariage… Les habitudes avaient la vie longue après tout. Les coupes étaient également blanches et bleus, et curieusement peu profondes, bien que davantage que celles des asiatiques. Du bec de la théière s'élevait une volute de fumée paresseuse et odorante, et à l'odeur, il ne douta pas qu'il s'agisse d'un thé noir, un genre très apprécié par les siens aux dépends de thés plus subtiles et plus délicats comme le blanc ou le bleu. Il ne les détestait pas lui-même, même si effectivement, un bon thé noir restait son choix de confort s'il en avait la possibilité et qu'il s'agissait du bon moment de la journée. Bien qu'il ne la remercia pas directement, puisque ce n'était pas l'usage, il fit un petit signe de tête reconnaissant à leur serveuse.

De nouveau seul avec Xin, il noua une main aux longs doigts sur la tasse pour réchauffer sa peau toujours un peu fraîche et laissa l'atmosphère alentours s'imprégner de l'arôme du thé… « Anglais ? Est-ce que ce n'est pas un peu ironique pour le décor ?  » son père avait beau dédaigner l'étranger, il s'était tout de même renseigné sur les autres pays et apprit la géopolitique. France et Angleterre étaient deux nations rivales depuis très longtemps, en une sorte de liaison d'amants contrariés. Il espérait que leur propre relation serait bien meilleure…

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